‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 71 sur 149 · PREUVES DE L'EXISTENCE · texte numérisé non relu

PREUVES DE L'EXISTENCE

D'ÉVtCHÊS GALLO-ROiAINS AU 5' SIÈCLE

DAHS L-SmÉn AMOIIQUB (BASSK-BUSTAOlfB ').

Je désire appeler rattention de Y Académie des inseripîims sur répoqae de rétablissement des Évéchés gallo-romains de Textrème AnuDrique/aujoardliui la Basse-Bretagne. Je lui demande pardon de venir l'entretenir de ce point d'histoire^ surtout après la publication récente de la Pravinee de T&wr$ du GnlUa ekttiHana^ heureusement continué par M. Hauréau.

J'ose croire cependant que tout n'a pas été dit et qu^on peut établir que les évéchés de la Basse-Armorique ont été fondés dès le ?s* siècle au moins.

le m'appuie principalement sur le candie de Vannes de 46S, connu depuis longtemps. Il s'agit donc^ non d'un document nouveau, .mats d'un document important dont-^il me parait qu'on n'a pas bien saisi ni fait ressortir toute la portée.

Je dois commencer par établir l'état de la question :

Dans les généralités qui^ au tome XIV du Gallia christiam, précèdent ce qui concerne la mitropok de Tours, il n'est pas touché à rétablissement des évéchés.

Quant aux trois évêchés de l'extrême Armorique dont l'origine fait l'objet de ce mémoijre, savoir : ceux des Venètes, des CuriosoliteSy des Osismiens, je lis d'abord pour les Venètes :

Qoem 8Ub ânDum Venetensis eplscopatns erectus ait iocertam est. Quinto quidem ineante usenlo, Paternns occurit quem ex aQttie&Uds testimonlis Y*netentem «pisco^um f uUaB comperiauu. {EceUtia reiMfmm, p. ai6.)

Si^ à Vannes méme^ M. Hauréau ne soupçonne pas l'impor* tance du concile de 465, il le fait encore moins à Osismes :

> Mémoire ht à rAeadëmie des fnacriptioDs et belles-lettres dans la séance da 32 ûorembre 1861, par le D' E. BaU^uen.

£N BBEI'AGMB^ AU 5* SliCLK. 199

Quun aab «Utem OsUmii chrJBtlanam fidem edocti eiot, duhlum relinquitnr : sexto Umen ssculo ineunte Litharedas Osismiorum epIscopuB occurit, coJqs incerta, forsan instabilis sedes; eodem circiter tempore quum S. Paulus LeoDi» fldelium societatem Instituens memoratar. {Eeclesia Leonentity p. 971.)

Même incertitude sur les é\êchés d*Aleth ou Saint-Màlo, Doly Saint'BrieuCy Triguier. Pour le siège de Saint-Malo, l'auteur cite le R. P. Lelarge, qui le fait remonter au milieu du 5* siècle^ en lui attribuant les évêques CaricUon^ MansuettAS, Riocatus, Adumalus. Mais il n'adopte pas son opinion^ et avec raison : car si l'aperçu du P. Lelarge peut être juste pour le 5* siècle^ ses noms ne sont certainement pas bien attribués à révêché de Saint-Malo *•

Sur lés Osismiens, sur les Curiosolites et les Corisapites, il n'est pas facile de démêler la pensée de l'auteur^ qui ne pressent eçi aucune façon la distinction que nous allons proposer.

Aussi saint Corentin^ premier évêque de Quimper, est assi*milé à Cariaton du concile d'Angers de 453; et pourtant l'auteur n'a pas plus de confiance que dom Lobineau dans la vie anonyme de saint Corentin. '

Puis saint Guenegandus^ Guennoc^ Venerandus, aurait envoyé au premier concile de Tours de 461 JiÀCundinus; d'autres enfin pensent que Guennoc est le même que l'éifêque du nom i'Albinus (ces noms se traduisent en effet par Blanc) qui se trouve au concile de Vannes de 465. a Tôt dubia solver§ non licuil, a dit M. Hauréau avec beaucoup de raison. 11 touche encore à la vérité à propos du concile de Vannes^ mais il ne peut se reconnaître dans ce dédale^ faute d'y tenir le fil con*^ ducteur ^.

Telle est donc encore aujourd'hui l'obscurité qui règne dans les origines de nos évêcbés armorico-bretons^ obscurité qui ne peut être imputée au courageux continuateur des Bénédîctlns^ je me hâte de le proclamer^ mais qui subsiste malheureusement après lui.

Or, il me semble que le concile de Vannes de 465 doit dis* siper en grande partie cette regrettable incertitude^ et fournir

' Ecdesis: Macloviensis, coi. 993; Dolensis, c. 1038; BriYiencis^ c. 1084 ; 'Nooreinii, c. 1130. (Mita ckrittiana de M. Hauréau^ t. xiv.) ' Eeeletia CorisopiUnHs^ col. 871, 73, 71, 74.

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un fil conducteur pour diriger rhistorien dans ce labyrinthe.

Concile de Vannes de 465 ' : Epistola êynodi ad episcopo$ ejt/sdem provinciœ qui condlio non interfuerunt.

€ Lettre synodale aux évêques de la même province qui n'asx> sislèrent pas au concile. »

« A nos seigneurs bienheureux en tout amour et honneur en J.-G., Ténérablés frères Victorlus et Talassius, évéques; Perpetuns, Paternus, Albinns^ Athensius» Nunnechlus et Liberalis, ëvéques

» Nous, rassemblés dans Véglise de Vannes pour y ordonner un évéque, poor mettre ordre aux affaires de l'ëvéché ou d'un évéchë. n {Causa ordinandi episeopii — alias — ordifiandi episeopatûs.)

» Après avoir conféré ensemble de la discipline ecclésiastique qui nous a été confiée par la grâce du Seigneur, et de la juridiction dont nous ne pourrions négliger le soin sans nous rendre coupables, nous avons pensé qu'il était de notre devoir de réparer les omissions des premiers règlements des Pères et de réprimer, par les statuts les plus salutaires, la licence provenant de la trop grande liberté du siècle dans ces derniers temps : parce que, contre votre gré et le nôtre, nous avons été privés de votre présence ; nous avons cru devoir porter ces règlements à la connaissance de votre béatitude, aûn que si vous les Jugiez dignes de votre approbation, vous lesconfirmiez par votre autorité et les observiez dans toute retendue de votre ressort. »

Suivent les canons^ au nombre de 46^ dont le ib"" doit être citéj vu son importance particulière dans cette discussion :

Canon XV*. — « Nous avons cru en même temps qu'il était de Tordre que roffice divin et la psalmodie fussent du moins partout les mêmes dans notrt province eccUtiastique (la troisième Lyonnaise), et que, comme nous n'avons qu'une même foi sur la Trinité, nous n'ayons ausst qu'une même règle dans nos offices, de peur que la différence qui pourrait s'y trouver ne donnât occasion de faire soupçonner que nous n'avons pas les mêmes sentiments. »

Suivent les souscriptions de Perpetuus^ Paternus^ ÂlbinuS; Âthensius^ Nunnechius, Liberalis^ sans aucune indication de leurs sièges.

Ainsi^ voilà tous les évécbés de la troisième Lyonnaise^ pro* vince ecclésiastique de Tours^ au nombre de 8 comme les cités, connus par les noms de leurs évéques^ vers le milieu du S» siècle^. Cette nouvelle province était déjà complète bien

* Sacro-sancta concilia^ Phil. Labbe et Cossart S. J., t. iv, col. 1054, ab anno 451 ad 535.

3 Je ne dois pas compter les Diablintes qui, n'ayant pas rimportmce d'une cité, ont toujours dépendu du diocèse du Mans.

EN BRETAGNE^ AU K* SIÈCiE. 201

avaBt^ tous les éyêchés étaient établis^ puisque la lettre des six évêques présents aux deux seuls absents^ Talasius d'Angers, et Yictorius du Mans^ leur fait part de la réunion du eoDcile provincial de Tours, causa ordinandi episcopatûs ou ordinandi episcopi S P^u importe^ et non causa crtandi ou fundandi episcopatûs. Les prélats signataires n'auraient certes pas manqué de célébrer la fondation d'un nouvel évêché comme une victoire sur le paganisme. Mais il était évi«demment vaincu^ sans être déraciné^ jusque dans le fond de la Basse- Armorique.

Car après Perpétuas de Tours, Talasius d'Angers, Yictorius du Mans^ Athensius de Rennes, Nunnechius de Nantes, dont les sièges et même les prédécesseurs sont connus, il reste trois évoques, PaUmuSy Albinus, LiberaUs, pour les cités des F«<* néUs, des CimosoKies et des Osismiens, les plus éloignées de la troisième Lyonnaise.

On pouvait bésiter jusqu'ici à affirmer l'existence au 5* siècle de révêcbé des Osismiens, vu l'incertitude jetée sur cette attribution par les sièges de Séez, d'Hyèmes, de Lisieux, auxquels on appliquait par erreur le nom d'Osismes sous les formes altérées de OximensiSy Oxomensis.

Mais l'évêque Osismien du 6* siècle Litharedus, qui a un titre historique dans le concile d'Orléans de 51 i, y siège avec ses collègues Modestus de Vannes, Melainc de Rennes, Epi pliane de Nantes. Les Pères du concile, chefs religieux et politiques de la province de Tours, y renouvelèrent Thommage des Armoricains envers Clovis.

Cette Source d'erreur étant heureusement écartée, grâce au vénérable et si regrettable M. Bizeul, dont j'avais déjà adopté l'opinion solidement motivée qui a pris place dans le Galtia ckrtitkna *, couronné par l'Académie, on doit faire remonter au 5'siècle au moins l'établissement des évêchés gallo-romains

* Vqyez Labbe et Cossart, t. iv, col. 1020-23. Le concile d'Angers de 453, qui se réunit pour ordonner Talasius, nouvel évéque de ce siège, ne manque pas de dire : «Après Pordination de Talasius, nous avons cru devoir traiter... >

' Voyez Bi2eul, de» Osismes^ dans le Bulletin de TAssociation bretonne, t. iv, p. Ul-â4. M. Hauréau cite une autre autorité: « Eumdem Litharedum antecessores nostri alla conjectura Sagientibus episcopis annumeravere. Sed perperam, ut videtur, iEgidio Menagio teste. » (EccL CorisopitensiSf col. 873-74.)

lOÎ ÉYÊCHiS GALLO-ROMAINS

de Textréme Armorique. D'ailleurs^ le concile de Vannes est par lui-même décisif; car il nomme les huit évéques de la province. Or les Bretons désignant leurs premiers évêques Corentin^ Pol, Malo, firieuc, Tugdual, Samson^ on ne peut pas sérieusement, sans parler même des dates, leur attribuer malgré eux Patern^ Albinus, Liberalis.

Vannes devant être attribué à Palern> il reste encore à déterminer les sièges de Liberalis et d'Albinus dans Tune ou dans Vautre cité des Curiosoliles et des Osismiens; mais le point d'histoire le plus important me semble acquis dès à présent^ . savoir: Texistence positive d'évêchés gallo-romains dans toute notre Armorique avant l'émigration bretonne.

ir est d'ailleurs très-facile d'expliquer l'obscurité qui règne sur ce point secondaire par la prépondérance que les Bretons réfugiés^ y abordant dès 460, ont prise aux siècles suivants dans ces deux évêchés armoricains, qu'ils partagèrent chacun en trois évêchés bretons, faisant oublier les titres primitif qu'ils avaient remplacés. Us s'assuraient ainsi, autant que possible, l'honneur de la conversion et de la conquête de la Basse-Bretagne,. prétention qu'on veut même faire revivre de nos jours.

Si le savant continuateur des Bénédictins avait pu envisager de cette manière notre histoire armorico-bretonne, peut-être aurait-il cru devoir faire précéder les évêchés bretons de YMchi galUhromain, dont ils sont le démembrement. Appuyé sur les conciles de Vannes de 465, d'Orléans de 511 S il aurait rappelé que Tévêché Osismien avait précédé ceux deQuimper ou Gornouailles, Léon, Tréguier, et l'évêcbé Curiosolile ceux de Saint-Malo ou Aleth, Dol, SaintBrieuc.

Tl est permis de penser que l'histoire de notre province ecclésiastique aurait gagné par cette méthode un peu de clarté et de précision.

Puisque les débuts des évêchés de la Basse-Armorique, devenue la Basse-Bretagne, ne se présentent pas aussi clairs, aussi simples que les autres, l'auteur aurait dû commencer par les sièges purement romains de Tours, d'Angers, du Mans, de Nantes, de Rennes. A partir de Vannes, établissant avec le

^ Voyez la même Collection des conciles.

EN BRETAGNE^ AU 5* SlACLE. 203

concile de 465 que la province gallo-romaine de Tours était complète à cette époque, et probablement lors de Térection de la nouvelle province de Tours détachée, au commencement du 5* siècle^ de celle de Rouen, il aurait indiqué les évâchés des Osismiens et des Curiosolites des 5"* et 6* siècles avec Albinua, Liberalis, Litharedus, évêchés que les Bretons vont bientôt partager en six autres, dont ils conserveront seulement riiis* toire ou mieux la chronique bretonne.

Puis M. Hauréau suivait chacun des évêchés bretons. Il gagnait autant et plus que le lecteur à appliquer cette méthode dans le travail ingrat et épineux qu'a du lui coûter le dépouillement des matériaux qu'il a mis en œuvre.

Le tableau synoptiqm que j'ai eu Thonneur de soumettre à TAcadémie avec ce Mémoire^ me semble le réeumer daireluent et utilement :

ÀRCHIEPISGOPATUS.

TwrtmengiSf Tours.

EPI8G0PATUS llOlUra.

ÀndegavmsU, Angers

CenomanensUt Le Mans.

Ifannetensis, Nantes.

Jiedonmsit, Rennes.

Vmetensis^ Vannes.

/ BPI8C0PAT1» BRITAHHI

Concile de Vannes,

( $e»ti v»l Kptifni ueeuH.

— d'Orléans,

\ i MikcloviemiSf Saint-Malo.

Curiosolitensis,

1 }DolerwUf Dol.

CoDdle de Vannes,

] r BrioeenciSy Saint-Brleae.

Osùmiensis.

1 / Coris piUMi$f Qaimper.

CoQoUe de Vannes,

f ) Leonerms, SalQt-Pol de Léon.

— d'Orléans,

< (rrworcjMw, Tréguier,

Je crois devoir insister sur quelques passages de la lettre synodale et sur le i 5* canon du concile.

Le canon 45» est doublement remarquable en ce que d'abord il constate, ainsi que la suscription ad episeopoB eju$4em prmnndœ qui non interfuerunt, que c'est bien un concile provincial de toute la province de Tours dont les évêque« présents s'adressent aux deux seuls absents : « Nous avons cru » qu'il était de Tordre que l'office divin et la psalmodie fus- » sent au moins partout les mêmes dam notre province ecclé- » sia$tiqm. »

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