‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 73 sur 149 · EN BRETAGNE, AU 5* SIÈCLE · texte numérisé non relu

EN BRETAGNE, AU 5* SIÈCLE

mimii^ (ks CuriosditeSj à quelle époque remonte la fondation de ces trms cvêchés ? SonMls aussi anciens que ceux de Nani" ta.%t de RewM», dont on ne connaît pas non plus avec certitude les premiers titulaires? Ne peut-on pas les rattacher à Tapostulat, si laborieux et si fructueux de S. Martin de Tours^ qui fut suiyi de près, sons ses successeurs , de la formation d'ane province d^ Tôurs^ la troisième Lyonnaise^ détachée de ktdeuxième, dont la métropole était Rouen ? La nouvelle province ecclésiastique ayant pour métropole Tours, la ville de saint Martin n*a dû' être créée que lorsque toutes les cités de TArmorique étaient déjà devenues chrétiennes. Cette opinion parait au moins très-plausible.

Toujours est-il que les Pères de notre concile provincial du 5« siècle décrètent avec le calme et la sérénité d'une autorité légitime si bien établie^ qu^ils ne signent même pas leurs titres de sièges assez connus^ et que nul autre concile ne parait avoir siégé dans la Basse-Bretagne.

À Tappui de cette opinion^ on peut noter que la tr^idition de Féglise de Quimperfait sacrer saint Corentin, son patron, par saint Martin, ce qui est impossible pour saint Corentin, qui n'a vécu qu'au 6« siècle : peut-être la tradition a-t-elle été détournée du premier évêque armojricain des Osismiens au profit du premier évêque breton du diocèse de Cornouailles. UégUse de Léon, portion du diocèse osismien, aurait pu s'appliquer la tradition avec le même droit.

Toujours dans Tordre des conjectures, Féglise de Quimper réclame Albirfus du concile de Vannes. Elle peut avoir raison et Léon aussi, puisqu'elles sont des démembrements du diocèse osismien primitif ^ Ce serait le Guenecandus, Venecandus, Guemwcy des catalogues, dont la racine est Guen (Blanc, Albims), dont ces noms seraient la traduction. Tout cela est possible, mais tellement mêlé, confondu dans les inextricables listes des évêques régionnaires de Cornouailles et de Léon du 6" au 9* siècle, qu'il est impossible d'y voir clair dans ce moment. Espérons toujours que la\découverté de nouveaux documents répandra quelques lumières dans cette confusion.

* Il en serait de même de Tréguier, qui faisait aussi partie du diocèse osismien primitif.

SOS iVÈGHiS GALLO-ROHAINS

Quant à la part équitable à faire aux Gallo-Romaiiig m Armoricains^ et aux Bretons émigrés dans la conversion^ dans la chmtianiiatim de rextrême Armorique, devenue la Basse- Bretagne^ c'est une autre question qu'on ne peut traiter en passant* Je me bornerai à dire qu'il reste encore dans l'Armorique bretonne^ au moral et au physique^ plus de traces gallo-romaines qu'on ne croit généralement.

Je rappellerai cependant quelques textes anciens qui ont ici leur application.

D'abord les Armoricains qui, pendant Texistence de leur république^ après 409^ invoquèrent tour à tour rinterventioa de saint Léon contre Aétius ^ et de saint Germain d'Auxerre contre Eoearic S 440-443 : ces Armoricains avaient sans doute reçu la véritable religion.

Ils étaient surtout chrétiens ceux qui^ en s'alliant avec Clovis^ formèrent l'empire chrétien des Gaules , d'après Pro* cope :

« Les Germains, les Francs, voyant qu'ils ne pouvaient rien contre les Armoricains, leur proposèrent une alliance qui fut acceptée parce que les uns et les autres étaient chrétiens; et par ce traité ces peuples devinrent les plus puissants. Les soldats romains résidant aux extrémités de la Gaule^ ne pouvant retourner à Rome, et ne voulant pas se Joindre aux ariens, leurs ennemis, se réunirent aux Armoricains et au^ Germains avee leurs enseignes, et les peuplée qu'ils avaient autrefois conservés aux Romains ^. »

Pour justifier entièrement cette étude historique aux yeux de l'Académie et en montrer l'intérêt actuel^ il sera permis de dire en finissant que dans des Noiiom élémentaires êur rkUlMre de Bretagne , d'ailleurs estimables ^publiées en 186f ^ on lit :

« pour le reste de la péninsule comprenant le territoire des Osismes et des Gurlosolites, on ne peut citer ni un fait, ni un texte, ni un indice quelconque, autorisant à penser que l'Evangile y ait été prêché avant la venue des Bretons et de leurs prêtres *. »

Je croîs pouvoir dire au contraire que les conciles de Vannes de 465, d'Orléans de 51 1 , de Tours de 567, sont des feils certains, des textes authentiques, des preuves irréfutables qui

^ Ckran, Prosperi, ad'ann. 439, dans Vatrol. laU, t. 27, p. 719. ^ Constant., in Vitd S, fermant, lib. u, c. 1, dans Baronius. ^ Dom Bouquet, Aee. des hist, de Fr.^ t. u, p. 30, 31. * Annuaire historique et archéologique de Bretagne, par M. A. de la Borderie, p. 40-11. A Rennes, Gancbe, libraire.

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démontrent que les Cnriosolites et les Osismiens étaient déjà chrétiens bien avant rémigraiion bretonne.

Ainsi se trouvent un peu rejetés daeis Tombre, il est vrai, saint Corentin et Gradlon, saint Pol et Withur, saint Tugdual et Riv^l, saint Brieuc et Fracan.

Le Breionisme devra s'y résigner par amour de la vérité. L'histoire romaine est plus sûre que les chroniques bretonnes. Il faut s'y tenir ferme jusqu'à preuves contraires. Rome chrétienne, comme Rome païenne, a poussé jusqu'au bout du monde {i Pen ar bed) la conversion du monde !

Le docteur E. Rallégubn.

p. s. -^ L'accueil que rAcadémie des inscriptions a bien. voulu faire à ce Mémoire encore incom^rfet, me permet d'espérer <iud Je suis enfin arrivé, au bout de douze ans d'efforts, à démontrer historiquement le fait principal, l'existence, dès le 5' siècle au moins, d'évéchés gallo-romains dans notre Armorique.

Cette Romanisation chrétienne était trop naturelle pour que je n'en fusse pas convaincu a priori. Mais dans notre pays, on ne pouvait encore la défendre que par des preuves Indirectes, par des inductions tirées surtout de l'archéologie et de la géographie '.

Toute l'Armorique devait avoir reçu l'influence romaine, païenne et chré^ tienne, comme le reste de la Gaule, dans un degré proportionné à son éloigne ment du foyer civilisateur. Aussi, grande fut ma surprise de voir le Congrèi breton, en général, laissant notre Basse -Armorique en dehors, pour ainsi dire, de rhistoire romaine, de l'histoire universelle.

Il ne m'appartient pas d'insister sur l'importance de cette découverte histo* rique. Je dois cependant en indiquer la portée et quelques-unes des conséquences que je me réserve de développer successivement.

II en résulte d'abord que la marche de la civilisation n'a point éprouvé de solution de continuité, qu'elle nous vient bien de Rome par la Gaule et non de Vile de Bretagne. Par suite, toute notre histoire armorico -bretonne est à revoir, ainsi que nos cartulaires depuis Redon jusqu'à Landéveuneo, ainsi que noa rapports avec la Bretagne insulaire, à laquelle la Gaule a donné la première tout ce qu'elle en a ensuite reçu.

Toute cette période est à reprendre dans les sources qui, étudiées à ce point de vue, doivent donner de nouveaux renseignements inaperçus ou incompris jusqu'ici. Ayons enfin le courage et la loyauté de revoir notre histoire jusqu'à Nominoé. Cette révision est nécessaire aussi pour l'ethnologie, dont l'étude donnera des résultats analogues, concernant les races et les langues armoricobretonnes.

11 n'est pas en effet possible que les diverses sources de connaissances historiques, étudiées avec impartialité, ne soient pas d'accord .pour les populations des deux Bretagnes comme pour les autres peuples.

* Voyez la brochure to Celtes, les Armoricains et les Bretons, et Cornouailles et Corisopitum, Paris, A. Durand, libraire, rue des Grès.

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