LE CATHOLICISME TRAVESTI PAR SES ENNEMIS
Par le R. P. J. H. NEWMANN.
La vérité^ fille du ciel^ est si belle de sa nature^ qu'il lui sutfit de se montrer aux enfants de la terre^ pour les captiver par le cbarme irrésistible de ses divins attraits. Ojf, qu'est-ce que la Religion catholique, si ce n'est la vérité révélée? C'est pourquoi les méchants, qui sont les esclaves de celui que nos livres saints appellent le Père du mensongey pour combattre sa céleste influence, s'efforcent de la défigurer et de la travestir. Mais le Catholicisme est comme le soleil ; il dissipe bientôt du feu de ses rayons éclatants les nuages qu'accumulent autour de lui l'erreur et les passions des hommes.
L'Église catholique, à son berceau, eut à combattre la calomnie. Jésus-Christ, notre di\in rédempteur, est appelé par les Scribes et les Pharisiens un homme de bonne chère , qui n'opère ses prodiges que par la puissance de Beelzébuth , le prince des démons, et ses disciples sont à leurs yeux dés séditieux et des imposteurs. Pour justifier leur barbarie, les tyrans de Rome païenne, avant de jeter nos pères en pâture aux lions et aux tigres du cirque, avant de les torturer par les ongles de fer et le chevalet, ou de les livrer aux flammes, propageaient sur leur compte mille impostures. Ils les accusaient, au rapport deTertuUien, de manger de petits enfants^ de se souiller par les plus horribles incestes, et d'adorer des bêtes et des monstres. Il suffit de jeter un coup d'œil sur l'histoire de TEglise catholique, pour voir, dans tous les temps, dans tous les lieux, les dignes héritiers des Scribes, des Pharisiens et des Païens, l'attaquer avec la même arme que leurs devanciers , et inscrire la même devise sur leur hideuse ban-
' Traduit de Fanglais, par Jules Gondon. ~ Paris, librairie de A, Gourcier, IH, boulevard Sébastopol, rive gauche; 1 vol. in-8 de 482 pages.
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oière. L'impiété philosophique^ au 18" siècle^ faisant chorus avec les sectaires de toutes les nuances, pour écraser rinfâme, conjurait ses adeptes de mentir^ non pas timidement^ mais hardiment, partout et toujours. Notre siècle est fidèle au mot d'ordre donné par les prétendus philosophes^ et il est facile de se convaincre , malgré son masque et ses dehors hypocrites^ qu'il ne recule point devant leur basse manœuvre. De nos joursja Réforme elle- mêiue/ qui nous accuse d'être agresseurs^ ne dédaigne pas de ramasser^ pour les luttes modernes, les débris des vieilles armes rouillées dont ses pères ont jon-; ché lé champ clos de la controverse : le mensonge et la ca^ lomnie. Elle distille contre nous dans ses milliers de pamphlets^ semés sur toutes les plages et sur tous les continents ^ le fiel de sa haine fanatique et le venin de ses doctrines erronées. Elle nous affuble d'un manteau de dérision, comme le divin Maître, et nous présente à la populace comme un objet de mépris et de moquerie. Néanmoins, dans ce déchaînement universel du fanatisme aveugle contre le Catholicisme, dansce travestissement sacrilège de nos dogmes, de nos mystères , de nos rites, de nos mœurs, les calomniateurs ne sont pas tous uniquement guidés par la haine. Il en est qui ont une sorte de bonne foi, et qui sont convaincus que les Catholiques sont des êtres à part et foncièrement méprisables. Le Papisme, à leurs yeux, est pire que le Paganisme; c'est une religion basse, vile, dégradante et indigne d'un homme sensé. Et ce qui excite le plus leur surprise comme leur fureur, c'est la conversion des hommes éminents de leur secte au Catholicisme, et ils ne trouvent d'autre explication à ce mystère que la folie. C'est surtout en Angleterre que se rencontre cette classe d'hommes dont je parle, et c'est celle que M. Newmann étudie dans ses nouvelles Conférences.
Le célèbre oratorien, qui a été une des lumières les plus éclatantes de l'Anglicanisme, qui a vécu si longtemps au milieu de ses frères égarés, par ses nombreuses relations avec eux et son expérience personnelle, par sa position, par ses talents incontestés, sa vaste science, sa franchise et là noble indépendance de son caractère, pouvait mieux que personne nous faire connaître le Protestantisnie anglais, soulever le
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voile qui le cache encore à bien des regards, et nous le mofi« trer tel qu'il est.
Dans toute guerre, c'est un principe de bonne stratégie, que de connaître son ennemi et d'étudier ses marches et ses oon* tremarches ; c'est ce que bit le docteur Newmann. Il examine le Protestantisme anglais sous toutes ses faces, constate ce qui fait sa force, s'assure de ses plans d'attaque. Il signale la cause de ses erreurs, la source de ses préventions, renverse par sa puissante dialectique l'échafaudage fantasmagorique de ses accusations intentées contre nous. Sa touche est large et sévère ; sa parole forte , claire, incisive, a une sorte d'originalité , qui est un des signes caractéristiques du génie. Athlète redoutable à ses adversaires , il y a dans sa manière de les combattre une certaine dignité , une certaine loyauté chevaleresque qui prévient naturellement en sa faveur. Il descend dans la lice, le front haut, le visage découvert, attend de pied ferme son antagoniste , le prend corps à corps, l'étreint de ses bras nerveux, et ne lâche prise qu'après l'avoir contraint à s'avouer vaincu. M. Newmaun se tient ordinairement sur la défensive. Son livre n'est point agressif, et s'il attaque le Protestantisme anglais ou la religion établie > c'est toujours d'une manière indirecte, ou lorsqu'il y est forcé par les attaques de ses adversaires ; car il ne se propose point pour but spécial de discuter les points contestés entre les hétérodoxes et les catholiques. Que cherche-t-^il? à déraciner iés préjugés héréditaires des Protestants anglais contre nous > à substituer à leur théorie arbitraire d'appréciation de la religion catholique , une théorie fondée sur le sens commun et la raison, à leur prouver que la haine et le mépris qu'ils ont pour nous a pour oiuse unique l'ignorance de nos dogmes et de nos pratiques religieuses. Il les surprend en flagrant délit dé contradiction en opposant leur conduite à leurs principes, d'inconséquence, en leur montrant qu'ils sont bien plus cou* pables qu^ nous du crime d'intolérance dont ils nous accusent. Le Protestant anglais ne nous connaît pas, parce que, au lieu de nous regarder en face, pour apprendre qui nous sommes, il s'attache à de vieux renseignements erronés que lui fournissent ses ancêtres, ou adopte sans contrôle les dé«
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clamations de quelques apostats. D'où il arrive qu^il a les idées les plus fausses, les plus extravagantes sur notre Eglise^ sur notre croyance, sur nos moines, nos religieux^ nos religieuses, et une manière de voir qui lui est propre^ bien différente de celle des protestants étrangers.
M. Newmann donne la solution d'un problème qui parait de prime abord insoluble^ et examine un phénomène particulier à la nation anglaise y c'est que le Catholicisme^ s'il n'est pas étudié^ est du moins presque partout ailleurs respecté, tandis qu'en Angleterre, le nom seul de Catholique provoque le dédain et une sorte d'horreur. Nous sommes, aux yeux du Protestant anglais, des parjures , des monstres de duplicité , des hommes avides de sang, crédules, sans entrailles, vils jouets du despotisme et de l'ambition des prêtres, en un mot^ des êtres dégradés, placés au dernier degré de l'échelle sociale. 11 trouve la ca^se de cette inique et monstrueuse prévention principalement dans ce qu'il appelle la tradition protestante, et dans l'absence des relations avec les catholiques.
De cette tradition protestante naissent d'un côté, la théorie qui nous méprise, de Tautre, le préjugé qui nous hait. Le préjugé a besoin d'être entretenu. Titus Oatés, Maria Monck, Jeffreys, AchiUi,Gavazzi, etc.,se chargent d'offrir au monstre de quoi satisfaire son insatiable avidité. Les ministres de l'Eglise UMie dans leurs chaires, les orateurs dans leurs meetings , les journalistes dans leurs feuilles périodiques , les romanciers et les écrivains dans leurs pamphlets, commentent et font circuler dans les masses les faits con trouvés inventés par la hadne et le fanatisme. — « Voilà donc ce qu'est le Protestan- )» tisme populaire considéré dans son opposition aux Catholi-
> ques. Sa vérité, c'est son établissement légal; sa philosophie, » c'est la théorie ; sa foi, c'est le préjugé; ses faits, sont des ûc-
> tiens; ses raisonnements, sont des erreurs ; sa sécurité, c'est » son ignorance à l'égard de ceux auxquels il s'oppose. »
Français, nous pouvons difficilement nous faire une idée de la ténacité de l'esprit de prévention et de l'ignorance pro* fonde qui domine cltôz nos voisins d'Outre-Manche, pour tout ce qui regarde la religion catholique; on pourra en juger par le passage aulvant :
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a L'homme prévenu est en voyage; tout ce qu'il Yoit dans les pays catholiques ne sert qu'à le confirmer dans la persuasion que ses notions sont vraies ^ et plus il voit le Papisme, plus il le trouve abominable. S'il rencontre dans les pays catholiques quelque désordre, quelque mal^ désordre et mal qui se rencontrent aussi bien chez les Protestants; c'est évidemment le Papisme qui en est cause. Si les grandes villes sont les écoles du vice, c'est encore au Papisme qu'on le doit; si le dimanche est profané, si Ton fête le carnaval, c'est la faute de l'Église catholique. Il raconte qu'il n*y a pas de maisons particulières comme en Angleterre, et que les individus sont entassés les uns sur les autres dans les escaliers. Pourquoi les laboureurs de Rome conduisent-ils si nonchakm* ment leur brouette sur le Forum ? Pourquoi les lazzaroni de Naplés s'étendent-ils avec tant d'insouciance sur le rivage de la mer? N*est-ce point parce qu'ils sont sous l'influence de ki malaria d'une fausse religion? La rage, dans le Romain est, on le sait, comme une sorte d'épilepsié, c'est presque comme si la volonté n'y avait aucune part et qu'il n'encourût aucune responsabilité ; voilà ce que c'est que d'être Papiste. Les saignées ne sont si fréquentes dans le Midi, et regardées comme choses aussi naturelles que la taille des cheveux en Angleterre, que parce que c'est une pratique empruntée aux coavents, où l'on s'en sert quand on désire calmer l'effervcscem:e des esprits trop ardents.
» L'homme prévenu qui voyage à l'étranger, se lève à l'heure accoutumée en Angleterre, il prend son déjeuner à son aise et va ensuite se promener dans les églises de l'endroit; il est scandalisé d'y trouver une preuve de ce qu'il avait sr sou vent entendu dire, de la rareté des communions parmi les catholiques. Il est entré dans plusieurs églises, durant le cours de sa promenade, et jamais il n'a eu la chance de rencontrer un communiant; oui, mais il eût pu en voir des centaines dans ces mêmes églises, s'il se fût levé de meilleure heure, parce que les fidèles ont la coutume de communier de grand matin. Mais ce qui le scandalise le plus, c'est que ni les évéques ni les prêtres, pas même le pape, ne communient aux grandeià fêtes de l'Église. Il assistait à une
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grand'messe, un jour de T Assomption, à la Minerve, pas un cardinal ne communia. — Oui, mais c'est que le pape, les cardinaux, tous les prêtres présents, excepté le célébrant, avaient déjà communié à leur propre messe, dans leur chapelle ou leur église, le matin de bonne heure. Ensuite : les q^lises sont si sales ; ornements fanés, mauvais goût, malpropreté, sont ici à Tordre du jour; oui, mais grâce aux protestants et aux impies qui, dans presque tous les pays où il y a des catholiques, ont volé les revenus qui servaient à entretenir la décence du culte. Il poursuit son chemin et rencontre des monuments : Qu'est ceci ? une statue de femme? qui cela peut-il être? Son cfcérone protestant, que son père ou son tuteur a peut-être choisi exprès pour le préserver dans ses \oyages de la contagion catholique, lui dit tout bas à Toreille que c'est la papesse Jeanne, et il se hâte de noter cela dans son carnet. Ce que je dis ici est arrivé, quant au fond, à une excellente personne, que j ai toujours estimée, que je ne voudrais point offenser et qui me pardonnera, j'en suis sûr, de citer une méprise qui n'était pas de sa faute. Elle était convaincue d'avoir vu à Rome le pape ou la papesse Jeanne, je crois même dans la basilique de Saint-Pierre; bien plus elle avait lu l'inscription du monument, qui commençait par ces mots : Joanni Papissœ (p. 294). »
Le protestant anglais, pur sang, croit aussi fermement à cette fable qu'aux XXXIX articles de son symbole. Et, triste aberration de l'esprit humain! c'est la papesse Jeanne, cette Papesse imaginaire, qui scandalise surtout les vrais anglicans, eux qui ont une Papesse vivante, une Papessç en^chair et en os^ la papesse Victoria; papesse dans toute la force de l'expression, étant, d'après leurs constitutions ecclésiastiques, en sa qualité de Reine : « La Gouvernante suprême de VÈglise t Angleterre : « Suprême Governor of the church ofEngland K » Ce qui contribue encore à nourrir dans l'esprit des partisans de l'Église établiey leurs préjugés et leurs préventions contre le Catholicisme, ce sont les calomnies des prêtres apostats, qui secouent le joug pénible de la religion catholique,
^ Bis Majestjfs Dedlaration, Prayer-Book, in fine» —Cambridge, 1661. — Oxford, 1852.
V? SÉRIE. TOME v, — N* 27 ; 1 862. (64« vol de la coll) 1 4