LE RATIONALISME CONTEMPORAIN
Par M. Tabbé de VÂLEOGEA'.
f rotdihne article \
Eieankms de M. Gousiii en Allemagne.— Son syncrétisme. — DoclriM de Hegel sur le développement de Vidée. — Set rapporta avec U théorie de M. Cousin sur la nature de Terreur. — Comment on cherche à prouver que Terreur n*est qu'une vérité incomplète. Réfutation. — L'erreur a-t-elle son origine dans la réflexion seulement P » Est-elle involontaire? — Comment s'eiplique la persistance des erreurs philosophiques et religieuses?
Lorsque M. Cousin marche sor les traces des philosophes da 17' siècle, il est fort contre Terreur ; il Tattaqae, il la poursuit, il la combat avec une puissance de logique Irrésistible ; son élocution est aussi plus claire , plus vive , plus brillante. Voyez ses leçons sur Locke ; sans doute, avant 1829, on avait soumis à un examen sévère V essai sur r entendement humain ; les principes dangereux de cet' ouvrage avaient été signalés, des réfutations solides avaient paru. Mais, il faut être juste envers M. Cousin, sa critique a quelque chose de plus saisissant, il a su^rendre avec une verve éloquente la polémique des Nouveaux Essais \ H. Cousin , malheureusement pour sa gloire , n*est pas resté fidèle
■ Paris« chez J. Lecoflire, me du Viev-Colombier , 79. 1 fort vol. in-8* ; prix: 7 fr.
■ Voirie 2« art. t. xt, n» 87, p. 221.
' \mtiiist. de la Philos^ au 18« siècle, t. it, par M. Cousin, et les Nouveaux
hssM sur Centendemenl humain, par Leibnitx.
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aux [diilasophes da grand siècle. En 1817, la pensée lui vint de s*initler aux doctrines des successeurs de Kanl et de Fichte '. Aussitôt il se met à parcourir les principales Universités d'outre- il hin. Eicborn,
Schleiermacher et de TVette lui résumèrent les conclusions les plus
audacieuses de Texégèse allemande ; Hegel surtout, le fascina. « Il me » présenta, Aous dit* 11, dans le langage à moite scholastique qui lui » était propre , une masse de propositions générales plus hardies et M plus étranges les unes que les autres , et qui firent sur moi Teffet » des ténèbres visibles do Dante. Tout ne m'y était ni entièrement 9 intelligible , ni parfaitement clair ; et ce que j'en saisissais, par on » secret rapport avec mes propres idées et avec mes instincis , me » donnait un ardent désir d'en connaître davaniage \ » Bref, au bout d'une heure , M. Cousin fut à Hégel^ Hegel fut à M. Cousin. Celui-ci avait trouvé, sans le cher cher , Thomme qui lui convenait ^ —En 1818 et en 1 82/^9 ses excursions recommencèrent ; Schelling et Jacobij son disciple, lui développèrent pendant un mois, la philosophie delà nature. Enfin , tandis que le gouvernement prussien le retenait captif pour ses opinions politiques, Gans et Michelet de Berlin lui présentèrent de nouveau les idées de Hégel. Avec Timagination vive et impressionnable qu'on lui connaît , on conçoit que iM. Cousin dut subir rjnlllueace d un enseignement tant de fois répété, il l'avoue lui-même,
' Voici comment il nous dépeint lui-mêniè Tétat de son «fprît à cette époque : « A parler franchement, j'en avais assez de la philosophie écossaiie. » Après ravoir étudiée sous M. Royer-Collard, je Ta vais moi-même eosei- » gnée, et il n'y avait pas un auteur de cette chère école que Je n'eusse ei- » pliqué et commenté Jusqu*à l'ennui. Reid m'était aussi familier que mon I» rudiment, et, pour Dugald-Stewart, le seul philosophe que ]*eusse rencon-
• tré & Edimbourg> j*au'rais pu lui réciter tous ses ouvrages. D'ailleurs la phi- » losophie écossaise s'arrête dans les éternels problèmes q u? se proposent ks > religions et les philosophies. Or, c'était précisément ces problèmet qil
• commençaient è se présenter k mon esprit; et une fois que Tesprit kl a » aperçus, il ne peut plus s'en séparer qu'il ne les ait résolus d'une maniera » ou d'une autre. » Revue ft-ançaise^ 1838, t. yi, p. 317. Ce fut donc ei Allemagne que M. Cousin alla chercher la solution de ces problèmes.
• Ibid. p. 230.
sQnae rappelle les paroles échappées à Plolin, lorsque, pour la picialira fois, il entendit Ammonius-Stccaf . « Voilà ce que je cherchaia. t
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et il s*en lait gloire. « Hegel, nous dit-ii , a l)eaucoiip emprunté à i SchelliDg ; moi y pins faible que l'un et Tautre, j'ai emprunté à tous » les deux. Il y a de la fblie à me le reprocher, et il n'y pas certes à » moi grande humilité à le reconnaître '. y* Nous nous garderons d'adresser sur ce point à M. Cousin des reproches qui pourraient rirtiter ; lious le plaindrons plutôt de s'être laissé prendre aux théotkê allemandes ; il a par là notablement compromis sa gloire ; et puis, une hante intelligence ne lui avait pas été donnée pour propager Terrenr; les erreurs passeront avec les livres qui les renferment ; à la vérité seule l'immortalité est promise.
Entre les fausses théories que M. Cousin est allé chercher en Allemagne, le syncrétisme doit occuper le premier rang, (^e système, il est vrai, n'a pas pris naissance au 19* siècle, dans le sein des Universités d'outre-Rhin. L'antiquité l'avait connu, on sait quel rôle il joue dans les conceptions de l'école rationaliste d'Alexandrie ; mais alors on remployait, en quelque sorte, sans le raisonner, on ne l'avait pas appuyé sur cet ensemble de sophismes qui, bien que faux, mais habilement présentés , font popr un tems , la fortune des plus mauvais systtoes. A l'Allemagne l'honneur de lui avoir donne une forme lavante ; elle a su dissimuler sa faiblesse au moyen de ses formules qu'elle crée avec une si prodigieuse fécondité. — Il fallait les rendre lisibles en français, la tâche était difficile, elle n'a pas effrayé M. Cousin ; disons-le sans détour aucun , travaillées par lui , elles ont reçu tout te d^é de clarté dont elles sont susceptibles ; mais aussi , les tHrindpes une fois posés, pas une conséquence devant laquelle on ait reculé. C'est dans les Fragmens pUilosophiqueSy et surtout dans ^In^roiuetUm à l'hittoire de la philosophie % que M. Cousin a dé«
' Fragnuns philos.^ préttce de la 2* édit., 1833, p. S5.
* 91. Cooêia vient de publier une noufelle édition de cet ouvrage. Il avoue
hi&^Biéffle qu*il f^y trouve des propositions hasardées ( m ). Il semble alott
Vi'U aurait dû les faire disparaître. Point do toutt ton parti en est pris; il les
Mire ùrévocMeSé Lhonnewr ne Im a pas permis de se corriger, (Ibid,)
I^ croyions, nous, que Vhonnenr, la conscience, faisaient toujours un de^
^ de se corriger. M. Cousin autrefois le pensait aussi, si nous Jugeons par
^paroles: « Tai fait bien des cours et beaucoup trop de livres; peut-on y
> trouTer un seul mol qui s*écarte du respect dû aua cbeies sacrées? Qu'on
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vdoppé sa théorie syacrétiste. Toat y parait réani pour iai assurer un succès durable ; c'est un luxe d'expression qui tous séduit, ce sont des sophismes dont le côté faible est habilement dissimulé, c'est un ton dogmatique et tranchant qui semble ne pas permettre le plus lé« ger doute.
Au reste» les principes de ce syncrétisme que 51. Cousin désavoue, sont venus fort à propos au secours de V éclectisme ; quand on n'a pas de critérium pour juger toutes les doctrines philosophiques , « à la » vue de tant d'opinions opposées, on est, dit Hegel, très-embar- » rassé *. » Et certes, cela se conçoit. — Cependant on a promis en termes magnifiques une philosophie qui doit être l'expression pleine et entière de la vérité , — qui doit efiacer le symbole catholique pur sa grandeur, par sa sublimité, par sa certitude ; que faire donc 7 — On n'imitera pas ce tyran de l'antiquité qui jetait ses victimes sur un lit de fer, brisant aux unes leurs membres, disloquant en allongeant ceux des autres ; mais on se montrera plein de tolérance pour toutes les conceptions de l'esprit humain. Les systèmes philosophiques n'éprouvent donc pas la plus légère altération ; ils seront lotis accepiéSf tels que l'histoire les présente ; on les combinera, on les réconciliera dans une vaste synthèse où chacun trouvera sa place ; cela s'appelle Aormoniser les contraires. Ainsi s'élèvera, avec des proportions colos* sales, l'édifice de la philosophie.
» me cite une seule parole douteuse, oulégère> et Je la relirtyle la desavoue » comme indigne d*un philosophe. > Frag.phil,^ préface de la 3*édît. 18 )3 ; 1. 1, p. 32, de la 3« édit., 1838. Nous doutons beaucoup que M. Cousin s'applaudisse plus tard de n*ayoir point tenu à son engagement. 11 est toml>é dans Terreur; c'est le sort commun de l'humanité; il fallait avoir le courage de retirer les eipressions qu*il reconnaît être hasardées i c*eùt été pour lui un beau titre de gloire. M Mais, dit-il, la calomnie a envenimé certains reproches, et » voilà pourquoi les passages incriminés sont irrévocables. » Nous somoNi loin d'approuver le ton acerbe que Ton peut avoir porté dans la eritiqne, ■OUI le déplorons même. Mais que M. Cousin nous permette de lui adresser une question : a-t-ii été traité plus durement que Fénelon ? Nous ne It croyons pas... M. Cousin sait quelle a été la conduite de farchevêque de Cambrai. Dans tons les tems» on Tadmirera pour sa soumission pleine et fnlière.
* Ltçom stur Vhisl, de la philos.^ 1. 1, p. 28.