SUR LE RATIONALISME CONTEMPORAIN
bientôt nous y reviendrons. Abordant, ponr le moment, l'objet propre de la discussion , nous allons rechercher qu'elle est la véritable naiure de r erreur.
Or, dans tous les tems, l'erreur, dit M. Riambourg, s'est produite sous plusieurs formes diverses. « Lorsqu'on attribue l'existence à ce >• qui ne l'a pas, ou qu'on dénie l'être à ce qui existe réellement ; lors- » qu'on donne à un sujet une qualité purement imaginairei ou qu'on » lui refuse un attribut dont il jouit, on est complètement dans le * faux '. • — Voyons les faits; pénétrons dans les écoles {Ailoso- {rfiiques ; admettons, pour un moment, que la réflexion, après avoir sommeillé pendant une longue suite de siècles , s*éveiUe avec Thaïes et Pythagore, dans les années 600 et 584 avant J. G. *. Alors son premier regard se porte sur le monde sensible : elle veut déterminer son origine. — • Une tradition remontant au berceau du genre humam, donnait à ce problème une solution : elle l'abandonne ; mais, en repoussant le dogme de la création^ elle se précipite dans l'erreur. Sa cosmologie est assez connue. Là, nulle idée d'un Dieu faisant^ par un acte libre de sa volonté sortir l'univers du néant. Cette nation, explicite ou implicite, n'est-elle pas déjà une erreur a6soluep — Viennent ensuite des affirmations. Les philosophes.de cette époque cherchent et placent dans la matière les principes de toutes choses '. Ils ne s'accordent pas, il est vrai, sur leur nature et sur leur nombre ; mais qu'on regarde comme tels l'eau, l'aùr, ou le feu, qu'on les prenne séparément ou qu'on les réunisse , qu'on ait recours aux atomes , ces élémens sont toujours supposés étemels. D'un autre côté, on leur donne le pouvoir d'entrer spontanément en action : tous les êtres naissent alors de leurs combinaisons. Evidem-
* QEavres éle JUamioarg^X, lu, p. 136.
* « Cest la Grèce qui a donné la philosophie au genre humain ; c'est donc
• en Grèce que commence lliistoire de la philosophie proprement dite, et
• c'est là qa1l faut d*abord la chercher; c'est là qu'elle a son enfance, ses •I Utonnemens et ses progrès. Tout ce qui précède lui est étranger. » H. Coam, Cours d'histoire de philos, moderne^ 2' édit. {*• série, t. ii, p. 402.
' Voir Arist. Métaph. i, 3; Beckk, p. 983, lig. 6. Nous a^ons cité ce passage d'ÂrUtotedans les Annales. Voir Systèmes philos, sur Forigine du monde, nfiérie>t.»v,p.405.
ment, sur ces deux points, Thaïes, Anaximène, Heraclite^ teûdppe et Démocrite, sont complètement en dehors de la vérité. ^ D'autres philosophes ont compris que les seules propriétés de la matière ne sont pas suffisantes pour expliquer le mouvement et Tharmonfe da monde. Ânaxagore et Platon proclament donc Texistence d'une intelligence suprême , cause efficiente de Tordre ; mais comprenons bien quel est le rôle de leur Dieu. Il ne crée pas la matière ; elle est étemelle comme lui ; ils le rédnisent , humble ouvrier, à travailler sur elle pour en tirer le meilleur parti possible, tout en reconnaissant qu'elle oppose \ sa puissance une limite infranchissable. Ainsi, il déplace les élémens primitifs qu'il trouve à l'état de chaos , il les réunit ou les sépare et leur imprime le mouvement ; puis , on le montre comme l'auteur de l'harmonie du monde '• Sand doute, il y a dans cette conception un progrès immense, si nous la comparons à celle des Ioniens et des Atomistes. Et cependant nous retrouvons encore ici une de leurs erreurs, l'éternité de la matière. Elle en entraîne une autre : admettre à côté de Dieu un principe qui trouva en soi sa raison d'être , c'est nier l'existence d'une cause véritablement universelle et inOnie, et par là même créatrice *.
Nous venons de parler de Dieu , si la théorie de M. Cousin est vraie, on doit s'attendre à trouver sur la nature et l'existence de la divinité, des idées mcomp/^/e^ , inadéquates ; mais en Vain chercherait-on des idées fausses absolument. Cependant dans l'histoire dijs conceptions de l'esprit humain se rencontre un mot qui exprime ont à la fois et la plus audacieuse des tentatives^ et la négation de la plus évidente des vérités. Valhéisme n'est pas une de ces chimères que l'on crée pour se donner le plaisir de combattre : comme le remarque très-bien M. Franck, il coule à pleins bords dans les théories d'Epicure et de Hobbes ». Ce n'est pas non plus un de ces systèmes
■ Nous avons voulu seulement signaler ici les caractères communs qoo présente la cosmologie d^Anaxagore et de Platon. M. H. Martin fait très^eB ressortir les dirrérences qui existent cependant entre lear système. Eludes sur U Tintée de Platon, t. ii, p. 190.
• Voir Dictionnaire des sciences philos, art. Dieu.
' Voir ibid. art. Athéisme.