‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 3)Chapitre 23 sur 103 · LA LÉGENDE DE KRIGHNÂ · texte numérisé non relu

LA LÉGENDE DE KRIGHNÂ

des albumens négatifs; le silence même de l'Evangile est mis à profit. Groirait-on en effet, que quelques rationalistes ne craignent pas d*a?ancer que , si les évangéllstes se taisent sur les actions de Jésus-Christ depuis Tâge de douze ans jusqu*à celui de trente, c'est que ce nouveau l^islateur avait jugé à propos, comme autrefois Solon et Pythagore, d'aller furtivement pendant sa jeunesse dérober la sagesse dans les Indes , pour, à son retour, Inculquer à ses sectateurs un symbolisme mi-parti judaïque et indien? Bene trovato ! Toutesfois on veut bien lui laisser l'honneur d'avoir enseigné une doctrine un peu moins absurde que celle de f^yasa-Déva. Et les faits? et les historiens? et les témoignages? on s'en embarasse peu ; la garantie de ces philosophes suffit; on doit les en croire sur parole. D'ailleui's n'ontils pas pour eux Tautoriié bien prouvée du système brahmanique, b prodigieuse antiquité de la philosophie indienne?

Mais voilà que tout cet cchaffaudage imposant s'est écroulé un beau jour.

Il existait dans l'Inde une langue sacrée et antique, qu'il n'avait été donné à aucun européen d'étudier; cette langue est le samcriL Les Anglais , devenus maîtres dans THindousian , firent tomber cette barrière ; le sanscrit fut étudié, enseigné publiquement , il fut permis de compulser les livres nombreux écrits 4ans ce mystérieux idiome. Sans doute on est encore loin d'avoir tiré au clair le monstraeox philosophisme indien ; mais ce qui, jusqu'à ce jour, est bien prouvé, ce qui est avoué par tous les savans de l'Europe, catholiques, protestans, déistes, athées même (si toutefois il en existe), c'est que. dans tout ce fatras brahmanique, on manqiœ de dates; c'est que ces livres, ces poèmes, auxquels on se plaisait à attribuer une antiquité si reculée, sont comparativement très-modernes ; c'est que ces œuvres théogoniques et historiques qu'on aimait à croire composées 2 on 3,000 ans peut-être avant l'ère chrétienne, ont été rédigées dansl^* 3', 6« et 12' siècles après JésxAS-Christ; c'est que s'il existe encore des livres qui offrent des traces probables d'antiquité , des interpola' lions maladroites attestent qu'ils ont été remaniés à des époques foi^ rapprochées de nous \

> Voir dans les Annales de philosophie chrétienne^ tomes xviti et xiit ^^ articles de M. Tabbé de Valroger sur les doctrines hindoues mises en rûfp^ avec les traditions bibliqaes.

EMPBUNTÊE AUX ÉVANGILES. 89

Nous pourrons succes8i?ement soumettre à nos lecteurs qnekpu ans de ces ()arallélismes intéressans qui les mettront à même de juger de quel côté est la vérité et le bon sens. Nous leur présentons aujourd'hui la légende de Krichna comparée à la vie de Jès%is»Chri9t. Dans les rapprochemens qui vont suivre nous avons emprunté beaucoup à un discours prononcé il y a peu de tems au milieu d'une société chrétienne par M. Garcin de Tassy, membre de l'Institut, honmie de science et de foi, de l'amitié duquel nous nous honorons. Ce savant indianiste s'est servi uniquement pour son travail du Prem^iagar^ c'est-à-dire , V Océan de V amour {divin) , qu'il explique aux auditeurs du cours public d'hindoustani. Ce livre , composé par le poète hindou Lallû est un éloquent tableau de la vie de Krichna, Nous y ajouterons quelques faits et des considérations qui n'ont pas dû entrer dans le plan de M. Garcin. Nous prévenons cependant que la traduction des extraits du Prem-sagar lui appartient toute entière : nous nous sommes permis toutefois de substituer à l'orthographe des noms propres l'articulation sanscrite, comme plus régulière et pour faire concorder cet article avec ceux qui pourront suivre.

Cherchons d'abord l'époque où vécut Krichna. D'après certains anteors indiens ce fut 3,100 ans avant notre ère; selon d'autres 1,900 ans; selon d'autres encore 1,000 ou 1^200 ans. Voilà déjà une chronologie fort indéterminée ; au reste il est certain que, s'il a vécu réellement, c'a été plusieurs siècles avant J^us-Christ Mais cela ne doit former aucune présomption en faveur du premier, car il est certain d'mi autre côté que le culte rendu à Krichna n'a guère conunencé <Io'au 6^ siècle de l'ère chrétienne ; et il est fort douteux que le krichna qu'adorent les Hindous soit le Krichna historique; autreinent ils lui eussent rendu un culte immédiatement après son appafitioQ, puisqu'ils le regardent comme une incarnation de f^ichnou. Il faut donc de toute nécessité, ou admettre qu'il y eut deux Krichna^ Ton qui vécut dans des tems antérieurs à Jésus-Christ et l'autre qui fnt honoré /l ou 5 siècles après la venue du Messie; et ces deux personnages auront été confondus à cause de l'identité de leurs noms, et de la similitude de quelques-unes de leurs actions ; ou bieU; si l'on lie vent reconnaître qu'un seul Krichna^ il faut le considérer sous un double rapport, et comme personnage historique qui n'a droit à

90 Là LtfiBNDE DB KRICHNâ

aocmi enite) etoomme penonnage aU^forique» dont le caUe a €oamenoé dm» dea wob ploa rapprochés de noui; ^oeindte qm loi art rendo esl la seule choae qui noua importe*

Ainsi fl est d'abord historiqoeaient oonataté que le culte de JTficAiia estpostérieoràoelaideJésas; il est donc posable que l'Erangile aoît entré poor beaucoup dans l'hommage renda par les Hindous )i ce mystûienx personnage.

Le nom même do Saufear des hommes n'a peut-être pas peu con* * tribué à donner le change ; car on peut fint bien regarder le nom de Kfiehna comme la transcription indienne du grec Xpcotoç» Chriiit d'autant (dus que dans plusieurs dialectes de l'Inde» ce nom est écrit et prononcé Krisina. La suite du parallèle nous démontrera si cette première supposition est dénuée de fondement; mais auparafantil est nécessaire de dire quelques mots du système ihéogoniquê de$ BrahtMneÉi et de ses analogies a?ec les dogmes du Christianisme»

Les Hindous croient à une sorte de Trinité ou Trimourii^ comme ils l'appellent 9 composée de trois dieux les plos puissans, qui ^ selon les uns, sont soumis eux-mêmes à un Dieu supérieur, principe général de tous les ^res, et suiTant d'autres^ srnit partie int^rante de la dii^inité. Ces trois dieux sont Brahma^ le principe créateur; FtchnaUf le principe conservateur ou sauveur, et Siva^ le principe destructeur. Si les deux premiers rappellent involmitairement les deux premièra personnes de la trinité chrétienne , on s'apperçoit aisément que le troisième est tout-à-falt différent du Saint-Esprit^ qui^ chex les Ghré» tiens, est le principe conserrateur ou vivifiant.

Le môme peuple admet aussi une incarnation on plutôt 10 incar* nations de /^icAtioti, seconde personne de la triade indiennei ces dix incarnations ou ataiar ayant eu pour but le salut d'un ou de plu* sieurs individus, ont ainsi procuré une sorte de Rédemption.

Or^ Krichna ou Kriitna est l'incarnation par excellence de f^idh nùUf c'est pourquoi il n'est pas mis communément an nombre des avatar. Le Brahme Padmanaba qui i dans le 1 V siècle initia Abraham Rogers aux mystères de sa secte , lui témoignait « qu'entre les ft dix apparitions de Fichnau^ celle-ci émit la plus admirable et la » plus extracM^naire; il en donnait cette raison, que Fichnau, dans » les autres apparitions, n'était venu qu'avec une partie de sa divfaiitéy

EMPBimTÉt AUX ËTAimiLBft. M

» oomme avec ane étincelle de iéa , qni tombe de toute 0a tnaaie i » mais qoe, quand il était venu an monde sous le nom de Kriêina^ » il vint pour lors avec toute sa divinité et que le ciel demeura vide ■* m

« On pourrait, dit M. Garcin de Taseyi comparer 1«b iocamationa » antérieures, manifestations imparfaites de la divinité, aux révéla«> » tiens prophétiques de l'ancien Testament) et, en efiét) les Hindoue » semblent y voir la même différence que nous entre ces révélations » et celle de l'Ëvangile : ainsi que dit saint Paul, au commencement * de sa sublime épître aux Hébreux : « Dieu , qui avait parlé autre- » fois..... par les prophètes, nous a parlé dans ces derniers tems par » son fils *« »

Voici maintenant des citations qui démontrent que la foi au Dieu incamé est le dogme prédominant dans le Prem-sagart comme dans l'Evangile.

Légende de Krichoa tirée du Prêm-sagar,

c O maître immortel, vous êtes le dieu des dieux '; personne fie connaît votre essence 4. Votre éclat se produit dans la lune, le soleil, la terre, le ciel. Vous vous manifestez partout.. ••

» Vous vous êtes incamé pour délivrer la terre du poids des maux qui l'accablent.. «••

» Seigneur, vous êtes le maîire de Brahma et des autres dieux. souverain du monde, votre puissance est immuable^ vous avez t^éé la nature et l'avez embellie. O Krichna , l'univers entier est votre manifestation. J'ai compris votre bonté, je vois certainement que vous êtes le créateur du monde...,.

» Yoas vous êtes incarné pour faire périr les pécheurs ■ et sauver

' ffutôire des Bramines; édition française d'Amsterdam, 1673.

* MoltifaHam, multisque tnodis olim Deoi loquens patHbusld prophetil, ■<^iiDè diebas istii locutus est nobis io fllio. Hebr.^ t^v, 1.

^ Dent dèorum..... Ps» ilix> 1, «^ aliài panim.

* Pater jufte, mundus te non cognovit. Joan., xm, 254

' Je n'ai pas besoin de faire remarquer combieD la première partie de cette piopoiition est opposée à la doctrine éTaDgélique. « Fidelis iermoMtt. qiràd ' ^hristos-Jesus venitin hune mundum peccalores salvos facere, » 1. Tim., ^ 15. Peut-être cependant pourrait-on Tentendrc dans le sens du roi-prophète :

* Cait«dlt Domintis otnaetf diligentes se t H omnes peeealores dùperdel, » ^'' cxLiT, 21; ou dans celui du saint yieiilard Siméon 1 « Eûee posltns eM hie

* <n rainam et in resurrectionem moltoram in Israël. Luc. 11, 34.

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