LA LÉGENDE DE RRICHNA
le monde. Vous êtes le Seigneur invisible , indivisible , infini. Mais, à cause de vos adorateurs, vous vous êtes rendu visible. Si votre bonté ne vous eût porté à le faire, vous seriez resté éternellement un esprit sans corps. Dans votre manifestation extérieure^ le cjei est votre tête. . • ; la terre, vos pieds; les nuages, vos cheveux...; la lune et le soldi, vos yeux; SraAma, votre esprit; Siva^ votre majesté; le vent, votre souffle; le mouvement de vos cils y le jour et la nuit; le umnerre, votre voix.
I» Ce monde est un océan de peines; ses eaux sont le souci et la sensibilité. Sans le secours de 1» nacelle de votre nom ', personne ne peut parvenir au-delà de cet océan difficile : voilà pourquoi beaucoup s'y noient en voulant en sortir (d'eux-mêmes). Les hommes qui pendant leur vie, alors qu'ils sont revêtus du corps, ne vous adorent pas, ne pensent pas à vous, ne s'adressent pas à vous, ceux-là oublient leur devoir et voient s'accroître leurs péchés..... L'habitant du monde qui n'invoque pas votre nom est semblable à celui qui laisse l'ambroisie pour se nourrir de poisson ; celui-là, au contraire, dans le cœur de qui vous résidez, et qui chante vos louanges, possède la vraie piété et acquiert le salut...; »
Plusieurs des invocations précédentes ne seraient point déplacées dans la bouche d'un Chrétien.
Venons maintenant aux particularités de la naissance et de la vie de Krichna.
Il descendait de Vadou , dont le nom rappelle celui de Juda » père de la tribu de laquelle était Jésus-Christ Son père était on JTctotriya nommé F^asou-^va^ et sa mère Dévaki^ sœur du roi Kama^ et fille du roi Devaka. On se souvient que Marie était aussi de race royale. Krichna vint au monde pour détruire la puissance da tyran Aansa, son oncle, l'ennemi étemel des dieux ^ confondu avec le génie du mal. Celui-ci sachant qu'il devait naître de Déoaki on enfant qui lui ôterait un jour la couronne et vie , la retenait prison* nière avec son mari afin de faire périr plus sûrement les fruits de leur union. H réussit dans son cruel dessein sur les six on sept pre*
■ Nec enim aliud nomen est sub coelo datom hominibiis, in quo oporteat f>ef lahrot fieri. Tit. ir, M.
EMPRUNTÉE AUX ÉYANGILES. 93
mîers ; mais lorsque Krichna naqait , son père et sa mère trompèrent la Tîgilaace de Kansa, et le firent élever sur les rives de la Vamounâ , en le confiant aux soins du berger Nanda et de sa femme Yàsodd. Notons en passant cette particularité frappante, que le nom de Ya$oda(Jasudâ), appelée aus^ Joêumaii^ peut fort bien se traduire par mère de Jésus.
. Sa naissance ftit précédée de celle de Bala-Râma son frère , mais d*une autre mère, et son précurseur pour ainsi dire comme Jean- Baptiste le fut de Jésus-Christ.
Noos retrouvons dans les Dévatas ou Déotas (divinités inférieures) qui célébrèrent la naissance de Krichna ^ le souvenir des anges qui chantèrent celle de Jésus-Christ.
« Tous les Déotas, dit Fauteur du Prem-sagar^ ayant laissé leurs chars dans l'espace des airs , et s'étant rendus invisibles , vinrent à Maihoura, dans la maison de Fasaudéva^ dont la femme Dévaki portait Krichna dans son sein. Là , lés mains jointes , ils récitèrent le véda et chantèrent des louanges en Thonneur de cette divine grossesse. Personne ne les vit , mais chacun put entendre leur chants. » L'adoration des bergers de Bethléem trouve aussi son pendant dans h vie du héros indien.
t Tous les vachers et les bergers de Gokoula firent prendre à leurs femmes des pots de lait sur la tête , et eux-mêmes ils vinrent en chantant offrir à Nanda^ en Thonneur de la naissance de Krichna^ leurs ^ et leurs congratulations. »
Iln*y a pas jnsqu'à l'âne traditionnel de la crèche qui ne joue un HMe à la naissance du fils de Dévaki.
Le passage suivant rappelle en même tems et les recherches faites par l'ordre d'Hérode par les prêtres de Jérusalem, et les prophéties fonnnlées par le vénérable vieillard Siméon.
« An matin , Nanda s'étant levé envoya prendre les pandits *, et les ^^ognes. Ceux-ci apportèrent leurs livres et leurs tables astrologiqneg; puis, ayant étudié l'aspect des planètes et médité sur leur combinaison , ils firent la déclaration suivante : a Cet enfant est la * seconde divinité ( la seconde personne de la Trinité) ; il anéantira
'Ou savant.
9b LA LfiGBNOB DE KRISHNA
» tous les utùura ( les maaYais génies oa démons ) , et décbarg^nk » terre de f^rcuija, da fardeau de ses infortunes.*. Tout le monde cé- 9 lébreca sa gloire. •. »
Kriehna est obligé de se soustraire par la fuite à la fureur de Kama, comme Jésus à celle d'Hérdde.
F^asoudèva dit Nanda : « Le vil Kama enverra chercher sans 9 doute l'enfant Krichna , dont il désire la mort. ÂUez vous-en tons 9 d*ici ' avant que les Rakkhas ^ viennent vous chercher. On ne sait » pas^ en effet, jusqu'où peut aller la perversité d'un bonune m^ • chant. 9
Au massacre des innocents correspond l'ordre donné par Kamu^ de tuer tous les enfans de la tribu de Yadou , pour envelopper Kri^ chna dans ce meurtre ; cet ordre est exécuté, tous les enfans périssent, à l'exception de Krichna f qui, comme Jésus^ échappe seoi au dangen
Nous pouvons rapprocher des inquiétudes de Marie^ lorsqu'elle eut perdu son divin fils à Jérusalem , la désolation de Yasodà » lorsque Krichna resta à Mathourâ. Voici ce qu'en dit le Prem-êagar :
Krichna renvoya Nanda^ les bergers et leurs enfans à f^rindâvana, et lui-même, avec Bala-Râma et quelques amis, resta ïMê" thourâ. Alors, les premiers s'acheminèrent, pensifs comme un joaillier qui a perdu toute sa fortune ; cependant ils arrivèrent à rrindâvanë. En apprenant leur arrivée, Yasodà accourût très-émuc ; et n'ippercevant ni Krichna ni Bala-Râma^ elle dit à Nanâai • «Obi » mon époux, où avez-vous laissé notre fils? au lieu de le ramenoTt » vous avez apporté des vêtements et des joyaux ; c'est comme si 9 vous aviez jeté hors de la maison l'or qui s'y trouvait et que vous é» l'eussiez remplacé par du verre. Insensé, vous avez laissé l'ambroir » sie pour le poison: vous avez fait comme l'aveugle qui, sansl0 » savoir, a trouvé la pierre philosophale et la jette ; puis, quand il e0
' Tradaction presque littérale de ce passage : •< Fuge in i^gyptum... futamis^ » est enim ut Herodes quoïrat puerum ad perdendum eum. Mattk. ii, 13.
• Lci Rakkhat^ en sanscrit Râkehasa, sont des mauyais géniSs ennemi' des dieux ; mais ce terme est pris ici uniquement dans le sens de me'elui^^ ou scélérat.
EMPRimTÊB AUX ÉTAIRGILISS. 95
» entend tinter les qualités , il se frappe la tête de dépit. » Naoda » rendit : « O femme , n'appelez plos Kriehna votre fib t recon- » niisseB-'le poor votre Seigneur^ et adorez-le* »
Ce fait a cela d'important, qu'il signale pour ainsi dire l'émancipation de Kfiehna^ l'époque oà il commence à agir comme Dieu » et d'une manière indépendante. Ainsi, dans l'ËTaiigile, lorsque Marie dit I Jésus : « Voilà que votre pète et moi vous cherchions tout cha- » grins ; » il lui répond : « Ne satez-^TOos pas qu'il fallait que je a m'occupe des alEdres de mon pire ' ? « comme pour lui rappeller qn'nn autre que Joseph avait droit à ce titre. Plus tard , au commencement de sa divine mission , il dit à sa mère; « Femme » qu'y I m-il mtre vous et moi * ? »
Ansn , il est bien constaté que Kriehna est véritablement f^ichnotif qn'il est réellement et substantiellement le seconde personne de la triade indienne. Citons encore le Prem-sagar :
« Kriehna est le Dieu des dieut t personne ne connaît sa manière d'être.*. U est le Seigneur de Brahmâ et de Siva. Il faut l'adorer le premier et courber sa têie devant lui. De môme qu'en arrosant d'^ftu les branches d'un arbre, toutes les feuilles sèches reverdissent ; ainsi, en faisant le poûjd (l'adoration ) de Kriehna^ tous les dieux sont satisfaits. U est le créateur du monde, il produit, il conserve, il détruit * ; ses actes sont infinis. Personne n'en connaît le but... U s'est incamé par amour pour ses créatureé^ et revêtu d'un corps» Sigitcomme une créature humaine. »
In compagnons de ce personnage proclament hautement sa divi- !■ nhét comme dans l'Évangile nous voyons saint Pierre confesser celle i| de Jésos ; en s'écriant : « Vous êtes le Christ i fils du Dieu vivant * » ^1 Alors tous les bergers dirent à Kriehna : « Seigneur, vous nous iil * i^et tt'ompés pendant longtems, mais maintenant nous connaissons g| * le mystèrei Vous êtes le créateur de l'univers, celui qui efface les * péchés des créatures > le Seigneur des trois mondes ; soyez bien-
* Lttc. n, 49.
' Dominas mortiOcat et YiviGcat. I. Be^, ii, 6.
* Matih. XVI, 16.