EMPRUNTÉE AUX ÉVANGILES
L*aiiecdote suivante nous paraît rappeler rempressemcut da pablicaiii Zachée^ pour voir J.-C , et l'accueil qa*il reçut du Sauveur,
« jékroûra, après avoir pris congé de Kansa^ monta sur son char et se dirigea vers yrindàvana. Toutefois , il se disait à lui-même : « Ai-'je accompli quelque acte pieux , quelque pénitence^ quelque » sacrifice qui puisse me mériter le bonheur de voir Krichna ?.•• »
I Jkroûra craignait aussi dans son esprit que Krichna ne vit en «iflique renvoyé de Kansa ; « mais» disait-il néanmoins, puisqu'il * connaît l'intérieur, il ne doit pas ignorer Taffection qu'on lui porte, » et il doit distinguer entre les ennemis. Il ne pourra donc me croire > tel que je parais être ; mais il s'empressera de me serrer avec bonté » à son cou et de poser sur ma tête sa main aussi douce que le lotus. .« » Alors je pourrai regarder fixement la beauté de ce corps de lune et «je donnerai par là le repos à mes yeux... »
« Cependant Akroûra poussait son char vers l'endroit où se trounit Krichna t Bala*déva et les bci*gers qui faisaient pâture les vaches... En voyant de loin la face de Krichna , Akroûra descendit de son diar ; il courut et se jeta au pieds du Seigneur. Il était telletteat hors de lui qu'il ne pouvoit proférer une parole ; des larmes de joie coulaient de ses yeux. Kirchna le releva, et, l'accueillant avec beaucoup d'amiiic, il le prit par la main et le conduisit à sa maison.. • »
Noos retrouvons un empressement plus grand encore et plus unaidmelorsde l'entrée àe Krichna et deBala-Rama, son frère, dans la vilie de Mathourâ, Libre au lecteur de voir dans les manifestations eitérieures des habitants de cette ville , un souvenir de l'entrée triomphante de Jésus-Christ dans Jérusalem.
« Comme la nouvelle de l'arrivée de Krichna et de Bala-Rama circula dans la ville de Mathourâ , les habitants accoururent ', ou- Uantles affaires de leurs maisons... Les jeunes femmes laissèrent l'ime son repas , l'autre le bain , une troisième la prépar^ition de sa coiffure.. . Laissant la retenue et la crainte , l'une se met à sa fenêtre, r«itre à son balcon ; celle-ci reste debout à sa porte , celle-là court et erre dans les rues. De tous côtés elles étendaient les bras, elles
1 Corn intrasset (Jésus) Jerosolymam, commota est universa civitas. Matlb. 111,10.
lU SÉBIE. TOME XVL— N* 92.; 1847. 7
102 LA LÊQKVDK DE &RIGRRA
montraient Krichna en disant : « Bala>^Rama est ce blond qnl a des M TÔtefflents blôds, Krichna , ce bran qui en a de jaunes, i» Ceilea^l «» ont fait de bonnes actions dans nne Yie.antérienre qol anjonrd'iim 39 ont obtenii de toir ce que nous voyons.. • w Cependant KtkkM s'en allait dans les mes , les places et les marchés ; on répandait sor loi , du hatit des maisons de la ville ^ des parfums et du sandd ^ et joyetrsement on faisait tomber sur loi nne pluie de fleurs *•« • »
M» Garcin de Tassy termine son discours par nne anecdott mi peo longue sur laquelle il n'établit aucun parallèle , mais qu*il considère comme une espôco de parabole sur le détacbement des biens dn monde, et sor la pauvreté d'esprit. Nous la reproduisons ici toute cfr* tière parce qu'elle est propre à faire connaître où en sont les Indioni par rapport à certaines vérités spéculatives et pratiques<
« Dans la contrée méridionale de Tlnde, nommée Dravida *i ha* bitaient des brahmanes ^ et des marchands, qui étaient très-dévots, à Fichnou. lis se livraient à la méditation sur lui ; ils faisaient du sacrifices, de bonnes œuvres, des aumônes, respectaient les sainuat les personnes pieuses , honoraient les vaches '• Parmi enx ae tu»" Tait un brahmane nommé 5ou(/4m<i, qoi avait eu le même goMraA que Kirehna, Son excessive maigreur annonçait sa misère , qol était telle, qu'il n'avait réellement pas de quoi se nourrir, et qu'il n'aiaif pas le moyen de renouveler le chaume de sa maison. Un jouTi si femme, qde son extrême pauvreté tourmentait vivement, dit à son mari : «t Seigneur, la pauvreté où nous sommes plongés nom met » dans une position bien pénible. Mais , si vous voulez en sortir) ja » vous en indiquerai les moyens. — • Quel est-il donc , dit oe bralh » mane ? — ^ Votre meilleur ami , répondit^Ue , c'eat le maltri des >» trois mondes ( savoir) : Krichna , l'habitant de Dicàrikà , je aib » sûre que si vous allies le trouver, votre pauvreté cesaerait i ctf 9 Krichna donne à son gré la volonté, la justice, le pouvoir H i« sa^ » lut.ii -^ Mais, mon amiei lui répondit Joud^mii « KrichfH^wb
' Aiii csdebant ramog de arboribus et sternebant in ?ià. Matth. xii, 8.
• C'est le pays où on parle Tamoul et où est située la colonie française de Pondichéry {Noie de M. G. de Tassy).
< On sait que c*eit un point de religion fort recommandé el fM métllaiia chez les Indiens.
EMPRUMTlUË AUX fiTANOlLBS. iOS
• domie rien sans receiroir d'avance qnelqae ciioae^ Tel est Tonge I» qui existe dans le moiide ' ; auaai n'ai'je jamaia rien reça, parc« » que je n*Bi Jamais rien donné ( h cause de ma pauvreté )< Toutefois, » iKiiir te jEaire plaisir, j'irai et je ne reviendrai auprès de toi qu'après » avoir vu Kriehna. »
N Hors la femme de Soudâmâ mit dans on fient moreeau d'6- Hiffe blanche, un peu de riss, pour que son mari put l'offrir au maître en forme dé présent i puis elle plaça devant lui un vase de terre entouré d'une corde et d'un bâton, et après avoir invoqué Ganicha ( Dieu de la sagesse ), et pensé à Krichna^ il se mit en marche vers la ville de Dwâtikâ, Pendant tonte la route , Soudâmâ disait en luimême : « Les richesses ne me sont pas destinées; mais mon but, en » allant à bwârikâ , est seulement de voir Krichna. »
t En arrivant à cette ville, il fut étonné de la trouver entoorée de Pocéan des quatre côtés. Il y avait des bois et des bosqnets remplis de Heurs et de fruits, des étangs, des réservoirs et des puits à roues , où f on voyait les seaux monter et descendre. On apercevait des plamcs où paissaient des vaches que gardaient en jouant de jeunes bergers. Soudâmâ^ après avoir admiré la beauté des bois qui environnaient la ville, y entra, et put voir ses magnifiques palais resplandissants d'or et de pierreries. Çà et là, dans des lieux consacrés spécialement au plaisir , les fils de Yadou avaient formé des réunions pareilles à la Cour d*Indraé Dans les marchés, les chemins et les carrefours, on vendait tontes sortes d'objets. Dans différentes maisons , on chantait les louanges du maître et on distribuait des aumônes; dans toute la tnie enfin, il régnait une grande joie. Cependant i'oïK^dmâ parcourait la fille, demandant le palais de Krichna. Enfin , il se présenta à la porte principale et s'informa timidement où Krichna tenait sa cour. On lui répondit que Krichna était dans Tintérieur du palais, et qu'il te trouverait assis en face de lui sur un trône de pierreries.
» Soudâmâ entra en effet; mais aussitôt que Krichna l'apperçut^
* C'est-à-dire dansTlnde. £n effet, on n'y aborde jamais un grand sans lai offrir un présent et même quelquefois une simple pièce de monnaie {^olc de M. G. de Tassy).
IQk LA LÉGEMDB D£ KRICHNA
il descendit de son trône, et l'ayant pris amicalement par la maiiiil l'y conduisit, l'y fit asseoir et loi laia les pieds '•
» Cependant Soudâmâ dit à Krichna : «O dicn de bonté, anddi » pauvre I Seigneur, qui connaissez les cœurs, vous savez tout, etriea » au monde ne vous est caché \ » Krichna sourit, comprenant tout de suite ce qu'il désirait % puis il lui dit : « Pourquoi ne me remet- » tez-vous pas le présent que votre femme m'a envoyé ? » SoudâÊ^^ troublé et confus, lira alors de dessous son aisselle le paqaet de rii; Krichna l'ouvrit, il en prit deux poignées qu'il mangea avec phisift et dit : « Celui-ci est mon grand ami, je ne saurais trop célébrer ta » louanges. Il considère le bonheur extérieur comme l'herbe des » champs. >»
« Puis Krichna offrit h Soudâmâ des mets des bix saveurs, loi donna du bétel à mâcher, le fit ensuite étendre sur un lit aussi moi que l'écume. Souddnuî fatigué du voyage, ne tarda pas à s'endormir. Pendant ce lems le maître ap|)c!a f^istrakarma et lui dit : « Alia M tout de suite bâtir pour Soudâmâ un beau palais enrichi d'or et de » pierreries ; vous y placerez les huit pouvoirs (de la nature) , et les M neuf trésors de Kouvéra (dieu des richesses), pour que Soudaine » n'ait plus rien à désirer. »
« Au matin, Soudâmâ se leva, se baigna, fit la méditation, l'adoration et le poudjâ, puis il alla auprès, du maître pour prendre congé de lui. Ce dieu ne put rien lui dire, tant il était affligé de son départ; il le regarda seulement les yeux mouillés de larmes. Cependant Soudâmâ se mit en route, et, tout en marchant, il pensait en lui-même qu'il avait agi sagement en ne demandant rien à Krichna : « Si je » l'avais fait, disait-il, il m'aurait sans doute accordé l'objet de ma » demande; mais il m'aurait trouvé avide et immodéré dans mes n désirs. N'y pensons plus ; je ferai bien entendre raison à ma femme. » Krichna m'a fait beaucoup de politesses et d'honneur^ et comme
I Jésus-Christ aussi avait lavé les pieds du pauvre Pierre et des autres
apôtres.
* Nunc scimus quia scis omnia. Juan, ivi, 30. — DoniiDc, tu omnia nosti. îbid.y XXI, 17. — Deus autem novit corda vcstra. Luc xvi, 1' .
^ Jésus autem scieni cogitationcs eorum. Matth. mt, 25.