‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 3)Chapitre 28 sur 103 · EMPRUNTÉE AUX ÉVANGILES · texte numérisé non relu

EMPRUNTÉE AUX ÉVANGILES

• il I TU que je ne demandais rien , il a pensé que son bon accueil » ^allait pour moi des /oA/is > de roupies. » En se livrant à ces réflexions, Soudâmâ approcbail de son village; mais il fut trè8« étonné de ne plus trouver sa chaumière, ni même le lieu qu'elle occupait : à la place s'élevait un beau palais digne d'Indra. Le pauvre Soudâmâ fut fort affligé à cette vue. « Qu'as-tu fait » Krichna ? » s*écria-t-il. J'avais une douleur, et tu m'en as donné une nouvelle.

> Qu'est devenue ma cbaumièrc? où est ma femme 7 » Cependant il « demanda au portier à qui était ce beau palais. ^•kSoudâmâ^ l'ami » de Krichna^ répondit le portier. » Soudâmâ allait répliquer, lorsqu'il apperçut dans l'intérieur sa femme couverte de beaux babits, ornée de joyaux de la tête aux pieds, parfumée et mâchant du bétel. A la vue de son époux , elle s*approcha suivie de ses compagnes, et loi dit : « Pourquoi mettez- vous le pied dans ce palais en hésitant? » sachez que F^iswakarma est venu en votre absence et l'a bâti en » on instant. »

« Alors Soudâmâ devint fort triste. Sa femme, étonnée, lui fit observer que -tout le monde était content d'acquérir des richesses, et quo lai seul en était fâché. Mais Soudâmâ lui dit : « Chère amie, » oui, je suis fâché que le Seigneur m'ait donné des richesses illu- » soires qui ne sont que tromperie. En effet, elles ont trompé, elles "trompent et elles tromperont le monde entier. Oui, je suis fâché

> que Krichna n'ait pas eu confiance en mon amour. Lui avais-je » demandé ces biens, pour qu'il me les ait donnés 7. •• »

Terminons ce parallèle. Krichna finit par triompher de Kama; il délivre ses sectateurs du joug de ce tyran et établit sa puissance ^ les ruines de son ennemi. On pcut^ voir dans ce Kansa l'image du génie du mal, de ce Satan^ perpétuel adversaire du genre humaia ^t de Jésus, et qui a succombé sous les coups de l'Homme-Dieu. On retrouve le même symbole dans le serpent Kâliya vaincu aussi par krichna. Mais si, d'après le témoignage de Jésus-Christ lui-même, ^Q royaume n^était pas de ce monde % si son règne a du être fondé

* Lakk signifie cent-mille, La roupie est nne monnaie indienne qui vaut 3 francs âO centimes.

' Joan. XT1II, 36.

KM LA LÊ6ENDB M KRIGBMA CliraUlITCfi AUX ÉVANGILES.

0Dr les cœnrs et sar les intelligenees, celai dis Kriehna oïïrt tons les caraetères d*un règne humain et temporel. Ici s'arrête le parallèle; Il y a loin, bien loin, des monstrueuses amours de Kriehna avec les 10,800 bergères, à la chaste intégrité du Dieu fait homme qu'adoreiat les Chrétiens.

Si nous considérons la mort de l'un et de l'autre, ici surtout le sujet se refuse à toute comparaison ; Kriehna meurt tout humainement, tué par un chasseur maladroit qui le prend pour une bête fauve, comme si l'auteur de cette œuvre théurgique n'eût su comment se débarasser de son héros. Ainsi le Paganisme n'a pu rien inventer, rien imiter qui ait le moindre rapport avec la mort adorable de celui qui seul est véritablement le Sauveur dç l'univen entier.

Pour nous résumer en peu de mots, nous voyons en Jésus-Christ et en Kriehna identité de nom, similitude d'origine et de nature divine, quelques traits analogues dans les circonstances qui ont accompagné leur naissance, quelques points de rapprochement dans leurs actiy, dans les prodiges qu'ils ont opérés et dans leur doctrine ; toutefois nous n'avons pas eu intention de donner comme démontré qpe la l^cnde de Kriehna ait été calquée réellement sur l'Ëvangile; noos convenons que les analogies que nous avons signalée^ ont pu être fortuites; nous laissons au lecteur à juger jusqu'à quel point elles sont probables. Ce serait en effet un fait fort curieux que le christianimne ait fourni ù l'antique brahmanisme un avatar hors d'œnvre, une mcarnation de la divinité plus intime que les précédentes. Des |recherches plus approfondies nous apprendront peut-être un jour ce à quoi nous devons nous en tenir touchant cette supposition. Mais ee qui jusqu'à présent se trouve hors de toute contradiction^ c'est que l'£vangile n'a rien emprunté au culte de Kriehna , puisque ce culte lui est postérieur de plusieurs siècles.

L'abbé BERTRAND, De la Société asiatique de Paris.

LE FOURIÊBISn DITAMT LB SIÈCLE. 407

. PlDsieurs fois nous avons eu la pensée de^mettre sous les yeux de

nos lecteurs les principes philosophiques et religieux de quelques

jeunes gens^ honunes de talent et de caractère, pour lu plupart, qui,

recoeiliant une partie de l'héritage du SaintSimonismey font depuis

quelque tems de Véconomie politique et de la philosophie, ou de

la religion , dans deux recueils la Démocratie Pacifique^ journal

quotidien , et la Phalange, journal mensuel. Mais nous avons été

JDâqo'ici distraita de cette tâche par la nécessité de débrouiller un peu

k (^amp de la polémique catholique et de rasseoir sur des bases dif-

^mtes de celles de nos adversaires, et qui nous permissent aussi do

les attaquer avec avantage. Ces bases sont celles de la philosophiû

traditionnelle^ de la révélation extérieure, de la séparation complète

de Pieu et dç Tbommei de l'exclusion radicale et définitive des mots

émanation^ écoulement, union directe ^participation, propren^ent

djtei appliquai la raison divine et à la raison humaine^ etc. s et^ eufin,

de Vimpo$sibilité d^ f invention des dogmes et de la parole par les

forces de rbommq.

Jtlaiot^oant que ce^ bases sont bien posées, et adoptées par tous les çatboUqiies qui comprennent bien la situation et les nécessités de U polémique entre l'Eglise et la Philosophie, nous pouvons commencer avec plus d'avantage l'exposition des principes fouriéristes.

Mais ce n'est pas une chose facile que de formuler ces principes avec cette exactitude et cette impartialité , que les ^innales mettent daqs toutes leurs discus^ons, Amssi nous décidons nous à adopter une axpositioa qui yieot d*dtre faite par un terivain qui nous sembla èfw réuni toutes ces qualités.

108 LE FOUBIÈRISMÈ

M. de LonrdooeiXy à qui nons la devons et qai Ta insérée dans h Gazette de France ^ est auteur lui-même d*un ouvrage philosophique remarquable, ayant pour titre : De la Raison Universelle pow servir d*introduction à la philosophie du Ferhe ^ Nous pourrions bien avoir quelques observations à faire sur certains passages où il nous a semblé que Tauteur s'est tenu trop près de la philosophie de Malebranche , mais nous n'en conseillons pas moins la lecture à cenz qui s'occupent de philosophie ; ils y trouveront un grand nombre de points de vues neufis^ de pensées ingénieuses et profondes, etqo'ib chercheraient vainement ailleurs. — ^ Voici donc l'exposition qu'il bit des principes de Fourier et de son École.

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