L LE FOUBIERISME DEVANT LE SIÈCLE
1. La première base de ce système est celle-ci : 1" Les attractions lont proportionnelles aux destinées; 2* les lois de la musique doivent être appliquées à l'organisation sociale.
Les hommes de talent et d'esprit qui rédigent la Démocratie F ocifique ne donnent à leurs lecteurs que les points des doctrines sociétaires qui se rapportent aux questions d'économie politique soulevées par la marche des événemens.
Il s'en suit que le public ne peut se faire une idée exacte de l'ensemble du système de philosophie générale auquel Fourier a donaé son nom.
Nous croyons donc qu'il est utile de faire connaître cette doctriae dans ses principes et dans son application, et de faire apparatire toot le Fouriérisme devant le siècle auquel il s'adresse par toutes ses voix.
C'est ce que nous allons faire dans une série d'articles, qui sont le résultat de l'étude sérieuse et approfondie que nous avons laite des écrits de Fourier et de ceux de ses disciples ; nous espérons qu'on r^ connaîtra l'esprit d'impartialité qui a présidé à ce travail.
* Vol. in-8. A Paris, chez Sapia. Prix : 6 fr.
• Toutes les citations faites dans ce travail sont prises dans les traitai de Foilrier publiés en corps d'ouvrages et dans les publications posthumes decM auteur, dites par la Phalange,
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La Démocratie Pacifique exprimait, il y a qnelqae tems, le désir fÊfd le système qu'elle défend fût enfin examiné avec tonte la gravité fi'il mérite. Nous répondons ainsi à son désir.
LeFoariérisme a ponr base l'application au monde moral du principe d'attraction découvert par Nevrton dans le monde physique, loorier s'est fondé sur l'unité de Dieu pour soutenir que la même loi dût diriger Tunivers, et que cette loi doit avoir l'ordre pour réiritat quand elle n'est pas contrariée dans ses effets. Dieu, selon lui, a combiné tons les penchans naturels de manière à ce que les actions déterminées par ces penchans concourent, avec les phénomènes de la aatore et ja marche des astres, à l'harmonie universelle. Toute cette théorie se résume dans cette formule fondamentale de Yécole $ocié' Uire: Les attractiong sont proportionnelles aux deitinées.
Ainsi, selon Fourier, les interdictions qui contrarient les penchans ittords produisent seules les désordres et détruisent cette harmonie : lei hommes qui maintiennent ces interdictions, prêtres, législateurs^ Boralistes, font injure à la sagesse et à la bonté de Dieu ; car ils supfoient qu'il aurait placé dans l'humanité des mobiles dont la puissance, SMirait invincible, tendrait à la conduire au mal. Ce sont donc ces légiriatenrs qui font le mal en gênant l'essor des passions. Ces passions iOBt bonnes, et les entraves qu'on leur oppose sont mauvaises.
Cependant la sagesse de Dieu n'est pas tellement souveraine sur la tore, qn'die n'ait besoin, selon Fourier, du concours de la sagesse kmame. Pour que tous ces penchans divers, toutes ces passions ne indoisent pas la coitfosion et les confflits, il faut grouper ensemble b individus dominés par la même passion. Ici apparaît ce que Fourier appelle Vordre sériaire, c'est-à-dire qu'il forme , de tous ces pDopes, des séries engrenées ou contractées de telle sorte qu'elles piinent concourir à l'harmonie générale. La science musicale a fourni ridée et les lois de cet ordre sériaire.
Les groupes formés sur chaque passion sont comme les ganmies d'un chvier, ayant leurs ioniques, leurs modes majeur et mineur y leurs iÊminantes et sous-dominantes^ leurs dièzes et bémols, et pouvant bmier desaccords de tierce, de quinte et d'octave. Du reste, en applipnntcesloisdela musique à l'organisation sociale, Fourier ne fait que le coofiormer à un principe universel : non-seulement il assure que les
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mondes planétaires forment aossi des games parfaites, mais dit que les lettres de l'alphabet, les dents de la mâchoire hamafaie, les do^ de ia main et jusqu'aux |rfèces de notre charpente ossense, sont pb* ces dans des rapports analogues à ceux des notes de musique.
Fourier ne doute pas que cet ordre sérlaire réalisé dans la soeUté ne produise la satifaction complète des individus, la richesse et le boaheur de tous, et que le mal ne disparaisse de la terre.
Gomme conséquence de cette disparition du mal, il promet la saatf parfaite, la longévité de la race humaine ; mais là ne s'arrêtent paslei heureuses conséquences de cette savante organisation sociale ; le Un réalisé dans l'humanité modifiera le monde matériel ; la terre eibmême élevée en dignité prendra un rang plus honorable dans la guno planétaire ; elle verra des globes moins heureux qu'elle descendre de leur rang de planètes et augmenter le nombre de ses satellites; enfin, dans les tems, elle pourra arriver au rang /^rosofaîr^ et mêmedi soleiL
Ces magnifiques pronostics sont basés sur cette doctrine que toalai les dmes humaines sont des parcelles de la grande dme planittAre, Il est donc naturel de croire que si toutes ces parcelles d'âme se perfectionnent, leur ensemble placera le grand corps qu'il anime daM les conditions d'une félicité plus complète.
Après cette courte synthèse de la doctrine du Fouriérisme, je dob en essayer l'analyse. Il y a dans le fouriérisme plusieurs parties distinctes : l"" une partie théologique; ^'^ une partie cosmogoniqnes 30 une partie psycologique; 4* une partie socialisée ; 5* une partie ia« dustrielle; 6* une partie critique. Nous allons analyser rapidement chacune de ces six parties.
IL THtoLÛGlB D£ FOURBUR ET DE SON ÉGOLB.
Il invente une trinité qui n'en est pas une. — Il admet la métempsycoie. — Il ne se dit pu révélateur. — Ce sont des inventions dialectiques en dehofi du Christianisme, c'est-i-dire en dehors des faits et de la réalité.— Modil* cations in ventées par ses disciples. — Ils cherchent à se rapprocher do CM* tianitme. — Ils placent Fourier parmi les révélateurs.
^ La partie tbéologique tient peu de place dans les traTaoz de Fourier ; elle a pris d'assez grands dcvoloppemcns dans les écrite de
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éeolt. Fourier établit une trinité nouvelle. « La nalnre, dit-il, « est composée de trois principes ilerneky incrifs et ind^tmctibles : « 1' Dieu ou l'esprit (ràine), principe passif et moteur ; — 2* la m^- « tière, principe passif et mu ; — 3^ la justice ou les mathématiques» « principe neutre^ ré{;ulateur du mouyen^ent '. »
Cette trinité ne résiste pas à l'exan^cn. Commençons d'abord par remarquer qu'elle contredit l'idée de l'unité de Dieu, qui est la base de tout le système ; car s'il y a trois principes éternels, et par conséqoent indépendans l'un de l'autre, la logique se refuse à croire que l'imité qui n'est pas dans les causes puisse être dans les effets.
Gda se conçoit d'autant moins que Fourier n'attribue à aucun de ces principes la puissance de coordination qui serait, nécessaire pour combiner les fonctions de ces principes. Celui qu'il appelle Pieu e^t tme force aveugle produisant les moqvemens de la matière, ii'ayant pir elle-même ni sagesse ni prévoyance , ni l'iptelligence de son aptloo, puisqu'il y a un autre principe r^lateur des forces et de la matière sans lequel les niouvemens du premier ne produiraient que le chaos.
Cette inteHigeqce coordinatrice n'est pas non plus dans le principe régnlateur; car, selon Fourier, la mathématique est un principe neutre. Ce principe n'est que l'ensemble des lois éternelles qui règlent les mouvemens de la matière : il n'y a en lui ni choix^ ni libre arbitre, l'activité et l'initiative lui manquent, et c'est pourquoi Fourier ne l'appelle pas Dieu, et réserve ce nom au principe actif, quoique ce liriflclpe soit sujet du troisième.
n y a là une logomachie véritable.
Il n'est pas plus raisonnable d'élever à la dignité de principe éter- Bd et incréé la matière sujette et passive. Principe et passif sont itxt mots qui s'excluent ; car tout principe est une cause, par conifqnent, l'activité est son essence même. Fourier ne peut pas même ibt que ce soit sa trinité qui soit Dieu, car il y a mis la matière. Attai rien dans sa formule ne répond à la définition qu'il donne ailliNirs des attributs de Dieu. Nous insérons ici cette seconde formule.
• Attribution radicale : la direction intégrale du mouvement, —
• Voir les écrils^de Fourier et la Phalange.
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» I^ justice distributivc, — l'économie des ressorts , — raniTemlilé » de providence. — Atlcibation pivotale : i*uni(é de système '. »
Le premier principe de la trinité de Fourier, celai qa*il appeb Dieu , peut-il exercer ces fonctions iutelligcntes , puisqu'il a benia d'être réglé par le troisième, éternel et incréé comme lui? Et €6 troisième principe peut-il répondre à ces attributs , puisqu'il ot neutre? Pour diriger ^ distribuer ^ économiser des ressorts eavÊà d'un sysième d'unité, il faut Ctre actif, il faut être en acte, cornue dit l'école.
On peut donc dire que tout Tédifice de Fourier repose sur qm base ruinée ; car la définition de Dieu est la base fondamentale de tout système universel.
Ses doctrines, sur la destinée des âmes après cette vie, ne sont pas plus raisonnables ni plus solidement établies. Il professe le dogme de la métempsycose , et il détermine le nombre d'années que les Smei doivent passer dans leurs migrations successives. « Notre âme, dit-il^ » doit effectuer au moins trois fois le parcours des quatre plaBètn » lunigères avant d'être apte à résider dans le soleil et les tec- » téennes , d'où elle passera dans d'autres soleils, puis dans d'autra >» univers, binivers, trinivers , etc. Variant à l'infini sesjouissancei > en matériel comme en spirituel, pendant l'éternité. En passant de » l'une à l'autre lunigère, notre âme fait une station de vie en tan » et ciel, dans l'étoile ambiguë.
» Nos âmes, à la fin de la carrière planétaire , anront alterné 810 » fois de l'un à l'autre monde, en aller et retour, en émigration (M \ » immigration, total : 1620 existences, dont 810 intra-mondaines et » 810 extra-mondaines ; existences dont il faut réduire le nombre! » moitié, parce que, durant les 72,000 ans d'harmonie, le terme de ^ M la vie est plus que double dans l'un et l'autre monde; maispei » importe le nombre des migrations , puisqu'il s'agit , en demièn » analyse, de 8i,000 ans, dont 36,000 à passer dans l'antre monde » et 27,000 à passer dans celui-ci. Sur 810 existences, nons enu* » rons 720 très- heureuses , U5 existences favorables ( comme odke » d'un bon bourgeois, d'un bon fermier) et AS fâcheuses (oomoe
' Voir, i6id.
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celles d'un Ésope conlrcfait, d*an esclave supplicié ou d'un Cbré-
tien captif dans les bagnes d'un musulman '. ) *•
Nos âmes auront dans l'autre vie un corps foimé d'un élément , ommé arôme par Fourier, et d'élher, II paraît que les âmes des Qtres planètes en immigration sur la nôtre sont revêtues aussi de ce inrpsaromal-étbéré, à l'aide duquel elles pénètrent les rochers, Tair t le feu même, et remplissent ainsi tous les élémens, habitans invisiksdn même globe que nous.
Toutes ces notions ne sont ni des hypothèses, ni des révélations diioes; elles sont, dit Fourier, les déductions rigoureuses de ses|)rinipes et le résultat de calculs positifs. Nous ne sommes point tentés e vérifier les unes et les autres. Nous remarquerons seulement qu'il ')f a ni récompenses ni peines pour les âmes , et cela est du moins inséqucnt avec les doctrines de l'école, puisque , les interdictions tant effacées de la morale, il n'y a plus en réalité ni bien ni mal dans s volontés humaines.
C'est à peu x^rès à ces notions que se borne la théologie de Fouricr. Ni voit que tout le Christianisme, fondé sur la chute et la rédemption, S8te en dehors de cette doctrine, au moins dans les écrits du maître *.
n n'en est pas de même des disciples, dont quelques-uns ont fait 'assez grands efforts pour se rapprocher du Christianisme, et pour résenter le système qu'ils propagent comme un développement de I révélation du Christ. Les écrivains de la Démocratie Pacifique !t ceux de la Phalange ne parlent qu'avec convenance de l'Eglise et te son divin fondateur. Les premiers ont toujours repoussé avec
* Remarquons ici comment toute celte théorie tombe devant les grandi Iriaeipes que nous cherchons à introduire dans la philosophie, celui qu*il ne ktt point admettre de dogme, à moins qu*il ne suit prouvé qu'il vient do DIm par une révélation extérieure, positive et traditionnelle. Nous pourrions Vbrder & Fourier que son système est Ingénieux, curieux même, qu'on pourtedésirer qa*il fut vrai (ce dont certes nous n*avons nul souci). Et cependant iHlerait encore cette considération qui le réduit en poudre ; c*est que ce n'est H'ue invention dialectique, un rêve, une théorie, c*est-à-dire rien en fait fflbligation et de croyance ; il ne lui manque que la vénU\ car il n'est pas ^«atre religion^ pas d'autre Dieu, que la religion, que le Dieu tradîUonneL
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énergie raccusation élevée souvent par les journanx CoDUtB b lioavelle école de s'être séparée du Ghrislianifcne. Il est vrai de dire que leur défense n'est jamais allée jusqu'au désaveu des dootrlnei dn maître.
Parmi les écrivains qui se sont occupés de cette tenladve pour christianiser le Fouriérismet nous devons citer M« Hugh Doberty. Dans une suite d'articles sur le f^erbe divin^ il a essayé de rapprodur dans les profondeurs de la métaphysique des idées qui se beurtakil dans l'application. Nous devons dire que la manière dont il conçoit le Verbe n'a point de rapports avec les notions révélées par saint Jean ni avec les doctrines des pères de l'Eglise* Ses idées sont faussées parto point de vue de l'école dont il est an des docteurs ; l'on voit pemr dans son travail Finteation de concilier le F'erbe^ Phomme et la M* ture\ dans l'unité supérieure du Fouriérisme.
Cette prétention blesse la foi catholique sans aucune sfttisfictiM pour la raison humaine, qui se fatigue de l'obscurité où on la retleoL Ou pense bien que le fondateur de l'école tient une place dans h théologie de ses. disciples. Fourier pour eux est un révélate%^\ qurf" ques'Uns osent le mettre sur la même ligne que Jésus^Ghrlst, d'iaM se contentent du fait do sa révélation^ sans chercher à rctpliqnerii- . trement que par cette action progressive de VhumanUé qui, disent' i\Bf se personniûe dans un homme à chaque phase dé civilisation'.
> Les FouriéristM ont foft bien senti, comme nous, que pour annoncer ase ; religion nouTelle, il faut être révélateur \ mais ils ont reculé devant la néecisité d'en donner des preuves , ou plutôt ils font comme Técole ratlODiliite toute entière, ils identifient la raison humaine avecla raison divinei oii eomme quelques catholiques , ils soutiennent que la raison humaine eit b6cessairement et Immédiatement unie k la raison de Dieu, dont elle eit iflS participation. Avis à M. Tabbé Maret et à toute Técole de Malebranéha. Li raisonnement des Fouriéristes est celui-ci : « 11 faut admettre la divinité te f théories de Fourier, parce quUl est révélateur ; et il est révélateur, paroi fil Ka donné une théorie divine. » A. B.
• Voir la Phalange.
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