‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 3)Chapitre 42 sur 103 · UR LES · texte numérisé non relu

UR LES

ET SUR L'ANALYSE QU*£N A DONNEE M. LE V* DE ROCGi.

A M. le Rédacteur, propriétaire des annales de philosophie ehreHemie*

Monsieur ,

Yoas avez rendu un service réel à tous ceux qui s'occupent des études asiatiques , et , en particulier , aux ecclésiastiques qui lisent votre savant recueil, en y insérant l^analyse, donnée par M. le vicomte de Rougé , des savans travaux de MM. de Bunsen et Lepsius.

Dans beaucoup trop de séminaires, en effet , on lit encore le livre si savamment rempli d*erreurs, qu'on a réimprimé assez récemment à Besançon, et qu'avait composé Texceilent abbé Guérin du Rocher i tandis qu'on ferait mieux d'y étudier la très bonne réfutation de itfisnéthorif donnée par Mgr de Bovet, ancien archevêque de Toulouse'.

Ce docte prélat sentait, pour la Bible, le danger des théories filasses, établies dès ce moment, par M. Champollion , sur l'âge inSnimeut reculé des monumens d'Egypte.

£t M. le baron Cuviert bien que protestant, sentait aussi ce dan-

' Voir le compte que nous avons rendu de cet ouvrage intitulé : iHstwrc des derniers Pharaons et des premiers rois de Perse selon UesodoUyiirctitt livres prophétiques et des livres d^Esther^ dans nos AnnaUh t. \iVhV*^ (!'• Série.)

SUR LES TRAVAUX DE M. DE BUiNSEN. 183

ar» même avant les découvertes de messieurs l'oung et ollion, il avait combattu , dans son immortel ouvrage sur les tions de la surface de la Terre, ces listes absurdes de Ma- , où Ton voit 72 rois, par exemple, régner pendant un jour , c'est à dire 72 jours!!!

e sache pas que i*on ait encore retrouvé à uàbydos la liste de ces 72 rois, et quand on Taura rétablie, alors je me réserrc jter si ces rois, au règne d'un seul jour, ne sont pas analogues

Héous 4^y des calendriers chinois, qui embrassent cliacu'n

iode de 5 jours, et qui , dédoublés, ont engendré les 36 dé' 33 Egyptiens.

, Dupuis hii même , dans son Mémoire explicatif du ZO' , a développé une idée analogue; et ses rapprochemens des es décans avec ceux des rois du canon précieux d'ÉraloS' îc sont pas, à beaucoup près, dignes de mépris. Dupuis n'avait pu approfondir l'histoire de la Chine, qui lui montré que tout n'était pas fable dans Ératosthènc^ et celte . ancc de la clironologic danoise manque aussi à M. Cham" , à messieurs Lepsius et de Bunsen , et même y je le crains , à votre savant collaborateur M. de Rougé.

suffit pas, en eff^et, de montrer, comme Guérin du Rochert des éiymologics hébraïques, que toute l'histoire de Sésostris c de Jacob ; car alors, il faudrait admettre que Vohélisjue de r, amené à Paris, et qui est du tems de Sésostris^ lui servait letle!!!

suffit pas non plus de citer les monumens de Thèbes et de la dûs 5 Sésostris, et avant lui au célèbre OsymandiaSf pour que les listes de Manéthon sont exactes.

1 31. de Rouge lui-même qui avoue' que le nom du père de s ou Sésostris a été lu par Champollion d'abord Ousirei, puis meiy puis Mencplhah P', et enfm , en ce moment, doit être u dans le nom de Séthos^ découvert par iM. Lenormand^ et rait son véritable nom.

ces quatre noms d'un même roi, père de Sésostris (qui en a

•îr notre n" de juin t. xv p. 430.

18b QUELQUES OBSERVATIONS

lui-même plasicars), Manéthon et ses ineptes copistes ont pa faire des rois distincts , et enfler leurs listes ridicules ; mais le docte Éraiot' thène ne croyait pas à leurs fables sur ^pis et d'autres rois analogues ; et quand on trouve dans son canon des noms de décaos difinisés, il est tout simple qu'il en soit ainsi , puisque la dynastie da

Ckangs^Sj dont l'histoire véritablement égyptienne anthentiqm

et claire a été emportée en Chine, offre anssi^ pour la mime ipo*

qu€f des noms de rois tous tirés des noms des 10 kans '^pchinoifl^

ou des décans égyptiens.

L'illustre docteur Voung, encyclopédie vivante , dans son SuffUment à V encyclopédie d'Edimbourg , qui me fut apporté de sa part par M. Arago , mon ancien condisciple et mon collée alors dans l'état-major de l'école polytechnique, n'admettait pas qu'avant h Pharaon de Joseph l'Egypte eût jeté aucun éclat.

Il se fondait sans doule sur les paroles de Aloyse , qui , certainement , connaissait bien l'Egypte et toute son histoire, et qui nous montre Joseph d'origine sémitique et chaldéenne, éclairant de ses lumières le roi puissant sous lequel arrivent les sept années de famine.

/o^epA faisait ouvrir le célèbre canal du Fayoum, qui porte encore son nom , et il ie faisait à l'imitation du canal royal de la ChaUée, dont avaient pu lui parler ses pères.

Il faisait en Egypte , où végétaient ces petits rois qu'y tnmw Abraham^ et dont les noms aussi sont conservés dans les livres emportés en Chine beaucoup plus tard , ce qu'avait fait Sém\rami»\fA Assyrie, où tous les grands monumens portent son nom; ceqoefit plus tard César dans les Gaules : il apportait une civilisation édairie et forte dans celte vallée étroite du Nil, à peine desséchée et f(vmée alors.

Ce sont ces grandes vues , indépendamment des recherches pro* fondes de M. Deluc el de celles non moins admirables de M. C%tuf% sur l'époque toute récente où l'homme a été placé sur la terre ', qtn eutratuaient les convictions du célèbre docteur Young.

Avec îM. Cuvier el Deluc, il croyait que l'homme n'avait pn être déposé sur la terre plus de k ou 5,000 ans avant notre ère, et U. de Rougé,sans tenir compte de leurs discussions savantes sur les altéris*

Muens, les fleuves, les éboulemensdes montagnes, la formation de la coocbe végétale dans les steppes de Hollande et du nord de l'Europe , trouve que M. de Bumen assigne à Menés une date beaucoup trop basse, en le mettant près de A,000 ans avant notre ère \ c'est-à-dire» suivant M'* Guvier et Deluc, à l'époque i'Adam.

Parce qu'un Caïnan a été intercalé dans les listes des patriarches après le déluge, M. de Rougé croit qu'on pourrait en intercaler des centaines d'autres.

La Bible admet partout 70 à 72 générations d'Adam à Jésu»^ Christ. L'bistoire de Chine bien comprise, et qui ne commence qu'à Hoang-ty ou Adam^ dms Sse-ma-tsien^ l'Hérodote des Cbinois, n'en admet pas davantage, et bien qu'elle ne contienne nullement l'histoire de la Chine, mais celle de l'antique Perse des Cayaniens^ de l'£gypte sous les Pharaons et de l'Assyrie sous les SardanapcUes^ elle n'en est pas moins admise comme positive par tous les bons esprits.

Comment donc les défenseurs de Manélhon pourront-ils persuader que, d'w^dam jusqu'à Alexandre ^ on avait vu r^er en Egypte plus de 200 générations de rois de père en fils ?

On avoue que les nombres d'année ne signifient presque rien» et sont altérés par ifané^Aon; mais alors il faut compter les générations, et il me semble qu'en Egypte elles étaient de 20 ans » comme en Chaldée, comme en Chine , si toutefois des Chinois civilisés exis* talent alors.

Je vois dans Diodore qu'Os/tnandias allait punir les révoltés de Bactriane ; je vois à Ipsamboul des Mongols à vétemens de soie ou d'indienne aux vives couleurs, à chariots» et à longues mèches de che* veux on queue à laTartare, combattus et défaits par Sésosiris.

Les listes des rois ^ptiens, depuis Joseph, ont donc dû être connues parfaitement en Bactriane^ c'est-à-dire aux portes de la Chine» et y être portées en hiéroglyphes, et y être conservées.

Aussi» dès 1826, j'aifirmais, et j'aflSrme encore, que le roi F'ou

^|- rtnjf T", ou le guerrier viril, des listes de la Chine, n'était

autre que Sésosiris ; et que le roi Tay^^-vow^ , ou à la grande kncAe/ n'était autre qu*Osymandias.

18Ô QUELQUES OliSEUVATlOKS

Je me bornais à des indications très-rapides, mais je supposais qa'ei me lisant on lisait aussi la Bible, et le Ghou-king, et Hérodote, gui donne les grandes pyramides comme modernes^ et Diodore , et Justin, qui met vers le plateau de Pâmer' les premiers bommes après le déluge , et 31. Guficr, qui, par une discussion approfondie , avait montré que la terre était de formation très-antique, mais Thomme tont-Mait moderne, et qui, malgré de doctes missionnaires; avait admis que le déluge d* Vae était celui de Noé.

On me voyait nier des empires, en Chine, sous les Hia, les Changs et les Tcheou; et on m'objectait la célèbre éclipse, citée dans le Chou-king^ sous Tchong-kang, et à tort admise par le célèbre P. Gaubil ; mais je la niais cette éclipse , et M. Biot, dont je réfuterai bientôt les théories spécieuses sur le Hhamesseum, Tayant fait cal^ culer avec nos tables actuelles de* la lune, a été obligé de cesser de la citer , puisque cette prétendue éclipse de soleil serait arrivée pendant la nuit en Chine, chose très-extraordinaire, on en conviendra

On pourra bientôt voir sur Tlnde des résultats analogues, établis par le docte abbé Guérin^ dans un livre sur Vjislronomie indienne tirée des livres indiens, qui s'imprime à l'imprimerie royale d'après l'approbation de M. jérago.

Dans l'Inde aussi existent des rois en nombre immense ; les nos fils du Soleil , les autres fils de la Lune : listes analogues à celles de Manéthon. Dans sa savante traduction de V Histoire du Cachemire^ ringéiiieux capitaine Troyer a prétendu justifier ces listes sans Ga des Indiens; mais Anquetil , dans Bernouilhj , a déjà discuté ces listes et les a réfutées.

Manéthon a fait ce qu'ont fait les brahmanes menteurs de l'Inde, et la critique européenne doit faire justice de toutes ces fables, et se servir pour cela des Uvres emportés en Chine, et qui ont conservé la forme hiéroglyphique des briques de Babylone et des obélisques égyptiens.

Moyse, inspiré de dieu , a, le premier peut-être, écrit l'histoire sous forme alphabétique; mais il lisait aussi les hiéroglyphes égyp-

' Voir sur ce plateau de Pâmer une dissertation de M. de Paravey dani notre t. xv p. 245 (2' série).

sut LES TBAYAUX DB M. DE BUNSEN. 187

tiens , et ne leur atlriboait pas des époques absurdes et contredite» par Téiat de la terre et des populations ses contemporaines : on peut consulter NetcUm à cet égard '.

On Têut une Egypte puissante, plus de ft,000 ans avant noure ère, et nous Toyons cependant sous j4braham , Taleul de Joseph , un roi d'ÉUm, Ckohorladomorj venir aux confim de l'Egypte pour pu««* Dir les révoltés de Sodome et de Gomorrhe : c'était donc la Perse les Sémiramis qui dominait alors ces contrées presqu'égyptienneSrCt ton pas les Pharaons , ces rois si puissans, nous ditH)n| qui| bieâ les siècles auparavant, auraient bâti ces pyramideSi que Ton veut apposer à la chronologie biblique.

- Aussi lorsqu'en 1826, j'eus remis momEseai mr Us lettres à M. le iNDTon Guvier, ayant lu mon Introduction, où, en quelques pages, n'appuyant sur son docte Discours sur les révolutions de la sur- ^aee de la terre^ ouvrage qu'il m'avait fait remettre dès 1821, j'espiissais à grands traits mes vues sur Thistoire du monde, en harmolie avec la Bible, et rétablie par les livres apportés tard et conservés, in Chine, il ne me fit aucune objection; mais U pria Al. do Hum-, ioldt, que j'avais l'honneur de voir souvent chez lui, de porter ce. ivre au docte M. Héeren^ en Allemagne.

Je ne sache pas que M. Héeren^ non plus que H. de Hammer^ ion plus que M. le docteur Young, qui m'écrivait alors, ■ J'ai reçu

• votre bel ouvrage, et je n'en ai pas en ce moment qui soit digne

• de vous être envoyé »^ se soient élevés contre mes assertions.

M. le baron de Sacy^ qui avait paru un instant se charger de "endre compte de mon livre dans le Journal des Savans^ n'a pas osé e faire , car mes idées soulevaient une opposition trop vive dans Uprande moitié des académies.

Bi Rémusat a été aussi prudent que lui, et jamais le Journal de ^ Société asiatique n'a osé me citer ni me combattre.

Les monumcns de Ninive, sur lesquels messieurs les membres de l'académie des inscriptions n'ont pas dit un mot jusqu'à ce jour; les beaux travaux de M. le chevalier de Bunsen^ que j'ai eu l'honneur de voir, en 1841, à Londres; ceux de Al. Leemansy que j'ai vu à Leyde

• 'Voir dans sa chronologie hùtoriffae des anciens Royaumof.

188 QUESQCCS ORS£RV. SUR LES TRAV. DE M. OE BUNSElf.

et qui, comme M. Lepsitu, est appelé an jour à éciaircir l'iiistoireda mounmens égyptiens , n*ont en rien ébranlé mes conYictions et la ont, an contraire, confirmées.

J'avais dit, à Londres, à M. de Bungetis et long-tems aopartvuitii M. le vicomte de Rougé, que la liste à' Éraîosthène était contenoe tout entière, et règne pour règne, dans la généalogie des rois CAoïijVi conservée en Chine.

. Je regrette que ces messieurs n*aient vu là qu'une assertion fogi* tive ; je pourrais publier des volumes sur cette matière , mais sauf votre journal , Monsieur , on me refuse tous les moyens de publication.

Je n'en applaudis pas moins à ce premier retour, fait par l'Aile* magne savante, vers le docte secrétaire ou bibliothécaire de la savante école d'Alexandrie.

En terminant ces réflexions, jetées à la hâte sur le papier, an moment où je vais visiter le congrès de Tours, je dois, au nom cte tous les amis des discussions graves et savantes , vous remercier d'avoir accueilli la belle analyse que vous a donnée M. le vicomte de Rovigéi son père , homme excellent et que j'ai rencontré parfois dans le monde , doit être fier de voii* son fils , jeune encore, se livrer ï des travaux aussi sérieux, et qui lui donnent déjà une place parmi les savans les plus renommés, n

Une littérature déplorable entraîne la plus grande partie de soi jeunes gens; s'ils étudiaient comme M. de Rongé, s'ils lisaient votre utile recueil, ils y puiseraient des idées graves , et l'on ne verrait pas devant les tribunaux ces tristes débats qui afiligent la France et r^ tentissent si déplorablement à l'étranger.

Chevalier de Parâtet, Tun des fondateuTS de la Société Royale asiaUfiii

Paria, 39 août, 1847.

BIOGBAPniE DE DIDIEB, ABBfe DU MONT-CASSIN. 189

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