ABBÉ DU MONT-CASSIN
iége, et après une diSfense désespérée, Guiscard réunit an duché de 'ouille, à la Calabre et à la Sicile, la principauté de Saleme et rAmalfi '. Gisnlfe obtint par grâce la liberté de se retirer où il tou- Irait; et, sous la protection de Didier, il alla se renfermer au Mont- ]assin.
Mais là encore vint le trouvdr Robert Celui-ci , comme tous les X)nquérans qui se proclament héros, était tourmenté d'une sorte de ièvre qui ne le laissait point en repos dans ses foyers , et Tentraînait 1 s'emparer de ceux d'autrui. Il songea donc à envahir la campagne le Rome. Il arriva au Mont-Gassln avec Richard , à la téie de son trmée; Didier, bien qu*il n'ignorât point quels projets roulaient dans 'esprit de l'ambitieux Normand, Taccueillit avec bonté, et lui rendit le grands honneurs; en sorte que le duc, comme ou le verra dans la mite, fut un généreux dispensateur de dons à Tabbaye. Gisulfe sortit alors du Mont-Cassin et regagna Rome , où il obtint du pape Grégoire quelques terres dans la campagne romaine , où il retint le titre de prince de Salerne. Robert craignit que cet exilé ne devint 5 entre les mains du pontife, un instrument contre lui ; il résolut donc de l'expulser des domaines du pape en y pénétrant avec son armée ; il s'empara^ en effet, d'une partie de la marche d'Ancône. Grégoire fut vivement irrité de cette invasion ; il lança en plein synode une solennelle excommunication contre Guiscard , et les censures n'obtenant rien, il manda contre lui une armée qui lui fit rebrousser chemin *. Robert et Guiscard, ne voulant point rester oisifs, se tournèrent alors vers la principauté de Bénévent et le duché napolitain : celui ci mit le siège devant Bénévent, cclui-lh devant Naples. Celte dernière cité résista h Taltaque des Normands par la vigoureuse défense de ses babitans ; l'autre résista aussi par la vigilance de Grégoire, qui prétendait qu'après la mort de Landulphe VI Bénévent devait rentrer Sous la domination du pape.
Pendant que les armes réunies des Normands menaçaient ces deux grandes cités , Richard mourait sous les murs de Naples, et son fils Giordan, I"^ du nom, lui succédait dans sa principauté (1078;. Celui-ci
« Anonij, Cas, PrcssoCainil. Pellegr.
*Pelr. Diac. Chron. Casin,
192 mOGRAPHIE DE DIDIER,
re^ut en don des Bénéventins ft50 besans qui le détachèrent de ramilié de Robert ; en sorte que tandis que le prince normand s'occupait dans la Calabre à certaines entreprises^ il fit lever le siège de Bénéventf et entraîna dans la révolte un grand nombre de vassaux de Guiscard '; Robert indigné prit les armes contre Giordan , et déjà les armées des deux normands étaient en présence, prêles à livrer bataille.
L'abbé Didier qui voyait dans les discordres de ces deux princes, et dans l'inimitié de Robert et de Grégoire , une source de maux pour l'Eglise, s'efforça d'arrêter au plutôt ces fureurs de la guerre. U ap« parut au milieu des bataillons prêts à s'entrechoquer, et sût si bien manier les esprits des princes irrités, qu'il rétablit la paix, et que le sang ne fut point répandu. S'étant rendu ensuite à Rome, il s'employa de toute manière à plier l'âme de Grégoire en faveur de Robert, et il obtint qu'il fut délié de l'excommunication. Cette grâce trouva le Normand reconnaissant. Content des terres du duché de Bénéveot, il s'éloigna de la cité qu'il assiégeait, et qui dès-lors reconnut pour soa seigneur le pontife romain
L'œuvre qu'entreprit Didier ^, de rétablir la paix entre Giordan et Robert, et surtout entre celui-ci et le souverain pontife, fut très* opportune à l'Eglise dans la condition pleine de- périls où elle était . tombée (1075). Il est certain que si le prince normand ne fut venu à Aquin comme le rapporte le cardinal d'Aragon S jurer fidélité à saint Pierre, nous ne savons jusques à quelles extrémités le terrible Henri aurait conduit les affaires romaines. Ce monarque encouragé par one détestable race d'évêques allemands et lombards, simoniaques et impatiens du joug de l'autorité papale, continuait à marcher avec fâonie dans sa mauvaise voie, d'où ne pouvaient le faire sortir ni les dooceSi ni les sévères manières du pape Gr^oire. Déchu du trône, pendant qu'il combattait contre Rodolphe, son rival, il s'enfla tellement qa'3 n'hésita point à déclarer, dans un nouveau conciliabule, Grégoire déchu lui-même de son siège , et à créer souverain pontife Gnibert, archevêque de Ravenne, un de ces prélats ambitieux qui se rencontrent toujours dans l'Eglise pour servir d'instrument à la grande poissanoe
« Pet. Diac. Chron. Cas.
• Voir Isloria delta badia etc., 1. 1 p. 378.
ABBÉ nu MONTCASSm. 193
desrprinces^ on à la révolte des sajets. Cependant GK*goire demenrait inébranlable, et lorsqne la victoire remportée par Henri sur Rodolphe, la mort de ce dernier et la déroute que venait d'essuyer Farmée de la comtesse Mathilde, déconcertaient toute la ligue catholique, lui, avec une âme de bronze , il attendait les événemens déplorables que lui réservait le ciel. Les Normands pouvaient seuls lui por(er secours, et l'abbé du Mont-Gassin était aussi le seul capable de les engager à le secourir, car il fallait une grande habileté pour traiter avec eux.
Henri voulait faire asseoir sur le siège de saint Pierre Tanti-papc Goibert, et recevoir de ses.mains la couronne impériale. Il vint donc camper devant Rome ; mais Tinclémence de Tair et la vigoureuse défense des Romains le firent rétrograder en Toscane, ensuite à* Ravenne (1081)» L'année suivante, il revint de nouveau pour surprendre Rome ; mais ses efforts furent encore inutiles , et il dût se contenter de porter la guerre dans les états de la généreuse Mathilde.
Dans ces détresses , Grégoire tenait les yeux tournés vers Robert Guiscard et vers Tabbé Didier à qui il adressa cette lettre :
« Grégoire, évoque serviteur des serviteurs de Dieu, au vénérable » abbé du Mont-Cassin, Didier, salut et bénédiction apostolique.
» Vous savez assez quels avantages la sainte Eglise romaine a espérés
• de la paix avec le duc Robert, et quelle crainte en ont conçu ses » ennemis. Je ne pense point que vous ignoriez aussi quelle utilité le » siège apostolique a retiré du môme prince. C'est pourquoi, puisque » beaucoup de fidèles (comme on le voit ouvertement) ne se livrent » point à une si grande espérance , il est de notre vouloir, que vous » travailliez à découvrir quel esprit le pousse véritablement vers l'Eglise
• romaine. Nous désirons spécialement que vous vous attachiez avec » soin à découvrir sa volonté, c'est-à-dire, dans le cas où une expé-
• dition deviendrait nécessaire après Pâques , s'il nous promet de » bonne foi par lui ou par son fils, un secours convenable.
» S'il ne peut nous donner cette assurance , sachez du moins comt bien de soldats il promet certainement d'envoyer après la fête de » Pâques pour grossir la milice familière de saint Pierre. Cherchez n avec soin à connaître encore, s1l ne voudrait point en ces jours de » carême, durant lesquels les Normands sont dans l'usage de s'abstenir de combat, faire^ un sacrifice à Dieu en se rendant lui-même dans
194 niOGRAPHlE D£ DlDIEn,
» un équipage convenable avec vous ou avec notre légat dans Tioe » des terres du patrimoine de saint Pierre où il serait invité. Geièle » obséquieux affermirait les gens de bien dans la fidélité envers le > Saint-Siège; par force ou par crainte, il ramènerait aussi les rebelles H et les réfractaires au respect et à la soumission dus à la sainte Kglise B romaine ; en agissant ainsi il offrirait à Dieu un présent gratuit de « sa milice; remémorez en outre au duc la promesse qu'il nous afûte » à regard de son neveu Robert, comte de Lorildlo, c'estrà-dire » l'assurance dudit comte de ne point envabir par la suite les terres » du siège apostolique, sauf celles qu'il possède; car comme Dons » l'avons appris, il ne renonce point encore à cette invasion. Exbortei- •« le donc et persuadez-le de meure un frein à Taudace sacrilège de » son neveu , et de le prévenir pour qu'il amende le passé , et en se » modérant à l'avenir, se rendre propice le bienheureux Pierre; car » dans son courroux est la ruine, et dans son amitié est la vie avec » une perpétuelle félicité* Rien de certain no nous est parvenu des » nouvelles d'au-delà les monts ; hors l'assurance donnée par tons » ceux qui arrivent de ces contrées, que Henri ne s'est jamais trouvé w si infortuné qu'à celte heure '. »
Henri savait bien qu'il n'y avait nul moyen de plier à son parti l'inébranlable poutife, et que fut-il entré à main armée dans Rome elle-même , le vigoureux appui du Normand Robert ne manquerait point à Grégoire. Il songea donc à détacher de l'amitié du pape cet invincible prince, et à s'unir à lui par une alliance en demandant la fille de Robert pour épouse de son ûls Conrad. Le duc ne prêta point l'oreille à la demande du roi Henri et demeura ferme dans la foi jurée au pontife ; toutefois le bruit de ce mariage s'étant répandu, Grégoire commença à épier attentivement cette affaire, et voici comment il en écrivit à l'abbé Didier.
« Grégoire, serviteur des serviteurs de Dieu, à Didier, vénéraUe » cardinal de St-Pierre et abbé de Mont-Cassin , salut et bénédiction » apostolique.
» Nous voulons que votre fraternité sache (comme nous le tenons » de source aTtaiue) que le rebelle Henri campe aux environs de
' Labbc, .'/rfa. Cofia/. Epist. GrCfEoruvii> lib ix, Ei>.,iv.