‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 3)Chapitre 45 sur 103 · ABBÉ DU MONT-GASSIN · texte numérisé non relu

ABBÉ DU MONT-GASSIN

Ravenne se préparant à venir à Rome vers la Pentecôte , s*il lai est possible... Noas avons appris de ceux au-delà les monts-, et des lombards qa*il n'a avec loi qu'nne poignée de gens. II est venu tussi à notre connaissance qu*il se flatte de rallier une armée pour entrer en campagne avec les gens du comté de Ravenne et do la Marche. Mais quant à ce dessein, nous estimons qu'il ne pourra vmiir à bout de réussir vu qu'il ne peut même obtenir le feu des habi* tants dont il yavei*se les terres. Quant à vous, ô frère bien aimé, apprenez que si nous n'étions point pris d'amour pour la justice et pour l'honneur de la sainte Eglise et que nous voulussions favoriser les injustes désirs et la méchanceté du roi et des siens, aucun de >B06 prédécesseurs n'aurait jamais pu recevoir d'autres rois et même d'ardievêques une soumission aussi dévouée et aussi parfaite que celle dont nous gralifieraicnt ce monarque et cet arche- ¥6qu^ (Guibert. ) Mais comme nous ne tenons compte ni de leurs menaces ni de leur férocité , nous serons prêts , quand besoin sera d'affronter plutôt la mort, plutôt que de consentir à leura impiétés et d'abandonner la justice. C'est, pourquoi^ nous vous prions et vous exhortons de vous tenir si étroitement uni à nous comme il vous convient que votre sainte mère l'Ëglise romaine , pleine de confiance en vous, maintenant et toujours demeure forte. Sachez aussi que la comtesse Mathilde nous a mandé des lettres portant, comme elle l'a su de quelques-uns des familiers de Henri; que ce monarque est en négociation avec le duc Robert pour donner son propre fils comme époux à sa fille et lui faire don de la Marche. Les romains prêteront facilement foi 5 cette nouvelle , s'ils voient le duc nous refuser des secours > (comme il nous Ta promis par son serment de fidélité). Mais que votre sagesse veille attentivement et découvre par un soigneux examen ce qui a été fait sur ce point. Vous aussi faites en sorte de venir au plutôt. Sachez au reste , que ^ les Romains et ceux qui sont autour de nous, l'esprit prompt et ^ fidèle, se tiennent prêts à tout pour notre service et pour celui de •-Dieu '. »

Cependant Robert était tout occupé à guerroyer contre l'empereur

* Labbc, Concil, tom. x« EpidoL Gregorii f ir, lib. ix, Ep. xi.

grec , et si Henri fut revenu avec une année pour tenter de s'em** parer de Rome on devait peu compter sur Tappui des Normands.

L'espérance reparut aussitôt que le duc instruit des manGeomef mises en usage par l'empereur grec pour exciter Henri à venir Tat- ^ taquer dans la Fouille, quitta Durazzo et se transporta dans œUe contrée plus voisine de Rome ' (1082). Cependant Henri campiit sous les murs de Rome avec toute son armée et Tanti-papc Goibert, qui secondait de tous ses soins ce prince impie , dans sa persécalioi contre les évêques demeurés fidèles au pape légitime. Mais le maovais aif Tayànt contraint encorede ramener ses troupes sur unsolploi salubre, Henri se rendit lui-même à TAbbaye de Farfa. Les reiigiein de St-Bcnoit de Farfa soit qu'ils ignorassent le fait de Texcomminii* cation ou qu'ils ne voulussent point le savoir accueillirent ï bm ouverts le prince allemand chargé d'un lourd fardeau de censoreii et puis le reçurent dans leur fraternité spirituelle , comme up frère bien-aimé en Jcsus-Ghrist \ Henri voulait entrer dans Rome, reih verser Grégoire de son siège pour y faire asseoir le simoniaqne Guibert, et se faire couronner par lui empereur.

Accoutumé dans son palais à régner brutalement sur ses peuples^ il lui semblait que tout devait céder devant lui; mais ici se trouvait Grégoire qui ne cédait point. Henri ^ l'aide de menaces et d'aulrei moyens qui ne manquent jamais aux grandes puissances, avait dé* taché de l'obéissance de St-Pierre, plusieurs évêques : mais il n'était point content jusqu'à ce qu^il eut entraîné dans son parti l'Abbé et Cardinal Didier ; il savait bien que s'il parvenait à lui faire déserter la bonne cause, il pouvait se promettre une victoire assurée sur l'esprit de Grégoire. Il s'appliqua donc à séduire l'abbé da AloDt- Cassin.

Mais avant que les assauts commençassent de ce côté, Didier bl assailli d'ailleurs. Giordan, voyant Grégoire , à qui il avait juré et gardé fidéUté aller en décUnant, tandis que Henri au contraire fl fortifiait de plus en plus craignait qu'après la prise de Rome^ ce DOnarque ne passât dans l'Italie cistibérinc pour tirer vengeance dei

' Anne Gomnéne. in /llexiade.

' Chton, far/erù. dam scrip, cerwn itaL t. ii, part. 2*.

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