‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 3)Chapitre 46 sur 103 · ABBÉ DU MONT-CASSIN · texte numérisé non relu

ABBÉ DU MONT-CASSIN

PWflîsansdn pape, aa nombre desquels il se irouvait; et il iremblait Wir le sort de ses propres éuts. Ayant donc pris conseil, il résolut fe «c déclarer pour Henri , et d'abandonner le souverain |)ontifc. ^onr amener la chose à bonne fin il pria Tabbé Didier de se transporter avec lui auprès de l'empereur germain, et de lui offrir l'amitio des Normands. Afin que celte démarche ne put blesser sa conscience et sa réputation, il l'engageait à parler avec la pensée de réconcilier ie monarque et le pontife. L'abbé du Mont -Cassin, voyant sur quelle mer orageuse on l'appelait à naviguer répondit par un refus i la demande de Giordan, d'autant mieux que le pape ayant appris la défection des normands, venait de charger de nouveaux anathêmes Henri, qù1l accusait d'en être Tauteur.

Cette tentative du prince Gapouan fut suivie d'une autre plus forte de la part de Henri lui-même. Le comte de Marsi apparut dans TAbbaye porteur d'une. leUre du roi de Germanie , dans laquelle il invitait l'abbé à se rendre auprès de lui. Didier différait de répondre, lorsqu'il reçut une nouvelle lettre du monarque, qui lui adressait de vives menaces sur ce qu'il ne lui avait point donné de réponse , et n'était ' point venu le trouver au plutôt à Farfa. L'abbé du Mont- Gassin écrivit enfin que les normands l'empêchaient d*aller à lui ; (peut-être depuis le refus fait à Giordan s'étaient-ils déclarés ses ennemis) ; que si pourtant il avait voulu se réconcilier avec Rome, Il aurait peut-être trouvé -une occasion favorable pour le réjoindre. Il l'engageait au reste à se tourner vers la paix, puisque dans le conflit des deux puissances non -seulement le sacerdoce ^ mais l'empire lui même aurait à souffrir un dommage. — Un tel langage souleva la plus vive indignation dans le cœur de Henri, qui par ses messagers commanda à Giordan de se porter à toute sorte d'excès contre Didier afin qa'il ne put contrebarrer ses volontés.. . Pour sortir de ces difficultés, Didier implora par lettres le conseil du pape lui-même, s'enquérant auprès de lui comment il devait agir. Grégoire ne répondit point. Ce silence était plus éloquent que toute autre réponse ; il revenait à dire : « Pourquoi me demandez- vous ce que vous devez faire? Vous savez bien quels devoirs vous sont imposés en faveur de l'Eglise en péril. Faites donc ce qui dans de telles conditions convient à an abbé et à un cardinal. »

lU* SÉRIE. TOME XVI. — N" 93 ; 1847. 13

Cependant Henri, qui ne regardait point comme an bible avanlage d'aToir auprès de loi le moine da Mont-Cassin, dont il connaissait b grande aotorité dans TEgiise , lui écriTait une noirrelle lettré , pour ria?iter k célébrer la Pâqne arec lui : il en taivtit paiement une aiotre I la communauté entière des religieui. Didier ne résista point à CCS instances impériales, auxquelles ?inrail se Joindre oelhs de Giordan et des barons normands qui se disposant à se rendre de kor côté ?ers Henri ^ le sollicitèrent si vivement, qn'ib l'indittèrent ro départ Avant de se mettra en route» Didier manifesta en ces termes devant tous les moines rassemblés, le trouble extrême de MA âmex 1 Je me trouve, ô mes frères dans une cruelle situation... Si je diOère de partir, la monastère court risque de sa mine; si je me mets en marche et vais auprès de Henri , ma conscienoi en souffrira; en agissant contre lui» c*est mon corps que j'expose aupiril; et je crains que l'empereur dans ra furie , ne livre aux maini des normands la seigneurie et le monastère placés sous sa protcctloa. Toutefois je n'irai vers lui que préparé à la morti car rhonnenrde notre très-saint père Benoit m'est plus cher que la Tie; s'iln'fa point de salut pour moi, je me place de bon gré sous TanalbèDC du Christ, pour votre salut commun , pour la conservation de v» vies et celle de ce lien. Non, la mort mille fois endurée n'éteindn point en moi l'amour que je porte à celte Abbaye \ et s*il il'y a nvl moyen de sauter ses biens contre l'iniquité, sans hésiter j'oierai affronter non-seulement un empereur chrétien mais tool honitte païen, si furieux qu'il puisse èire . N 'a-t-on pas vu le pape Léon lui aow ôtant le scandale que pouvait apporter son rapprochement d'as exccHnmnnié aller à la rencontre de Genséric ^ roi Arien* afin de sauver Rome de l'incendie et de sa ruine 7 N'a*t<on pas VU SiviSf évèque de Ganosa, convier à sa table Totila , quoiqu'Arien être' J' cevoir de sa main la coupe et le breuvage? N'a-t-on pas vu eab H notre père saint Benoit lui -même s'associer dans sa prière ï bib souilié aussi d'Arianisme, et le contraindre de cesser de tourmenter un pauvre paysan ? *

Après avoir ainsi parié , Didier adressa au ciel une fervente priire et partit. Durant tout sou voyage il ne voulut avoir iucmi nvport

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avet les évégaes impériaux et leg chanceliers de Henri qiiMl rencon«> tra. U ne mangea ni ne but, ni ne pria avec enx ; il ne leur rendit ni aeootade ni saint , bien qno dans le discours qu'on tient de lire il se fût appayé de l'exemple de saints personnages pour excuser celui qui entre en relation avec des excommuniés. Arrivé à Albano, il s'arrêta, songeant ft temporiser s mais durant ce retard il sévit relancé par de nonvelles menaces do rcmpercur, qui lui ordonnait de se rendre vers kii pour Ini jurer foi et hommage« et pour recevoir l'investiture de ion abbayo. C'était faire de l'abbé Didier un ennemi déclaré de Grégoire. Didier lui répondit qu'il n'agirait point de la sorte « att prix de • tout l'empire du monde. » •^ Henri voyant alors qu'il n'avait rien à gagner avec cet esprit ferme et indomptable , avertit llichard de Gapone, afin qu'à l'arrivée doses messagers il eût 5 s*unir avec eux pour l'onparer de l'abbaye du Mont^Cassin, et la posséder comme son bien propre. G'éuit là de véritables alarmes ; car Jamais les biens de l'abbaye n'avaient été incorpoi*és à la principauté de Capoue, sur laquelle Rome y «qui avait reçu le serment de sa fol , réclnmait déjà quelque droit de souveraineté. An reste, le prince normand, quoiqu'il en eût la pouvoir, ne voulut point s'enrichir des dépouilles d'auti^ui ; peutêtre parce qu'il savait que l'empereur tenait un faux langage ; il aima mieux réconcilier le moine du Mont-Cassin avec Henri : il dit donc . 10 monarque les plus belles paroles en faveur de Didier ; en sorte que rempcreuf , modérant son indignation , lui manda que le seul mo« lif de son appel était* le désir d'atteindre son entreprise ; il le priait Ame de j)ortcr Grégoire à le couronner empereur sans causer aucun iVéjodice à son honneur. Â ce nouvel ordre plus tempéré , Lidicr se iendlt* et se remit enfin en marche pour aller se présenter devant Baari.

Admis en sa présence i il en vint aussitôt au fait de l'investiture et I la question do recevoir des mains de l'empereur le bftton abbatial. Udier ne déviant en Hen de ses résolutions , protesta : « que s'il » Voyait Henri couronné des mains du pape légitime , pcut-ôti^ alors ^ anrait-il reçu de lui l'abbaye , ou s*il lui eut dépln , se serait-il to démis de bon gré de son emploi ; et se tournant ensuite vers les .» évéqoes impériaux ( spécialement vers celui d'Ostie qui paraissait s atucbé à l'anti-papc Guibert), quand tous lui rappelaient que

200 BIOGRAPHIE DE DIDIEB,

» Nicolas II avait confirmé à Henri et à ses SHCcessenrs le droit d*in— » vestir les pontifes romains , du consentement d'Hitdebrand M— » même, et de 125 évêques ; Didier ajoutait que ni pape, niévèqae^ » ni cardinal, ni archidiacre, ni quelque homme que ce soit, ne » pouvait se défaire de ce pouvoir ; que le siège romain, maître et non » serf , était élevé au-dessus de tous, et soumis à personne ; elqB*ii » n'y avait aucun argument capable de démontrer qu'on pouvait trait fiquer de lui comme d'un esclave. Si pareille chose avait été prati- » quée par le pape Nicolas II , son conseil avait été extravagant et » injuste. Non, il ne sera point assez insensé que de consentir I » l'abaissement de Thonneur ecclésiastique; et Dieu le voulant |0a » ne verra point dans la suite un roi d'Allemagne devenir l'électenr » des pontifes romains. — Taisez-vous, lui dit soudain en i'into^ » terrompant Tévêque d'Ostic tout en feu : que ceuxd'au-dettdei » monts ne vous entendent point , ils pourraient se réunir et tobi 1» tenir tête. » — « Qu'ils viennent , reprit Didier^ et avec eux l'ani- » vers entier , il ne me feront pas d'un cheveu départir de monna- B timcnt. L'empereur peut, il est vrai, dans un tems donné , se nnr » contre l'Église et la frapper au cœur ; mais il ne pourra jamais, N grâce à Dieu , nous courber tant soit peu vers un honteux ooDwn- » tement. »

^ Ainsi, durant plusieurs jours on s'agita dans des disputes, et l'abbé Didier seul tenait champ de bataille contre tous ; il ne laissa poiat tranquille l'anti-pape lui-même, et le pressa si fort d'drgumen8,ea lui reprochant son élévation au siège pontifical du vivant de Çrégoire, que Guibert déconcerté, en fut réduit à dire, pour se justifier, qaH avait été amené contre sa volonté à prendre la tiare , n'ayant poiat d'autre vue que l'honneur del'cmpereur, dontil ne voulaitpointh perte* Pierre Diacre, dont la chronique m'a fourni tous ces détails > nconte que Didier reçut de Henri une bulle d'or, on un diplôme avec un seau d'or portant confirmation de tous les biens de l'abbaye. Peut* être fut-ce là un autre moyen employé par le monarque pour fléchir l'esprit de l'abbé ; mais vainement l'essaya-t-il : tel Didier s'était montré dans ses discours eu présence de Henri , tel il se montra toajoait dans ses actes '•

' Pclr. diac. Chron.

àJtat wj xœrr-CAasis. 20l

tel *ij,puBi raBMM» ae déployèrent pas hmêflK niBilwu qae ||Mtt-C»âB. GontMopiis par Tor de rempcfcor. ik mTéàà wt lévollcr coolie Gr^(#ire, et à trahir rÉgtfse ai cals portes de Borne aa moaaiqiie gcnnaîn, qm f fit sob caliée le anot ledoBaoclie des BamranY, aiec soa aati-pape Gaibat [M aan 10S2). ioseiixdesËsbeoreuxsacx)ès,ilaedMErapiasaion k bat de Ksdésin, ca fusant saoer cet aati-pape,^ pRadre le aon de Clément, coaune sigae de la 4fm le Giéait poatife, ca leoofaat de ses aiaias la

Crpeadint Grégoire, presqae ahaadnaaé de loas, dans le châiean Saiat-A^e, était rédait anx abois par les ; Biais hommejasleetteaaœca ses desBCÎas, CoriKpar ccne cspénaoe ca Dica, qni daas les ioMs saintes et géaë- — m ajcanit etiefeidît tonjoars^ilaeselaisalk point abattre; et imsdaitlesseconfsdn normand Bobcrt Goîscard. Bentrédaassoa dtaye dcpaîs Tcatrefae de Fvù , et cxauîdéraat le péifl oà était iHbé le père des fidèles, Didier, ipûpartîdpait à ses ai^oisBCS, presailiivcaMBt le duc de foler an secoois de Grégoire. LQnqa*iI le ¥it « meure ca aarcfae aiecnae paissante armée, il ca doaaa aassilôt ûaa poatife par an message secreL An bmit de l'approche des

Hcaii fut saiâ de crainte , et avant nsscmblé les i sortit de h ville aiec l'anii-paiie ClcmenL iabcit.appdépar le cardinal d'Aragon, an lioa iniiadhle et aa S calra dans Rome, délifra le pape des maiasdes ADeet le ooadaisit dans son palais de Lairan. Acte méaurable de pflé, amis soaiUé par les soldats Normands et Sarrasins qm sTafaaaàaÊÈamt iniiaaiiini mi m î inii i Iriirf désirs au sein de llaftiitiBiée dfi^p9aBt,cgofgesiit,déshoBorani les vierges et les époines, et reprenne à son dernier joar. ca y ^banant an inocadie Ces horrearspegc èr eat coaune aagbife, le cour da qai, avec ses geas s'efiwça anprès de Ions de (aire i lommKcaaBésparsesfiffieaxlibératenrs. Songeant casait ioeifriis des BoBnins étaieat restés pea lames daas la fin jarée à mÊÊÊ, Kesre, et combica on devait peu espérer d'eux ponr Favfair ;

-> fiâm Cnv m ù m.

202 BIOGRAPHIE DE OIOICll,

Grigoira résolut do sortir de la malheureuse cité i et d'aller par prfrcautioii dsQs un plus sûr asile. Touruaut donc aussitôt son Ofeur «t ses pas versrabbaye du Mont-CasHin, il s'y reudit» accompagné de Ha* bert avec toute son armée et des vœux de tous lea gens de hm » qii Taimaient et s'applaudissaient d'avoir vu triompher l'IËgliatt pv II salut du vicaire de Jésus-^Christ.

Je ne sais si dans le récit des annales du Mont-Caasîn il ao Irom un fait plus honorable , plus digne d'une éternelle gtoire pour nolii abbaye, que ce souvenir d'avoir été le refuge du pontife Grégoirsi alors que par suite de la tyrannie d'un prince étranger, de la laihlaiH des prélats, et de la honteuse révolte de ses propres sujets , les aflaiNl de l'Église semblaient être arrivées à un état désespéré. Didier onvrit les portes de l'abbaye à ces vénérables hôtes persécutés pour la jusUcet il accueillit et alimenta le pape avec tous les cardinaux et les évêqoei qui le suivirent, jusqu'à leur départ pour Salerne '• Les souvenirs de cotte sainte hospitalité des religieux du Mont-Gassin envers les pon* tifcs romains 9 porta plus tard , le pape Urbain II à la consacrer pii ces paroles dans un diplôme en faveur de Tabbaye. « Outre le devoir » général de la charité, outre le singulier privilège de votre monastire, » d'avoir été établi siège du patriarche de tous les monastères d'Ooci^

9 dent , cette bonté magnifique avec laquelle il a de tous tems^et

» surtout de nos jours, porté aide et secours à TÉglise romaine, nous » oblige envers lui à une grande reconnaissance. Il a été notre anmi, » notre force dans nos tribulations ; les fils du si^ apostolique OBl » trouvé toujours dans cet asile un refuge assuré, an lieu do repoi » pour leur âme abattue \ »

Arrivé à Salcrno , l'invincible pontife sentit l'approche do sa norL Alors l'abbé Didier et les autres cardinaux se rangèrent autour de loii le suppliant de vouloir bien , avant de mourir, choisir un suocesssar» afin d'éloigner les discordes cl les troubles , qui pouvaient deveair funestes^ durant la vie de l'anii-pape Clément. Grégoire désigna pour lui succéder Didier, comme l'emportant sur tous les autres pur H prudcnco; par la constance de sou amour envers l'Église romainCi el

« C/iron» Cass. m. 35. — Pandul. Pis. — Lupo. Prot, * Jîcg, Petr. diacon. 36.

AKfi 00 irax-Gàsrai. 303

wnnd élaitf m oQlre, fort de fon amitié avM Bobert ; nuit eetnki ifint rebsé d'accqiler le fiurdeia pontifical , le pipe oonadlla alors MB prélan enfiroonaiis d'élire Hi^es » éféqoe de Lyoo, on bien OÙÊfom , éfiqoe d'Ostie. Ensuite, s'étant toomé tcrs Didier, il loi pèfit qm'fl ne le ferrait point monrrir, et qn'il n'asristerait point à ssi fnérailka. Bientôt, en effet, arri?a on messafi^ à l*abbé, qui loi annonçant une attaque frite k on cbâtean de Tabbajfe, le co ntr aig n it de partir '. Tmis jonrs après eette prophétie, le pape Grégoire rendit k Uen son âme iatlgnée mais non faincne, en prononçant ces paroles, dâre ré? élation pour ses contemporains comme poor la postérité de csttB me de jostice qu'il arait toiqoors suivie durant sa fie entière :

• J'ai mimé lajuêiiee et hcM r iniquité; &e$i pourquoi je meure

• iemeFesHL •

Lonqn'après la cérémonie des funérailles le corps du pontife eut élé cnse? di dans la nouTeile église de Saint-Mathieu-de-Saleme, ks eadinaux, sans suivre la longue marcbc des délibérations et des scrutias, Raccordèrent à élire pour pape l'abbé Didier, et le supplièrent is céder aux pressantes nécesdtés de l'JÉ^ilise. Le solitaire du filont- Cnnn protesta qu'il n'était point appelé ï monter sur le siège romain ; nais quH ne cesserait point, comme il l'avait fait jusqu'alors , de lui Torir en aide par tontes sortes de services. Et afin de détourner de lui kl pensées des autres, s'adjoignant pour compagnons l'évêqne Gratim et edui de Sabine , il travailla aussitôt avec ardeur pour faire ékier quelqu'autre personnage k cette suprême dignité. Il virita Gisnian de Gapoue et Rainulfe, comte d'Averse , les priant de ne iniat délaisser l'Église dans ses besoins pleins de péril ; il sollicita les cardiiianz d'écrire I la comtesse Matbiide pour la prier d'emploj'cr na autorité auprès des évêques et des cardinaux , afin que, se rasnnUant à Rome , ils poasent en plus grand nombre et plus fiicUeweeX éSn un nouveau pape. Mais chacun temporisait; l'abbé IMdIer fant d^ d'une commune voix destiné ï ce haut ministère , décounant dafarement Popinion imanime , et voulant éviter une étreinte lielente, fl se retfan alors au Mont-Cassin , d'od il ne cessa point dVUeun, par messagers et par lettres , de raflfemûr dans leur fidélité

■ Cardin. Arag. Hta Gregar. vn. esp. 109.

204 R'.OGRAPIIIE DE DIDIER,

iiivers Roipc les Norniaods et les Lombards. Après la saison d*élét (iiirant laquelle , à cause de riiiclrincncc de l'air, les prélats n'aîaidt pu se rassembler à llome, Giordan, avec ses Normauds, avec les 6t6- (jues et les cardinaux, compagnons et partisans de Grégoire» entra enfin daus la cité; mais Didier différa de s'y rendre, craignant toujours qu'on ne l'élût ponr pape. Le tems s'éconlant ainsi cntn b j ferme consentement des prélats et la résistance plus ferme enoonde ] Tabbé du Mont-Cassin amena la fin de Tannée 85* de ce sièdejet l'anti-pape, devenu fort, à l'aide de Henri, agissait à sa volonté daos : relise de Dieu.

Didier , pensant enfin avoir , par son refus répété , détoncné nr d'autres les esprits, se rendit à Rome, où il était appelé. Mais la veille de la Pentecôte, à rentrée de la nuit, étant dans la diaconie de Sainte- Lucie, et ne songeant h rien moins qu'à la papauté, il se vit pressé par une multitude qui , avec des larmes et à genoux, le suppliait et te tourmentait de toute manière ix)ur lui faire accepter la charge pontificale. Didier, tenant ferme, ne se rendit point; il protesta que, si violence lui était faite, il irait se renfermer dans les murs de son abbaye, et ne ferait plus aucun effort pour secourir l'Ëglise en périL Les instances redoublèrent néanmoins le jour de la Pentecôte, nouveau refos plus solennel. £nfin, les cardinaux , fatigués de tant de supplications, commirent à Didier le soin de désigner lui-même un successeur ï Grégoire, avec la condition que, tant que l'Ëglise n'aurait point recouvré la paix, il serait tenu de donner l'hospitalité dans son abbaye an nooveau pape et à la cour^ comme il avait fait à l'égard du pape Grégmre. Didier y consentit, et remettant son bâton pastoral en signe de sa promesse, il nomma pour pontife Hothon, évêque d'Ostie. Ainsi, l'affaire eût été dignement terminée si un cardinal ne se fût levé en disant que cette élection était contraire aux canons, d'après lesquels kl évoques ne doivent point être transférés d'un siège dans un antre ; et (fu'il n'y avait i)oint ici de motifs assez puissans pour déroger i la discipline ecclésiastique. Alors , tous , s'emparant de vive force de Tabbc rccalciiraiit , rentraîucrcnt dans l'église de Sainte-Lucie , et le proclamèrent pape après Tavoir revêtu d'une chappe rouge , sa vive résistance ne permettant point qu'on pût le couvrir des autres vêtemens pontificaux. L'indomptable Didier ne se tint point pour vainca

ABBÉ DU MONT-GâPSSIN. 205

par eette violence : qoatre joors après, on le vît B*enfuir à Ardcs, puis ^ Tcrraclne, d'oà, ayant déposé la chappc, la croix, et tous les orne- Dieu d'un pontire, il s'en revint à son monastère (1087).

La 87* année de ce siècle unissait et le siège de saint Pierre deaenrait veuf encore; mais par la volonté de Dieu, Didier étant venu iD concile de Gapoue , vit à ses pieds les cardinaux , les évèques , le )riMe Giordan, le duc Roger et Cencius, consul romain, faire un tel mot de prières qu'à la fin il consentit à prendre les insignes pontiicanx. Ayant ensuite célébré la Pâque au Alont-Gassin , suivi de iiiordan, des soldats normands et de Gisnlfe, déjà prince de Saleme, 1 se rapprocha de Rome, quoique alors infirme et malade, pour s*y aire sacrer solennellement. Mais le sang allait être répandu dans le €Bple même de Dieu. Fortifié en armes dans l'Eglise de saint Pierre, *aati-pape Guibert ne voulait en déloger que de vive force : durant m jour entier on en fit donc le siège. Les soldats de Richard pariiorent enfin à repousser les partisans de Guibert, ei le 9 mai, Fabbé Didier fut solennellement consacré par les mains des évéques d'Ostic, le Frascati, d'Albano et de Porto, et prit le nom de Victor III. Cette ^réfflonie fut célébrée en présence d'une très-grande multitude de Peuple, de cardinaux, d*évêques et d'abbés.

Il est vrai qu'outre une sage répugnance des honneurs, la pensée les iniquités de ces tems , rendit le nouveau pontife rebelle à se Jutrger du fardeau de la papauté. Il avisait certes prudemment ; ce ^'éiait point une mince entreprise que de vouloir l'emporter sur un «pe soutODu par Henri , et qui avait entraîné dans son parti une nnde portion du clergé. Ajoutons que l'esprit extravagant et versa* le dont étaient alors animés les Romains tantôt pour le légitime QBtifè, tantôt pour Henri, rendait très-périlleuse à Didier la prise de onession de son propre siège, et le contraignait d'errer en fugitif, il refusait de combattre à outrance dans rEglise pour soumettre les diismatiques ainsi qu'il advint

L'habile solitaire du Mont-Cassin avait prévu toutes ces choses^ et evenn pape, l'épreuve qu'il en fit dépassa encore sa prévoyance. £n bt, huit jours s'étaient à peine écoulés depuis sa consécration, qu'il «onnutque le séjbur de Rome lui était dangereux, et qu'il se trans- Nia aussitôt v^rs la paisible demeure du Mont-Cassin. Hais la corn-

206 BIOGBAPBIE DE DIDIBBt

tesse MalhiMe, qui i si bien mérilô da nége romaio, iUBt vmM b Rome avec son armée, lui manda de venir Vy joindre afin qa*eUff pit s'entendre avec lui. La Tue des armes de la comtesse enhardit l^dor à se rendre dans la cité où sa présence an milieu de teh appuis M attira le dé? oaement de Rome entière et da Porto. Maia cet amoar des Romains fnt de courte dorée t nn message de Henri ka loalen de nonvean contre le pontife» qui en se retirant cnoore m Moal* Cassin, passa par Bénévent, où il convoqua en synode mw wsrnnhlés d'évéqoes. Didier n'avait pas une trempe d'esprit inférieore à celle da Grégoire : les tribulations s'accroissaient, mais dans son âme craissBiC aussi cette force qui fit qu'on ne le vit jamais se relâcher en rien dm sa défense de l'indépendance de son siège , dans son combat contn les investitures et dans sa poursuite des partisans de Henri. Il renoivella donc en plein concile les censures portées contre l'anti-papo Guibert, et frappa d'anathème Richard, abbé de Marseille et Hugues, archevêque de Lyon, qui vivement passionné do désir de la pipairiéi se livrait à toutes sortes d'outrages contre lui, spécialement dans mw lettre adressée à la comtesse Maihilde '. Ce fut aussi dans ce tems que le pontife fit publier une ordonnance dans toute l'Italie, ponr ras^ sember de puissantes forces afin d'aller en Afrique combattre lesSvrasins ; il accordait la rémission de leurs fautes k ceux qui oonscotiraient à partir^ et il consigna entre leurs mains l'étendard de stiat Pierre. C'était le commencement des croisades.

Or, pendant les délibérations des pères du concile de Bénévent ipri duraient depuis seulement trois jours, le pape ressentit les premlM atteintes d'un mal d'intestins , qui le rendit comme assuré de sa II prochaine. La maladie s'aggrava bientôt tellement, que rompttl soudain l'assemblée, il s'achemina suivi des pères vers le Mont-Cana, où il désirait finir ses jours. Là , s'étant fait porter dans le cbapttia maintenant désdlé, se tournant vers les moines, il menaça d'anathêoa quiconque de ses successeurs au siège de l'abbaye, oserait vendre oi aliéner les champs , le bonrg ou l'Eglise , composant son patrfanoiiei ou tout religieux qui à l'insu de l'abbé aurait fait nn écrit oo Hbdle de contrat : auquel cas il le déclarait nul du consentement des fitreSi

■ Co/L Concil. tom. xx. in FU. Victor, pap. m; adann. 1188, p. 681.

A9PA IMJ HONTWUaaill* 207

I fflKMait WHHle Od^. c«i4Ui«l diacre et priepr, pour lui moeéder M8 le gofif enietiKuit da monastère. Ayant 6it enfin venir anprèa • Ini tons lea 6vêq«€8 et cardinaux prisenat il prit par le main NhoSi évlqoe d'Oatie, et le lenr préamui« en disant ; « Le ¥oUk«

preneMe, et aeerei-le mon ancceaaenr anr le si^de Vttfim lu- » naine comme c'était la pensée da pape Grégoiret »

Après avoir ainsi poonr n ï l'avenir de l'Eglise universelle et de son Abaye, il ordonna qu'on lui creusât de suite on tombeau dans l'abside h chapitre t la vioienee do mal lui faisant pressentir l'approche de

II mort Trois jours en eiTet, s'écoulèrent à peine et le pape Victor Ir^ttssé fut enseveli dans ce sépulcre le 16 septembre 1087 '.

' Quelques-uns pensent que Ylctor mourut par l'effet du poison jeté diBS le sacré calice : j'ignore s'il en fut ainsi : en songeant à la cornption de ces tems que le lecteur croie ce qu'il lui plaira. Le corps da pontife fut transféré plus tard dans la chapelle consacrée à l'abbé lertaire, martyr,, et des vers furent gravés sur son tombeau.

Grande fut la douleur des moines du Mont-Gassin à la mort de Didier, soit par la reconnaissance qu'ils ressentaient pour ce nouveau iDodateur de l'abbaye, soit à cause de la condition présente de l'Eglise ^perdait en loi un ferme soutien. Certes, il a justement mérité

' An 10* jour de septembre on lit dans le Nécrologe da Ment-Cassin du

ll<âécle eei mots écrits en lettres majuscules sur un fonds d*or : 06ul vent'

^ndœ mcmoriœ domnns Victor Papa^ qui et Desiderias ahbas^ et renovator

kjjtuîoei. — Dans le eatatogue des abbés du Mant-Cassin de Pierre Diacre.

■l on lit : &e in Sarttiniam ordinem extendit etper totum oceideniem eor^

'%nf.— Dans le catalogue des pontifes romains, ms. 357: Victor an, vi. dies

^ Uic abbas eassinensis Desiderius antê dicebatur, gui renovavit totam

^ttttuttrium cassinense et corpora sancti Benedieti et S. Sekolasticœ inte-

■croCf invenit, etc.

Uns tons les écrits de ce tems le nom de Didier ne parait jamais sans être

"ffwiyiyiéde qadques louanges .* son corps fat conservé dans la suite a?ec

^pmde vénération comme celai d*an Saint : teUement que dans Tannée 1737,

MUiello&trCassin D. Sebastien Cadalet obtint da Pape Benoit XIII, avec

^ wtence de la Si Ck>ngrégation des Rits, fa permission de célébrer dans la

'■iiipie du Blont-Cassin la fête du Pape saint Victor : laqueUe fête est

■"îcâébréeàrAbbaye de la Gava et dans Tile deTrémtte.

BIOGBAraiB DE DIDIEB.

une immortelle gloire, celui qui se rnootra dans le 11* siècle, ras (les plus forts cbampîoos de la liberté de l'Eglise , et celui qui te aussi l'insigne restaurateur et propagateur des arts en Italie, par cette célèbre basilique qu'il édiOa sur le filont-Oassin, et par tùos les soins qu'il se donna afin de rendre ses moines les instmmens de la reUgîoi, et de la civilisation italienne.

Oom LuiGl TosTi.

(Traduit par M. de MomnoMp.)

-iT.Tîr>8g»

LETTRE DE DOM GARDEREAU, BTG. 209

|)olfmti|Uf (Cati)olti|Uf.

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