‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 3)Chapitre 50 sur 103 · CLERGÉ FRANÇAIS · texte numérisé non relu

CLERGÉ FRANÇAIS

Par M. l'abbé GIOBERTI.

1. laflneneedeM. Gioberti. — Projet de régénérer les études philosophiques.

— Nécessité d'eiaminer sesoafrages.

M. Tabbé Gioberti, déjà conna comme écrivaia et comme philosophe, Tieot d'acqaérir plus de renommée encore par Tbonneor qo*on lai a fait à Rome de prononcer son nom à côté de ceibi de Pie IX. C'est ce qui nons décide à examiner de près non ses écrits politiques ^ ses invectives contre ime société célèbre, mais ses écrits philosophiques. Car M. Gioberti ne se propose pas seulement d'assiu-er on i& relever la gloire de sa patrie, ce dont on ne peut que le louer, mais Qicore de fonder on nouveau système de philosophie. Ce système a été exposé dans trois volumes qui viennent de paraître sous le titre de Bestauratian des sciences philosophiques ; introduction à Fitudede'la philosophie*. Ce système nouveau n'est pas tout-à-fait

:: 1 Traduits par MM. Tabbé Tourneur et Tabbé Défouroy, professeurs au sé<niiiiaire de R^ms. A Paris , chez Leooffire. Prix : 21 fr.

m* SfiRUS. TOME XYI.— N* 94; 1847. 16

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inconnu aox lecteurs des annales ; c'est le système de VintuitUm directe^ fondé sur Vidée une, éternelle^ etc. ; c'est le systèoe de Malebrancbe , repris en sous œuvre, corrigé et perfectionné. Noa nous proposons de l'exposer et de l'examiner avec cette attention et cette impartialité que nous nous faisons un devoir de mettre dans nos travaux philosophiques , surtout avec les adversaires qui , omune M. Gioberti^ joignent à un talent réel une profession franche et sincère de foi catholique et de soumission à l'Église. Quelle que soit b divergence d'opinion entre ces écrivains et nous, ils sont nos frères, et nous les regarderons surtout conunc telsy en leur prouvant que leurs doctrines mènent précisément aox conséquences qu'ils désap* prouvent dans les autres.

Mais avant d'entrer dans cette discussion philosophique, nons devons mettre sous les yeux de nos lecteurs les quelques pages de a préface où M. Gioberti parle du clergé français. On y verra une large part d'éloges pour l'ancien clei^é; mais il nous sera facile de montrer qu'il est loin d'avoir porté sur le clergé actuel un jugement juste et impartial , et nous regrettons vivement de voir ce jugement consigné dans un livre qui a beaucoup de vogue en Italie, et dans le centre même de la catholicité. Nos lecteurs en jugeront eux-mêmes.

2. Eloge de rancien clergé français. ^ La France loi doit ses prineipito illustrations littéraires scientifiques. — 1 e clergé a dégénéré, quant à h science. — Réponse à ce reproche.

La vertu, la science, le génie qui disUnguèreni dès les prenûen tsM le clergé français , le rendirent dè^ lors un des plus remarquables de FEirope. Le Christianisme était à peine introduit dans les Gaules» et déjà M ministres s'y illustraient par leur savoir*, leur éloquence et la pureté es leur foi; ils s*j illustraient par rhéroTsmc de la vertu, dans les longMi et laborieuses épreuves de Tapostolat, comme dans les éprenves plii courtes, mais aussi plus terribles, de la confession de la Ibi et du mfrtjift Quand même, durant tout le mojen-ftge, la France n'aurait donné à la ^s^ tienté d'antres Illustrations que Gerson et saint Bernard, aux éCndci aaerési d'autre concoun que roniversilé de Paris, il faudrait encore la compter Si nombre des provinces qui se sont monlrées les plus dignes et qui ont le mieot noérité de TËglise. Qui ignore les gloires du clergé français au 17*= siècle? Qai n'admire cette nombreuse et brillante élite d'hommes lUastres, sortis tadiSi'

Ofi LA PHILOSOPHIE D£ M. L'aDBÉ GlOBËKTi. 2/i7

restf degrét d« It hiérarchie ecdésiaslique? Il ont cultifé avec bonheur toutes

tel scicsees d« leur tems y ils ont éleré à une égale hauteur Pinstraction su-

Uône ei pfof^iHle qtii faH marcher la icience, et Tinstraction élémentaire qui

la eoDMDQDiqM an Jeunet gens et aux ignorana; ils ont Tait de Tidiome flran-

fait BM langue noble et digne d'être écrite; ils ont créé une littérature natio-

ei ib font portée à un tel degré de perfection, que les générations sub-

ont en nin essayé d'y atteindre, bien loin de la surpasser. Et si un

Bonbra d'écrivains laïques ont eScacement coopéré à cette œuvre, il est

à vemarqiier quMIs pensaient , sentaient et écrivaient sous l'influence morale

du aacerdoee. C'est sartout au sacerdoce que la France doit la création de sa

litléralure, comme elle lai a dû, dès les premiers tems, Torganisation de sa

iDciété. Ce dit incontestable a échappé à la perspicacité ou & la bonne foi du

âède soivaiit, et ce siède, qui avait reçu des mains du clergé une littérature

à bsUe et n riche» s'en est prévalu, ingrat et criminel, contre ceux qui l'a*

vaient eréée, contre cette même religion qui Pavait élevée et nourrie. La guerre

Éi IS* ttéclo contre le précédent me peint an naturel une insolente échappée

d*éeolier& tumultueusement révoltés contre la vénérable assemblée de leurs

laitituieurs et de leurs maîtres. Où celte révolte a-t-elle conduit la littérature

tt la philosophie française ? Chacun peut le voir, et les peintures les plus vives

tenieat moins éloquentes que le spectacle qui s'étale aujourd'hui à nos yeux.

Dun le cours de ces douloureuses vicissitudes, le clergé français n*a jamais

^Mmenti ses glorieux principes ni ses antiques vertus; et si , au tems où les

koames d'église pouvaient devenir hommes de cour , cet usage donna lieu

iqaalques seandales qui obscurcirent, comme il arrive toujours, la réputation

da corps entier 9 ces taches ont été efTacées complètement durant ce terrible

kealeversenicnt de tontes les choses divines et humaines, et le saceVdoce f^n-

diicn est sorti» comme l'or de la fournaise, purifié de Umlt souillure et digne

de San snlique renommée. Me Pavons-nous pas vu naguère, lorsqu'un fléau

to se ruait sur la France et abattait les populations malheureuses, nePatona-

l^OBS pas \ii se mêler à la foule des infirmes et des délaissés, les soulager, corps

tt âaie, avec une tendresse de mère, et mourir avec eux ? Et quelle plus belle.

Mie plus forte preuve de vertu que de donner sa vie pour le proéhain ?

^oer sa vie pour ceux qui peut-être ont besoin de votre pardon, sans corn-

P>matioB d'amour, sans espoir de reconnaissance !

• Mais si le clergé français est encore de nos jours un modèle de tontes les larfas que demande le lacerdoce, il n*est pas, sous le rapport de la science, à h hauteur des hommes illustres qu'il a enfsntés autrefois, il n*est pas A la Waleur de son antique renommée. Il a commencé à déchoir dans le cours du 'iede passé, alors qu'il s'est laissé enlever par les laïques le patrimoine Intel* hctud de la science. La science est un flambeau ; celui qui le tient doit en

répandre la lumière sans en rieo perdre pour Ini-mênie, et mrtoot sans se le laisser ravir. Le clergé français a toujours consenré» il est yrai^ le seeptre de la vertu, mais il a loufTert qu*on lui enlevât celui de la sdeiice et du géofe. Quand au siècle dernier, une foule d'écrivains infimes ou médiocres» relenit d*un ou de deux chefs illustres, livraient è la rdigion une guerre aussi acbinéi que variée dans tes attaques, il ne sut pas opposer un seul homme émineit à Tastuce et à la rage des assaillants. Bergier, Guénée et quehiuei autres ont fait ce quMls ont pu, ont combattu avec bonheur, ont acquis un droit impériMaUfe aux bénédictions de la postérité; mais ce n'était point assez d'eux, il esl certain que le silence du clergé, ou du moins la faiblesse de sa défenée, a contribué à la diffusion de la fausse philosophie et k Tempire qu'elle a eonqrii dans l'opinion, alors qu'un seul génie vraiment puissant, s'il s*en fût trooTé sa sur le seuil du sanctuaire, aurait pu mettre en fuite cette foule d'inMCteiiicommodes, dont Tlnsolence croissait à proportion de la patience intempestifs de ceux auxquels ils s'attachaient. Ni la verve de Volt'iire*, ni la faconde ds Rousseau n'auraient pu voiler leur ignorance, s'il s'était rencontré qoek|M puissant génie, quelque bon philosophe pour la démasquer. »

Nous sommes loin de nier qa*il n'y ait quelque chose de Trai dans ces reproches; ce que nous trouvons injuste, c'est qu'on les fasse tomber exclusivement sur le clergé français. Dans la défense de U fai catholique , tous les membres du clergé sont solidaires : s'il y a ea faiblesse dans la défense du clergé français, il y a eu nullité daaf celle des autres parties de la chrétienté. Nous pourrions donc adresser les mêmes reproches au clergé italien, espagnol, etc. Si ce clergé avait eu un homme de génie qui eût fait un livre tel que le demande M. Gioberti, il aurait été traduit en français, et il aurait arrêté le torrent Mais non, il serait facile de prouver que c'est encore le clergé français qui a soutenu le mieux le choc de cette malheureuse guerre. Pour nous^ nous croyons sincèrement que s'il a été vaincu, c'est qa'il s'était glissé dans les écoles catholiques, sous le nom d'intuition H' recte, un principe (celui-là même que M. Gioberti professe) aTec lequel il était impossible que la foi ne fît pas naufrage. Si tous ^pnaa pour vous Vintuition directe de la vérité ^ il est imposible que lesaotics n'en fassent pas autant ; dès-lors, chacun n'aura d'autre religioB que celle qu'il verra lui-même et en lui-même; et c'est là tonte l'e^ reur de la philosophie ; c'est encore l'hérésie actuelle à laquelle M. Gioberti vient offrir l'appui de son talent, coumie nous le prouverons.

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