‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 3)Chapitre 57 sur 103 · HISTOIRE CRITIQUE · texte numérisé non relu

HISTOIRE CRITIQUE

Le protestantisme n'est donc pas encore lassé de troubler et de ravager le monde l Le rationalisme s'obstine donc à ne pas comprendre que, flattant nécessairement l'oi^neil ou la concupiscence , son rfik est essentiellement sanguinaire ? Il n'aurait pourtant qa'è considérer ses deux phases les plus brillantes. Au 18* siècle , il fit la Eraoce incrédule et voluptueuse, et il a fallu du sang pour laver ses crimes De nos jours, il a fait l'Allemagne sceptique et impie, et le sang est sur le point d'y couler. Voluptés du corps ou de l'intelligence , c*eit donc toujours du sang qui vous expie !

Il est de mode aujourd'hui de présenter la Réforme comme le réveil salutaire de l'assoupissement mortel dans lequel TÉglise aurait plongé l'inlelligence humaine, comme la raison ressaisissant ses droits, comme la logique reprenant son cours. Or, M. Ghassay démontre que le protestantisme n'est plus , comme doctrine ; qu'il ne reste rien de lui , sinon le rationalisme le plus désastreux. Est-ce donc que la logique peut mourir ? — D*un autre côté, voilà l'Église qui refleurit dans l'exercice de ses droits, dans ses droits eux-mêmes 7 Pourquoi donc vit-elle ? comment se fait-il qu'elle subsiste encore , qu'elle subedste toujours ? Ah ! vous faites semblant de ne rien savoir ; mais nous ne nous ksscrons pas de vous le redire : c'est que l'Église est la mineure d*im syllogisme établi par Dieu même ! Les preuves abondent dans le Christ et V Évangile ; nous regrettons de n'en pouvohr citer qu'anft

Tibère était maître du monde. Enfermé dans son repaire de » Caprée, gorgé d'or et de sang, le tigre impérial contemplait l'univen » vaincu abaissé sous ses pieds. Il ne restait plus rien de la liberté n romaine, rien de la chasteté des matrones, rien de la fierté du Sénat, >' rien de la courageuse générosité et des mœurs républicaines. Li » Grèce n'était plus qu'une école de pédagogues et de sophisto.

V L'Orient tout entier, courbé sous l'épée des Césars, s'abrùtiasat M dans la servitude et dans la volupté. Alors un homme de Jodée^ » par les ordres du gouverneur romain , fut cloué sur le poteau dei » esclaves. A peine quelques gouttes du sang inconnu eurent-elki » tombé sur le sol , que la terre frémissante tressaillit d'allégresse. » Des boixlsde l'Euphrate jusqu'aux rives du Tibre, et depuis la

V lulnlaiiie Bretagne jusqu'aux pays enchantés que l'Indus anese, > l'humaniié se leva dans ses fers en regardant le ciel avec une irré-

DU BATIONUISME CONTEMPORAIN. 28t

sistible espérance. Le monde gangrené tombait en poorrltare, et la poreté naquit tont-à-coup dans les âmes comme mie blanche fleur qni crott snr nn tombeau. On foulait aux pieds la dignité et b noblesse de la natnre humaine, et l'on se prit , tout d'un coup, par un étrange renversement d'idées , à chercher les esclaves dans leur abrutissement et à ramasser les pauvres abandonnés dans les faubourgs des grandes cités romaines. On avait, pour conserver la vie, conmiis d'incompréhensibles lâchetés; et tout d'un coup, vieillards, enfins et femmes, quiconque avait une âme et un cœur, voulut souffrir et mourir pour les intérêts de la vérité. Les immenses amphithéâtres devinrent trop étroits, les innoQdbrables prisons d'un monde de captivité regoi^èrent, les bourreaux manquèrent bientôt pour envoyer à la mort tous ces impatiens de la vie. C'est là, certes, une révolution morale dont nous avons le droit de demander à nos savans une explication qui paraisse au moins expliquer quelque chose. D'ailleurs , cette merveille du Christianisme n'a pas duré seulement quelques années ou quelques siècles. Cette semence jetée dans le sol du vieux monde par une main mystérieuse , a grandi comme un arbre immense qui a couvert de son ombre sacrée les nombreuses générations des peuples. Le Christianisme est sorti des amphithéâtres et des catacombes pour aller au devant de ce flot des Barbares qui devait couvrir l'univers romain comme une immense inondation. Il a, pendant de longs siècles, lutté contre ces races de fer avec une infatigable énergie. Il a fait des sauvages qui peuplaient les landes de la Bretagne, les marécages de la Gaule et les forêts de la Germanie, les nations les plus fortes^ les plus savantes et les plus invincibles. Pourtant, dans cette lutte à jamais mémorable qui commence sous les tentes d'Attila et qui se continue de nos jours sous le sabre des despotes de l'Orient, que d'épreuves n'a-t-il pas traversées I Quelles tempêtes et quelles agitations formidables ! Quels puissans génies n'a-t-il pas usés par la patience de sa durée, par son éternité! Il \1t, il vit encore, même après Arius, même après les Barbares, même après Luther, même après Robespierre; après la Réforme et la Révolution française ! Il vit , non pas immobile et glacé conome un cadavre^ mais il va jusqu'aux extrémités du monde, porté sur les ailes de la vapeur et des vents, annoncer aux barbares

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