‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 3)Chapitre 6 sur 103 · SUR LES DYNASTIES ÉGYPTIENNES · texte numérisé non relu

SUR LES DYNASTIES ÉGYPTIENNES

tôte chargée de trente pyramides; rapprochoDB-la des deux siècles où le cœur de Tbistoire égyptienne est marqué par le règne de £ésostrii et la merveille du Labyrinthe ; réduisons autant que pos* sible les 150 rois qui les suivent et la domination des étrangers; remarquons alors qu'il nous faut élever cet énorme tronc sur une base de dix-huit siècles parfaitement certaine , à partir de Jo$eph et é*jihmé8 , et nous douterons ensuite si les bornes que Ton assigne généralement à l'existence historique des peuples peuvent se concilier avec ces dimensions gigantesques. Les efforts de M. de Bunsen se» raient la meilleure preuve du contraire ; après avoir, sans égard pour l'histoire ef les monumens, supposé des règnes constamment collaté* raux, trois dynasties à la fois et huit ou dix rois simultanés pendant la moitié des 12 premières dynasties, il n'en fixe pas moins le règne de Menés à l'an 3643 av. J.-G. L'obstiné fils de Chanaan , mutilé avec acharnement pendant 3 volumes , se relève enfin de ce lit de Procuste où l'avait étendu son critique impitoyable, et Ton s'aperçoit alors qu'il dépasse encore de plusieurs siècles les mesures qu'on lui avait imposées au nom des calculs que la chronologie ordinaire avait fondés sur la ginéalogie d'Abraham.

Nous avons cru qu'il était nécessaire d'exposer l'état de cette difficile question aux lecteurs si éclairés des annales de Philosophie chrétienne ; un sincère amour de la vérité nous a guidé dans cette recherche. Les rapports de la science avec la foi et les limites respectives de leurs domaines ont constamment préoccupé les rédacteurs des Annales ; ce plan d'études , si conforme aux travaux des premiers docteurs chrétiens , présente de grands avantages mêlés à de grands écueils , qu'il faut savoir éviter. Nous voulons parler ici de l'habitude prise par beaucoup d'auteurs d'imposer à la science certaines directions ou certaines limites , d'après les idées que leur a inspirées la lecture de la Bible^ et souvent sans examiner si ce livre contient sur les points en litige des notions claires et données comme enseignement, ou des phrases sans but direct qui constatent seulement les notions du tems et l'ordre d'idées dans lequel vivait l'écrivain sacré. C'est en raisonnant ainsi qu'on avait voulu faire une astronomie de la Bible, à propos du récit de Josué.

• Nous avouons franchement que les efforts des premiers cbronolo^

logucs pour dégager cette éternelle înconnne, l'âge du inonde, ne nous paraissent pas marqués au coin d'une critique plus sévère ; et c'est un doute que nous voulons soumettre à ceux de nos savans lecteurs qui consacrent spécialement leurs veilles à l'étude de l'écriture sainte.

On convient bien qu'entre les deux principaux textes de la Bible, les septante et la vulgate, nous n'avons pas un chiffre certain pour la création ni pour le déluge , mais l'addition des chiffres partiels de l'édition des septante compose- t-elle un maximum qu'on ne puisse franchir, et la généalogie éC Abraham fournit-elle les élémens d'une chronologie? •

Telle est la véritable question.

L'excellent et savant Sylvestre de Sacy ne le pensait pas, et nous pourrions joindre à son autorité celle de plusieurs savans chrétiens de notre époque. Il remarquait que Moyse ne fixe nulle part ube date du déluge , la seule période que l'historien sacré apprécie avec quelque ensemble , est celle qui s'écoula entre la promesse divine et la délivrance d'Israël.

En suivant l'histoire biblique nous trouvons un fait mémorable, la fondation du temple que le savant roi Salomon paraît avoir voulu fixer avec précision ; or ce grand événement n'est comparé par lui qu'à la date de V Exode. Ceci ne donne pas à penser que Salomon ou Moyse aient voulu fixer l'année du déluge, par un enchaînement certain et continu. Nous ne considérons pas comme une chose si simple de réunir par une addition les chiffres que Moyse n'a point réuni, et de poser un total qu'il n'a pas posé.

Pour faire une chronologie en rassemblant ces élémens généalogiques, il faudrait être certain que tous les degrés y sont compris, or le nom de Ccêinan qui n'est point dans la Genèse et fut admis néanmoins dans la généalogie du Christ , prouve que des personnages secondaires y pouvaient être omis. Bien d'autres incertitudei»^ s'attachent aux généalogies hébraïques , lorsqu'on veut les employer* comme élémens chronologiques, celles de Jésus-Christ en fournissent:: un notable exemple; l'une supprime plusieurs degrés connus pair l'histoire pour arriver à un nombre mystique de ik générations 3 fois répété, en employant néanmoins le verbe gmuit; l'autre suit la pa—

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rent^ d'adoption, et sans aucune indication qni prévienne le lecteur. Si ces généalogies contenaient comme celle d'Abraham la date de naissance de chaque personnage, ou voit où aurait été conduit un chronologue tjui eut voulu en calculer le total, La préoccupation généalogique se montre à chaque instant dans la Bible, et s'explique aisément par le prix attaché à la précieuse race d'où devait naître le Réparateur promis , mais Tidée d'un calcul de l'époque du déluge nous parait comparativement toute moderne.

Lorsque Moyse conserve à son peuple les souvenirs de son origine première, il consacre par la puissante autorité de sa parole, la solution traditionnelle, dans la famille de Jacob, des grands mystères de la destinée humaine, la création, la déchéance et la promesse d'un Sauveur. Le caractère de ces faits et leur portée morale et philosophique sont étrangers à leur date, et 20 siècles de plus ou de moins ne changent rien à leurs conséquences. Les apôtres ne s'occupent pas plus que Moyse de la date de la création et du déluge, ils ne pensent qu'à faire reconnaître au monde payen sa déchéance et à lui faire accepter le nom de son divin Réparateur.

. Après les apôtres viennent les docteurs, après le d(^me et son entraînante autorité vient l'exégèse, escortée de toutes ses incertitudes; les premiers savans chrétiens veulent faire tourner au profit de la science les renseignemens contenus dans ces vieilles annales juives, que le monde grec et romain a peu connues et si mal appréciées ; de là, ces nombreuses tentatives pour faire une chronologie du déluge. ^es oQt donné des résultats si divergens , suivant les différentes écoles, qu'il est moins embarrassant de n'en adopter aucun que d'avoir à choisir entre eux '.

Ce n'est point un adieu que nous disons à M. de Bunsen; si ^*%pte et la Judée sont intimement liées dans cette première Partie de son ouvrage, elles n'ont pas des rapports moins évidens

' Dans Técole juive, l'idée d*une chronologie est également très-récente; I* preuve en est fournie par la difTérence que présentent les calculs des ^^^ni faits depuis, sur le texte hébreu actuel, avec ceux de Josèphe qui lient jamais osé s'en écarter s'ils eussent eu de son tems, quelque autorité ^<litionDelle. Cette idée est prolMblement née chez eux au contact de l'école grecque d'Alexandrie ou tout au plus en Assyrie pendant la captivité.

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avec la geoonde partie où doivent être étudiés les détails d toire, de la géographie et de la religion. On peut déjà pr que la Bible seule fournira des matériaux assez anciens pour nature les peuples nommés sur les mooumens thébains, et d'u côté) la géographie de la Judée toute entière est peut-être cnfoi les décombres du Pylône de Scheschenk /*". Nous aimerons à ver M. de Bunsen sur ce terrain , où ses vastes connaissance Tantiquité, ainsi que le coup d'oeil élevé qu'il apporte à l'é rhistoire» dégagé des entraves qu'il s'était imposées au nom < tosthène^ nous promet une ample moisson de ces faits curieu sait si bien mettre en lumière.

Vte E. de ROUGÉ.

DE L*OPINI<HI DR SAINT THOMAS. Si

|?ol/miqur Catl)oliqiu.

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