‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 3)Chapitre 70 sur 103 · CRITIQUE DE LA CHRISTOLOGIE · texte numérisé non relu

CRITIQUE DE LA CHRISTOLOGIE

elles des analogies tellement profondes qa*on ne peut les attrihuor i de pures coïncidences produites par le hasard.

Il est impossible, par exemple, dit M. J Reynaud, de se faire da Feroûer d*Ormuxd une autre idée que celle du Ferbe '• Nous avons déjà montré combien cette supposition était peu d'accord avec les faits, et M. J. Reynaud paraît si bien l'avoir compris lui-même, qu'il dte, aussitôt après, un fragment de VYaçna *, où il est question de Vffonover % et qu'il trouve dans ce célèbre passage des livres lendi, comme l'avait déjà fait M. Guigniaut» toute la doctrine du fibde Dieu ^. Cet embarras de nos adversaires, quand il s'agit d'appliqoer leurs principes, établit, d'une manière incontestable, en même terni que la confusion de leurs idées, la faiblesse de leurs preuves. ÂiUenrs, M. J. Reynaud, oubliant sa double supposition contradictoire, présente Hom comme le type véritable du Dieu fait chair pour le saint du monde \ M. Edgard Quinet qui voit, lui aussi, la doctrine du fib

< Voir Reynaud, article Zoroaslre 805. -« « Les Ferouer, dit M. Menant, innombrables divinités du troisième ordre^ sont toutes femetUs à ce qvCHpÊr rait„„ Ce sont eux qui forment la nombreuse milice du bataillon céleste-... Dans les prières, on invoque le Ferouer du soleil, de la lumière, du bcBoC de la main sainte, du poignard de la pure parole... Ce sont des intermédiairei placés entre Thomme et la divinité. Ce sont eux qui portent la prière an pied du trône d'Ormuzd ; ce sont eux qui viennent au devant des Ames des jnsles» et les initient à leurs nouvelles destinées. > Menant , Zoroastre^ 11g, 119, 130.

» Voir E. Burnouf, Yarna 4, 19.

* D*aprês Texposé que M.. Menant donne de la création du monde au peint de vue du Zend-avesta , il semblerait que THonover est la parole forte et puissante par laquelle Dieu a ordonné aux créatures de naître. G. Menant, Zê» roastre, — Dogme. ■— Mais M. E. Burnonf, Commentaires sar l'/ofiMi, a contesté Texistence de la création proprement dite dans la doctrine de Zoroestre. MM. J. Reynaud et E. Quinet, eux mêmes, ont adopté cette interprétation. — Voir Daniélo, Histoire et tableau de V Univers^ iv.

4 On n'a pas oublié que M. Guigniaut, tout en y trouvant la formule de la Trinité, reconnaît qu'il ne s'agit pas d'une idée pantbébtique analogue aox epi* nions binitloues. '

» Voir Reynaud, art. Zoroastre, 816-17-18.

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e Oiea dans b théologie mazdéenne ■ se contredit d'abord iiiilême >« ce qui est assez ordinaire» et conteste ensuite, probablement ■w 8*cn apercevoir, quelques-unes des allégations de M. J. Reynaud ■r h théologie des mages. Chez lui, c'est tantôt l'union qui est

•d an commencement, demande le prophète penché tur U source hi Bmrdj? U y trait U lamiére, et la pat oie inereee^ répond la Voix d*en iMil. C'est de cette étrange manière que M. E. Qainet tradoit le panage de ^Ymçma où il n'y a pas on féal mot qoi regarde U parole incréée; mais où U Tagit feulement des astres étemels, comme M. J. Rejnand Ini-mème l'a dé- ■OBtré : sine princifHo lumina data ex se data adoramas. — M. Bnmoof, YmnuifTS. Plus loin il ajoute, avec une sorte d'enthoosiasme déclamatoire, en mettant, selon son usage, des métaphores à la place de raisons, croyezvans, au reste, qae la force de ces idées n*ait pas de valeur duraMe; que, nées an hasard près des sources de naphte de la fiactriane, elles n'appartiennent 91'à la Perse et vont mourir avec elle? Je prétends, au contraire, qu*il n*eB ot pas de plus vivante dans la tradition du genre humain. En effet , je connais nn livre qui s'ouvre par ces mots : « Au commencement la parole était •aiecDieu, c'était en elle qu'était la vie > et la vie était U lumière. • Qoi parie ataii? Est-ce le Zend-avesta de Zoroastre? Non, c'est TEvangile de saint icu. Sauf à chercher à quelle source TApôtre a recueilli le dogme fondamen- Ui de rOrient, fl me suffit aujourd'hui de savoir que les visions des anciens iwiphj reparaîtront purifiées, divinisées dans le culte nouveau. Attendons cicore quelque tems, les obscurs pressentimens du paganisme se confirme- >Ott dans rEvangile. Cette lumière de Flran n'est que ténèbres ; cette parole de vie prononcée par Taneien monde n'est qu'un bégaiement; mais, demain, I^ et Tautre éclateront dans les discours et la prédication du Christianisme. K- Qainet, Génie des religions. 316-17.

* Ils parient de Milhra comme du Chrisl de la religion mazdéenne. « Ce ]KeaMithra,aux yeux d'or, ce laboureur du désert, ce fils de la parole, lequel Itrau la scène des révolutions religieuses de la Perse et clôt son Ancien TesliBienty apparaît comme le purificateur de la nature, et le rédempteur de la «éatioa. Mithra transfigurait les lois de Zoroastre, et le Christ la loi de Moise. X. Qoinet, p. 318-19. — Ce qui n'empêche pas le professeur du collège de France de mettre dans la page précédente Mithra à la place du Saint-Esprit. «Le médiateur viendra, et c'est le nom qu'il faut donner à la troisième per^

• imme de la Trinité persane ^ Mithra , investi d'une double nature , ce Dieu

• mystique. Hermaphrodite, arriva pour illuminer de sa s|>lendeur interne te

• Vikm été ténèbres. •

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Verbe, tantôt ce même Mithrt qui est tout simplement un Ized', marne le modèle véritat>le da Saint-Esprit *.

M. J. Reynaud lui rend, eomme cela devait être^ coatradlctioB pour contradiction : « Je regarde volontiers, dit-ii, l'arehange Bah' » man comme le substitut du Saint-Esprit dans le Mazdéisme. » Ge n'éuit pas assez de trouver dans la théologie de Zoroastre la doc< irinedes crois personnes divines; le directeur de V Encyclopédie, comme 11. Edgar Quinet , y découvre toutes les formules même dn ppoi(^ne de saint Jean. Le Verbe de Dieu identifié avec la lumière, ne rap{)ellc<t-il pas Tessencc lumineuse d'Ormuzd qui répand sqr toute la nature le mouvement et la vie ? Les ténèbres que gouvcrae uihriman ne sont-elles pas présentées aussi conune empéqham par leur résistance , la propagation du règne de la vérité? Le jour de b J'cntecôte, n-est-ce pas le feu divin, brûlant dans les jétech-^âhêq/i vient resplendir sur la tête des apôtres? Il est clair qu'en abusant de pareilles analogies on démontrerait que le Christianisme vient aiuri

' M. Menant regarde , avec raison les Izeds comme des divinité! dn second ordre. — Hérodote croit que Mithra était Venus-Uranie. — D'aalrtf croyaient que c'était le Soleil. Sous les empereurs Romains, on donni i Milbra un rôle-très différent de celui qvCil jouait dans le Zend-avesta.

* M. Quinet complète ainsi toute sa singulière théorie : « Vaincue, (la re ligton des mages) elle a laissé partout sa marque dans le culte triompbipl Son Ormuzd qui plane comme Elohim, sur la nature entière sani y étniaearné; ses archanges armés de lances d'or, et qui c-ouvrent le monda dejenif boucliers, son Ahriraan qui, excepté réterni lé du chÂliment, a tooi les loiti de Satan; la résurrection de la matière, Timage de larbre de vie rfa>y le jaiA du monde naissant, le baptême dans Teau sacrée; que de traits eommiiiis à II BiUe et au Zend-avesta ! Les dragons convertis du diésert ne sont-ce pu hl chérubins à la face de taureau ? Les animaux couronnés tle Pfirsépo)ii ne I0l| ils pas en partie, les animaux symboliques des Évangélisles qui ks joai ^ priyoiscs, domptés par le miracle du christianisme? Enfin, les rois mages qoi* loin aperçoivent rétoile de FÉvangilc, et viennent au-devant du DieniM* vcau-nc, ne ligurent-ils pas, de la manière la plus naïve, cet iiuUot,cep» sentisscmcnt chrétien qui était enveloppé sous chacuii des symboles dtxfSpr nismc de Tlran ? La myrrhe, Tencens qu'ils ont apporiés tout fumaBlf éè foyer d'Agnis, d'Indra, d Ormuzd, brûlent encore aujourd'hui au foyer du PiC| IT de Bethléem. E. Quinet, Gcm'c des Rdigions, 320,

DE M. JEAiS [lEYMAUD. 3S9

hica da Mexique oo du Pérou. Sur les bords du Pôlosc, les prêtres do Soleil n'ador9ient-il£ pas cette lumière vivifiante que vénéraient les Mobeds de l'Iran 7 Dans te préambule du IV* évangile, le Christ q'est'il pas présenté d'ailleurs cooune la lumière de Tâmc , et bien pliitôt comme le soleil des inlelligenoes , que comme un astre du moQdd matériel? {1 est d'ailleurs dans la nature de Tesprit humain d*ideatifier l'erreur et les ténèbres , et il faut abuser singulièrement dç l'imiigination pour trouver daqs cette simple métaphore une tradition de la lutte éternelle d'Ormuzd et à'^hritnan.

Pions avons mis jusqu'ici en lumière tout ce que les hypodièscs de 009 adversaires roaferincnt de contradiction et d'inexactitude. Faut- il en conclure que nous contentions toute espèce de rapport entre la doctrine des mages et la tiadition révclée? ;Vssurément, telle n'est pas notre pensée, et nous soiumes, tout au contraire, convaincub que, p9fpoi les peuples de l'ancien monde , aucun n'a conservé de sou- V^r plus frappant de U tradition première du genre humain ' . L*eaipire de Vlran touchait, pour ainsi dire, au berceau niéme du gepre humain; ZoroaHre n'avait-il pas soin de dire à chaque instant,

' y. Gaigpiauty noUs sur Creuter, note cinquième du livre second. — Da- SUélo, Histoire et tableau, de C univers, iv$ 498. -^ Anquetil-DuperroD, Zeml» ^v€sta,'—0% Manuel (T histoire ancienne ^ 338, 346, 347, 351. — Maupicd, JProdrome d'ethnographie^ 6. — Henri Lord, Religion des anciens Perses, — Hyde^ De religione Persarum, — Laissons parler sur cette question un homme ^y^epais la mort derilhistre Moehier, estregnrdé, avec raison, comme le ikM^and théologien du 19* sièdc . On sait que Bf. Wisemann est aussi un des meilleurs orientalistes de notre tems. • Do tontes ces coïncidences, il n*y aqa*une chose à conclure, c'est que les traditions primitives des doctrines isljgiMuiM ost ^té eonservéei chez différens peuples. Mais, au lieu d'en tirer Cfifai cMiduston, las ennemis du Christianisme les ont avidement saisies, et \ fat vonbi V^an i9àit àsê anoes contre sa divine origine. Dupuis recueillit tous ï hi passages qui pouvaient rendre sa vraisemblance plus Trappante, il ne néf lOseapas même les ouvrages suspects d'Hermès Trisméfôste, CM. Guigniaut \ Ml a fait autant pour It» oracles de Zoroaslre, note 1,7, 35;, et il conclut que 'a Christianisme n'était qu*une émanation des écoles philosophiques qui avaient .Semi an Orient longtems avant la venue de notre divin Sauveur. » WisemanD» ^^iseours sur Ujt rappoits tut te la svieme et ta lieli^on rtvclée; ^iicoinrs 6, Trad, par ratrog€t\

2^0 CUlTlOliË D£ LÀ CUUlSrOLOGlË

qu'il 8*appoyait sur la tradition des ancêtres ■ ? En outre, là nalioa

des Mèdes et des Perses puisa ^ dans ses rapports fréquents a?ec les

Juifs , des lumières qui lui servirent k maintenir, en bien des pointSi

la tradition première. Avant la prédication de ZaroMire^ nous Toyoas

un prédécesseur de A>-iSrtiroti9- écrire ainsi à tous les peuples soumiB

à sa domination : « Que la paix se multiplie sur vous t J*ordonne pir

» cet édit, que dans tout l'empire de ma dcmiination , tous craignent

» et révèrent le Dieu de Daniel ; car, c'est lui le Dieu vivant, sobos-

» tant dans tous les siècles; indestructible est son empire, et sa pm»-

» sance n'aura point de fin*. » Après la mort de son beau-père,

Ke-Kurous régna sur presque toute l'Asie. « Daniel qui avait été en

» si grand honneur sous l'oncle, dit M. Rohrbacher, ne le fut pas

» moins sous le neveu. On ne doute point qu'il n'ait eu grande part à

M redit que publia celte année Gyrus {Ke-Kuraus) pour le rétaldis-

» sèment du temple de Jérusalem , et qui termina ainsi les 70 as

» de la captivité, comme l'avait annoncé Jérémie. L'bistorien Josèpbe

» assure positivement, et la teneur même du décret le donne à en-

» tendre, que Cyrus vit et lut les prophéties d'Isafe, qui l'appelaynt

» par son nom deux siècles d'avance, le signalaient conunele conqoé-

» rant de l'univers et le restaurateur du peuple de Dieu. •

« Ainsi parle Cyrus, roi de Perse» « Jéhova, Dieu du ciel, m'a donné > tous les royaumes de la terre, et il m'a commandé de lui bâtir me » maison à Jérusalem, qui est en Judée. Qui est parmi vous, de tout » son peuple ? Que son Dieu soit avec lui. Qu'il monte ï Jérusalem » qui est en Judée, et qu'il édifie la maison de Jéhova, Dieud'IsraS; » il est Dieu, celui qui est à Jérusalem \ »

' « 11 parait qu*au tenu de Zoroastre, dit M. Ott, tout les dogmes prîacipaui qu'on trouve dans le Zend-avesla étaient reçus dans la Perae, et coif' tiiués en anciennes traditions nationales. » Ott, Manuel dThisloire mneicnnet la Perse.

'Daniel, vi. — Quelques [incrédules ont bien contesté Tauthenticité de ci livre, mais Daniel a été défendu par J. D. Michaelis, iniroduelian d IJneie^r Testament. — Jahn, Inlrodtwtio in libres veleris fœderis. — Luderwili Commentaires sur Daniel — ^ Dereser, Commentaires sur Daniel, — 1I«T<^ nik, Commentaires sur Daniel, et Uenstenberg, authenticité de Daniel.

^ M. Rohrbacher, Histoire universelle de C Eglise eathotiquc, iu*71, d Kidras, ch. l's verseU, 1-1.

0£ M. JhA» RBYNAUa 341

Fias loio , i'aolear ajoate : « Tobie , Daoiel , Mardochce , Esdras • brillèrent aa milieu des Mages comme des astres. Ceux-ci savaient p ce qu'hélait la sagesse Téritable^ils savaient où trouver la pure doc- » trine. (leux qui vinrent à Bethléem adorer le Christ, la préchèrent| 9 sans doute» de parole comme d'exemple '• »

L'abbé Frêdêrig-Édouaro Chassay,

ProTefseiir de philoMpliie au grand séminaire de Bayeux. ■ Roturbicber, Uidem, 905.

Ul« 5BRIE. TOMB XYL -« M* 95 ; 1847. 32

M2 SPIGILBGE UTURGlQUfi.

— — — — ^^egal

iitttxatnxe €ûll)oUque.

SPICILÉGE LITURGIQUE,

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