‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 3)Chapitre 73 sur 103 · FÊTE DE SAINT MARHN, ËVÊQUE DB TOURS · texte numérisé non relu

FÊTE DE SAINT MARHN, ËVÊQUE DB TOURS

Il n'y pas encore 60 ans que la France célébrait le 11 novembre, use des plus grandes fêtes religieuses et nationales, dont l'origine renoatait à quatorze siècles environ. Chaque année le peuple saluait le retour de la Saint-Martin. Ce jour était devenu une époque qui se mêlait à toutes ses affaires et en réglait le mouvement. Rien ne prouve mieoXi ce semble, la reconnaissance et la vénération qu*il conservait de teoi immémorial pour le grand apôtre des Gaules. On trouverait eo eirt peu

R£nUfilL 0*flYllN£5t PROSES, SÉQUENCES , ETC. 353

de k)calité8 où ne s'élevât quelque temple ou quelque chapelle en l*faonneur du Saint-Pontife. Sa légende éuit n populaire, que les enbns eux-mêmes le reconnaissaient sous la chasuble ayant an-dessus de la tête un globe de feu» comme sous l'habit du guerrier donnant à un pauvre la moitié de son manteau. Mais c'est à Tours que la fête était célébrée avec un éclat incomparable, c'est au pied de son tom- Ijeau, ï deux pas de son monastère de Marmontier , que la France et l'Europe envoyaient d'innombrables pèlerins porter leurs hommages, dans cette basilique de Saint-Martin de Tours, l'une des plus célèbres de la chrétienté.

Hélas ! de grandes tempêtes ont passé et tous ces souvenirs ont été emportés avec les monumens qui les consacraient Les protestans avaient depuis longtems violé le sépulcre et brûlé les reliques du saint, lorsque son Église , cette église insigne où tant de prodiges s'étaient opérés, où tant d'opprimés avaient trouvé un inviolable asile, tomba sous les coups d'une fureur stupide. Ses ruines mêmes ont dis • paru, comme celles de l'illustre abbaye de Marmoutier : la fête de saint Martin n'existe guère plus que dans la mémoire du peuple et dans l'ofiBce de l'Église.

Qu'on nous permette donc d'aller demander un souvenir du célèbre apôtre des Gaules à ces pages sacrées de la liturgie catholique tombées en oubli de nos jours et néanmoins plus impérissables que le marbre et l'airain.

La prose suivante date des plus beaux siècles du moyen âge; nous h devons à la verve du grand poète liturgique du 12* siècle, Adam de Saint-Yiclor.

PROSE EN l'honneur DE SAINT MARTIN ÉVÊQUE DE TOURS.

Caoïde, Sioo, qiue diem recoUt Réjonis-toi, Sion , en célébrant la mé-

Qrà HarUnuti compar apottolii^ moire du jour où Martin , comparable

Vondan TÎDceDS, jimctus caelicolit aux ap6tret et yainqueur du monde» eit

Coronator. couronné parmi les babitanti dei cieua.

Hk lltrtinus panper et modicus Martin, pauvre et bumble, serviltur

Scmu pradeniy fidelis villicus, prudent , Sdèle économe , ricbe pour le

Caelo dites, citis angelicut Gel^ c«t ravi au «éjour dei angei. SoliliaMtnr*

85ft

Hic Manlnns jam calhecumeotti Madani Tettil) M nocw iMrotioàt Insequentit hAc tmIc Domifint Ett indatofl.

ftPIGILÊGB LltUAC^lQins.

MiutiB eneore eatb^ttidiié êoum m mtUteali à un paorre tia, et^ la mtdt !«• ytuAtj le fleigatar loi aiipiralc c««fm de ce Téiemeot.

Hic Martioas ipenieni militiatti, laimidf inenntt obviam Ire |»arat,lMptMiui grattim

AMCCIltUt,

liii Martinof^ dam oltei^l hoitiaiiiy lotùt ardet per Dei gratiam s 8apertedeiif apparet etiain GlobM ignit.

Hic Mardans qal caeloni reterat, Mari praeeti et terril imperat Morboi saoai et mont ira tuperat, Vir ioti((oitl

taie Mardtios nec tuori metult, Hee Vivendi bborem respuii, Btequa Del te totom tribnil Voluotati.

Aie Martimii qui nuUl nocnft, Hic MaHinui qtii euociit proAiUf Hic Martiout qui Trios placuit jesuti.

Hic Martinas cujus est ohitus Severino per visum feogùiioi, Dtitn Cœlestil caoit exercitiis Dnlce melol.

Hic Martinut, cujbs Sulpitias Yitam tcriptit, aditat Ambrosius Sepoltiirs, iiil libl cotUcius Intrtt orioi.

Martin j dédaignant la gloire nUiiaife, aprèf avoir reçu le baplteie, ae ditpoi^l aller dëftaMié h la rencoatri dat

IfaHia, offrant la sainte vietiaM, brûle intëriearinnent de l'amoni' divin ^ tt, ea même teros , aa-detius de ta téta apparaît un globe de fen*

G*est ce Martin qui ouvre les porta da ciel, qui commande à la terre et à la mer, qui guérit les maladies et terrasse la monstres i bomme vraiment prodigieul

C*eftt te itartin qui h'a pas craint U mort, hi refiasë le labeur de la vie, el <fA s'est abandonné ainsi tout entier fc la ta* lonté de Dieu.

C*est ce Martin ^ui fi'a £iit de vd i personne^ ce Martin qui a été utile ft lod^ ce Martin qui s*est rendu «grcabis i !■ divine Trinité.

Ce Mania dont la mort fut cooafW de Séverin par une vision dans laqoeUe a entendit les chants mélodieux de Tannée céleste. •

Ce Martin, dont S ulpice- Sévère a écrit la vie, dont Ambroise bonora les fané* railles de sa présence miraculeoseï enuc dans les cieux que liti Ouvre sans Mcbe,

RECUEIL ti'mWHE», PROWly S£QU£NGESj ETC. 855

O Marlinci pastor egrtgie, O Mania , illastre paitcor y faerrier

O Cidettis consors mtlitiae| de la céleste milicei dëfendes-noot dt la

Mot à Inpi defendat rabie rage da loop dëvorantl ftsrientU!

O tifartiney fac nanc qaod geMeras, O M ariin , faiies encore ce qoe voof

Dao precet pro nobis ofFera»; *v>'z coatuuie de faire> offres à Dieu V9t

EitO medidri qoam nnmqaam deseraS) prières pour nous; souvenez-voat de votre

Ttue gentlt! peuple et puissiez-vont ne rabandonner

Jamais!

AiMOt Amen.

L^avant dernière strophe rappelle deux traita de la légende de saint Martin, qne nons croyons devoir reproduire ici pour la complète intelligence du sens. Ces deux traits sont empruntés k la Yie de saint Martin par saint Grégoire de Tours dont nous suivrons le récit.

I«^ Irait : Vision de saint Séyerin.

t Saint Séverin évêque de Cologne^ homme d'une vie très-pure, demeurant en prière, dans l'église après Matines, selon sa coutume, entendit des voix qui chantaient dans les airs. Il appela son archidiacre et lui demanda si les mêmes sons frappaient son oreille. Celui-ci ayant répondu que non : — Écoutez plus attentivement, dit Tévêque. Mais ce fut en vain qu'il prêta toute son attention, n'étant pas d'un mérite assez grand pour entendre de tels concerts. Alors tous deux se prosternèrent et prièrent la bonté divine d'ouvrir les oreilles de l'archidiacre. S'étant relevés, l'évêque dit à son ministre : — Qu'entendezvous? — J'entends des chœurs qui chantent des psaumes dans les deux, mais j'ignore entièrement ce que cela peut être. — Je vais vous le dire, lui répondit saint Séverin. Monseigneur IMartin évêque virat de sortir de ce monde, et en ce moment, les anges portent son âme au ciel en chantant des hymnes. Il y a eu un peu de relard parce que le diable avec ses anges a fait quelques efforts pour le retenir, mais ne trouvant rien qui lui appartint, il s'est enfui couvert de confusion ; qu'en sera- 1- il de nous si l'esprit malin a tenté d'arrêter un si grand pontife 7 — L'archidiacre envoya aussitôt à Tours, et il se trouva que le bienheureux Martin était mort au jour et à l'heure mêmes auxquels saint Séverin avait entendu les voix. »

356 SPICILÊGE LITURGIQUE.

2* irait : Présence de saint Âmbroise aux funérailles de saint Martin.

« En ce tems ; le grand Ambroise , dont l'éloquence fait encore romement de l'église, était é?êque de Milan. Or, un dimanche, pendant qu'U célébrait les Saints-Mystères, il s'endormit à l'autel même, après la lecture de l'épttre. Nul des assistons n'osa le réveiller, et ce ne fnt qu'au bout de deux oU trois heures qu'on crut devoir l'avertir que le tems de l'office était passé. — Ne vous troublez point, dit ak)n saint Ambroise, car ce sommeil m'a valu la révélation d'un grand prodige. Sachez que mon frère Martin évéque est sorti de son corps, et que je viens de lui rendre les derniers devoirs : j'ai accompli auprès de lui tous les rites accoutumés^ seulement vous m'avez éveillé avant que j'eusse récité la dernière prière. — Alors ceux-ci pleins d'admiration s'informèrent du jour et de l'heure du décès de samt Martin et ils acquirent la certitude que tout concordait parfaitement avec ks paroles du bienheureux Ambroise. »

A. COMBEGUILLE.

f S. Gregor. Turon. De miraculis 5. MarL lib. i, cap. 4 et 5.

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