DE LA PHILOSOPHIE DE SAINT BONAVENTVRÊ
commence par mettre de côté P écriture et la tradilian. Le saint docteur ne parle qu'à des chrétiens, à des hommes qui connaissent et confessent Dieu, et il les invile à contempler ^ non pas à trouver^ son image dans les créatures, et en particulier en soi-même, afin de glO" rifier, d'aimer et de goûter Dieu ; cela est clair et précis. Mais pour faire cette descente en eoi-mime , il avertit encore que la grâce est nécessaire ; ce qui exclut encore complètement la philosophie ; voici ses paroles : « Combien qù*un homme soit éclairé de la lumière de la » nature et de la science acquise, il ne peut entrer en sot, afin qu*en >• lui-même il se réjouisse en Dieu, si ce n*est par la médiation du » Christ '« » Ces paroles encore sont claires et péremptoires, il s*agit ici non d*nne œuvre philosophique, mais d'une œuvre ascétique, telle que Vlmitation ou le Guide du pécheur^ dans laquelle on ne doit pas choisir ça et là quelques phrases pour en faire un système philosopbique propre à offirir aux philosophes actuels.
C'est aussi ce qui nous fait penser que le titre lui-même est mal traduit par ces expressions : itinéraire de Vâme à Dieu, il faudrait ce semble tjrailuûre de Vâme en Dieu. Car il n'y a pas ad Deum , comme le portait d'abord le texte de dom Gardereau, mais in Deum. Saint Bonaventure s'adresse à une âme déjà en Dieu , et il veut lui apprendre , comme il le dit, à glorifier ^ aimer et goûter Dieu. Ce sens est prouvé par un autre opuscule qu'il avait fait et qui portait pour titre: Itinerarium mentis in seipsam*^ formant le pendant de celui-cL Assurément on ne traduit pas itinéraire de Vâme à ellemême ^ mais en elle-même. C'est donc une œuvre ascétique; aussi Wading qui a donné une liste des œuvres du saint docteur, rangée par (Nrdre de matières, n'a pas mis celui-ci dans la 1'* classe, qui contient les écrits philosophiques^ mais dans la 3* classe contenant les écrits « qui concernent le règlement de la vie et les exercices spi- « rituels selon l'état de chacun >. »
Ecoutons maintenant l'apologie du P. Gardereau.
, » Hid.f ch. Vf,
• Cet opoicule est cité par Trilhemios et par âfarianus Ftortnlinns dans Wading, Scriptores ord, «umir.; mais il ne parilt pii avoir été imprimé. ' Wading Ser^orcs ordinis «n'nvrfuvi, etc.
38/i LETTRE DR IX>M GABDERCAU.
9. Examen da syslème attribué à saint Bonavcnlure par Dom Gardereau.
Le Séraphique auteur se propose, comme Tindique le titre, d^élever ràniei Dieu par les divers degrés de la réflexion et de la contemplation; ileomptesîx de ces degrés, déterminés par les objets divers que le contemplatif eoDtldère.DtM les deux premiers degrés, Fâme contemple le monde extérieur; aux deox suvans elle se contemple elle-même ; dans les deux degrés supérieurs sa coDlemplation s'élève directement à Dieu. Mais saint Bonavenlure avertit dés rentrée que pour parvenir à la contemplation parfaite et d la possession de DieUf Télude ne suffit point sans la grâce du rédempteur, ni reffort de la réflexion spéculative sans Tamour et la science pratique de Jésus crucifié (A).
(A). II y a ici une légère erreur ; dom Gardereau dans cette exposition fait la part des voies naturelles et des voies surnaturelles et suppose que saint Bonavenlure n'exige, ne suppose le secours de II grâce que pour la contemplation parfaite et la possesrion de Dieu. Or, telle n'est pas la pensée du saint docteur comme nous l'aToi» prouvé : il nous l'a dit en propres termes : « L'homme ne peut reth » (rer eh soi... si ce n*est par la médiation du Christ. » Il s'agit dans toutes les opérations décrites dans cet opuscule, d'une contemplation faite avec le secours de la grâce. Cela est essentiel. Appuyons ces considérations par quelques extraits du chap. 7^.
GHAP. I«r. Suivant le même principe (non philosophique, non dialectique, non aristotélicien, non platonicien), le saint docteur prévient que, comme le souverain bien est au-dessus de nous « noof M ne pouvons nom élever à lui que par une force supérieure qi » nous élève ; quelques degrés que Ton dispose à rintérieur, dit-i, » rien ne se fait, si le secours divin ne nous accompagne. Ce secours » divin ne s'obtient que par la prière ; elle est la mère et la source de « Vaction de s'élever à Dieu. — C'est en elle que nous connaiasoBS » les degrés de Tascension divine. »
On voit donc ce que c'est que le premier degré^ la première lest de la philosophie du docteur, on voit que ce n'est pas le raisoimement strict et rigoureux de celui qui veut connaître comment noos arrivons à une connaissance philosophique ou naturelle de Dieo; c'est la méthode d*arriver à Dieu par les excès ou élévations exttt tiques, comme il nous en a prévenu lui-même.
Certes , nous sommes loin de nier la réalité ou la légitimité de cet
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G«. 11. Dans le premier degrés Fàme, pour s'élever à Dieu, considère le monde extérieur en tant que perceptible aux sens.
l * L*homme qu*on appelle petit monde a cinq sens, qui sont comme cinq » portes, par lesquelles entre dans son àme» la connaissance de tous les objetf, » qui sont dans !e monde sensible. »
Dans le second degré l'Ame réfléchit sur le jugement qui suit cette perceplion des sens et que le saint docteur définit d*une manière très-philosopfaiqnc :
> Le Jugement est une action, qui au moyen de la séparation et de Tabs- > traction, fiait entrei dans la puissance intellective» Tespèce sensible reçue » sensiblement par les sens. »
Cn. ni. Dans le troisième degré, l'Ame se replie sur elle-même et consiilère %H propres puissances et facultés dans tordre naturel. Ici la citation demande un peu plus d'étendue :
> Ca. IV. La Mémoire, retient.... 1** les choses passées, par la ressouve* » nance, les présentes par la snsception, \t% futures par la prévision, £lle re- » tient 9 !l« les choses simples, telles que les élémens primitifs des quantités
• continues ou discontinues ; par exemple le point, Tinslant, lunité, sans les- » quels il est impossible de rappeler à son souvenir ou de penser les choses » dont ces élémens primitib sont les principes. £lle retient, 3* les principes
• el axiomes des scienees comme principes étemels \ et cela, d^une manière
• pennanente; Car, tant qu'elle garde Tusage delà raison, elle ne peut Jamais » tellement oublier ces principes, qu'elle ne leur donne, dès leur seul énoncé,
• son approbation et son assentiment ; non en ce sens qu'elle les perçoive de m nouveau, mais en ce qu'elle les reconnaît comme lui étant innés et (hmi* •i liers (B)
état, mais nous disons que ce n'est pas de la philosophie, ce n'est pas là « que nous pouvons trouver décrits avec une précision inimila*
• ble^ks divers oioyeDS de la connaissance , » comme l*a dit le P. GardereauCCorresp., p. 193).
Ceci, comme on voit, change tout Tétat de la question. Ce u*est plus de n philosophie, c'est de la spéculation sanctiûante ou sanctiûéci c'est le travail et l'opération d'une âme sainte, ou qui, sous Tinflueuce de la grâce, travaille à le devenir. C'est très bien et très-exact, mais ce n'est pas ce dont il s'agit dans notice discussion.
(B). On voit ici le saint docteur émettre un système , celui qu*en apprenant l'âme ne fait que isc ressouvenir. Il l'a dit un peu plus haut : « l'âme ne se connaîtrait point si elle ne se souvenait d'elic^
386 LKTTRB DE DOM GARDBREAU.
» Entre ces divers modes de rétention, le second nous manifeite qii*dle t » besoin d*étre formée non-seulement ab exieriori par les images des lem, » mais encore en ce qu'il faut qv^elle tienne de plus hanf^ et possède en dU' ^ même des formes simples , qui ne peuvent entrer par lef portes des seis et
• les imagïnaMons des choses sensibles ■ (C).
» Du troisième de ces modes, (c*est-4-dire, de la rétention des choses fidarts
• par la prévision)^ il résulte que Tâme a présente à fUe«méme une lomière » immuable, en laquelle elle se SOUVIENT des invanaèles verUés, Et alaii 1
» même^ parce que nous ne saisissons rien par rinteOigence qui ne » soit présent dans notre mémoire ». De ce que l'âme donne «m assentiment aux vérités, parce que ces vérités sont conformes à sa nature, ce qui prouve qu'elles sont faites pour elle et qu'elle est iaile pour ces vérités, le saint docteur en conclut que l'âme n^ apprend pas, mais qu'elle se souvient; elle né reçoit pas, elle reeonnaU. •— Ce système a été suffisanmient réfuté par saint Thomas, qui dit expressément que celte opinion ne lui parait pas raisonnable, qu'elle approche même d'une opinion condamnée par l'Église , la préexistence de l'âme, comme nos lecteurs l'ont vu dans notre tome xiY, p. 309. — Nous signalons aussi cette théorie , que la mémoire relient les choses futures par la prévision.
(G). Saint Bonaventure, en soutenant que les formes simpUê M sont données de plus haut, pense qu'elles lui viennent des at«&a^aiicff séparées , les anges ou Dieu ; opinion combattue encore par saint Thomas, qui fait observer que c'est supprimer les principes prochains des choses ; voùr notre tome xiT, p. 307, et sa réponse aux objections.
Le séraphique docteur, en soutenant que les formes simplee ies choses ne peuvent entrer par les sens, n'a pas fait attention que la parole^ par la permission expresse de Dieu, a pu avoir, et a en éSd, la puissance de donner la connaissance complète, c'est-à-dire ki formes simples des choses intellectuelles, tout comme les iffu^ei des objets donnent les formes des choses corporelles.
' Voilà un des fréquens passages dont Texistance vous demeure suspecte malgré mon affirmation (^nn. t. xiv, p. S04). On en cite bien d'antresi nous avons tonte autre cliose à fiiire.