‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 3)Chapitre 80 sur 103 · DE LA PHILOSOPHIE DE SAINT RONAVENTURE · texte numérisé non relu

DE LA PHILOSOPHIE DE SAINT RONAVENTURE

. * Le premier mode die le regard de la contemplation sur TEtre lot-méme ; disant que le premier nom de Dieu est : CELUI QUI EST.

» Que celui donc qui veut contempler les perfections invisibles de Dieu quant ^ à Tunité de Fessence, commence par fixer son regard sur TETRE lui-mème« et qu*il voie que ce même Etre est en soi si absolument certain qu*on ne saurait ie penser comme n'étant pas ; car TEtre même, dans toute sa pureté, ne se conçoit que dans la pleine opposition au non-ètre ; comme aussi le neani^ dans la pleine opposition à l'Etre... Mais comme le non-étre est la privation d*ètre, il ne peut éire conçu ( J) que moyennant l'Etre. Au contraire , l'être n*est conçu par aucun intermédiaire ; car tout ce qui peut se concevoir se conçoit ou comme non-étre, ou comme être en puissance^ ou comme être en acte,

» Donc» si le non-être n'est intelligible que par Fêtre, si l'être en puissance ne Test que par l'être en acte, et si l'être désigne le pur acte de l'être , il suit que tEtre est ce qui se présente avant tout le reste à C entendement ^ et que cet être est la même chose que l'acte pur (K).

• Or, ce n*est point ici un être particulier, qui est l'être restreint, car il est mêlé de puissance ; ce n'est pas non plus Têtre analogue , lequel n'a rien de l'acte, parce qu'il n*a réellement rien de Têtre. Il reste donc que cet être soit TETRE DIVIN (L).

» par lesquels nous entendons les deux modes ou degrés , de con- » templer les choses invisibles et éternelles de Dieu, etc. » — Au lieu de cette phrase toute mystique, dom Gardereau a substitué cette phrase toute philosophique « dans la contemplation des invisibles et » étemelles perfections de Dieu, nous concevons deux modes, etc. » — 2» Nous ne savons pourquoi dom Gardereau a ajouté au mot âme celui de pensante 9 qui n*est pas dans le texte; il a voulu sans doute attribuer au saint docteur le système de Malebranche que la pensée est Vessence de Tâme. Ce système est loin d'être prouvé ; il ne faut pas ajouter au texte des mots qui expriment des systèmes,

(J). Être conçu est un terme qui nous semble beaucoup trop à Tusage des philosophes qui prétendent concevoir Dieu de leur propre fonds. Il nous paraît plus exact de traduire il ne tombe^ il n'arrive dans l'intellect {cadit in intellectum),

(K). Même remarque que ci-dessus; au lieu de se présente avant toutt nous traduirions tombe avant ^ouf (cadit); en effet, c'est la première parole qui fait tomber la notion de Fêtre dans Tentendement

(L). C'est ici la fameuse théorie de Platon et de saint Anselme sur

*Flya donc Heu de t^tmerveillet de t aveuglement de Finleileei^ qui ne Mh sidère peu cela même qi£U voit tout d abord, et ee sans quai Une petd Hm connaître. Mais de même qae l'ail, tout attentif aux diversités des eoaiean ne voit pas la lumière, par laquelle il voit tout le reste, oa, s'il la voit^ n^ Jait cependant pas attention; ainsi T ail de notre intelligence, tout attentif i cette multitude d'êtres particuliers ne fait cependant pas attention à tEtre même^ à tEtre au-dessus de tous les genres et espèces, quoique cet Etre soit le premier objet qui s'offre à Pâme intelligente et tout le reste seulement par lui. D*où il appert très-véritablement que ce qa*est Tœil de l*oiseaa noctime à regard de la lumière du jour, Toeil de notre intelligence Test parelUement à regard de tout ce qu*il y a de plus manifeste dans la nature ; parce qu'aceoatumé qu'il est aux ténèbres des êtres contingens et aux images des choses seih sibles, lorsqu*il fixe sa vue sur la lumière même de VEtre suprême, il fimsL' gine ne rien voir, ne comprenant pas que V obscurité' même est alors la pUu haute illumination de notre dme ; de même que l'œil s'imagine ne rien voir quand il voit le jour sans mélange d'aucun objet qui arrête sa vue (Bl).

l'argument de Vitre nécessaire, on la preuve de l'existence de cet être par l'idée même que nous eu avons. Ou sait combien ou a dit* puté dans l'école sur la valeur de cet argument : nous ne rentreroi» pas dans ces disputes. Mais , admettant l'argument comme valable, nous dirons que , si nous n'avions connu Yexistence de Dieu qne par cet argument et non par la révélation, nous serions exactemeot dans la position d'un bâtard. L'enfant trouvé sait^ en effet , logiquement et évidemment j que, nécessairement^ il a un père. Mais quel est ce père ? Que demande-t-il de lui ? Où est-il? Qne veut-il 7 Que lui promet-il ? peines ou récompenses ? II lui est logiquement et ni" cessairement impossible de le savoir : voilà le sort qui serait le nôtre. Mais non; nous ne sommes ni les en fans trouvés du Créateur ni les bâtards de notre Dieu ; nous avons des titres certains de nais-* sance légitime ; nous avons des livres, une tradition^ qui contiennent les paroles de notre Dieu, un testament de ses volontés, et c'est légitimement que nous l'appelons NOTRE PÈRE.

(M). Nous demandons avec instance à dom Garderean de nous expliquer ce qu'il a voulu nous apprendre par cette citation. Est-ce de h philosophie? Est-ce de la théologie? S'agit-il de vision naturelle ou surnaturelle, quand il nous dit : <c L'intellect ne considère ps » ce qu'il voit tout d'abord. — L'œil ne voit pas la lumière par h-

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