DE LA PHILOSOPHIE DE SAINT BONAVENTURE
9. Plaintes de Dom Gardereau, exposition contradictoire de son système
sur saint Bonaventure.
Eiaminons maintenant la mention^ (non X analysé), que j'ai faite de cet oposeule dans le Cortespondanlj^, 193; mention que vous reproduisez toute
8'i^t ici d'une recberche où Vétat de grâce est nécessaire , on peut dire , aa contraire , que la vi$i(m divine^ l'union avec Dieu, la parti" dpation^ est réelle et vraie. Mais s'il s'agit de l'état naturel, sçule chose traitée entre dom Gardereau et nous, alors ces mots, pour ainsi dire^ en quelque sortes sont encore de trop, car en aucune sorte et à^aucune manière l'âme ne peut ni s'élever vers Dieu, ni en avoir ftntuitUm , ni jouir de lui.
Terminons , au reste , cette analyse de Vltinerarium mentis in Deum^ par cette dernière déclaration du saint docteur :
« Il a voulu , nous dit-il , passer en Dieu par Vexcès ou Vextase « de sa contemplation... Celui-là seul peut le goûter que le feu de » l'Esprit saint enflamme dans la moelle de ses os. Et pour celte opé- » ration la nature ne peut rien ; la science peu , peu aussi la re* » cherche et beaucoup l'onction ou la grâce. D'où il faut rien ou peu, » donner à la créature et tout à l'essence créatrice, le Père, le Fils et » le Saint-Esprit
Enfin dom Gardereau nous permettra de lui adresser ces dernières paroles que le séraphique docteur adresse à ses lecteurs :
« O mon ami, dans ce voyage vers les visions mystiques, laisse les » sens^ les opérations înfe//ec/tie//e« et sensibles... Si tu cherches » comment ces choses se font , interroge la grâce , non la science ; M le désir et non YinteUect\ le gémissement de l'oraison, non V étude » ou la lecture ; l'époux et non le maître , Dieu et non V homme ; u l'obscurité, non la lumière \ mais le feu qui tout consume, et qui » transporte e) Dieu , par des onctions excessives et des ardentes 9 affections, lequel feu est Dieu lui-même et son foyer est en Jéru-. » salem, et c'est le Christ homme qui l'allume, etc., etc. >»
Nous connaissons maintenant l'opuscule de saint Bonaventure. Nous sommes donc parfaitement en état de juger si c'est à tort que nous avons dit que dom Gardereau lui avait attribué ses propres pensées. Ecoutons les plaintes de dom Gardereau
entière dans vos Annales^ pour lui adresser d'odieux reproches. RemettOBili sous les yeai du lecteur (S) :
i> Dans ce livre que Tadmiration du moyen âge appelait une œuvre immense^
> quoiqu'elle n'occupe que douze à quinze colonnes dans les œuvres du saint » Docteur les PHILOSOPHES ACTUELS peuvent trouver décrits, avec me » précision inimitable^ les divers moyens de la connaissance^ les prindpa
• premiers^ les conditions réelles de la certitude, les degrés par lesquels rioM
• s'élève jusqu'à la possession de l'immuable vérité, le monde extérieur et Isi M sens, le monde interne et la conscience, l'activité de rintelligence et csBe
• du cœur, qu'au moyen Âge on tâchait de ne point séparer, et laparolt de » Diea^ ta révétation chrétienne, répandant partout sa lumiéref donnmU i
*tout la vie et la fécondité,
» Là ressort d'une manière admirable, dans son unité primitive et dans lei
> développemens merveilleux l'éclat de U.tamiêre innée qui, d'abord tateide » eik l'état d'idée informe, tant que Cédueation sociale rCa pas ouvert tes » yeux de rame qui la portait mystérieusement en soiy grandit ensuite.....
En citant ces paroles vous vous interrompez pour dire que > dans Tétat ae-
> tuel de la polémique catholique contre le Rationalisme le P. Garderean au- » rait dû noter par quels moyens Vâme s*élèvejusqtiCd la possession de fm- » muable vérité : il aurait dû faire observer qu'elle ne /y élève pas taule » seule sans Vaide de la société\ et s'il s'agit de la possession swmatwrdte de
> Dieu comme il est probable, il aurait dû dire que ce n'est par aucune ds » ses facultés^ aucune de %t% forces qu'elle arrive à cette possession, neii » par un secours de faveur et surnaturel, la grâce. Venir dire puremeat et
> simplement aux rationalistes actuels que l'âme s'*elévejusqu*d lapouesém » de la vérité^ c'est, ou ne pas toucher la question qui est en litige, ou Inr
• donner gain de cause. Nous pouvona encore demander compte au P. Ge^ I» dereau de sa dernière phrase où il semble ne reconnaître pour/Miroikir
• Dieu que la révélation chrétienne, etc. (T). »
Je vous en demande pardon, Monsieur, mais il n'y a pas un niot qnl ne m
(S). Dom Gardereaa convient da moins l"" qae nous avonè repodnit en tniier ce qu*il a dit de saint Bonaventare. Les reproches M ponvaient donc être odieux puisque les lecteurs pouvaient en juger la valeur; T Nos lecteurs jugeront de nouveau si ce qu'il appelle ki une mention, ce.qu*il appelait indication du titre ^ n'est pas une véritable et assez longue analyse.
(T). Ce sont en effet nos paroles dont nous maintenons la parbitt justesse, que nous allons de nouveau mettre dans tout son jour.
DE LA PUILOPOPIIIE D£ SAINT BONAVENTUPiE. llOi
Mmble ici taon de propos. PremiôremeDt « j^aurais dû noter par quels moyens « rame s'élève Jusqu'à la possession de Timmuable Vérité. »D'abord , Je ne comprends pas bien pourquoi Je Caurais du (U). Lisez le contexte et vous verrez que mon plan n'exigeait point ce détail. Encore une fois : tout mon article n*est qu*un panégyrique de la philosophie traditionnelle ou catboliqne, de la philosophie qui descend de la Parole de Dieu (Y) ; or, comme les Rationalistes affectent de mépriser les vieilles gloires de la philosophie, sous prétexte que jusqu'à nos jours ^l'homme a ignoré le point de départ et les lois constitutives de la pensée humaine, J*aYertis le lecteur catholique qu'il lui sufGt pour faire Justice de ces dédaigneuses prétentions de jeter les yeux sur un opuscule du 13« siècle» où sont traitées d'une manière admirable la plupart de ces questions élémentaires soulevées de nos jours touchant le sujet et V objet de la pensée (X). cela ne demandait aucun détail, j'en ai donné pourtant quoique vous disiez le contraire (Y) ; et , sans prétendre faire une e'numéralioneaacte des moyens par lesquels, etc., y ai cité la spéculation du monde extérieur et les sens^ celle du monde interne et la conscience; Vacti"
(U). Vous l'auriez dû parce que vous aviez prévenu que vous alliez exposer avec une admirable précision , les divers moyens de la connaissance^ les premiers principes...... les degrés par lesquels
Tâme s'élève à Dieu,— en un mot, comme vous allez le dire, le point de départ.
(V). Dites plutôt, de cette philosophie mixte , où la tradition ne livre rien , mais ne fait que développer Vidée innée^ et ou la philosophie descend de la parole de Dieu , au moyen de cette même idée, développée et non livrée par la tradidon y car il faut rétablir la véritable valeur des termes. D*ailleurs ce n'était pas 10 ou 20 pages plus loin qu'il fallait établir cela , mais là môme où vous expliquez un système qui disiez-vous exposait avec une précision inimitable le point de départ, etc., chose que nous avons prouvé n'être pas renfermée dans cet opuscule.
(X). Notons bien que vous assurez ici avoir indiqué le point de départi et les lois constitutives de la pensée humaine; or, nous prétendons 1° que saint Bonaveniure n'en a pas parlé, 2» que ce que vous en avez dit donne une fausse notion du point de départ de la pensée humaine. Nous allons voir.
(Y). Ah! vous avez donné des détails, et naguère vous souteniez que vous^n'aviez fait que mentionner le titre, et que vous n'aviez fait ni citation, nijanatyse, etc.
^02 LETTRE DE DOM GikRDER£AU.
vile du eœur que ces hommes pratiques, ces vrais philofophes ehrétieni Ai moyen âge ne séparaient jamais de celle de l'esprit ; ]*ai cité aa-deinis de tout, et comme donnant à tout > la vie el la fécondité^ la parole de Dia £T surtout la Révélation de Jésus-Christ (Z).
Mais a J'aurais dû expliquer que notre &me ne s*âève pas tonte seule d
sans Vaide de la Société.,.. • Soit donc : Je Taurais dû. ApparemoMBt jeae
Tai pas fait ; pour le prouver, vous citez mes paroles t « Là ressort., redit k
9 la lumière innée, qui, d*abord latente et h l'état d*idée informe, teàtqK
> l éducation sociale rCa pas ouvert les yeux de Came qui la portait mjilé-
9 rieusement en spit jaillit soudain au contact de la parole kaméune,,, ■ H
me semble pourtant, Monsieur, que Téducation sociale veut dira Cédante
sociale; que le contact de la parole humaine veut dire le contact da la parole
humaine, et que Tun et Tautre veulent dire laide de la Société, Cela poié
comment expliquer votre accusation contredite directement par la eilatin
même P Car ici la distraction n'est pas même une excuse possible/ Je soppoie
donc que voulant à la fois et m'accuser et me défendre, c'est-à-dire preiiat
en pitié ce que vous appelez mon sans façon de preuves s et consentant di
moins cette fois à favoriser ma paresse et ma répugnance à citer^ vous vooi
êtes donné la peine de contredire vous-même votre accusation en cilint et
même en soulignant les paroles qui la détruisent (A).
(Z). C'est bien ; nous convenons que vous avez fait toat cela; c'est bien là une analyse , mais nous soutenons qu'en tout cela , il n'est nullement question du point de départ et des lois conslt^ii/to^ ck la pensée. Nous vous faisons observer en outre , que vons n*avez p» dit la parole de Dieu £T la révélation , mais la parole de Dietf, la rév^tion , etc.
(A). Qu'est-ce à dire? Est-ce que nôas nous serions trompas jusqu'ici ? Est-ce que sur l'on^îne de nos connaissances» dom 6vdereau aurait la même opinion que nous? Est ce qu'il attribnenit cette origine à la parole sociale ? Nous en serions charmés et so0 confesserions volontiers notre erreur. Malhenrement il n'en est riea. Et toute sa réplique roule sur le sens des mots : à Faide de fa fo* ciété. Nous soutenons cet aide nécessaire pour donner la coniiaûsance , dom Gardereau réclame cet aide seulement pour divehfftf la science innée et émanée de Dieu. C'est ce qu'il va encore eqfr quer. Comment donc a-t-il cru donner le change à ses lecteonci
' J'ai indiqué ci-dessus, qu'il y a ici faute d'impression dans le teiteds Correspondant^ lequel porte donnait à tous.