‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 3)Chapitre 84 sur 103 · DE LA PHILOSOPHIE DR SAINT BONAVENTURR · texte numérisé non relu

DE LA PHILOSOPHIE DR SAINT BONAVENTURR

« S*il s'agit de la poMeMion sornaturelle de Dieu , comme il est probable « J'aaraia dû dire que ceii*est par aucune de ses forces que l'âme s'élève à « cette possession, mais par un secours de faveur et surnaturel, la grâce. « Venir dire purement et simplement aux Rationalistes actuels (/> parlais au f lecteur eatholigae {h) que ^âme s'élève jusqu'à la possession de la Vérité^ « c'est cm ne pas toucher la question en litige {quelle question en litige?— le « point de deparl^ ayez-vous dit) ou leur donner gain de cause. » . Pour la centième fois, Monsieur, je ne discutais point ici, ni contre les Rationalistes ni contre vous. Je disais au lecteur eathotique {non, non) quMl trouverait dans l'opuscule de sain t Bona venture la desc ription des moyens par lesquels Came s^ élève d la possession de l'immuable f^érité. N'ayant pas déterminé plus précisément cette fin pourquoi aurais-je été obligé de préciser les moyens ? Si j'avais à en indiquer de préférence ce devaient être ceux qui avaient rapport avec mon but ; je devais avertir qu'on trouverait dans Vltinerarium la preuve que les anciens n'avaient pu ignoré l'analyse psychologique, non plus que le point d€ départ et les premières données de la philosophie rationnelle (C).

Apparemmenti le Docteur Sérapbique n'ignorait pas non plus la nécessité de la grâce ; mais quand j'en aurais fait la remarque , cela m'aurait bien avancé ! Etait-ce là-dessus que portaient les dédaigneuses accusations de nos Rationalistes? Au reste, en indiquant comme la voie de la Vérité la Rêvétalion chrétienne donnant à tout la fécondité et la vie , n'indiquais-je pas suffisanunent pour une fin si peu précisée, les grâces de lumière et autres que cette divine Révélation de Jésus-Christ porte avec elle (D) ?

ieor disant qu'il a soutenu précisément ropinion que nous lui reprochons de n*uvoir pas soutenue? -<- Oui nous avons du dire qiie vous D*aves pas devant nos rationalistes modernes soutenu que la parole ou Taide de la société est nécessaire pour donner la science; i<> par ce que vous ne Tavez pas dit; 2"" parce que maintenant fiaême vous ne lecroyez pas ; 3<) parce que saint BonaTenture que vous prétendiez exposer, ne l'a ni cru, ni pensé.

(B), Vous venez de dire en toutes lettres (ci-dessus p. liOO) que fona vous adressiez aux philosophes actuels,

(G). C'est aussi exactement que nous vous demandons, lo la deseripHon des moyens^i^ le poîn^ de départ pour arriver à la vérité. Et c'est ce que nous vous prouvons que vous n'avez pas fait, ou que vous n'avez fait que d'une manière incomplète et pouvant induire dans les graves erreurs du Rationalisme actuel.

(D). Non, moDsieur , vous n'indiquez pas assez suffisamment aux phi«

hOU LETTRE DE OOM GARDEREAU.

A présent , Monsieur, si je youlais à mon tour prendre rofrensÎTe , f toraii droit de yoos demander cQmple de la hardiesse a;rec laquelle yoos asmrei i TOS lecteurs que je dis purement el simplement aux Rationalistes actuels que rame iéUvejusqvCà la possession de la FérHé\ lorsque yous ayez lu à chaque page de mon article que T&me ne peut sV élever par elle-même, et stns le secours de la parole positive, eitérieure de Dieu; lorsque dans cette phme même que vous incriminez , je dis que c*est la Parole de Diea qui domte U fécondité el la vie ; quand vous remarquez cette expresâon la Parole de Dieu uniquement pour me faire un reproche de confondre la Parole diriae en général avec la Révélation chrétienne , je dis que vous faites encore îd illusion à vos lecteurs, qui n'ayant pas lu comme vous Tarticle du Correspon* dant n*ont pu deviner que j*y proclame vingt fois non-seulement Teiisteacei mais rabsolue nécessité d'une Révélation primitive > (E).

losophes actuels, ni aux lectears catholiques, lo la nécesâté de laré- Yélation par la parole pour les vérités naturelles , 2® la nécessité de la grâce pour connaître les vérités surnaturelles. Et l'analyse que nous venons de faire ensemble de l'opuscule du saint docteur a prouvé que vous appliquiez à l'état naturel ce que saint Bonaventure n'applique qu'à l'état surnaturel^ la connaissance de la Trinité, par exemple.

(£). Dom Gardereau modifie encore ici sa pensée ; dans tout soa article il a soutenu , et il soutient encore; loque l'âmeadesotto « divines sur lesquelles elle s'élève jusqu'à Dieu; 2^ que la rel^oo « chrétienne n'a fait qu'otivnr les yeux de l'âme et l'a rendue ci- « pable de 't7otr Dieu presque face à face. » Ce sont ses propres paroles. — Et maintenant il vient nous dire qu'il a toujours sooteoB la nécessité de la révélation extérieure et primitive pour doiifMr b connaissance des vérités dogmatiques. Que nos lecteurs ooncilieot ces contradictions s'ils le pouvent — Quant au texte : la parokk^ Dieu donnant à tout, etc. ; il le change pour la '2* fois. Il a dit: h parole de Dieu , la religion chrétienne donnant à tous , etc. Noos avons dû croire qu'il adoptait le système de ceux qui ne recoDiiaisseni d'autre parole de Dieu que la religion chrétienne , et nous en avons fait la remarque. Ici il modifie de nouveau cette phrase, en disant : la parole de Dieu ET la religion chrétienne^ etc., etc.

' Qu'il me sufiisc de rappeler les rares citations que j'ai faites dudit article, ci-dessus, p. 212.

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Mai< reprenons la citation du paisage que voot attaquez. « Là ressort d'une manière admirable, dans son unité primitive et dans ses développemens menreilleuz, l'éclat de la lumière innée, qui d'abord laUnte» et à l'état diidee informe ^ tant que l'éducation sociale n'a pas ouvert les yeux de l'Ame qui la portait mystérieusement en toi^ Jaillit soudain au contact de la parole humaine» se lève, pour ainsi parler, comme une Taible aurore à l*hori2on de l'intelligence, grandit ensuite, l'inonde de ses rayons , et lui RÉVÈLE iuceessivcmenl ioule* Usyéritês que l'homme est capable de comprendre. Car l'homme voit loal dans cette clarté primitive qui illumine même les objets finis dont l'Ame acquiert la connaissance par l'intermédiaire des sens ; il voit tout en elle ; et cette lumière innée, est, dit saini JBo/iaveniure, la lumière EMANEE de l'Être infini, quoique reçue en nolra ^ âme d'une manière objective el finie. Plus le séraphique docteur plonge son regard d'aigle au sein de ce soleil que pourtant il ne peut fixer, plus il y reconnaît ou y pressent de merveilles ; cette clarté Taccable et le déborde de tous côtés ; elle lui apparaît comme un cercle dont le centre est partout et la circonférence nulle part. »

Mettons de côté d'abord en ce passage tout ce qui ne serait qu'objet de discussion purement philosophique ( F ). Laissei-moi croire après tant de jMÔnts

(F). Qui 86 serait attendu à cette chute? Quoi , tous faites un article de 27 pages pour exposer et justifier les opinions d une théolo' gie philosophique; théologie , où vous dites Tous-même « que l'on I» doit descendre du terrain de la foi sur celui de la raison humaine ■» pour la combattre avec les seules armes de la raison; • ici même TOUS Toos adressez aux philosophes actuels^ tous promettez de leur donner d'après saint BonaTentnre arec une précision inimitabU, « la description du point de départ et des conditions de la perisée » humaine; » ce sont ces principes philosophiques que tous aTez posés, que Ton combat comme inexacts et dangereux, tous promettez de répondre pas à pas à TOtre adTersaire, et puis quand tous arriTez en face des phrases que tous aTez aTancées, tous tous dérobez au combat et TOUS dites : mettons de côté en ce passage tout ce qui ne serait qvf objet purement philosophique? Mais monsieur, ce n'est que de cela qu'il s*agit, c'est cela seul que l'on a attaqué, c'est pour TaToir attaqué que tous m'aTez taxé de téméraire , irrespec-tueuXi etc., etc. En Térité, en Tenté cela n'est ni philosophique, ni logique.

IW SÉRIE. TOME XTL — W 95) 18ft7. 26

docteurs et de grands philosophes chrétiens <[uMl y a en nou« UM lamièrt innée, qu'elle n^eiiste d*abord en notre Ame qu'à Vetat informe, que rédoeation sociale et la parole humaine, fruiu de renseignement dlTÎn primitif et traditionnel, complété par ta révélation chrétienne, que cette éducation, dii-je, fm^re les yeux de l^âme, éclaire' t^ qui est obsgur et dévelùppe ce qui est informe, et que dans cette lumière primitive, développée ah e»terion, rhomme toit lovAet Ut eonnaisrancet qu'il ACQUIERT dans la succesaloii des instmis de sa vie» Tout cela peut bien ne pas concorder avec votre aystème, mais tout oela s'accorde p^ur le moins aussi bien que votre système 'avec la foi de fE- %)iM% catholique, et vous avez beau parler à ce sujet de Plaicn et de MaU* èrunches d'amalgame et de vieil attirail, le m'en tient au vieil attirail etre^ pousse vos idées comme três^neave/, sans compter le reste; mais uoiis n'avons pas le tems de parler de cela (G).

Voici des reproches bien phis graves : vous m'accusez d'avoir dénaturé 1* pensée du docteur séraphique : dé lui avoir fjiit dire non pas du saint Bonttventure, mais du Maret tout par,,» j puis da Cousin et du Saisset tout pur, et à cette occasion, d'avoir énoncé sans explication, sans distinction et sans restriction un principe erronné qui « est la question du moment > l'erreur qui » se propage et qui nous gagne, le fond du rationalisme et du pantliéisme. > {^nn, p. 216 et 217).

Il y a ici une question de fait, une question de droit et dé doctrine, enfin une question de prudence et d'opportunité. Commençons par la gestion de fait, et rappelons quelques points de la doctrine de saint Bouaventauei dére* loppés dans les passages cités plus haut (II).

((?)• Me voilà-t-il pas une belle diacossioii 7 ne fiommeB<'iioQS pli bien iostruits? n'étes-vous pas satisfaits de cette explicatioii de li lumière innée ^ émanée^ révélant tout? Mais monsieur, quand ks panthéistes viendront vous dire : laiseex-naue croire à nous ausri : que nous avons en nous une lumière, laquelle lumière est nos idées mêmes , d'abord latentes, mais cependant émanées de Dieu, en tant qu'émanées toutes divines , en tant que divines nous faisant par* ticiper à la raison^ à la nature, à l'^sience même de Dieu. -— Encore une fois qu'est-ce que vous aurez à leur dire? Or, faites-y attention, c'est expressément ce qu'ils disent, et ce n'est pas votre r^nse qui éclaircira celte immense question.

(H). Quoique dom Gardereau abandonne la discussion philosophique quand elle le gêne trop, nous consentons encore à le suivre dans cette

OË LA PfllLOSOra» DB 8AIMT BONAV£NTURE. ft07

Gh. m. » Par là mémoire rame peiiMiite ^.... retient Us jmneipes des sciences en lard qu^e'lemels ;... principes qc^ elle reconnaît peut lui être innés,, .

Elle a besoin d'être formée non-seulement ab exleriori par les images dea senSy mais encore en ee qn^l/aai qtCelie Ue^me de pku hmU ei possède en elle'4néme des formes sin^Uee qui ne peuTent entrer |Mr les portes des sena... elle est même /ôrmée ùmnédiatement par la vériid ^U'^méme.,.^ die a une lamière immaaèle qui lui est présente^ dans laipielle elle se RAP- PELLE les vérités invariahUs. — De ce ifoi précède (il y a dans le leite s par les itérations de la mémoire) Il appert que rime est Timage de Dieo» tellement présente à loi et Cayani si présente d ell&méme qne eum aeta captif etc.

Notre Ame ne possédant pas par elle-même rimmutabilité, elle ne peut

voir aucune immuable vérité qu*au moyen d'une autre lumière qui elle-même reluit tTune manière absolument immuable \ et il est impossible que cette lumière soit la créature^ sujette au changement, VAme sait donc sa science en celte lumière qui illumine tout homme venant en ce monde^ laquelle est la vraie lumière et le Ferbe au commencement en Dieu,,,, c'est donc celle vc» rite qui allume la lumière de tout homme qui raisonne selon la vérité. D'où il appert manifestement' que notre intelleet est eonyoint d f Étemelle vérité elle-même^ puisqa^il ne peut saisir avec certitude aucune vérité que par elle et autant qu*etle finstrait. Tu peux donc voir par toi-même la vérité qui V instruit^ POURVU QUE les passions et les images des sens ne s'interposent pas comme des nuages entre toi et^e rayon de la vérité. *»

Ci. IV. » Que celui donc qui veut contempler les perfections invisibles de Dieu quant à l'Unité de l'essence commence par fixer son regard sur CÉlre lui-même^ et qu'il voie que ce même Être est en soi si absolument certain > qu'on ne saurait le penser comme n'étant pu.... L'Être est donc ce qui se pré* sente avant tout le reste & Tintelléct.... et cet être est CÉlre divin. H y a donc lieu de s'émerveiller de l'aveuglement de l'intellect, qui ne considère pas cela même qu'il voit tout dabord^ et ce sans quoi il ne peut rien con* naître. Mais de même que FobO tout attentif aux diversités des couleurs ne volt paa la lumière par laquelle il voit tout le reste, on, s'il la voit, n'y fait cependant pas attention : ainsi I'cmI de notre inteUlgenee, toat attentif il cette multitude d Etres particuliers et universels, ne/ait cependant pas attention d

nouTelle recherchai car nous maintenons la parfaite exactitude de no» reproches.

* 11 ya dans le texte imômoria retinel.

kOS. USTIBE DE DOM GARDERËAUc-

rÉire même, d CE Ire au'dcssus de tous les genres et espèces^ quoique cet £ Ire soit le premier objet qui s'' offre d tâme intelligente, el le reste seule* ment par lui (I). » ,

A préteûlreprenoDt : j*ai dit qoe sdon la doctrine de nint Boiia?entare t 1* 11 7 a dans Tâme humaine quelque ekose d'inné. Noos Yenons de Toirea effet qae d*«près les parolef da saint Docteur, il y a dans rame tles prineipa

qu^elle reeonnaii en elle-même poo» itans, (Scientiarum prineipia tau

quam sibi imuUa reet^notcil) ; comme aussi elle a en bllb iduu des formes simples, qui ne peuvent entrer par les portes des sens • [in se kab e n do sim» pliees formas^ qurn non possunl^ etc. ' (J). »

2« J'ai dit que selon cette même doctrine, cet élément ou ces élémens imiéi, étaient des vérités immuables^ étemelles^ bien €p^innées dans une substance contingente et finie ; c'est-à-dire comme je Tai expliqué, reçues ob/eetivemeiU dans rame, présentes objectivement en TAme depuis le premier moment de son existence. C'est toujours ce que dit le saint Docteur. • {Retinet seientid' » rumprineipia utsempitemalia.., (qus) tanquam sibiijunàxk recognoscit,» (K)

(I). Nous avons déjà prouvé que tout cet exposé de h doctrine du saint docteur est incomplet et inexact. Dom Gardereaa a choisi cà el là quelques expressions qu'il accumule ici pour en former un système; il cache surtout que le saint docteur a dit que l'ftme ne pouvait même descendre en elle-même pour réfléchir d Dieu sans le secours de la grâce. Quel fond peut-on fah-e sur des citations aînsi^ tronquées ? — Nous ferons observer en outre qu'il commence par lui texte inexact : Par la mémoire Vâme pensente retient^ an lieu de: la mémoire retient... les choses futures par la précision , eipnh sion inexacte qu'il a voulu épargner au saint docteur scbolastiqne.

(J}. Nous n'avons jamais nié que le saint docteur ne reconnût les idées innées.

(K), Le saint docteur a dit cela, et nous avons prouvé que ?ov avez tort de répéter aux philosophes actuels que tout homme avait en soi, innées (et émanées de Dieu , car vous avez ajouté ce mot) des vérités immuables et toujours présentes {sempitemalia et sempiternaliter) auxquelles il était uni nécessairement, sans leur donner

* Saint Bonavenlure dit ailleurs : > Lumen cognitionis philosophicc, cawi latentes requirit, per prineipia disciplinarum et veritates naturales, qua bo- » mini naturàliteb sunTinsEÀTA. » {Dereduct.artiumadlheohg, Opp. t.vip.?*

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