‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 3)Chapitre 87 sur 103 · I.A PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE · texte numérisé non relu

I.A PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE

Du fini, de Tinfini et de leurs rapports. -- Des idées dans la raison individuelle et dans la raison humaine en général. — Elles constituent la philosophie de rhistoire. — Histoire. — Son but. — Leur ordre de succession. —Optimisme historique.— -Tout est bien.— Du rôle de la géographie dans Thistoire. — Influence des climats. — Détermination des lieux et des climats qui conyicnnent aux trois grandes époques de Thistoire. — Les peuples, ainsi que les grands hommes, ne sont que le développement des idées. —Justification de la puissance et du succès.

Ayant de poursuivre l'analyse de V Essai sur le raiioncUisme moderne de M. Tabbé de Yalroger, il nous a semblé utile d'exposer en entier le système de M. Cousin sur la philosophie de Vhisioirem Le voici :

M. Cousin trouve dans la Raison humaine trois élémens fondamentaux, essentiels, trois idées qu'elle ne constitue pas, mais qui la dominent et la gouvernent Ces idées-mères, auxquelles toutes les autres peuvent se ramener ', s'appellent l'idée du /înt, de ïinfini etde leur rapport. Point de fait de conscience qui ne les révèle d'une manière plus ou moins frappante ; il sufiit d'avoir un de ces termes pour concevoir aussitôt et pour affirmer les deux autres. Cete théo-

' « Il ne peut y avoir dans rintelligcnce humaine que trois idées. La réflexion, appliquée à la conscience , pourrait s'y attacher pendant des milliers de siècles, elle n'y peut découvrir autre chose que ce qui y est, c'est-à-dire, ces trois élémens diversement combinés.» {Introd. d Chisl. de la philos., p. 151.1828.

*lir SÉRIE. TOMfi XVI.— »• 96 ; 1847. 27

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rie est la base sur laquelle M. Cousin élève Tédifice de la philosophie de rblstofa-e. Elle seule, à sou dire, peut nous donner la clé des dé^ veloppemens de Thumanité '. Voici comment il prétend le prouver.

Les trois élémens dont nous avons parlé ne doivent pas être considérés seulement sur le théâtre limité de la conscience individadle; ils apparaissent aussi sur le thé&tre plus étendu , plus animé , pins vivant de la conscience universelle. Là ils ne restent pas ensevelis dans l'ombre , immobiles et stériles, attendant qu'un regard scrutateur vienne les découvrir. Soumis à une suite d'évolutions incessantes et déterminées, ils tendent au contraire à se rendre visibles et à se déployer dans toute leur étendue; ils sont comme l'âme et la raison première de toutes les révolutions qui changent la face du monde. Or, l'histoire , ce témoin toujours vivant qui jamais ne sommeille, qui conserve et reproduit toutes les idées, tous les faits qui viennent le frapper, l'histoire est aussi le milieu dans lequel les divers êiémens de la pensée se manifestent successivement et arrivent à leur entier développement *.

Mais pour qu'il y ait dans leur apparition un ordre de successioa nettement tranché, facile à saisir^ il faut qu'au moment où Tun d'eux domine, les autres ne viennent pas se produire sur la scène du monde, ou I s'ils Tout occupée déjà , qu'ils se retirent pour lui faire place. Partant le genre humain devra, dans sa marche , traverser plusieurs époques diverses ^ qui se pousseront et se dévoreront tour-à-tonr.

' /A/rf.,p. 131.

' t Le but de Thistoire et de l'humanité n'est pas autre chose que le mouvement de la pensée , qui aspirant à se connaître complètement, et ne pouvant 86 connaître complètement qu'après avoir épuisé toutes les vues incomplêlei d'elle-même, tend, de vue incomplète en vue incomplète, par an progrès mesurable, à la connaissance complète d'elle-môme et de tous ses élémens essentiels successivement dégagés , éclaircis par leurs contrastes, par leari eoiiciliatioDs momentanées, par leurs guerres sans cosse renaissantes- Tel ci t le bot général de l'histoire et de l'humanité. » M. Cousin, Introd, d Chistoire de la philos, y p. 151.

' « Une époque du genre humain n'est pas autre chose (fu'un des élémeiii de rhumanité développé à part, et occupant sur la scène de l'histoire un espin de tems plus ou moins considérable, avec la mission d*y Jouer le rôle qui loi a été assigné, et de ne se retirer qu'après avoir livré à Thistoire ioul ce qai était dans «on sein. » Ibid^y p. 1Ô8-9. *

SUR LA PHU.OSOPUU DE L'aiSXOIH£. k2^

Différant nécessairement , elles se présenteront aux regards de l'obaenrateur avec on caractère opposé. Il ne verra donc tout d'abord dans rhistoire que particularités i contradictions, luttes et guerre incessante : spectacle plein de tristesse!... On ne doit pas s'arrêter h ce premier coup d'ceil. Pour avoir le secret des mouvemens de l'his^ taire f il faut, appelant à son secours une observation puissante et féconde « aller à la recherche de l'unité profonde qu'ils cherchent sous leur variétés Alors le spectacle change. On ne tarde pas à reconnaître que ces époques, dans leur diversité même et dans leur opposition» conspirent au même but, à la représentation complète de la nature humaine. Autant donc on aura remarqué d'élémens dans la conscience individuelle, et partant dans Thumanité, autant il faudra distinguer d'époques dans l'histoire. Or ces élémens sont au nombre de trois, ni plus ni moins, le fini, V infini et le rapport du fini et de TinfinL « Il paraît donc absolument impossible qu'il y ait dans le » développement de la pensée et de rhumanité ' plus de trois » grands points de vue, par conséquent plus de trois grandes époê ques (p. 152} ••• Que peut en effet développer Thistoire, sinon Thun manité 7 et que peut-elle développer dans l'humanité , sinon les » élémens qui la constituent *• »

M. Ck)usin célèbre comme une conquête cette fixation des grandes époques historiques. Mais ce premier pas franchi, d'autres questions

> Nous prions toujours nos lecteurs de remarquer que ce système du developpemenl de la pensée d*où.les rationalistes, concluent leur progrès indéfini^ est pour le fonds le môme que celui soutenu par Técole mixte catholique que nous combattons.

V « Ibid.t p. 1&9. — c D'un autre cMé, essayez de retrancher une de ces époques; en ne faisant que deux grandes époques , vous détruises le développement d*un def élémens de rhumanité, vous condamnes Thumanité à ne pu le développer toute entière. Est-il possible, si l'infini est un élément considérable de la pensée, qu'il n'occupe pas toute une époque de l'histoire?.... Retrancherez-vous l'époque où doit régner le fini? L'espèce humaine ne se serait donc Jamais développée dans toute sa liberté! L'espèce humaine n'aurait jamais eu une époque à elle? Ou n*admettrez-vous que ces deux époques? Vous condamnez l'humanité à aller sans cesse de l'infini au fini , et du fini à rinfini, sans que jamais elle essaye de saisir leurs rapports.... Vous ne pouvez donc retrancher aucune de ces trois grandes époques. • P. 164-6.,

ft2^ SYSTÈME DE M. COUSIN

se présentent : i"* Quel doit f'tre le caractère particnlier de chacone de ces époques? 2« Dans quel ordre doivent-ellea se succéder T 3'' Quelle influence la nature des divers climats doiMle exercer sur leur développement? Quel doit être le génie des peuples appelés k concourir à leur manifestation? Sur tous ces points^ M. Cousin ne conçoit pas la possibilité d'un doute si léger qu'il soit. Emporté par sa brillante imagination , il se jette dans des théories à priori que rhistoire est loin de justifier. Nous allons essayer de reproduire ses idées.

1* Toute époque , tout peuple^ tout individu accomplit pendant h durée de son existence, un certain nombre d'oeuvres qui marquent son passage sur la terre. Veut-on savoir quelle idée il avait mittim de développer? Qu'on interroge son industrie, la forme de son goovemement , ses arts , sa religion , sa philosophie. Dans ces sphères ' diverses, une voie a été tracée dont il est impossible de s'écarter, on but a été marqué qui jamais ne sera dépassé. Aussi, l'époque où doit se manifester Pidée du fini est-elle arrivée? On peut déterminera priori le caractère dont seront empreints les travaux et les créations de l'humanité. Alors un progrès incessant se fera remarquer dans l'industrie. On ne se bornera pas à arracher à la terre tous les produits qu'elle peut donner : on les tourmentera pour leur imposer la forme qui exprime le mieux l'idée de l'époque. Ces produits ainsi transformés rentreront dans la circulation , traverseront les mers, iront partout alimenter le commerce qui se fera sur une immense échelle. Car les nations qui joueront alors un rôle seront toutes plos ou moins commerçantes ; sans cesse leurs vaisseaux couvrbront les flots : ce sera Tépoque des grandes entreprises maritimes. Cette variété et ce mouvement passeront dans les lois : il y aura peu de monarchies absolues, beaucoup d'états libres et démocratiques. Dans l'art, même mobilité. Rarement il dépassera la sphère du beau et s'élèvera jusqu'au sublime: Thomme, <« c'est-à-dire Timage la plus vraie, da » fini, du mouvement et de la mesure (p. 161), » sera le type qo'ii s'attachera surtout à reproduire. Los systèmes religieux subiront la même influence. La divinité à laquelle s^adrcsseront les prières et les hommages, cessera d'être invisible. Arrachée à son unité majestueuse, elle se trouvera divisée et répandue dans les cultes leti plus divcrsi

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