‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 3)Chapitre 88 sur 103 · SUR LA PHILOSOPHIE DE L'UISTOIRE. A · texte numérisé non relu

SUR LA PHILOSOPHIE DE L'UISTOIRE. A

» De lii le polythéisme» on la domination de l'idée de la fariété et da » fini dans les représentations religieuses. » Quant à la philosophie^ elle aura principalement pour objet l'étude de la nature et surtout celle de l'homme : les autres branches des connaissances humaines seront en quelque sorte sacrifiées à la physique et à la psychologie*

Un autre spectacle frappera nos regards , si nous les arrêtons sur répoque qui doit représenter dans l'histoire Vidée de Finfini, Voyez l'industrie : elle sera faible et languissante. Peu ou point de comme rce extérieur, d'excursions maritimes, de populations voyageuses: les nations attachées au sol qui les a tu naître ne le quitteront un moment que pour se répandre comme un torrent, mais elles ne fertiliseront pas et ne sauront pas consenrer les contrées envahies par elles. — Ne vous attendez pas à voir la physique expérimentale , h chimie , les sciences naturelles faire alors de grands progrès : elles seront remplacées par les maihématiques et l'astronomie, « qui rap- » pellent davantage à l'homme l'idéal, l'abstrait, l'infini. » — Dans les états dominera l'absolutisme; dans les arts, le gigantesque ; en philosophie, la contemplation de l'unité absolue. — La religion imposera aox peuples un Dieu invisible ; elle enseignera le mépris de la vie présente : ce ne seront que tableaux fantastiques , souvent effrayans , des scènes qui la précèdent et qui la suivent (p. 160-163).

Supposez réunis dans une juste mesure les élémens qui caractérisent ces deux premières époques , et vous aurez l'industrie , l'état , l'art, la religion , la philosophie de l'époque pendant laquelle doit se développer le rapport du fini à Vinfini\

2^ Il faut maintenant déterminer l'ordre dans lequel ces époques se succèdent. M. Cousin, qui a tant de fois reconmiandé l'observation, ne veut pas pour le moment se placer sur ce terrain. « Que lui » donneraient les faits ? Rien de plus qu'eux-mêmes. Or, ce qu'il

' « On aura alors tous les genres d'industrie, toutes les sciences mathématiqaes et naturelles, la puissance territoriale et la puissance maritime, la force prépondérante de TÊUt et la liberté individuelle; dans la religion, la vie présente rapportée à Dieu, mais en même tems Tapplication sévère du dogme à la morale, cette vie prise au sérienx et ayant son prix, et un prix d'ane valeur immense ; enfin, dans la philosophie, Tinfluenee réciproque de la psychologie et de Tontologie. » P. 163.

ft26 STSTÈME DE M. GOUSIll

» veut, c*e8t leur rabon , lear néceadté. » Poar trooTer toot cela , il s'adresse Si la pensée ; il cherche dam qael ordre b réflexioii nras rëvële ses divers èiémens.

Or, elle ne noos donne pas tout d'abord^ elle ne peot pas nous donner le rapport du fini à Vinfini : ayant de compara* ces deux termes t il faut les avoir étudiés séparément» Qnel est doue eelm qoi dominera en premier lien dans la conscience T Esl-ce le fini? Noo. L'homme naissant, faible et misérable , perdn en qoelqiie sorte aa sein de l'immensité, n'arrive que lentemait à se distinguer do monde qui l'environne : nn long exercice lui est nécessaire pour émanciper le moi des liens du non-moi. Vidée de Vitre absolUt de Vunitiy de Vinfini, étouffant toutes les antres, remplit la première époque de rhumanitéy époque d'immobilité. Un seul sentiment la préoccupe et paralyse tons ses efforts, c'est le sentiment de sa misère , de son loipuissance et de son néant — Cette époque ne peut pas durer toujours. Peu à peu, l'humanité , accablée d'abord sous le poids de l'infini , lève la tête et se redresse; les entraves qui l'enchaînaient se brisent ; elle se dégage du monde eitérienr ; l'expérience lui ré? èie qu'elle est libre, et l'exercice fortifie sa liberté. Enfin , elle arrive en pleine possession du sentiment enivrant de sa grandeur et de sa force. « Alors arrive le règne de la personnalité, Pépoque du fini (p. 167)». Le nombre de ses jours est aussi compté. — Quand donc les âémens de ces deux premières époques se seront développés dans toute leur étendue , elles disparaîtront. Mais l'humanité, qui jamais ne recule, fera un nouveau pas; elle se mettra en travail pour saisir ki rapporte du fini à Vinfini ; une troisième et dernière époque nsltra qui conciliera et résmnera les deux premières.

Au reste, cet ordre de succession est pnremait extérieur; il en couvre un autre plus profond qu'il importe de dévoiler. Levoid: Les diverses époques de l'humanité sortent néeessairemeni l'une de l'autre. Les résultats obtenus par la première ne sont pas perdu pour la seconde ; ils deviennent la base sur laquelle elle travaille. Lo débris féconds de celles-ci forment, par leur combinaison, le bercean de la troisième. Ainsi, « Vhistoire n'est pas seulement une géomi* » trie sublime f c'est une géométrie vivante {p, 171) ». Un premier couo d'œil ne vous laisse apercevoir que des membres divers qui oot

SUR LA PHILOSOPHIE DE L'hISTOIRE. A27

lenr vie h part; mais arrêtez sur eux un regard attentif , bientôt tous les verrez se pénétrer intimement , et produire , par leur réunion , Tunité de la vie générale. L'histoire n'a d'intérêt et de vérité qu'autant qu'elle est l'expression de cette vie générale, car alors seulement , elle réfléchit tout le mouvement progressif de l'humanité. Ce n'est pas assez dire ; il y a quelque chose de plus dans l'histoire : « Elk fCesi rien moins que le dernier contre-coup de Faction dt- » vine (p. 171) ». Gomme la nature , elle a ses lois , lois nécessaires établies par Dieu lui-même. Ainsi , les événemens ne sont pas seulement permis, ils sont ordonnés par la Providence ; « ils sont une dé- » monstration sans réplique de son intervention dans les affaires hun maines... Or, si l'histoire est le gouvernement de Dieu rendu visible, M tout y est à sa place ; si tout y est à sa place, tout y est bien (p. 172)<» . M. Cousin nous présente l'idée de l'optimisme historique comme la plus haute idée à laquelle la philosophie soit parvenue ; idée pleine de moralité, qu'on ne peut repousser sans blasphémer contre V existence et contre son auteur (p. 179) ».

3®' Mais l'histoire ne serait encore qu'un enseignement stérile , si on s'arrêtait à la simple connaissance des faits qui en forment la trame. Le philosophe doit aller plus loin. Son premier devoir est « de de- » mander aux faits l'idée qu'ils expriment, le rapport qu'ils soutiennent « avec l'esprit de l'époque du monde au sein de laquelle ils font leur « apparition. » Or, cet esprit se manifeste à plusieurs conditions. Il faut d'abord qu'il ait son lieu, son théâtre, qu'il prenne possession de l'espace, s'y établisse et en occupe une portion quelconque plus ou moins considérable. Mais qu'on le remarque bien : la géographie joue un grand rôle dans l'histoire; tout lieu , tout territoire, selon M. Cousin, représente nécessairement une idée*.. Nous retrouvons ici, expliquée et commentée^ la théorie de Montesquieu sur l'influence des climats. -— On a, dans le développement de l'humanité, distingué trois grandes époques , donc trois théâtres différens. m L'époque de » rinfini occupera un immense continent dont toutes les parties se- V ront compactes, immobiles et indivisibles comme l'unité; et comme » il faudra bien qu'il aboutisse à quelque mer, il aboutira à l'Océan , M et renfermera avec des déserts immenses des montagnes presque » infranchissables. Tout au contraire , l'époque du fini aura pour

628 YSTEME DE M. COUSIN

M tli^'âlre des pays de côtes, les bords de quelque mer intérieure; car V les mers intérieures, représentant la crise et la fermentation de la M nature, sont le centre naturel^ le lien et le rendez-vous des grandi » mouvemens de la civilisation de Thumanilé. EnGn , soyez sûrs que » l'époque qui devra représenter dans l'histoire le rapport du fini i n l'infini sùvà un continent considérable, assez et pas trop compact, » d'une longueur et d'une largeur bien proportionnées , qui , tout en ê confinant TOcéan, aura aussi des mers intérieures, de grands fleuves » qui le traversent en tout sens, de telle sorte que le mouvement et » l'immobilité, que la durée et le tems, que le fini et l'infini puissent » y trouver leur place, que rien n'y demeure dans une unité glacée n et que rien ne s'y dissolve, que tout dure en même tems que tout » se développe, que tous les extrêmes y soient et avec leur harmonie N (p. 186) ». De plus, comme les époques de l'humanité se succèdent suivant un ordre nécessaire , la civilisation passera successivement d'un théâtre à l'autre. L'époque de l'infini ouvrant la marche , il était nécessaire qu'elle jetât ses premiers développemens au sein d'un continent haut et immense ; que, de là, elle se répandît dans les plaines pour faire, selon les exigences des autres épocfues, le tour du globe. U^ La scène du monde est préparée : quelle sera Vaction des peuples appelés à y jouer un rôle? M. Cousin commence par rejeter, comme plus embarrassante qnHmpor tante ^ la question de Vunili de V espèce humaine^ ; puis il répond encore : autant d'époques différentes dans l'histoire, autant d'ordres très-distincts de populations >•

> • N*y a-t-îl qa*un peuple primilif, c'est-à-dire une seule race, et par conséquent une seule langue, une seule religion, une seule philosophie, qai,iortici d'un seul centre et d'un foyer unique, se répandent successivemeiit lur toute la race du globe> de telle sorte que la civilisation se Xtut par voie de coninmnieation et que l'histoire entière ne soit qu'une tradition ; on bien l'histoirt u'a-t-elle d'autre fond que la nature humaine, la nature qui nous est commuoe à tous, et qui, partout la niéme, mais partout modifiée^ se développe partoot avec ses harmonies et ses difTérences? Telle est la première question que rencontre sur son chemin la philosophie de l'histoire. Selon moi , cette question est encore plus emhatTassanlc qvtimporlanlc, » Ibid,^ p. 188.

• « Je dis trois ordres de populations, et non pas trois peuples, parce que d chaque époque est une en ce sens qu'il y a unélémentdela nature humaineqoi prévaut sur les autres élémens. Il n'en est pas moins vrai qu'il eiifie à c6té on

Page 1