SDR LA PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE
ib seront donc au nombre de trob ; or , chaque peuple venant an npode pour y représenter tine idée , tous les événcmens dont sa vie ne compose doivent être considérés comme un mouvement progressif vers l'accomplissement de cette idée. Il sera entier quand elle aura passé par toutes le» sphères de l'industrie, de l'état, de l'art, de h religion et de la [Mlosophle. Rechercher et suivre son progrès dans chacun de ces cinq élémens» les comparer entre eux pour saisir knrs rapports de succession et de subordination, tel est le devoir de la philosophie de l'histoire. Ce n'est qu'en se livrant à ce travail, difficile, il est vrai, mais nécessairci qu'elle évitera les vues partielles et iMMnées qui l'ont si souvent égarée , qu'elle arrivera à comprendre chaque peuple dans son expression la plus élevée et la plus certaine, dans sa métaphysique.
A cette première étude une autre plus compréhensive , plus générale doit succéder. On comparera l'industrie, les arts 9 le gouvernement, la religion , la philosophie des divers peuples d'une même ^x>qne. Qu'ils se ressemblent par quelque côté, c'est une nécessité, poisqu'ils existent dans un même point du tems; mais aussi ils ne peuvent pas ne pas différer. (]ar chaque peuple a son idée propre, et Don pas une autre à développer. Cette idée, bien que particulière et incomplète, il la regarde comme l'expression de la vérité tout entière. Qoanl aux autres, il les repousse impitoyablement , car un peuple ^ez lequel domine une idée , n'a pas l'esprit conciliant et tolérant l'on philosophe éclectique. On doit en dire autant des divers élémens 9e la pensée. « Nul ne peut se subordonner ; il ne leur suffit pas même ^ de co-exister avec indépendance et avec harmonie; ils tendent à se ^ vaincre et à s'absorber l'un l'autre (p. 199); de là la guerre. »
« £lle a sa racine indestructible dans la nature des idées des diffé- ^ .rens peuples, qui, étant nécessairement partielles, bornées, exclu- ^ sivesy sont nécessairement hostiles, agressives , conquérantes. La ^ guerre est donc nécessaire (p. 200).
Dn-dessos d'autres idées, d'antres élémeni qui Joaent dans cette même époqae lies rôles leeondaires... Si donc 11 7 a nécessairement dsns toute époque diflérentes idées sons la domination d*ane seale, il faat bien qu'il y tit différens peuples pour représenter les diverses idées , ou les nuances importantes de lldée prédominante. » I6id., p. 189.
STSTÈME DE M. COUSIN
2» Elle est aussi bienfaisante. Qaand dent armées sont en présenee; ne Toyez pas seulement des milliers d'hommes qni vont s'égorger. Il y à là nn autre 8(>ectacle qui doit fixer votre attention : la lutte n'ot pas, à [M'oprcment parler, entre ces hommes, elle est entre les dillirentes idées qni dans un siècle animent et agitent les peuples. Yov assistez à leur rencontre Tîolente, à leur choc. Nécessairement la ploi forte l'emportera sur la plus fatt)le ; or, la plus forte étant celle qni m trouve le plus en rapport avec l'esprit même de cette époque , fl ot ntile qu'elle triomphe '•
3^ M. Cousin ne s'arrête pas là : il vient d'absoudre h vieloin comme nécessaire et utile , il entrepend ensuite de montrer comme quoi elle est juste^ dans le sens le plus strict du mot ; si tous le dU« rez, il vous prouvera la moralité du succès (p. 205). Mais le sncoli ne peut point accompagner toujours les pas d'un même peuple. Pendant qu'il réalise l'idée qu'il était appelé à représenter, il parcoarth monde en conquérant. A-t-il rempli son rôle 7 Alors son tems cN fait ; il passe à son tour sous les fourches caudines de la conquête. Et comme il devient inutile à l'humanité , la philosophie de l'histoin l'abandonne. Voilà pour la destinée des différens peuples.
Chaque peuple qui tombe, chaque peuple qui s'élèvera, a compté ou comptera dans son sein des individus éminens qu'on appelle kl grandi hommes. « Un grand homme n'est pas une créature uiii- M traire qui puisse être ou' n'être pas. C'est le représentant plos M » moins accompli que tout peuple se suscite nécessairement... Iln'dl » grand qu'à ce prix, à cette double condition de représenter l'esiri » général de son peuple , et c'est par ce rapport à cette géaéralil^ D qu'il est grand, et en même tcms de représenter celte généralité qn » lui confère sa grandeur sous la forme de la réalité, c'est-à dire M » une forme finie et visible... Il est donc peuple et il est lui tootea*
* • Si riiistoire avec ses grands événemens n'est pas autre chose qaeleli* gement de Dieu sur rhumanitc, on peut dire que la guerre n*est pasmH chose que \e prononce de ce jugement, et que les bataiUes en fOMtla^Mit gatton éclatante ; les défaites et la fin d*un peuple sont lea arrêts delà cifi*! sation et de Dieu sur ce peuple, quMIs déclarent au-dessous du tems prM en opposition avec le progrès du monde, et par conséquent retranché dalM] de vie. » P. 204-5.
SUR LA PHILOSOPHIE DE L*HISTOIRE. Ui
m semble ; il est rharmonie de li géoértUté et de rindividaalité, dans 9 «ne mesare telle qoe la généralité n'étonffe pas Tindif idoaHté, et 9 qa'eo même tems rindividnalîté ne détroit pn la généralité en loi » donnant une forme réelle (p. 21 3-16).» Ainsi donc on people a poor représentans ses grands hommes. Mais 'ce qui est vrai d'on people est vrai de tons les peoplcs , de tontes les époqoes , de rhomanlté entière. Il n*y a donc à considérer dans l'histoire qoe les grands hommes. — Toot concoort à les former et à les prodoire. Us n'apparaissent sor la scène do monde qo'ao moment où il y a de grandes dioses à exécoter. S'ils naissent à propos, ils ne peovent pas monrir a?ant leor henre ; lors même qo'ils snccombent soos le fer d'an assassin. Ceci sent on peo la fatalité : on ne doit pas s'en étoniier. Les grands hommes ont été plus ou moins fatalistes ; on les a ton* Joors pris, et ils se sont pris eux-mêmes^ pour les instrumens du destin : quelque chose d'irrésistible les pousse en avant. Sous cette impulsion puissante, ils réussissent toujours: c'est là leur caractère'.» Le résultat des grands succès c'est la puissance et une grande puissance. Arrivé à cette hauteur , on peut paraître bien au-dessus du reste des hommes, se croire le maître du monde. Point du tout I On n*est, au bout du compte, que le serviteur de ceux-là même auxquels on commande: n'est-on pas, en effet, l'instrument docile, le pur représentant de leurs idées. L'humanité n'accorde qu'à cette condition la puissance dont elle dispose : jamais elle ne se soumettra à une force étrangère, mais à celle-là seulement avec laquelle elle sympathise et qui la sert*. Ainsi M. Cousin trouve le moyen de défendre la ' puissance, comme il avait déjà défendu la victoire. Il lui reste à défendre la gloire pour avoir absous Thumanité. Rien de plus facile f ' Qu'est-ce que la gloire ? Le jugement de l'humanité sur on de ses
' Quelques grands hommei, les guerriers, par eiemple, ne peuvent obtenir de succès éclatants qu*au prix d'épouvantables ravages. « Ou nul guerrier ne
• doit être appelé un grand homme, ou , s^il est grand , il faut rab80.udre et ac-
. eepter le marchepied de sa grandeur. • Ibid,^ p. 220.
. * La racine de la puissance d*an grand homme, est bien mieux que le con-
' lentement exprès de rhumanité, lequel est fort souvent douteux et inûdcie;
. e^est la croyance intime^ spontanée, irrésistible, que cet homme c*esl le peuple, c'est le pays* c*est Vépoque.