‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 3)Chapitre 90 sur 103 · S2 SYSTÈME DE M. COUSIN · texte numérisé non relu

S2 SYSTÈME DE M. COUSIN

membres. Or, l'humanité a toujours raison. Qu'on cite une (^reinméritéet De plus, à priori^ c'est impossible. II n'en est pas de h gloire comme de la réputation. Ou doit le plus souvejit celle-ci an mensonges des partis et des coteries ; aussi s'écroule-t-elle rapid^ ment. Mais pour arriver à la gloire, il faut laisser après soi des rénltats importans. Or, en fait de résultats importans, il n'y a. pas de (richerie possible.

On Tient de considérer le grand homme dans celui de ses élémaH qui le constitue grand, dans son rapport à l'esprit de son tems et de son peuple. Il serait à désirer pour lui qu'on bornât Ik cette étude; mais pour qu'elle soit complète, il est nécessaire de l'enyisager ans dans celui de ses élémens qui le fait homme, dans son individualili Mors un autre spectacle frappe les regards et l'admiration se refroidit, car nombreuses sont les misères qui apparaissent. On l'a dit avec beaucoup de vérité : du sublime au ridicule il n'y a qu'un pou Cette maxime trouve surtout son application, quand on lit les mémoires de quelques grands hommes, quand on les suit dans lesdétaib de leur vie et de leur conduite. On est alors tout étonné de les trouver petits, souvent vicieux et quelquefois méprisables. Tout en accomplissant, sans le savoir, les desseins de la puissance supérieure qui agit en eux et par eux, ils ont parfois leursdesseins particuliers, des intentions assez mesquines dont on est forcé de rougir pour eux. Âlexaadre. César étaient, sans nul doute, de grands hommes, mais ils avaieit aussi d'assez vilains défauts que tout le monde connaît. Au reste, h partie du grand homme appartient seule à l'histoire. « Celle-ci omet » son côté purement individuel et biographique par ce principe trèi- » simple que ce n'est pas là ce que l'humanité a vu en lui, qu'elle M M l'a ni adoré, ni suivi à cause de cela, mais malgré cela (p. 225). •

On ne doit pas oublier non plus que les diverses époques ne aoit pas également favorables au développement des grandi howM, L'histoire ne nous en montre pas pendant l'époque et dans les lieu où l'infîni et l'absolu dominent seuls dans leur toute-puissance acoblante. i< C'est que là où l'idée de la généralité a régné toute senle, » l'individualité n'a pas eu ses droits, la liberté a manqué à l'bumi* » nité ; par conséquent l'homme a été rien ou peu de chose (p. 226).>

Il n'en est pas ainsi de l'époque et des lieux où doit se développer

SUR LA PHILOSOPHIE D£ L'iHSTOIRE. ^33

Pidée de fini, du mouTeroent, de racUvité individuelle. « C'est là l'é- » poqne qae l'on peut appeler l'âge héroïque de rbumanitc. La troi- » sième époque qui représente le rapport du fini et de l'infini n'est pas » moins fertile en grands hommes , mais elle les montre moins bril- 9 lans , c'est-à-dire moins individuels que ceux de la Grèce et de » Rome, mais plus substantiels en quelque sorte et plus identifiés avec » les choses. D'ailleurs cette époque est d'hier (p. 228). »

Enfin les divers genres ne concourent pas paiement à la production des grands hommes. Ainsi, sous ce rapport, l'industrie et le commerce sont peu féconds ; on est frappé du petit nombre des Watt et des Fulton. Les arts, le gouvernement des états, la religion comptent déjà un plus grand nombre d'hommes éminens. M. Cousin ne craint pas d'affirmer « que les deux genres qui se prêtent le plus au dévelop^ » pement des grandes individualités, ce sont la guerre et la philoso- » phîe (p. 227).» Tout bien considéré, l'avantage reste à la philosophie. « On peut hésiter entre la destinée d'Aristote et celle d'Alexandre, » entre Colomb et Descartes (p. 231).»

Mais^uelque soit le genre qui ait suscité les grands hommes , il y I toujours lutte entre eux conune entre les peuples. Au premier aspect cette lutte peut paraître triste et pénible ; mais, quand on la comprend bien , elle n'a plus rien d'afiligeant. Car le combat que se livrent alors deux idées, avertit les amis de l'humanité et de la philo- 9(^ie qne celles-ci se préparent à faire un nouveau pas. Là encore, il y aura un yaincu et un vainqueur. Plaignons le grand homme qui succombe, mais réservons toute notre sympathie pour le grand homme qui triomphe : son parti est toujours le parti de la civilisation , du présent et de l'avenir (p. 232); la victoire entraîne infailliblement un progrès de l'humanité. £t voilà de nouveau l'apothéose du succès.

Là se termine le système de M. Cousin sur la Philosophie de V histoire. Nous croyons l'avoir exposé avec la plus scrupuleuse fidélité. Il nous reste à l'apprécier. L'ouvrage de M, l'abbé de Yah'oger nous applamra les difficultés de ce travail.

L'abbé V. H. D. CAUVIGNY.

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