C. J. , diacre. H. G. , eccl. S. P, ^ eccl
Nous avons répondu à cette lettre beaucoup trop flatteuse pour nous , que nous laissions à d'autres plus capables et plus compétens le soin de formuler en traité complet les diverses idées émises
m^ s£ai£. lOME xiii.— ^• 7Sî 1846. 30
&66 LETTHES DE QUELQUES PROFESSEUAS
par nous et si bien accueillies par les professeurs ; et eu même teius nous leur atons adressé les extraits des divers articles publiés dans cette polémique.
La 2* IMU-ê est encore plus importante. £Ue est d'un professeur dé dogme an grand séminaire de.é. Elle nous montre encore les défauts de renseignement de MM. Maret et Noget, et nous découTre mieux que l'autre le travail de renouvellement et de progrès qui se fait au sein des séminaires de France. Nous prions nos lecteurs de ta lire avec attention
Grand séminaire de fô.joln 1846.
Monsieur le directeur ,
A Depuis longtems il me tardait de tous féliciter du zèle avec lequel n vous poursuivez vos utiles travaux, et des succès qui en sont la » juste récompense ; aujourd'hui une occasion se présente^ je la saisis » avec empressement
» Le séminaire d& . . . • possède la collection de vos Annales et figure n sous mon nom dans la listé de vos abonnés. J'ai fait de ce prédeox » ouvrage une étude sérieuse, et plus je Tétudie, plusje me convaincs » de l'importance des doctrines qu'il renferme t la religion est un » faitt elle doit être traitée par l'histoire. Aujourd'hui plus que jamais » les théologiens sentent la nécessité de sortir de ce labyrinthe d^abs- 9 truse métaphysique où se sont trop souvent perdus nos docteurs « des siècles passés , et de l^étabfir sur le terrain des fents^ sous k » ciel pur, ouvert et libre de la tradition. Ces pensées m'ont tou- » jours dirigé daHs l'enseignement de la théologie , et je puis dire » qiie nous travaillons de toutes nos forces à ftiire ewtrer leséhkdes » théologiques dans la voie que tos précietlses annales leur' ouvrent » elles-mêmes,
» Quant à moi, en particulier, je fais plus, monsieur, je me fus un >* devofa* de propager vos précieuses doctrines dans le petit cerde » où la Providence me permet de m'étendre. L'année dernière , » Mgr l'évéque, qui lui-même apprécie infiniment vos travaux , a » bien voulu me charger de poser les questions qui doivent être traita lées dtfis les oonférenoes ecclésiastiques, et en outre de résumer le
De THëOJLOGIE et de PUItOSOPHll;. Ml
» travail des conférences ; or, la source à laquelle j*ai puisé les ques* » lions de cette année, à laquelle je puiserai toujours, ce. sont vos » Annales, Nos prêtres sont très-laborieux et désirent, vivement se » tenir au courant du mouvement intellectuel qui agite le monde » théologique; ils me consultent habituellement sur les ouvrages qu'ils » doivent se procurer ; et le nom des Annales sort le premier de ma » bouche, parce qu'en effet je ne sais rien de plus riche qui soit à la » portée de tous. J'espère, monsieur^ que ces recommandations, » malgré le peu d'autorité qu'elles empruntent de celui qui les fait, » ne seront pas tout-à-fait sans résultat ; j'espère que les doctrines » des Annales se répandront et se populariseront dans le clei^é du » diocèse*
» Veuillez agréer l'assurance > etc»
*!i «L'abbé n .
Professeur de dogme.
Dans une lettre subséquente, le même profesiletir ajoute sur ttôtre derDîàre polémique atec M. l'abbé Haret :
Grand Séminaire de... le 29 juin 1846.
« Je suis heureux de pouvoir vous dire que je vous approuve
>i sans restriction dans votre lutte contre M. Maret^ tout docteur, tout » professeur deSorbonne qu'il soit Laissons sa prétendue (TOfK^êp/iofi . » des mjstères; croyons» et prouvons que nous avons raison de Croire, , >' cela suffit. Courage dooCj* M* le dh^cteur, votre cause est celle de » lalQi, votre chemin» celui de la tradition. Je ferai toujours 6é qui » , dépendra de moi pour iaire sortir la théologie de cette ornière du 9 rationalisme I et la placer sur le chemin large et spacieui de la tra*' » ditioUietCi etc. »
On voit^ncore ici comment est précisée et sagenient circonscrite la ligne à suivre dans la polémique contre tes [riiilosophes et les panthéistes ; retirer les uns et les autres du champ obscur et clos du inoi humain^ et les forcer à.oombattre sur le terrain dei faits, tirer les panthéistes de ce panthéon payen , sans limite et sans sohition^ de l'idMitractioa méUiphysique de la pensée bumaiÀe laissée à elle $eule^
468 LETTRES Oë quelques PROFESSEURS
et les forcer à reconnaître que nous sommes un fait, une facture, une créature 9 et que par conséquent c*est danç la tradition historique et non point dans les nuages de la spéculation métaphysique qn*U Êiut diercher ce que nous sommes, ce que nous devons croire , ce que nous devons faire, ce que nous devons devenir.
Outre les réponses écrites, nous avons vu récemment plusieurs professeurs des grands et des petits séminaires, qui tous nous ont dit qu'ils désapprouvaient formellement et sans restriction les proposi- Hons et les thêies que nous avons attaquées dans M. Tabbé Maret et M. Tabbé Noget. Tous les ont déclarées insoutenables et dangereuses dans leur sens propre et direct. Tout récemment encore M. ***, qui professe la philosophie dans le séminaire de R. . . , nous a fait Thonneur de venir nous voir pour nous dire qu'il avait exposé devant ses élèves notre discussion avec M. Tabbé Noget, et qu'il était complètement de notre avis sur la volonté de DieUf qui seule peut être le fondement d'une obligation pour nous ; aussi que jamais, quoique il fasse usage de la philosophie de Bayeux, il n'avait exposé sa doctrine sur ce point et sur F essence des choses^ parce qu'il en avait vu tout rinconvéaient, et qu'il en avait substitué une autre qui évitait toutes les difficultés... £t sur notre invitation de vouloir bien nous faire connaître cette théorie^ il nous a promis d'en formuler les principaux aphorismes, que nous ferons connaître à nos lecteurs. Autant que nous avons pu saisir sa pensée, et sauf erreur, pour lui V essence des choses ne serait autre chose que leur possibilité ^ qui est étemelle, mais qui ne réside pas dans les choses, mais en Dieu, et où encore elle ne forme pas de distinction , mais n'est pas distincte de Dieu même... Nous ne verrions qu'un seul inconvénient à cette théorie, c'est que , en disant que l'essence des choses est leur possibiUéf c'est nier le mot essence lui-même^ qui exprime le passage accompli de la possibilité à Vétre ; or. Vitre des choses , dans quelque sens qu'on l'entende , ne peut être éternel, ne peut être confondu avec Dieu. Mais peut-être que nous avons mal saisi ses rapides paroles.
M. l'abbé Maret n'a pas répondu directement à nos observations ; mais comme il est impossible en ce moment d'écrire sur la religion ou la philosophie sans se décider pour ou contre nous, il nous a répondu indireotement dans deux articles pubii s , Tun dans le CoT"
DE THÉOLOGIE ET DP, PHILOSOPHIE. /5i69
respotidant, où il examine la traduction des évangiles de M Tabbé de Lamennais ; Tautre dans Vj4lliance^ où 11 a publié plusieurs des leçons qu'il a faites cet hiver dans la chaire de la Soibonnc. Il y traite de l'ordre naturel etsurnaturelt de la participation que nous avons avec Dieu, du Verbe divin, etc. ; nous verrons quelle nouvelle définition il donne à ses principes, et jusqu'à quelpointil a abandonné l'ancienne. Nous aurons à discuter en particulier si, dans l'état actuel de la polémique catholique, c'est assez sauvegarder le dogme que de définir la révélation un enseignement divin direct et immédiat'; etsicç n'est pas la confondre avec la révélation rationaliste et panthéiste , et donner ainsi gain de cause à tous les illuminés, et aussi si saint Jean n'a fait que continuer cette même doctrine des idées étemelles entrevue et exposée par Platon *.
C'est ici la base même, le fondement, la colonne de nos croyances; il n'est pas de point plus capital ; tous les croyans nous sauront gré d'amener la discussion sur ces questions. Nous prions les nombreux professeurs qui nous lisent de nous venir en aide et de nous favoriser de leurs lumières et de leurs conseils.
Nous publierons en outre une deuxième lettre du théologien sur les expressions dont se sert M. l'abbé Maret en parlant de la création et de Varchitype du monde ; nous y ferons entrer la discussion de quelques autres passages de sa Théodicée , qui nous ont été signalés par un autre prêtre.
Tels sont les faits du mouvement de l'enseignement catholique en France. Il ne sera pas sans utilité de tenir nos lecteurs au courant de ce qui se passe en Belgique, En ce pays si catholique, la même polémique que nous soutenons dans nos Annales y a pris en peu de tems une dimension très-grande. Deux journaux la traitent presque exclusivement : l'un, la Revue, publiée par les professeurs de r£/niversité catholique i&l/my2Îm y défend avec grand courage et égal talent la isKXrm&à&liirévélationextérieuredulangage^ l'impossibilité pour l'homme de Vinventer^ et par conséquent le besom d'une révélation directe et externe. Elle met donc dès le principe l'homme en communication ouverte, sensible , reconnaissable avec
« Correspondant du 35 avril, p. 176. ^ Alliance ixx lOjulii dernier.
Dieu lui-même. L'autre , le Journal historique de Liège , soutient la doctrine diamétralement opposée , c*est-i-dire « que non - sea- » lement Thorome a inventé le langage » mais que s'il ne l'ayait pas » inventé on n'aurait pu lui apprendre à parler; 2* qu*il a une religion » naturelle, indépendante de toute tradition, antérieure à tout ensei- » gnement (même divin) bien plus, que sans Cette religion naturelle, il » ne pourrait avoir une religion révélée. « Il place par conséquent rtiomme, dès le principe, seul et isolé de toute société extérieure, et fait entrer Dieu en communication avec lui par une révélation interne, obscure, non fixée, non sensible. L*un et Tantre de ces deux champions sont également dévoués à la cause catholique. Le Journal de Liège défend sa cause aussi bien qu'on peut la défendre. Mais il nous semble que tout occupé de combattre le système opposé, qui a aussi sans doute ses difficultés, il ne fait pas attention aux difficultés plus graves qui accompagnent le sten. En posant dans l'homme une communication divine, intérieure ^ il ne fait pas attention qu'il donne gain de cause au rationalisme. En effet, si Dieu se communique à nous intérieurement et directement, qui aura le droit de m'ihstruire après lui ; qui suis-je obligé d'écouter ? N'est-ce pas avouer que la raison ^umatn^ est une incarnation du Ferhe? Aussi pour notre part^ nous le croyons dans l'erreur. Au reste nous espérons que de cette polémique , qui après s'être un peu écartée du point en discussion vient d'y rentrer, ressortiront de vives lumières sur un point qui est fondamental et vital pour le catholicisme. Bien que nous ne voulions pas intervenir dans ce débat vigoureusement soutenu de part et d'autre^ nous tiendrons cependant nos lecteurs au courant des résultats.
En dehors des écrivains catholiques, nous aurons à constater et à juger un fait, c'est l'accusation portée par un journal qui se dit catholique, la Revue nouvelle , dans un examen critique comibencé sur les doctrines de Malebr anche et de Fénelon, et dans lequel on prétend prouver que ces deux philosophes catholiques ont posé les mêmes bases, les mêmes principes que Spinosa. Les Annales sont dans la position la plus avantageuse pour faire cet examen. Ainsi, dans leur polémique même, elles ont déjà dit à M. Maret qu'il y avait
> Journal hist,y décembre 1845.