‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 4)Chapitre 14 sur 108 · TROUVÉES DANS LES LIVRES INDIENS, PAR M. LE CAPITAINE WILFORD · texte numérisé non relu

TROUVÉES DANS LES LIVRES INDIENS, PAR M. LE CAPITAINE WILFORD

Wnxxihmc 5lrticle'.

i . Attente générale et primitive d*un Messie ou Sauveur^ dans le naonde entier. — Ambassades envoyées à sa recherche à Tèpoque de la naissance du Christ , par les peuples de Tlnde, de la Chine et du Nord. — Héros et hommes divinisés comme étant le Messie ou le Sauveur,— chez les Bretons, — chez les Romains, — chez les Hindous .

«Il paraît que long- teiDS avant le Christ, un renouvellement de^ Tunivers était attendu dans le monde entier avec un Sauveur, un Roi de paix et de justice. Cette attente est mentionnée souvent dans les Pouranas^. Quelquefois la terre y est représentée se plaignant d'être près de s'abîmer dans le Patala ^ sous le poids des iniqui-

* Le mémoire de M. Wilford est intitulé : Essay on the sacred isles , in the ivest , by captain F. Wilford. Essay V. Origin and décline of the Christian religion in India. Asiatie researches, vol. x, p. 27, etc. Edit. in-8*>. London,

2 Voir le 1*' art., au numéro précédent , p. 24.

3 Les Pouranas sont les livres de Tlnde les plus sacrés après les Védas. Leur nom signifie Histoires anciennes et sacrées , et c'est en effet ce qu'ils contiennent. Ce sont les livres mythologiques de Tlnde, comme les Védas en sont les livres théologiques. Dans les Vêdas se trouve Tancienne religion des Brahmanes, qui consistait à adorer un seul Dieu, et les élémens comme étant sa manifestation visible. Dans les Pouranas se déploient les contes et s'agitent les héros, presqu''inconnus dans les Vêdas, de la religion idolâtrique, qui est maintenant la religion du peuple et même celle des Brahmanes. Voir pour ces livres et les longs extraits qu'ils en donnent, les 2« et 3« volumes de V Histoire et tableau de Vunivers.

^ Le Patala, c'est le monde inférieur, c'est Tabime, c'est l'enfer des Hindous.

tés hamaines accamulées sur elle : les dieux eux-mêmes s'y plaignent de ToppressioD des Géans. Vichnou console la terre , sa compagne, ainsi que les dieux, en les assurant qu'un Sauveur viendra pour réparer leurs griefs et mettre fin à la tyrannie des Dakyas ou Démons ^ ; qu'à cet effet, il s'incarnerait dans la maison d'un berger et qu'il serait élevé parmi des pâtres.

» Les sectateurs de Bouddha déclarent à l'unanimité que l'incarnation de leur Dieu , dans le sein d'une Vierge^ était prédite depuis plusieurs mille ans , quoique néanmoins quelques-uns d'entre eux prétendent que ce ne fut que 1000 ans seulement avant que le fait ait eu lieu ^.

»Peu de tems avant la naissance du Christ, non-seulement les Juifs, mais même les Romains^ pensaient tous, sur l'autorité des livres Sibyllins et la décision du sacré collège des augures d'Étrurie, que cet important événement était proche. Il en était de même en Orient , et ce fut une étoile qui dirigea les saints hommes qui vivaient dans une attente inquiète, vers le lieu où l'on devait trouver l'enfant divin. Dans ce même.tems^ l'empereur des Indes, alarmé de ces prophéties, qui , selon lui , présageaient sa ruine et la perte de son empire, envoya des exprès pour s'enquérir du lieu où un tel enfant était réellement né, afin de le mettre à mort et de s'en débairasser.

»Geci arriva exactement l'an 3101 dnKali-youga^, an qui correspond au 1" de l'ère chrétienne.

«Cette tradition, connue dans toute l'Inde, avait cours parmi les ignorans aussi bien que parmi les savans ; mais les Hindous s'imaginent que ces prophéties ont eu leur accomplissement dans la personne de Crichna.

» Ce qui a porté les Brahmanes à adopter cette croyance, c'est ce qui n'est pas clair : cependant il est possible qu'ils virent bien que s'ils admettaient que ces prophéties s'étaient ac-

< Les Daityas sont les mauvais génies^ les Devatas sont les bons.

2 Voir AsiaU resear,^ t. vi, p. 267.

^ Le Kali-yotiga est le dernier des quatre âges des Hindous : c'est Vdge de fer, c'est l'âge de Tborrible et impitoyable déesse Kaliy Page du mal et de Tiniquité, Tâge précurseur de la fin des mondes, ou plutôt de leurs renouveliemens; car, selon le système des Hindous, Tunivers ne finit jamais, il ne fait que se modifier, 86 changer, se renouveler, s'en aller et revenir.

complies vers le tems du Christs il en résulterait Daturelleiuent quelque altération matérielle dans leur religion , à moins qu'ils ne les fissent porter sur quelques uns d'entre eux* Les mages de rÉcriture, qui vinrent de FOrient, étaient également dans l'attente de ce renouvellement du monde, et l'étoile ne servit qu'à diriger leurs pas vers l'étable d'où il devait sortir.

» Cette attente d'une rénovation du monde, prévalut aussi dans le nord 9 parmi les tribus gothiques. Mais après avoir patiemment attendu pendant quelque tems^ des hommes entreprenans s'élevèrent et se donnèrent eux-mêmes pour le Messie promis, pour le Manou * ou le nouvel Adam, et ils furent reconnus pour tels.

» Cependant, d'après leurs traditions ces tribus gothiques étaient si agitées et si embarrassées par ces rumeurs étranges qui venaient de l'Orient au moment où apparaissaient quelques ^5/r5 ou Ases^ dieux 9 ou hommes semblables à des dieux, qu'elles y envoyaient des exprès s'informer de la vérité de ces bruits : Gylphe passe pour avoir été l'un de ces émissaires. Cet envoi à la recherche de la vérité et des bruits prophétiques relatifs au renouvellement du monde, était une ambassade d'un nouveau genre, et cette ambassade fait le fonds de VEdda qui finit par ces mots : « Les

*■ Manou ou Menou, écoulement de la vie de Tespril divio. C'est un nom qui, sous une forme ou sous une autre, se trouvera la base de toutes les religions de Tantique » et peut-être même en y regardant bien , du moderne Orient. £n effet, plus je Tétndie et plus je vois que les traditions primitives y sont mieux conservées qu'on ne pense; presque partout, mais surtout en Egypte, en Perse et dans rinde, rislaroisme ne sert ik couvrir par les formes extérieures de son culte, qu'un fond de Biblisme^ d'Ozirisme^ de Magisme, de Brahmanisme et de Bouddhisme. Quant au Manou^ Menou ou Manas . Toccident en a fait mens, esprit , manarc, emanare , et le nord en a fait man^ homme. On eut les lois de Minos, en Grî^te, comme on a les lois de Manou dans Tlnde ; c'est ainsi que pour peu qu*on fasse des études générales et sérieuses, que Ton presse les mots et que Van pousse les choses, on arrive de toutes les manières et en tout lieu à la preuve de Tunilé de la race, de la pensée ainsi que du langage de l'espèce humaine. Si donc une doctrine a quelque chose à craindre de la science orientale ou autre, ce n'est pas le Christianisme. L'érudition peut être sceptique au début, mais à mesure qu'elle avance elle se convertit, et quand elle a tout conquis elle se sent catholique. Après avoir couru à toutes les extrémités, elle revient au centre : c'est à force d'erreurs qu'elle trouve la vo'e droite, c'est à force d'ellipses qu'elle décrit son cercle, et son cercle décrit , elle rentre au foyer paJernel comme l'en Tant prodigue.

«nouveaux Ases ou dieux prirent alors le nom des aaciens^ et se » domiérent comme les Ases ou les Dieux réels. »

« Odin était Tun de ces oouveaux Ases ou Dieuxy et, ^'avançant vers le nord, Gylphe vint livrer son royaume entre ses mains.

» En conséquence de ces notions d'un changement dans ce monde sublunaire^un nouveau système de religion, selon FlngénieuxC^- ^an^ s'éleva aussi dans la Grande-Bretagne en opposition avec le premier; et il pense que cet événement dut avoir lieu quelque tems avant le Christ; mais pour moi je pense que ce ne fut qu'après, car Hengist et Horsa étaient au 1 0* degré de descendance dans la lignée de ce nouvel Odin, qui était par conséquent contemporain de Trenmor déifié par Fingal , son petit-fils, qui le plaça dans un élysée d'où étaient exclus les enfans des faibles et les prêtres aussi ; je crois que du moins Fingai et ses partisans ont eu en mépris l'ancienne religion, c'est ce que prouvent clairement les poèmes Gaëlics.

»I1 est probable aussi que la défaite des Druides en Angleterre, malgré leurs charmes et les textes saints extraits de leurs Vêdas 5 accéléra la ruine de leur influence et de leur religion. Ceci joint à quelques obscures prophéties qu'un changement total allait avoir lieu dans les choses civiles et religieuses, engagea quelques personnes habiles et entreprenantes, à profiter de toutes ces circonstances et à se donner comme étant cet Être divin qu'on attendait, ou à déifier leurs ancêtres. Fingal y réussit complètement, car il n'y a pas long-tems encore que plusieurs Irlandais des classes les plus pauvres, croyaient , selon le docte et ingénieux chercheur /. Good^ qui vivait il y a 200 ans, que les âmes des trépassés se rendaient dans l'élysée de Trenmor et de Mac'CowaL Et si bientôt après la religion chrétienne n'avait pas prévalu, Treîimar eût fini par être considéré comme VÊtre-Supreme,

«C'est d'après les mêmes idées qu'à sa mort l'empereur Auguste fut naturellement consacré comme un Dieu, et que durant sa vie comme après, des temples lui furent élevés et des sacrifices offerts. Partant du même principe , les courtisans ^'Antoine avaient déclaré qu'il était Osiris redivitoire ou ressuscité ^ et que Cléopâxre était Isis. Virgile ajoute que la rénovation du monde allait revenir et commencer, comme à l'ordinaire, par l'âge d'or;

100 ORIGINE DES TRADITIONS BIBLlOtJES

que de nouveau , et quand leur tems serait venu , les Argonautes apparaîtraient avec leur navire Argo; qu'il y aurait un autre Typhis, une autre guerre de Troie dans laquelle Achille se signalerait de nouveau.

2. Traditions sur un Messie chez les Hindous, conservées dans Vicramaditya. — Les prophéties des anciennes sibylles n'étaient que les traditions des pays de ces mêmes sibylles. — Traditions du PoUion de Virgile, comparées avec les traditions indiennes.

«Les traditions indiennes relatives à cet enfant merveilleux , divin et si souvent annoncé, comme devant sauver et renouveler le monde, sont réunies en un traité , intitulé : Vicrama-charitra ou Histoire de Vicramaditya, Quoique de doctes pandils * m'en aient récité des pages entières, je n'ai pu me le procurer : et je ne voulais pas faire usage de ces traditions avant de les avoir retrouvées dans les larges extraits faits par l'ingénieux et infatigable major Mackensie, de rétablissement de Madras, et communiquées par lui à la société asiatique.

» Quand j'ai fait mention des vers sibyllins, je n'ai nullement entendu désigner ces vers apocryphes qui sont justement rejetés par les savans, mais les véritables; mais ceux qui existaient au tems de Virgile et dont le témoignage ne peut être une question ni un sujet de controverse. Que ces prophéties aient été réellement écrites par des femmes inspirées, ce n'est pas pour le moment la question : ce qui est certain, c'est qu'elles avaient cours dans tout l'Occident , et cela suffit pour mon dessein. Il y en avait plusieurs, et c'étaient les plus anciennes qui venaient de l'Orient.

Il y avait une sibylle en Perse , une en Chaldée, une en Egypte, une en Elide, et même, selon Pausanias et Élien, une en Judée^.

^ Les pandits sont ce qu'on appelle généralement, chez les Hindous, les docteurSf et surtout les docteurs en théologie, ou, si Ton aime mieux, en mythologie; car la religion des Vêdas est tombée en désuétude, ainsi que les Védas euxmêmes sont tombés dans Toubli ; ce ne sont guère que les Pouranas qui sont lus désormais, c'est leur religion qui domine. Les pandiisles expliquent. Cependant ils doivent connaître aussi les Vêdas. Il y a des Brahmanes qui ne sont que d'un Vêda, c'est-à-dire qu'ils n'en étudient qu'un : il en est qui sont des quatre Vêdas , c'est- A-dire, qu'ils les connaissent tous, mais ceux-là sont rares, si tant est qu'il y en ait. Ainsi les pandits sont les docteurs, les gourous sont les directeurs,

' Phoc, X, c. 5, et //wf. diverseSf xii, c. 35.

»De telles femmes^ néaDmoins, d'odI peut-être jamais etisté, mais les vers prophétiques qu'on leur attribuait prenaient leur source dans les traditions de leurs patries respestives.

'»La IV*" églogue de Virgile roule tout entière sur le sujet de cette rénovation du monde :

' L'âge suprême, nous dit-il, prédit par la sibylle de Cames dans ses vers, est enfin arrivé. Im grande année des siècles ^ recommence son cours: déjà la Vierge revient, déjà reviennent les tems de Saturne, déjà une race nouvelle descend du haut des cieux.

Et toi, chaste Lucine, sois propice à Tenfant qui va naître et par qui finira d'abord l'âge de fer (le Kali-youga des Hindous), et renaîtra un âge d'or (Krita-youga) pour l'univers entier. Déjà règne ton Apollon.

Ce sera sous ton consulat, PoUion, que cette gloire du siècle éclatera et que recommencera la marche des grands mois ^.

Ce s^ra sous les auspices de ton pouvoir que les traces de notre crime, s'il en restait encore, seront eifacées, et que le monde sera délivré d*une alarme éternelle.

Cet enfant vivra de la vie des dieux; il les verra ~se mêler aux héros; il en sera vu à son tour, et il gouvernera le monde qu'auront pacifié les vertus de sou père. Enfant divin, la terre devenue pour toi féconde sans culture, te prodiguera d'abord de plus simples présents; elle t'offrira le lierre rampant avec le baccar , et le gracieux acanthe avec le colocase. Les chèvres elles-mêmes rapporteront pour toi à l'étable des mamelles gonflées de lait ; les grands lions ne seront plus redoutés des troupeaux ; ton berceau lui-même se parera de fleurs. Le Serpent périra; avec lui périra l'herbe fallacieuse du poison, et partout naîtra de lui-même l'amome d'Assyrie. Mais aussitôt que tu pourras lire les hauts faits des héros et les exploits de ton père, aussitôt que tu pourras savoir ce que c'est que la vertu, tu verras jaunir pour toi le tendre épi dans les champs , tu verras pendre la grappe rougissante aux buissons incultes , et la dure écorce des chênes suer pour toi des miels liquides '.

^ Par la grande année des siècles, les grands mois, il faut entendre une période d^années, ou plutôt de siècles, après laquelle le soleil, la lune eties autres planètes doivent se retrouveri par rapport à la terre, au même point du ciel où Ton suppose qu'ils étaient au commenœment du monde ; c'était la période antique* C'est eqpore la période de cette Inde, réceptacle et chaos de toutes les arayancet antiques. C'est Sous ce rapport que llnde est curieuse, et que pour bien connaître l'antiquité; il faut la connaître.

^ Ici, comme dans beaucoup d'autres auteurs anciens, les grands moU sont synonymes de grandes années ; ce sont les grandes périodes , et peut-être aussi les grandes semaines.

^ C'est ainsi qu'il est parlé de Crichna dans les lirres de l'Inde. On sait que 111* SÉRIE. TOME XIII.— W 74; 18Û6. 7

Cjdp^nàxoX survivront quelques restes de L'ancienne perversité : des hommes viendront qui auront l'audace de tenter encore Thétis par leurs flottes, d'entourer les villes de remparts et d'enfoncer le soc dans la terre : il y aura un autre Typhis, un autre Argo, qui portera aux aventures l'élite des héros ; il y aura même d'autres guerres ; et de nouveau le grand Achille sera envoyé devant Troie *.

Ensuite, cependant, et lorsque ton âge affermi t'aura fait homme , le navigateur lui-même s'arrêtera devant la mer , et le pin nautique ne fera plus l'échange des marchandises: toute terre portera tout, et la terre n'aura plus à souffrir le râteau , ni la vigne la serpcr Le robuste laboureur lui-même eessera d'imposer le joug au taureau , et la laine n'apprendra plus à mentir des couleurs diverses ; mais le bélier luimême teindra sa toison dans la prairie , tantôt d'un pourpre du rouge le plus doux , tantôt d'un jaune de safran ; un beau vermillon viendra revêtir les agneaux à la pâture.

Tournez et filez de tels siècles > ont dit de concert à leurs fuseaux les Parques toujours fidèles aux ordres immuables du Destin.

Mais le tems va venir ; prépare-toi aux honneurs suprêmes , cher enfant des dieux , noble rejeton du grand Jupiter ! Vois la masse convexe du monde qui s'ébranle sous son poids ; vois les terres , vois les océans vastes , vois les cieux profonds , vois comme tout tressaille de joie dans l'attente du siècle qui va naître ^.

» Telles sont absolument les paroles que Vichnou adresse à la Terre quand elle se plaint à lui et lui demande du secours. Il est clair que Virgile considérait le grand événement de la guerre de Troie^ l'expédition deJasonsur le navire Ar^o^ et renlèvement d'iBe/ène, laIaA:c/imtdes Hindous S comme les accompagnemens

Crichna est l'un des plus grands avatars de Vichnou^ le dieu de la bonté, le dieu de la réparation, qui, comme Tindique Torigine de son nom, Vicimy pénétre partout : c*est Tesprit de vie , c'est Teau, mère des choses. On sait aussi que avatar est un mot sanscrit qui veut dire descente^ c'est une descente ou une manifestation divine sur la terre.

^ Il est reconnu, dit Wilford dans un autre mémoire^ par les myUiologistes de rinde comme par ceux de l'occident, qu*à chaque renouvellement du monde, les mêmes gëoérations ont lieu de la même manière; les mêmes héros reparaissent , aooomplissaol les mêmes faits.

2 Pour l'explication de cette fameuse églogue^ voir la Dissertation de Mgr Grassellini, insérée dans le tome vi , p. 208 et 298, des Annales (8* série).

' Four être exact, c'est Sita au lieu de Lakchmiy que Wilford eût dû dire, car LakcAmnc'estla Vénus de l'Inde, et 5itii en est l'Hélène; cbmme l'épouse deMénélas^ Sila fut enlevée et causa une grande guerre. V Iliade ^ qui chante l'enlèvement d'Hélène et la vengeance des Grecs, est le poème le plus ancien et le plus populaire

TBiOUVÉES DANS LES LIVRES INDIBffS. 103

et les suites nécessaires de larénovatîOD du monde. Vâ^edefer. ou le Kali-youga cliez les Hindous^ finit^ d'après Virgile^ quelque tems avant le Christ^ dont ce poète n'eut pas connaissance. D'après Hésiode et \e&Pjaïnas ^ de Tlnde, le Aa/t-yoti^a commença à peu près 1000 ans avant le Christ et dura le même nombre d'années^ années qui, en occident , sont considérées comme des années naturelles, dans l'Inde comme des années divines.

3. ETénemens arrivés à Rome, ayant rapport à Tatteote d^un Messie^ pea de tems

avant Tère chrétienne.

« A peu près 60 ans avant la naissance du Christ, la capitale de l'Empire romain fut alarmée par des prodiges, ainsi que par d'anciennes prophéties qui annonçaient qu'une émanation de la divinité allait paraître vers cette époque et qu'un renouvelle^ ment du monde devait avoir lieu. Trois ans auparavant, le Sénat s' étant réuni le 9* jour avant les kalendes d'octobre (c'est-àdire le 23« de septembre) , afin d'aviser au danger imminent qui menaçait la république et le monde entier de leur donner un roi. P. Nigidius FiguLus, ami intime de Cicéron, alors consul, ayant entendu C, Octave s'excuser devant le sénat d'être arrivé si tard, parce que sa femme venait d'être prise du mal d'enfant, s'écria : « Vous venez donc de nous mettre au mond^un «seigneur et un maître. » Nfgidius jouissait d'une telle estime dans Rome , qu'il y était mis au nombre de ses plus savans hommes, et telle était la supériorité de ses connaissances dans les ma-> thématiques et dans les autres sciences basées sur elles, qu'on le croyait initié aux sciences occultes. Cette exclamation de sa part, jeta dans l'âme des pères conscrits une terreur d'autant plus grande, que peu de mois auparavant on répétait sans cesse que la nature allait enfanter et placer un roi sur le monde. On ajoutait que la même chose était annoncée dans les vers de la sibylle.

de la Grèce. Le' Ramayana, qui chante Tenlèvement et la délivrance de Sita\ est aussi le poème le plus ancien et le plus populaire de Tlnde. Ce sont deux épopées presque semblables par le fond , mais différentes par le génie de la langue et des peuples ; Vaimiki est un Hindou et Homère est un Grec.

^ Les JainaSf que Ton prononce djaînas, sont une secte indienne : elle a de grands rapports avec le Bovdhisme.Md^gré ces rapports, les deux sectes se haïssent beaucoup plus qu'elles ne haïssent les Brahmanes^Volr Hist, et tabteau de l^Univers^ t. III.

£d outre , de toutes les parties du monde , même des plus éloignées, arrivaient sans cesse des oracles où se reproduisait la même prédiction.

A À ce sujet, et particulièrement à cause d'yn prodige qui venait d'arriver à Rome , le sénat effrayé lança un décret défendant que, durant le cours de cette année, aucun père de famille n'élevât d'enfant ou n'en recueillit gisant, abandonné sur le sol. Cependant les pères conscrits dont les femmes étaient grosses, dans l* espoir que cet enfant-roi pourrait être un de leurs fils^ empêchèrent l'enregistrement de ce décret ^ Ces prophéties et ces prodiges furent appliqués à Auguste, qui naquit sous le consulat de Cicéron S 63 ans avant le Christ, et 56 ans seulement, se- Ion l'auteur du Lebtarikh et autres écrivains. C'est pour cela que ISicolodeContiy qui, au 15*" siècle, se trouvait dans le Bengale et dans d'autres parties de l'Inde, prétend que Vicramaditya *, était le même qoH Auguste, et que sa période datait de la naissance de cet empereur, 56 ans avant le Christ.

» Au tems de Marius> des prodiges si funestes avaient déjù paru, que le sacré collège des augures d'Etrurie, consulté à cet effet, déclara que la 8*" révolution du monde était à sa fin , et qu'une auU'e, soit pire , soit meilleure, allait la remplacer \

Juvénal, qui vivait dans le premier siècle de Tère chrétienne, déclare qu'il vivait dans cette 9*" révolution qui était alors en plein cours^; car les Etrusques reconnaissaient 12 révolutions de

1 AuGtor est Julius Maralhus ante paucos quam (Augustus) nascerctar menses, prodîgium Romx factum publiée, quo enuntiabatur regem populo romano Naturam parturire; Senatum extcrritum sensuisse, ne quis illo anno genitus educarefur; eos qui gravidas uxores baberent, quo ad se quisque spem traheretf curasse ne seoatùsconsuUum ad srarium defferrelur. Suétone, Vie d' Auguste j n'* 9A.

2 Voir le supplément à Tite-Live, Décad, cii., g. 39.

3 Vikramaditya était un roi célèbre dans Tlnde. Il en sera amplement parlé dans la suite de ce tra?ail. On le verra parfois aux prises avec le roi Salivahana^ qui veut dire cricn/S^ ou porte-croix ^ ei qui ^ diaprés plusieurs parties de son histoire, est regardé dans Tlude, selon Wilford , comme le Christ ou comme son émanation. Parfois aussi nous verrons ce Vikramaditya^ dont le nom signifie Génie à ta triple énergie^ se confondre avec Sativahana ou le Crucifié, que Ton désigne, au,reste, sous plusieurs noms, comme nous allons voir.

* Plularque, Vie de Sylia^ trad. de Dacier, t, iv, p. 301.

^ Nona xtas agitur, etc. , Satyre xiir, c. 28.

ce genre^ de 1000 ans chacuoe, selon quelques-uns; mais^ selon quelques autres, ces 12 révolutions constituaient ce qu'ils appelaient la grande année.

4. Traditions indiennes relatives au Christ. — Quelques-uns de ses miracles et quelques-unes de ses prophéties sont attribués à Grichna. — Ces notions ont été puisées dans les Evangiles apocryphes et ajoutées à la légende de ce Dieu, dont la rédaction est postérieure à notre ère.

»L'on pourra me demander quelles prophéties se trouvent dans les Pauranas concernant le sauveur et le vengeur dont je parle. J'ai fait observer plus haut que les Hindous avaient cela de particulier^ qu'ils regardaient ces prédictions comme accomplies long-tems auparavant dans la personne de Crichna. En cela ils étaient plus sages que les Juifs qui, en soutenant que le Messie n'était pas encore venu, se sont perdus dans d'inextricables difficultés et ont été forcés à la lin de cesser toute recherche ultérieure surletemsde sa venue. En conséquence, plusieurs samaritains, pour éluder les prophéties relatives au Christ, soutiennent qu'elles se sont accomplies dans la personne de Josué, dont le nom est le même que celui de Jésus , et qui , selon le texte hébreu^ était contemporain de Crichna : ils ont même un livre des guerres de Josué avec Scaubéc S livre qui peut être appelé leur Mahabha^ rata ^.

» Quand je dis que les Hindous pensent que les prophéties relatives à un Sauveur du monde, ont été accomplies en la personne de Crichna^ je n'ai nullement l'intention de faire naître l'idée qu^il était le Christ, dont il diffère tout autant que Josuè^ sous le rapport du caractère et de la personne , et dont le nom et l'histoire existaient long-tems avant le Christ, « Cependant les :d prolixes détails de sa vie, pour me servir des expressions de sir «William Jones, sont pleins de récits de l'espèce la plus exlraor- » dinaire et la plus étrangement bigarrée. Cette divinité incarnée, »> selon les fictions sanscrites non-seulement naquit, mais fut «même élevée parmi les bergers. Au moment de sa naissance un

* Voir Roland, De Samaritanis ,^, 15.

^ Le Makabharata est le second poème épique de Tlnde, dans Tordre chronologique, mais le premier dans l'ordre littéraire. Il s'y trouve des morceaux de la poésie et même de la philosophie la plus haute. Voir dans VHist, et tableau de t Univers, lom. m, U chant du bienheureux.

» tyran donna l'ordre que tous les enfans mâles fussent mis à mort. » Chrichna fit d'étonnans^ mais ridicules miracles^ il sauva les » peuples^ en partie par ses pouvoirs miraculeux et en partie par »ses armes ; il ressuscita même les morts en descendant à cette » lin dans les régions infernales. Il était le plus doux et le plus beucreusement né des êtres; il lavait les pieds des Brahmanes ^ et «prêchait d'une manière vraiment sublime, mais toujours en » leur faveur. Dans la réalité, il était chaste et pur, mais il lais- »sait voir toutes les apparences du libertinage. Enfin, il était » bienveillant et sensible. Cependant il fomenta et conduisit une «guerre terrible. »

»Les Yadous, nom des gens de sa propre tribu, étaient destinés à périr pour leurs péchés, ainsi que les enfans de Yahouda ou Youda, qui est la véritable prononciation de Juda, Ils s'entre-tuèrent tous de leurs propres mains, excepté un petit nombre qui menait dans Djambhou'dvipa ^ une vie infortunée et misérable. On en peut encore trouver quelques-uns dans le Gourjaraty mais on me les a représentés comme étant toujours pauvres et malheureux.

« Ce mélange d'histoire doit faire penser que les Évangiles 9 apocryphes qui pullulaient dans les premiers âges du Christia- »nisme, ont été transportés dans l'Inde, et que les parties les plus «extravagantes en ont été entées sur la vieille fable de C^'ic/ma^ » Plusieurs savans missionnaires sont aussi de cet avis, quoiqu'ils poussent trop loin la comparaison.

Le nom réel de Crichna était Caneya^ et il fut nommé Crichna ou le Noir, à cause de la couleur de son visage.

Les Hindous, ayant une fois fixé l'accomplissement de ces prophéties à une période antérieure à l'ère chrétienne, chaque chose était façonnée en conséquence ou y a été adaptée depuis, particu-

' DJambhoU'dvipaf mot sanscrit qui veut dire en général île ou terre habitable. Les Brabmaoes en fbnt souvent et presque toujours le nom de V Inde y Tlude, étant à leurs yeux comme chaque pays est aux yeux de ses habitans, la terre ou Vtle par exceilenee. Je dis île, car toujours perdus dans leurs idées des eaux universelles, les Hindous ne voient sur le globe que des îles au lieu de continens. Ces Iles, ou dvipas, situées au sein des vastes mers, ils les comparent aux pétales divers du lotus. Ce lotus symbolique est l'image du monde qui s'épanouit et flotte sur les eaux primitives du grand abîme, ; il forma la terre et donna naissance aux plantes, aux animaux et aux hommes.

2 Voir Rech, asiat, 1. 1^ p, 2 et 3.

TROlJyÉJBS DANS LES LIVRES INDIENS. 107

lièrement dans les Pouranas, qui tous sont de beaucoup postérieurs à notre ère, bien que le fond de leurs légendes et leurs ma«tériaux en général existassent auparavant sous quelqu'autre forme. » Cependant j comme Fincompatibilité et la contradiction sont les compagnes du mensonge et de la déception , on peut supposer que quelques circonstances et quelques particularités , tendant à soulever le voile que Ton a essayé de jeter sur ces événeiqens , auront échappé. C'est ce qui est même très-probable. Mais comme }e n'avais jamais eu avant le moment actuel la pensée 9 même la plus éloignée, de faire un jour des recherches sur ce point, il a pu m'échapper plusieurs passages de cette nature , c'est-à-dhre , de nature à soulever le voile jeté par le mensonge et l'erreur sur les faits de la vérité ou sur les prophéties relatives au Sauveur , et ce n'est que d'aujourd'hui que je recueille et que j'extrais deux de ces passages que j'ai mentionnés ci-dessus, en disant au commencement de cet Essai que l'attente d'un Sauveur, d'un roi de paix et de justice, était souvent exprimée dans les Pouranas^ dans les plaintes que la terre et les dieux adressaient à Vicknou.

5. TradUions indiennes relaiîTes au tems de Tapparition du Sauveur.

» Ces prophéties relatives au Sauveur ^ que j'ai trouvées dans les Pauranas, déclarent qu'il devait paraître vers la fin du S"*' ou le commencement du 4™" âge ou Youga ; ce qui ne peut nullement être concilié avec l'ère chrétienne d'après la manière de compter des Hindous. Les deux passages en question 3e trouvent dans le Padma * et le Ganéça pourana \ Dans le premier , c'est-

^ Le Padma-paurana veut dire ie Pourana du Lotus, Nous venoDS de voir dans les notes d-dessus, ce qu'était le Lofiw. Quelquefois il sigoifie la simple fleur de œ nom , mais quelque fois aussi il signifie bien antre chose , et devient rem<* blême du monde ; alors e'est sur tes feuilles, avons<4ious dit, quHiabîtent les hommes, c'est dans son calice que vivent les génies, c'est de sa corolle qu'en guise de germe, s'élève l'immense et sacré Merou.

^Le Ganiça'paurana , est le Pourana de Genéça^ dieu débonnaire, mais monstrueux : il a la face et la trompe d'un éléphant, un énorme ventre d'boame sur des jambes de fuseaux; on le dit une des formes ou des émanations deVichnou* Il est maintenant, dit-on, le Dieu le plus adoré dans les Indes : on en trouve l'idole ùans tous les champs, sur tous les chemins et dans tous les carrefours. On lui fait force offrandes et l'on n'entreprend jamais rien sans le consulter: c'at le Dieu du bon événement , boni eventûs^ des Hindous.

à'dire^ dans le Padma-pourana, Balï^ être ou plutôt géant antédiluvien^ né dans la 5® génération après la création du monde^ est représenté demandant au Dieu des Dieux , à Vichnou ^ y de lui accorder de mourir de sa main afin qu'il puisse aller dans son paradis situé dans Ff/e blanche \ Vichnou lui dit que c'était une faveur qui n'était pas facilement accordée ; qu'il la lui accorderait néanmoins ; mais ajouta le Dieu. « Tu ne peux pas venir » dans mon paradis maintenant ; tu dois attendre que je m'incarne »sous la forme d'un sanglier^ afin d'opérer dans le monde un re- •nouvellement total , de l'établir et de le consolider sur une base » ferme et permanente. Il te faut attendre un Youga ^niitr » pour » que cet âge nouveau que je te promets remplace celui-ci ; alors » tu m'accompagneras dans mon paradis . »

')Un Youga e,\ïi\e,T OM Maha-youga, Grand âge ^ se compose de /i9320;000 années divineâ^ou plus probablement de /i^320 années naturelles^ Ces /i^ûOOanscomptés depuis Ia5* génération antédiluvienne, doivent, très-approximativement, concorder avec le commencement de l'ère chrétienne, selon la chronologie des septante et de Josèphe; quant au nombre d'années, il est porté à 5^000 en

^ Vichnou est le Dieu des Dieux pour ceux de sa secte, pour les Vaîchnavites^ mais non pas pour les autres. Pour les Givaïtes, c'est Çiva-MakadevUf Çiva le grand Dieu ; pour les Bouddhistes c'est Bouddha ; pour les Jainistes^ c'est Jatna, Enfin, pour les Vêdantins philosophes et puritains c'est Brakma ; le créateur, ou plutôt iBroAm , Télernel, l'universel et unique firaAm, le père du créateur et de la création.

2 Tous les grands Dieux de l'Inde ont un Paradis particulier : c'est un jardin de délices , situé généralement sur les flancs du Mérou ; il est des Dieux qui ont plusieurs paradis et dans plusieurs lieux. Il ne faut, donc pas s'étonner d'en voir ici deux à Vichnou. Vile blanche dont il est question dans ce passage, est une île célèbre dans les Pouranas^ quelques-uns y voient la Crète ; mais il est une autre tl^ blanche bien plus sainte encore, qui se trouve dans la mer blanche. Selon Wilford, celte mer blanche c'est l'Océan du nord, et cette ile mystique où vont les âmes, où finit le monde et où se trouve le paradis de Vichnou, c'est la grande Bretagne* Je n'ose être en ce point , comme en bien d'autres^ de l'opinion de L'ingénieux V^ilford , mais je le cite comme curieux , comme pouvant réveiller les esprits et stimuler les recherches.

' Ces parties, dit Wilford dans une note, sont des parties constitutives de la grande année, ou période de 12,000 ans, connue en orient, en occident, et même en Perse. Dans l'Inde , on dit que ce sont des années divines ; mais en Etrurie» et en Perse , ce n'étaient que des années naturelles^

nombre rond dans le Ganéça-pouranay et comme il n'y est point dit que les 5^000 années sont des années divines, nous avons là une raison de supposer qu'originairement elles étaient prises pour des années naturelles. Ganéca, qui est identifié avec Vichnou, et qui a aussi un paradis secondaire dans Vile blanche et un autre dans le Pont-Euxin ou dans la mer ^'Icshou^ parle ainsi à un roi de Gasi OMBènarèsy roi du monde antédiluvien^ et qui, comme Bali^ désirait beaucoup être admis dans son Elysée :<< Ta ne peux, lui » dit-il, entrer maintenant dans mon paradis situé dans Vile blanche; »il faut que tu attendes 5,000 ans^ (au bout desquels il paraît » qu'il devait être ouvert ) ; mais en attendant^ cqntinuait le Dieu, »tu pourras résider dans mon paradis du Pont-Euxin. »

«C'est ainsi qu'Achille, Castor etPoUux, après avoir long-tems résidé dans Vile blanche du Pont-Euxin (de la mer d'/wAow), furent, en dernier lieu , transportés dans Vite blanche primitive située dans la mer Blanche, Vile blanche de l'Ëuxin ou de la mer û'Icshou, a beaucoup d'affinité avec les limbes des pères ou le paradis des défunts aïeux ; c'est là qu'ils attendaient la venue du Christ qui devait ouvrir le céleste et réel Paradis pour les y recevoir.

» Les théologiens hindous déclarent que la preuve la plus certaine de la mission divine d'un avatar , est la prédiction de sa venue ; que les prophéties concernant un Sauveur sont souvent répétées dans leurs livres , quelques-unes d'une manière très-claire et quelques autres d'une manière plus obscure ; qu'en un mot elles forment l'un des appuis fondamentaux de leur croyance et de leur religion ; que Crichna est considéré comme le premier en dignité, comme la principale incarnation, et que les autres lui sont grandement inférieures , et admises seulement pour réaliser le système de la régénération.

>^Dans le tems de Crichna^ les oracles divins étaient mis par écrit avec un système de devoirs moraux et de culte religieux plus complet et plus parfait qu'auparavant, et en même tems une race de Brahmanes plus pure et plus éclairée , se répandait dans ITnde.

*Crichna est le dernier «ra/crr, ou manifestation de la divinité, excepté une autre, qui, selon ces livres sacrés des Hindous, et même selon les nôtres, doit paraître un peu avant la dissolution générale de l'univers.

» Encore un mot sur la luaDifestation de Vichnou soas la forme de sanglier y meniionnée dans le passage ci-dessus. Cette manifes;tation est reconnue pour être celle du sanglier blanc ; car selon le Tapichanda, Tune des sections du Scanda-pouranaf le Kalpa du sanglier se compose de quatre Kalpas inférieurs, prenant leur nom des quatre manifestations du grand sanglier.

Le l'r de ces Kalpas secondaires, est celui du Kourma-varaha, ou de la tortue-sanglier : c'est le Kourma-avatara; le 2^ fut celui d'Adi'varaJiay appelé aussi adi-natha surtout par les Jainas : c'est le Varaha-avatara y Favatar du sanglier; le V^ est celui du Varaha ou du sanglier y sous le nom de Crichna; enfin le k""^ et présent Kalpa est celui du sanglier blanc dont il est très-peu parlé dans les Pouranas.

«Dans le Prabhasa-ckanda, autre section du Scanda-pourana , ces quatre Kalpas ont différens noms auxquels trois autres sont joints; ce qui fait en tout sept Kalpas. Nous sommes maintenant dans le 7'.

Tels sont les Kalpas de Vichnou; sous les sept dénominations différentes, de Sryia-vratta, de Vamana (contemporain de Bali), de Vajranga, de Camala-prabhou{c2imu\vLS Deus), de Souaharta^ Pourouckottama et de Daitya-soudana,

Dans le 4"*' Kalpa , celui de Camala-prabhou, appelé, aussi Kalpa du sanglier, naquit îcshouacou, le fils de Noè; le dernier, celui deDaitya-soudana est ainsi appelé parce que Vichnou y doit renverser Tempire des Daltyas ou démons.

Il est évident que ces Kalpas se comptent en partant du déluge. Le Kalpa de Pourouckottama répond à celui de Crichna dont la naissance fut suivie du massacre général de tous les enfans mâles de toute la contrée, par Tordre de Cansa, dans le but de le détruire dans son berceau.

Le cap. WILFORD.

Traduit et annoté, par M. DAiriéLo.

STRAUSS ET SES ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE. Hi

Ml I ' 1 ' sssssssas ' I sssssaBsaBorsssssssawesxessssB

lloiémtque (Satt)oltque.

St^lxkmt article*.

GRULICH ET GELPKE.

Le doale est ioliérent à tous les écrits des Proteslans. — Grûlich, eu abandonnant la tradition, perd la seule base solide de la réfutation de Strauss. — La réalité de la personne de Jésus explique seule les travaux des Apôtres. — Gelpke réfute Strauss par la réalité de la résurrection de Jésus. -* Il la prouve par J'ezégèse» par la psjcbologie, par Thistoire.

L'incertitude est comme le fond da Protestantisme. I! y a, sans nul doute, dans les Eglises protestantes^ un grand nombre d'esprits distingués qui tiennent de toutes les forces de leur âme à la divinité du sauveur Jésus-Glirist. Lesconséquences impies du Rationalisme les épouvantent. Elles s'aperçoivent, avec une juste terreur, que sans le Christ tous les mouvemens supérieurs de l'intelligence et du cœur s'enfuient devant l'orageuse tempête des passions. Le secret instinct d'une âme naturellement chrétienne les fait saisir de leurs mains empressées la Croix qui a sauvé et purifié le monde moral. Mais croit-on qu'il leur soit facile, dans la vie tourmentée que le Protestantisme leur fait nécessairement , de trouver cette paix profonde et cette* sécurité complète qu'on ne rencontre jamais qu'aux pieds de la sainte Eglise de Dieu ? Le doute est un élément si essentiel des doctrines protestantes, qu'il reparait toujours, jusqu'à un certain degré, dans les convictions qui semblent les plus fermes et les plus décidées. Les sociétés protestantes ont si facilement perdu le sentiment des choses divines; elles sont si profondément absorbées par le confortable de la vie matérielle, qu'il faut de prodigieux efforts d'énergie et de bonne volonté

^ Voir le 6« article , au n» 72 , t. xii , p. 408»

ponr qne le regard de Tâme, [perçant cette pesante atmosphère, envisage Téternelle lumière qui récbauffe et rajeunit les intelligences engourdies. Il semble que là , la vérité est comme une étrangère, qu'on craitit à chaque instant de voir retourner vers les cieux, souffrante et désolée. La pensée protestante, comme le Méphistophélès de Gœthe, est mauvaise conseillère. Elle aime à semer dans les cœurs et dans les esprits l'inquiétude et l'angoisse. Un des hommes les plus vertueux que le Protestantisme ait produits allait mourir. Tout d'un coup , comme s'il eût vu se dresser devant lui le scepticisme de son Eglise, il s'écria avec énergie : « L'Evangile est vrai , vrai , toujours vrai ! » Ne semblet-il pas qu'il faille, pour rester Chrétien dans une société qui commence et finit par te doute, s'armer d'une sublime inconséquence et protester jusqu'au dernier soupir contre la logique qui vous entraîne?

Ces considérations nous ont été inspirées naturellement par l'ouvrage de GruUchy archidiacre de Torgau , publié à Leipsig en 1836. Il a pour titre : Considérations rassurantes sur la dernière tentative faite pour transformer la vie de Jésus en légende, M. Griilich est disciple de Reinhard. Ce célèbre théologien protestant lutta avec une certaine énergie contre les envahissemens du Rationalisme dominant ^ Mais, comme tous les défenseurs protestans de la révélation ^ il se laissa arracher plus d'une fois des concessions fatales. Il était convaincu avec raison que l'histoire ré« duit à néant les prétentions fastueuses du Rationalisme. Il faisait sentir avec éloquence les variations sans fin , les contradictions dérisoires, les incertitudes perpétuellement renaissantes de tous les systèmes enfantés par l'orgueil ou le caprice de l'homme. Mais le défaut de stabilité des idées protestantes l'entraîna plus d'une fois dans des conceptions très-inexactes sur la nature de la révélation et sur l'inspiration des livres saints ^ M. GrUlich veut rester Chrétien comme Reinhard ; mais les forces du Rationalisme ont bien grandi depuis la mort du célèbre prédicateur de Dresde. Le disciple :, d'ailleurs, paraît avoir dans l'esprit moins de déci-

* Voyez ses Aveux et son Essai sur le plan de Jésus,

2 MM. ZcUer et Saintes, tous deux protestans, conviennent du danger de ers conceptions.

sîon que son maître. Reiobard aurait certainement va plus vite et senti plus vivement tout ce qu'il y a d'aventureux et de fantastique dans rhypothèse du docteur de Tubingue.

La première impression que l'ouvrage de Strauss ptoduisit sur Griilicb^ ce fut évidemment un sentiment de terreur instinctive. Il lui sembla que la science protestante ne pouvait pas répondre à tous les doutes qui s'étalaient à ses yeux avec tant d'audace et de franchise. Il y a , en effet , quelque chose dans cette inquiétude qui n'est pas sans fondement. La science du Protestantisme a fourni 9 pour une réfutation de Strauss^ des matériaux de la plus haute valeur scientifique. Mais s'ensuit-il que les docteurs protestans soient véritablement placés sur un terrain so- Ude^ pour saper par la base toute Texégèse des mythologues ? En abandonnant le principe sacré de la tradition ^ n'ont-ils pas sacrifié par là même le point de départ de la vérité historique ? Est-ce que les preuves de l'Ëglise ne sont pas celles du Christianisme ^? Il nous semble donc, en réalité, tout-à-fait impossible que le Protestantisme parvienne jamais à étouffer^ de ses bras impuissans, l'hydre dévorante de l'exégèse nouvelle. Nous nous expliquons donc parfaitement les terreurs du ministre de Torgau. Il est impossible de contester qu'elles ne viennent du fond même des choses et des embarras d'une situation que le tems montrera bientôt incompatible avec la raison et les faits. Le mouvement des idées est rapide au tems où nous vivons. Les distances s'effacent. Les peuples se touchent et se mêlent. Les idées franchissent les mers, portées par le souffle de la tempête. Les Eglises nationales bâties par l'illusion et par la fraude tombent en morceaux. Il n'y a pas de puissance au monde qui puisse, comme l'a dit merveilleusement le P. Lacordaire^ faire du granit avec cette poussière. Un jour, et ce jour n'est pas loin , il n'y aura plus que deux puissances intellectuelles au monde : le Rationaltsme et VEglise du Sauveur. Alors il faudra bieif choisir, choisir entre la Croix et le Paganisme ressuscité, entre la tradition et le scepticisme. Oh ! si le ciel pouvait , dans sa bonté, faire briller sur les Eglises germaniques quelques rayons de cette di-

* LcR. P. de Ravignan Ta supérieurement démoulré. Voir, dans les Annales, les Conférences de 464i, t. m (3« série), p. 249.

114 LE DOGTECR STRAUSS

vine lamière^ qoi vient, dans ces derniers jours, d'éclairer tant de nobles intelligences ! Ils ont compris, les Seager, les Ward, les Newmann , les Oakeley, les Faber, qu'il fallait redevenir Catholique si y9ù voulait rester Chrétien. C'est là une de ces vérités fondamentales qu'avait entrevues dans la nuit des tems le génie pénétrant de Bossuet , et que le progrès de l'histoire vérifie tous les jours.

Est-ce que Griilich n'entend pas lui-même retentir à son oreille le bruit toujours plus voisin des orages de l'avenir ? Ce n'est pas, en effet, la seule témérité de Strauss qui l'épouvante; c'est qu'il semble entrevoir derrière lui comme une foule révolutionnaire qui va bientôt faire rouler son niveau de fer sur tout ce qui reste du passé. Elle a grandi dans les écoles du Protestantisme, cette jeunesse qui veut continuer l'œuvre de Luther en fai-. saut de l'Athéisme de Hegel la religion définitive des Eglises pro« testantes. Est-ce qu'elle fait mystère de ses intentions et de ses doctrines? Est-ce qu'elle n'était pas> l'année dernière , avec les drapeaux de l'anarchie sous les murs de Lucerne? L'Europe entière a entendu son cri de guerre, et l'Europe a commencé à comprendre quelles tempêtes cachaient dans leur sein les écoles du Rationalisme. Nous comprenons donc toutes les terreurs que le livre de Strauss doit inspirer à Grtilich. Il voit dans cet ouvrage comme un pamphlet menaçant , et on dirait qu'à la voix de Strauss toutes les baïonnettes du Rationalisme vont sortir du sol ébranlé de la Germanie. Supposons, en effet, que Strauss ne par*tage pas les opinions anarchiques de la jeune Allemagne; Griilich n'a-t-il pas pourtant raison de craindre que ses doctrines n'augmentent encore l'étrange confusion qui divise les intelli* gences, et que cette confusion n'amène bientôt un immense bou* leversement social ?

Après avoir exprimé toutes les craintes que lui cause la nouvelle théologie qui se répand de Berlin dans toutes les Eglises germaniques, Grtilich passe à l'examen de la Vie de Jésus , telle qu'elle a été comprise par le docteur Strauss, et il essaie d'indiquer les points qui lui paraissent tout-à-fait contestables. En effet, s'il fait à Strauss des concessions téméraires et hasardées sur certains points de l'histoire évangélique , il est loin de penser que son système renverse les bases de l'autorité historique de nos

saints éfangtles. Il constate^ en effet, d'une manière ingénieuse et spirituelle^ dans Tceuvre de son adversaire , un défaut capital qui fait reposer tout son système sur une contradiction palpable' et manifeste. Quand Stauss prétend réduire la vie dé J.-G. à des proporttons rigoureusement historiques, il éteint Tun aprèsTautre, avec une ironie moqueuse^ tous les rayons de son auréole divine. Le Panthéisme, comme Ta dit très-bien M. Edgar Qninet, est jaloux de la vie de Toiseau qui vole dans l'air. Il devait donc craindre de laisser au sauveur une personnalité trop caractérisée. Dans l'hypothèse mythique^ le fils de Marie est à peine ce noble Théurge juif dont Wiéland s'est tant moqué, et qui n'a trompé l'univers qu'après avoir été dupe lui-môme de sa propre imagination ^ Mais, s'il en est ainsi ^ toute l'histoire du Christianisme primitif devient une véritable énigme. D'où viennent ces hommes héroïques qui ont formé le monde moderne, cimenté de leurs sueurs et de leur sang? Socrate^ Platon, Aristote et Zenon n'ont pas chassé de l'olympe les dieux immortels. Quelle parole a donc été plus puissante que la parole de ces merveilleux génies? Quelle main invisible a frappé au front toutes les idoles du Paganisme défendu par la loi? Koung-fou-tseu, Zoroastre, Sakia- Mouni , Mahomet, Luther, tous les hommes^ en un mot, qui ont commencé de grandes révolutions religieuses, étaient-ils des es^ prits vulgaires ? Il est clair que si Strauss était conséquent ^ il ne pourrait refuser à celui qui a fait bien plus qu'eux, les grandes ressources de caractère et de génie qui n'ont manqué à aucun des hommes dont l'humanité garde un souvenir profond. Il est donc obligé, pour essayer d'expliquer tous les faits , d'avoir recours à une hypothèse qui renverse complètement la première. £n effet, conun^it expliquer l'enthousiasme de l'Ëglise primitive ? Gomment comprendre ces immenses travaux , ces combats sans fin, ces morts héroïques? L'impression que la personnalité du Cbiist avait faite sur tous ses auditeurs fut si sérieuse et si profonde, qu'elle leur fit voir, entendre, toucher, comme des réalités sensibles^ tous les vains ré.ves d'une imagination exaltée par les souvenirs vivans de leur maître bien-aimé. C'est ainsi que toute la merveille s'explique : tout est illusion et fanatisme visionnaire^

' Wiéiand dans son Agathodémon .

et depuis dix-huit siècles, le monde civilisé adore un fantôme sublime , rêvé par Fesprit enthousiaste, d'ignorans pêcheurs gaiiléens !

Grulich ne se borne pas à faire sentir la contradiction profonde qu'il y a à peindre tour-à-tour Jésus sous des traits si divers; il ajoute encore, avec beaucoup de bous sens, que Strauss ne parviendrait jamais à expliquer l'histoire primitive de l'église , au point de vue de la théorie mythique. Il a raison, et j'irais plus loin que lui. Ne pourrait-on pas dire, en effet , que toute l'histoire du christianisme suppose le Christ évangélique , et que sans cette pierre angulaire , tout ce magnifique édifice s'écroule et s'abîme dans le vide ? Un écrivain distingué faisait remarquer avec raison qu'on sent à tous les momens de la durée du christianisme rinfluence vivante et permanente du divin fonds^ur de l'Eglise *.

Dans l'hypothèse mythique , au contraire , l'étonnante histoire du christianisme devient inexplicable^ et pour ne pas croire d'incompréhensibles vérités, il faut admettre d'incompréhen»bles suppositions.

On s'étonnera peut-être de nous voir examiner aussi longuement tout le système de Strauss. Qu'on ne l'oublie pas , ce n'est pas ce nom que nous poursuivons , mais c'est l'idée qu'il représente d'une manière complète et significative. Cet homme résume en lui cinquante ans de travaux , entrepris pour avilir les livres saints. Moins il a d'originalité personnelle, plus il a d'importance véritable.

Réfuter complètement ses idées, ce serait donc renverser les prétentions les plus spécieuses du Rationalisme contemporain contre FËvangile. Un seul homme est-il capable de ce travail immense ? £st-il quelqu'un parmi nous d'assez fort et d'assez habile pour étouffer le monstre dans ses bras? N'y a-t-il pas, au contraire, une méthode plus naturelle et plus facile? De même que nos adversaires ont réuni contre nous toutes les forces de Terreur , nous essayerons de réunir contre eux toutes les forces de la vérité. C'est là, sans doute^une besogne laborieuse et sans gloire. Nous

* De Beaulerne, SenHmen$ de Napoléon sur le Christianisme ^ conTersa\ions avec le général Bertrand.

ET SES ADTSASAIRES Elf ALLEMAGNE. UJ

ne l'ignorons pas 5 bien peu de personnes oseront nous suivre dans ce dédale de discussions sévères. La forme lourde et pesante qu'il nous est très-difficîie de ne pas adopter constamment dans l'examen sérieux d'une multitude de faits particuliers, doit rebuter un grand nombre de lecteurs. Notre seule consolation dans ce labeur ingrat, c'est de fournir à la défense de la vérité des matériaux que nous croyons solides. Un jour, peut-être, quelqu'un plus babileque nous, ramassera ces pierres dispersées pour en construire un édifice aux proportions véritablement barmonienses et régulières^

En contestant (eut le surnaturel de TÉvangile , il fallait bien s'attendre que l'école mythique ne respecterait pas le point capital de la Résurrection. Dès les premiers tenas de l'église, Celse l'avait révoquée en doute. Au iS* siècle, les encyclopédistes, continuateurs du philososopbe épicurien, renouvelèrent ces attaques. £n Angleterre surtout, on fit de prodigieux efiforts pour renverser l'unanime conviction de toute l'église chrétienne. WooUton , ûans ses Discours sur les miracles de J,-C. , attaqua la résurrection du sauveur avec une certaine habileté. Mais les efforts du Rationalisme n'amenèrent d'autre résultat qu'un triomphe éclatant pour la v^ité de l'histoire évangélique.

Thomas Sherlock *, Dtiton ' , G. West *, S. Chandler *, réduisirent en poussière toutes les subtilités des libres penseurs de l'Angleterre. L'ouvrage de G. West surtout a conservé toute sa valeur parce qu'il renverse, à l'avance et comme par prévision, l'ai^ument principal des mythologues fondé sur les contradictions apparentes que contient l'histoire de la résurrection.

En Allemagne, l'auteur des Fragmens de Wolfenbuttel ^ suivait contre la résurrection , la tactique des incrédules Anglais. Il po* sait devant le monde savant dix questions qu'il déclarait insolubles. IMLals l'école naturaliste, qui tenait à conserver jusqu'à un certain point l'enveloppe historique de l'évangile , ne pouvait

* Le$ témoins 4e la résurrection^ jugés d'après Us règles du barreau; dans le» Démonstrations évangéiiques de Migne, tome vii, p. 440 .

* Lareligion chrétienne prouvée par la résurrection, Ibid,, t. viii, p. 5 Observations sur la résurrection, Lid» t x, p. lOlS,

* Preuves de la résurrection.

^ Reimarus, de Hambourg. C'est à tort qu'on les dit de Lessiog.

ni" SÉRIE. TOME xm. — N° 74; 1846. 8

évidemmeDt suivre une pareille méthode^ qui blessait trop fortemeut les convictious chrétiennes de la foule. On supposa donc que le Christ attaché à la croix n*était pas mort , que le coup de lance du soldat n'avait fait qu*effleurer sa peau^ et qu'il était revenu à lui dans la chambre sépulcralej)ù ravalent déposé ses disciples. C'est là le système suivi par le oocteur Paulus.

Triste destinée que celle des hypothèses aventureuses! L'école mythique devait un jour renverser par d'ironiques dédains ce système qu'on avait défondu par tant d'efforts d'érudition. Dès le tems même de sa plus grande popularité^ il avait déjà subi de vigoureuses attaques de la part de quelques savans qui avaient étudié profondément la physiologie de la passion du sauveur. iltcAter avait fait remarquer que la pression sur l'artère principale avait dû produire une congestion dans le ventricule droit du cœur, plus intolérable qu'aucune douleur et que la mort elle-même ^ Puis il ajoute : « Les veines et les artères pulmonaires et les au- ))tres autour du cœur et de la poitriue, par l'abondance du sang »qui y affluait et s'y accumulait, doivent avoir ajouté de terribles » souffrances corporelles à l'angoisse de l'esprit produite par » l'accablant fardeau de nos péchés. » Charles Grunei: fait encore observer que si les deux larrons étaient morts dès le vendredi, eux qui n'avaient pas subi avant le crucifiement les mêmes tortures et les mêmes angoisses , il est impossible que le Christ n'eût pas rendu le dernier soupir quand ses disciples vinrent le détacher de la croix ^ Il ajoute qu'en considérant tout l'ensemble du récit évangélique , le coup de lance que le soldat romain donna à Jésus-Christ était seul capable de lui donner la mort Son père, Christian Gruner, a prouvé que quand même le fer n'aurait fait qu'une légère saignée, elle eût été mortelle dans la syncope ^ Nous ajouterons, en termmant , l'observation ô!Eschenbach : c'est qu'il est impossible de supposer une syncope qui durât aussi long-tems que les naturalistes veulent bien le supposer, dans l'intérêt de leur système \

^ Gcorg.-G. Richteri, Dissertationes quatuor medieœ, 1775. > Car.-Frid. Gruneri, Commentatio antiquaria medica de Jesu^ChrUti morte erâ non simutatd, 1805.

* Vindiciœ mortis JesurChristi verœ, ^ Scripta medico-4nblic<u 1779.

ET SBS ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE. 1l9

L'ouvrage de Gelpke^ dont nous rendons compte^ s'adresse à d'autres adversaires. Il a pour titre : Opinion de Strauss sur la vie de Jésus; ce qu*eUe a d'insoutenable par rapport à la circonstance capitale de cette vie, par G.-L. Gelpke , pasteur évaugélique à Wermsdorf et Huberts|)purg ^ L'auteur prétend démontrer dans cet écrit tout ce que l'opinion de Strauss sur la résurrection a de contradictoire et d'inadmissible.

Il serait véritablement à désirer que, vis-à-vis des attaques incessantes de l'exégèse rationaliste contre Tbistoire de l'évangile, d'babiles Ibéologiens prissent à part les points les plus saillans de cette bistoire, afin de démontrer pleinement la futilité des objections qu'on leur oppose. Gelpke^ qui a été précisément dirigé par cette pensée , fait très-bien ressortir toute l'importance du dogme de la résurrection , qu'il montre, avec raison , comme un point central dans toute l'histoire évangélique. Il fait bien sentir que Strauss se sépare profondément de Thypothèse naturaliste , qu'il admet, comme Gelse, Julien, Spinosa, Woolston, Edelmann et les Encyclopédistes français > la réalité de la mort du Fils de rbomme.

Ce qu'il nie, c'est la résurrection, et il la nie parce qu'elle est impossible. En sorte que toutes les apparitions prétendues de Jé^us n'ont existé que dans l'imagination hallucinée de ses premiers disciples. Strauss , ici , donne la main à MM. Lélut et Maury \ On voit que la fameuse théorie de V hallucination commence à s'introduire dans l'exégèse. Rêve pour rêve, celui-là a peutêtre autant d'avenir que tous ceux qui l'ont précédé. Les apôtres ne pouvaient se figurer que le glorieux martyr de la vérité et de la vertu fût resté dans la poussière du tombeau. Pénétrée de cette conviction profonde , l'âme enthousiaste de ces pécheurs galiléens leur présentait sans cesse la vivante image de leur maître ressuscité d'entre les morts. La tradition de ces visions bizarres se répandit dans la première communauté chrétienne. Elle s'embellit avec le tems de circonstances poétiques qui lui donnèrent sa forme définitive. L'Ancien-Testament fournit le fond de ces ornemens légendaires.

^ Grimma, 1836.

' Voyez le sa? ant ouvrage du D' Brière de Boismont , sur les hallucinations.

Telle est la supposition de Strauss^ vidaf te à ses élémens essentiels. On voit comme elle se sépare profondément de Thypothèse encyclopédiste, qui supposait la fraude dans les disciples bien-aimés du Sauveur^ et du système naturaliste^ qui n'admet pas la réalité de la mort de J.-G. Gelpke combat la supposition des mythologues avec une grande vigueur de logique et de bon sens. Il s'établit avec assurance sur le terrain des faits, et il oppose victorieusement à ses adversaires toutes les impossibilités historiques que leur système entraîne. Les preuves qu'il développe sont tirées de Texégèse, de la psychologie et de l'histoire.

Raisons exêgéttques. — Quand Paul , dit Strauss, parle de la résurrection de Jésus , il suppose que ses apparitions étaient du même genre que celles qu'il avait vues sur la route de Damas *. Or, Ammon et Exchhom ont constaté que c'était une pure vision'. On reconnaît là la tactique de Strauss. Il admet comme incontestable la supposition arbitraire d'un fait surnaturel qui renverserait toute l'hypothèse mythique. Est-ce qu'il oublie les preuves invincibles par lesquelles Grotius, Bergier, Lyttleton^ Westtstein, Hess, NtémeyeTy Néander, etc. , ont démontré la réalité du miracle qui convertit l'apôtre des nations ? Gelpke montre ensuite^» par le langage habituel de la bible , par la liaison de ce passage ^ avec ce qui précède, par le but de l'apôtre lorsqu'il parle di^ la résurrection de Jésus et de ses apparitions^ par l'importance que saint Paul attache à ce fait , comme preuve de la mission divine de Jésus , par d'autres passages encore des évangiles, tels que saint Luc S saint Mathieu % par la règle admise universellement , que l'écriture doit s'expliquer par l'écriture ; par tous ces motifs, dis-je, l'auteur prouve d'une manière concluante que dans ce passage de VEpUre aux Corinthiens, il s'agit d'une résur-

* lauxCorinth.y xv.

2 On peut consulter, sur ce point , le sa? ant ouvrage de Ly Kleton : La Religion prouvée par la conversion de saint Paul, un de ces livres que Texégèse allemande fierait bien d'étudier avant de parler des origines du Ghrislianisme . Il st trouve dans les Demofuf. évang, deMigue, t. ix, p. 644*

* I Corinth.f XT, A et ssq.

* xxiT, 34, 36.

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