XIV
ET SES ADVERSAIRES EN ALLEMAGNE. \%i
rection véritable, et que^ par conséquent 5 rhypotbèse de Strauss est insoutenable au point de vue de Vexégèse,
Raisons psychologiques*-^ Strauss reconnaît lui-même que l'expérience des faits psycologiques présente contre son syslème plusieurs difficultés. Ce qu'il y a d'étrange^ c'est que^ non content d'opposer à ces difficultés des raisons misérables^ il passe prudemment sous silence les plus fortes qu'on pourrait lui faire. Cette réserve est tout-à-fait caractéristique. Le Rationalisme éprouvera toujours un immense embarras de toute l'histoire du Christianisme, lui qui pourtant prétend tout expliquer» Nous avons ; en effet » le droit de demander aux mythologues ce qu'ils peuvent opposer à ces difficultés de sens commun que nous leur proposons.
Le Christ ressuscité est apparu, au même moment, à plusieurs personnes et dans différens^ lieux; comment supposer qu'une illusion aussi étrange, plus rapide que la foudre, aurait pu saisir en n^ême tems des personnes dont les dispositions et le caractère devaient être complètement différens?
Les paroles que les évangélistes prêtent au Christ , dans ces cir* constances, n'ont-elles pas un cachet d'élévation, de convenance et de noblesse, que l'imagination fantasque des compilateurs de mythes ne rencontrent Jamais ?
L'impression produite par la résurrection ne changea- t-elle pas tottt-à-coup les disciples de Jésus ? Ils étaient faibles et découragés, ils se relèvent tout d'un coup invincibles comme des lions. Comment expliquer une révolution morale si inattendue, arrivée en même tems dans l'esprit de tous les apôtres?
Comment expliquer encore la conduite prudente et réservée que tiennent , vis-à-vis de ses disciples , les ennemis du sauveur ?
Raisons historiques. — S'il fallait contester le témoignage si ferme, si constant, si unanime de la première communauté chrétienne sur la résurrection de son fondateur, on serait obligé de révoquer en doute les faits les plus certains de toute l'histoire profane. Un homme disait à Isaac Vossius : « J'ai au bout de ma » plume un livre dans lequel je démontrerai, par des raisons in- »vincibles^ qu'il n'y a pas un seul fait raconté dans les Commeni^taxres de César , dont on ne puisse démontrer la fausseté. »
Strauss a tentée pour révaugile^ de réaliser ce rêve d'an savant du 17" siècle. Aussi Gelpke a-t-il raison de dire qu'il a admis, pour le Nouveau - Testament , les étranges principes que le P. Hardouin avait essayé d'appliquer aux écrivains classiques. Notre auteur fait valoir, contre son téméraire adversaire, toute la force , toute Fimportance du témoignage des apôtres contre sa théorie. Cet argument a été très-bien développé chez nous par Bergier *, par Dtwoistn * et par le cardinal de La Luzerne *. Les apologistes français excellent à faire valoir ces raisons, qu'on tire d'une connaissance pratique et positive du caractère des hommes. La véracité du témoignage des apôtres est d'ailleurs prouvée par une institution qui s'est conservée jusqu'à nos jours dans toutes les communions chrétiennes. On voit, en effet, que le dimanche était déjà célébré dans les tems apostoliques, comme le prouvent plusieurs passages du Nouveau-Testament*. Les plus anciens pères, entr'autres saint Justin, martyr, parlent aussi de la haute antiquité de cet usage dans l'Eglise chrétienne primitive.
Gelpke se propose ensuite cette question : Pourquoi J. -G. ne s'est-il montré qu'à ses disciples en sortant de la tombe ? Le problême nous parait véritablement insignifiant. Au reste, si l'on était curieux de trouver à cette difficulté une solution complète et solide, il faudrait consulter l'ouvrage de Ditton bien plutôt que celui de Gelpke,
L'ouvrage est terminé par une discussion métaphysique sur la nature des miracles. Gomme nous nous proposons de rester toutà-fait sur le terrain des faits, nous ne suivrons pas l'auteur dans le système qu'il expose sur la notion véritable de l'ordre surnaturel.
Il serait à désirer qu'un théologien habile, en approfondissant toutes les sources que nous avons signalées, fit un travail étendu sur l'histoire de la résurrection. Il faudrait que, résumant tout à la fois les travaux de Sherlock, de La Luzerne, de Richter, de
* Traité de la vraie Religion ; Dictionnaire de Théologie.
2 Démonstration évangélique et autorité du Nouveau-Testament ; insérée dans les Dém, évang. de Migne, tom. xiii, p. 762.
3 Dissertations sur la vérité de la religion,
* Actes^ XX, 7. — I aux Corinth., xyi, 2. — Apocal,^ i, 10,
Duvoisin, des ùeuxGruner, de Chandler, de Gelpke, de Ditton et de G. Westt, il renversât en même tems^ en les brisant les unes contre les antres^ les hypothèses contradictoires des encyclopédistesy des mythologues et ûes naturalistes, La science théologique de notre tems voit s'ouvrir devant elle un immense hori- *" zon. Il ne s'agit plus pour elle d'agiter long-tems encore les problèmes spéculatifs^ qui absorbèrent les écoles du moyen-âge. Puisque le Rationalisme contemporain veut bien enfin revenir sur le terrain des faits^ nous allons nous retrouver par là sur notre champ de bataille. Si c'est l'histoire qui doit décider entre le Rationalisme et nous , nous pouvons à l'avance compter sur la victoire. Pour nous^ nous remercions le ciel de nous avoir fait vivre dans un tems où nous pouvons^ selon la mesure de nos faibles forces^ défendre Jésus-Christ contre le monde. Nous laissons à d'autres Tenvie des doux repos et des tranquilles loisirs. Pour ceux qui veulent adorer le Christ en esprit et en vérité^ il n'y a d'autre repos que le combat , et d'autre calne que celui de l'éternité.
L'abbé F. Edouard.
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|)oUmique Catijoltquie.
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!• Double réclamation de M. Tabbé Noget, auteur de la Philosophie de Bayeux*
•—Etat de la discussion.
Pour bien faire comprendre à dos lecteurs la position des Annales à l'égard de M. Fabbé Noget , et montrer la convenance et la justice de sa réclamation, il nous est nécessaire de ra|^eler quelques faits antérieurs.
Dans le cahier de mal dernier S nous crûmes de notre devoir d'examiner le fondement que M. Tabbé Noget donnait à la morale humaine, et nous élever contre cette proposition : Lavolonté de Dieu toute seule ne peut engendrer aucune obligation.
Sous la date du 15 juillet suivant, M. Noget nous écrivit une lettre où il donnait des explications sur cette proposition. Nous accusâmes réception de cette lettre dans le cahier même de juillet (p. 82], et annonçâmes Tlntention de la publier dans le cahier d'août. Sur ces entrefaites, M. l'abbé Noget ayant remarqué dans le Compte-rendu du cahier de juin, que nous ne publierions que les réclamations signées des auteurs, nous écrivit de nouveau pour nous avertir que si sa signature n'avait pas été mise au bas de sa lettre, il fallait l'y ajouter. Ayant ainsi occasion de lui répondre, nous lui dîmes que sa lettre portait sa signature^ et qu'elle allait paraître avec nos observations ; et nous profitâmes de la circonstance pour le prier d'éliminer une partie de sa réponse, qui ne touchait pas au fond de la question , et lui faire part des principales raisons que nous alléguions contre lui. Nous voulions, en
^ AnnaleSf U xii; p. 345.
effet y bien préciser les questions sur lesquelles nous étions ou en accord ou en désaccord , pour ne pas embarrasser une polémique, déjà difficile et pénible, de questions oiseuses et inutiles. Il s'ensuivit un écbange de lettres, dans lesquelles nous tombâmes d'accord sur plusieurs points; sur d'autres, il y avait encore malentendu ou désaccord.
A cette époque, nous fûmes invités à faire un voyage en Normandie. Nous en avertîmes M. Noget , et lui dîmes que nous trouvant ainsi rapprochés de Bayeux, nous ferions tout notre possible pour lui faire une visite, et tâcher de lever ou de préciser toutes les difficultés.