‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 4)Chapitre 18 sur 108 · TROUVÉES DANS LES LIVRES INDIENS, PAR M. LE CAPITAINE WILFORD · texte numérisé non relu

TROUVÉES DANS LES LIVRES INDIENS, PAR M. LE CAPITAINE WILFORD

^xomimt article *.

1. Tradilions particulières et confuses des Hindous sur la naissance du Sauveur du monde, sous le nom de SalivahanOt ou du Crucifié ;~fi[é d*une vierge; -^ Fils d'un charpentier ; — poursuivi par un roi. — Emprunts faits aux Evangiles apocryplies.

« Revenons à cet enfant merveilleux qui devait se manifester au monde après les 3^00 premières années du Kali-youga^ c'est-à-dire, en Van 3,101, de cet âge qui y comme nous L'avous vu ^, répond à la première année de Vère chrétienne, selon le Coumarica-chanda y et le Vicrama-charitra , ou V histoire de Ftcra-maditya; selon cette même autorité, qui e~st respectable, le but de cet avatar, ou incarnation divine, était d'éloigner du monde la méchanceté et la misère, et son nom devait être celui de Saca ou de roi puissant et glorieux,

TiSalioa-hana était le fils de Tacchaca ou du charpentier; il naquit et fut élevé dans la maison d'un potier. Dieu, en sanscrit, est appelé Deva-tachta, le Dieu-artiste, ou créateur. C'est de Deva-tachta qu'est dérivé le Deo-tat ou le Teutat de l'occident , appelé Touachta, ou Touisto par les tribus germaniques. Ce Devatachta produisit Mannus^, man (l'homme), ou le premier Manou, qui eut trois fils.

* Voir le 3'« article, au n° précédent, ci -dessus, p. 96.

' Au n» précédent, ci-dessus, p. 108.

3 Voir ci-dessus , p. 98 , la note sur Manou. Ce mot seul est un point important de rhistoire et des systèmes orientaux. C'est le premier homme , c'est le type de Thomme, c'est la vie, c'est l'esprit, c'est la pensée; il est dérivé de matif penser.

480 ORIGINE DES TRADITIONS BIRLIQqES

»En Grèce, selon Pindare, le dieu-père du genre humain, créateur du monde, était appelé le père excellent artiste, ncKTsp «pioro- Ts'xvïîÇ *• Ce charpentier^ père de Saliva-hana, n'était pas un simple mortel, il était le chef des Tacchacas, tribu serpentine , fameuse dans les Pouranas. Ils y sont déclarés les plus habiles artistes mécaniciens qu'il y ait dans le monde; et ils ne sont nullement bornés à quelques métiers; leur habileté les embrasse tous, et s'étend à toutes leurs branches. Lorsque, dans son voyage aux plaines û'Utara-courou (ou de la Sibérie) , l'éléphant Atravam * vint, avec son immense cortège d'éléphans comme lui , adorer ^ hPrabhasa, ùdiusle Gourjarat, ils luipercèrent et lui aplanirent, à travers le nord-ouest de l'Inde*, une route, qui, dit-on, existe encore. Les Tacchacasy ou Tachas, avaient coutume de se montrer sous deux formes, celle d'hommes ou celle de serpens, selon leur bon plaisir.

»Leur chef est visiblement le même que le serpent Âgatho-demon, que le demi-ourgos , Y ouvrier et V artiste des Égyptiens, des Grecs, des Gnostiques et des Basilidiens, etc. Ces sectaires avançaient que le Serpent était le père de toutes les sciences et de tous les arts, et ce serpent, disaient-ils, c'était le Christ, fils aussi d'un charpentier, d'un artisan , et en môme tems une incarnation du grand Serpent , exactement comme Salivahana , le Saca, c'est-à-dire, le puissant et glorieux roi. Salivahana était le fils ou plutôt une incarnation du grand Serpent; et sa mère était aussi de cette tribu, et naquit dans la maison d'un potier. Elle conçut à l'âge d'un an et demi du grand Serpent, tandis qu'elle dormait dans son berceau.

»A une époque déjà ancienne, l'hérésie des Ophytes (ou serpentins), se répandit au loin; ils exaltèrent le Serpent, comme l'au-

* Voir Frag, incert. xix, dans le Pindare de Heyne, t. m, p. 56. Expression employée aussi par Grégoire de Nazianze et par Clément d'Alexandrie. Strom»^ I. V, 14, p. 598. Plotarque , en plusieurs endroits de ses œuvres ( De sera nunu vind»y p. 650; Quest. conv, p. 618 ; An seniger. sit respub. , p. 807; De fade in tunât p. 927; et adv. Stoicos^ p. 1065), se sert Ve cette expression, ainsi que Dion Chrysostome , xii, p. 217.

2 Âiravata , Téléphant divin.

' Voir le Coumarica'Chanda, p. 155.

TROCYÊE» DAMS LB8 LIVRES INDIENS. 181

tear de la science da bien et da mal. Tels étaient, disaient-ils, la majesté et la puissance da serpent d'airain exposé sur un poteau dans le désert, que quiconque élevait les yeux vers lui, était immédiatement guéri ; de même que le Serpent avait été élevé sur un poteau dans le désert pour le bien du peuple, ainsi étaitil nécessaire que le Christ fût ainsi élevé sur un poteau ou sur une croix pour le salut du genre humain , et dans le sens de l'écriture, ce serpent était le type du Sauveur du monde.

» Le potier avait coutume de faire des figures d'argile de toutes sortes, pour amuser son petit-fils, qui bientôt apprit à les imiter; il leur donnait même la vie ; sa mère le conduisit un Jour dans un lieu rempli de serpens, en lui disant : f Va et Joue avec eux , »ce sont tes parens. i L'enfant alla et joua avec eux sans crainte et sans en recevohr aucun mal; ces deux particularités ne sont jamais omises par les narrateurs ^

»yers ce tems-là , Vicramaditya, l'empereur de l'Inde, s'était alarmé à la rumeur générale, que les prophéties étaient accomplies dans la personne d'un enfant né d'une Vierge , et qui devait conquérir l'Inde et le monde entier ; il envoya partout des émissaires pour s'informer de la vérité de cet événement extraordinaire et découvrir le céleste nouveau-né. iCk>mme il sera souvent question dans ce travail de ce Vicramadùya , nous croyons devoir intercaller ici dans le récit de Wilford , une courte notice sur ce personnage, extraite d'un autre traité de ce savante

La période de VicramadUya et celle de SaUvahana, sont intimement liées; mais les détails que nous avons sur ces deux personnages extraordinaires sont trôs-confus et fourmillent de contradictions et d'absurdités Jusqu'à un degré étonnant Leur histoire , écrite en sanscrit dans le Vicrama-charitra, a été traduite dans tous les dialectes indiens. Les Hindous ne reconnaissent en général qu'un seul Vicramaditya^ mais les savans en reconnaissent plusieurs. Les uns en comptent c^etu;^ les autres quatre y les autres neuf. Chacun d'eux est envoyé pour faire la guerre à Salivahana, Salaban, autrement nommé Nrinnha, Na-

1 Ces détails sur les croyances des gnoaiique$ et des ophiies, fait déjà entrevoir Torigine de ces fables hindoues; mais on va en donner des preuves plus précises.

2 Voir Testai sur VicramadUya et Salivahana^ dans le ix* vol. des Rech, asiat,

nr SÉRIE. TOME XUL — N** 75; 1846. 12

182 OaifilNB DES TRADITIONS BIBE.1QDI»

gçn4ra^ Qt^o. L'on deux« cependant, avait un nom différent, Mahabhat; celui de ses seetatetars était Mahabhaïaàkas , e'est^à-dlre,

» Yicramwlkya fil œi tapasia (potence) désespéré ponr obtenir de JE^«âMilevî, le poiivoir et une longue vie, et comne la déesse contiQuaU en ^piiareBce d'être sourde à ses prières, il était sur le po^pt de se couper la tête lol-mêflie , quand elle lui apparat et lui assura un. règne heureux sur le monde entier pendant l^ûOÛ ans» att bout desquels un enfant divin, né (tune vierge eî fils du §r^nd Tacchatti, charpentier on artiste, le priverait de Vempîre et de la vie. Gela devait arriver Tan 3,i0i du Cali-yeuga, correspondant à Tan i*"" de Tère chréti^ne.

» L'bistoire des neuf Vikramaditya^ et surtout quand on les considère conune une seule personne , n^est qu'une masse de légendes grossières et indigestes prises des Evangiles apocryphes de l'enfance du Christ, des contes des Rabins et des Talmudistes sur Salomon avec quelques particularités sur Mohammed^ le tout mêlé aveo les i^iidpaux traits de l'histoire des rois de Perse , de la dynastie sassanide. En effets Vicrama est snpposé avoir coo^ttu les Romains tonte sa vie et avoir fait prisonnier un de leurs empereursr cMïm^ Shàpar prit Vakntinien^ et de l'avoir traîné en triomphe dans les rues d^Ujjain.

» Ainsi, Yicramaditya est fait contemporain, tantôt du Christ, tantôt des Sassaoides, tantôt de Salomon. Gomme ce dernier, on le dit hiventeiir dn grand mantra, prière qui a la force d'un charme et d'un talisman, et par laquelle il commandait aux élémens et aux esprits. Ils lui' obéissaient comme des esclaves, autrement ils eussent été sévèrement pnnis. Gomme Salomon, il avait le trône le plus merveilleux : il était orné et supporté de deux lions doués de raison et de parole. Ge trône merveilleux est appelé, en sanscrit, sinhasana (le siège des lions). Nous lisons dans le Vetala-pantcha-vînsati , que c'était par l'assistance du grand Vetala,(HX du démon ^ que deux Vicramaditya obtinrent l'empire du monde , une longue vie, avec un règne illimité. Ils lui firent des offrandes, lui offrirent des sacrifices, en un mot, ils se consacrèrent ou se donnèrent à lui. Gela est hautement réprouvé par les théologiens de l'Iode , bien qa'ils semblent avouer que lorsque les autres moyens manquent, on peut le

TROUYÉES DANS LES LlVREB niDIEKS. 183

faire > poarru qae ce ne soit pas dans de méchantes et abominables intentions ^

•On lit àdxa le Thamuratk-namehy Ottle livre de Thamurathy que le di V Argenk s'était aussi livcé au démon pour devenir le Salomon OU le Vicrama de son siècle. Zokac se donna aussi au diable pour devenir le seigneur souverain du monde^ et avec son assistance il tua son prédécesseur'.»

Après cette digression^ revenons au récit de Wllford , racontant ccmiment Vicramaditya , qui est ici une parodie d'Hérode^ cherche à faire mourir rénfàut miraculenic dont on lui a annoncé la oalssame.

< Biealôt les émissaire de Femperevr revinrent et lui dirent que le fait n^était qat trop vrai et que l'enfant était alors dans sa 5* aamée. VicramatHtya leva aussitôt une grande armée ^ aûn d'extermitter l'enfant et ses partisans, s'if en avait, n s'avança avec la plfKgppaïule diligence possible» et trouva fenfant entouré d'innoasbir ables figures de soldats» dé chevaux et d'éléphans. Cet enfant leur donna la vie» puis il attaqua Vieramaditya, le défit et le laissa sur le champ de bataille mortellement blessé de sa main.

»Le monarque mourant» ne demanda qu'une grâce à son vainqueiir: ce fut de permettre que son ëre» ou période^ eût cours avec la siemie dans tome TÂiée. L'enfant M accorda sa requête» lui coupa la tête et la lança au nUReu de la ville û'Ujjayiniy Men qu^elle fût à une énorme ^stance du lieu du combat.

^ Il faut bien remarquer ces derniers mots : probablement ils nous peignent Tétat respectif des sectes religieuses dans Tlnde, à Tépoqoe dont il est ici question. D^nne part, Tantlque Brahmanisme dégénéré dans la personne de Vicramadiiya, adorant les mauvais génies pour tyranniser les bons, devant son empiré de 1,000 ans à Cali-devî^ la déesse du mal, delà cruauté, de toutes les horreurs, et son pouvoir sumatureï au grand Vétala^ an grand démon , auquel il s*est donné, voilà la décadence, voilà le mal ; et de Pautre, c*est un mélange du Bouddliisme et du Chrisiianisme, purs et bienfaisans, qui s*élèvent, qui se fortifient, qui Se déploient, et qui menacent de briser, avec les armes les plus frêles, celles de la justice et de rînnocence, tonte cette caduque perversité, basée sur le mal et sur le vice à leur plus haut degré. C'est peut-être là le commencement de ces guerres Sanglantes qui , après des chances heureuses , ont tourné contre le Bouddhisme, peut-être même contre le Christianisme de fa péninsule, et qui, en les extermhrant Tun et Tauire, ont consolidé le Brahmanisme qui allait croulant sous leur double influence.

3 Essay on Vieramodiiya and Salivahana, Asiat, Res,,y, iXip. 118i20.

» Pendant ce tems-là , poursuivie par les forces du vainqueur :, Tarmée de Vicramaditya se rabattait aussi sur Ujjayini. GheoiiQ faisante elle traversa le fleuve Narmada. C'est là que l'armée de Salivahana, qui la suivait et qui n'était formée que de soldats d'argile « dissoute tout-à<coup^ disparut dans lés eaux.

» Après cela^ nous n'entendons plus rien dire de Salwakana,^ ce n'est qu'il disparut à son tour dans la TQ** année de l'èrechrétienne, qui est la première de la sienne. Son nom n'est même point mentionné dansla liste des empereurs de l'Inde ou des roisd'C/jfTatn.

• Immédiatement après la mort de VicramadityafS^ femme mit au monde un fils que l'on voulut couronner empereur de l'Inde, comme si iSa/tvaAana n'eût jamais existé. Etant fils posthume, il ne put succéder à Tempire; mais il était parfaitement éligibie pour le trône de Malava, et il fut couronné immédiatement à Vjjain.

» Ceci eut lieu, selon le Coumarica-chomda^ dans la première année de Cère chrétienne, Salivahana n'étant encore âgé q«e de cinq ans. U est remarquable que notre Sauveur était également dans sa cinquième année à cette époque.

» Les principales circonstances de cette légende^ sont prises de V évangile apocryphe de l'enfance de Jésus, écrit en grec dans le S'' siècle^ et dont fut faite en arabe une traduction qui existe* Henry Syke en a donné une traduction en latin avec quelque^ fragmens conservés de l'original grec. Dans ces fragmens^ il est déclaré que l'enfant Jésus ^ quand il était à l'âge de 5 ans> s'amusait â faire des figures d'argile auxquelles il donnait la vie K Cette vaine histoire est aussi mentionnée dans le Koran ^ et elle est bien connue de ses sectateurs.

^ Voir Fabric, Codex apo, novi test, , 1. 1, p. 159.

3 Le Koran ou le Kour-ann , c'est-à-dire, le livre, la lecture par excellence. J'ai lu celte lecture avec une curiosité attentive et la plume à la main. Je n'y ai pas trouvé une seule idée neuve , c'est-à-dire, une seule idée que je n'eusse pas vue auparavant et bien mieux exposée dans le Zend-Aveêta, ou la parole de vie, des Perses, dans le Vêdaoxx la scienceM des Hindous, et surtout dans la Sainte Bille d'Israël et dans le divin Evangile de Jésus. Le Kour-ann n'est qu'une grossiCTC ébauche auprès de ces deux perfections; c'est une de ces désagréables masures Taites avec les débris des palais magnifiques, et appliquée sur les parois des monumens orientaux. A quelques préceptes de charité près, qui sont beaux parce qu'ils sont pris des nôtres, le Kour-ann n'est qu'un fagot d'absurdités et un répertoire de déclamations sanglantes < — Voir ch. ux, v. 43, édit. panth., p. 556.

» Cette remarquable coïncidence de faits historiques, de contes légendaires ainsi que de temsrne peuvent, dans mon humble opinion, êire simplement accidentels....

2. Autres tradilions, — Saiivahana représente les trois énergies divines ou la trinité indienne.— Noms bibliques : Jérusalem, Bethléem, Sion, Salem. — Emprunts faits au 2* livre d'Esdras et à quelques pères.

» Ceux qui reconnaissent quatre Vicramas^ prennent toujours Salivakana pour Tun d'eux, et assurent qu'en conséquence il avait un fameux barde à sa cour, appelé CaUdasa. C'est ainsi que, sous le nom de Vicramaditya , il paraît toujours seul comme roi de Pratichtana, et il est représenté comme tel dans VAgnï-paurana (Pourana du feu); c'est là ce fameux roi de Pratichtana^ avec le titre de Trivicrama^ ou de Triple énergie ^ comme nous l'avons vu ci-dessus; mais son nom réel était Vi-sama-sita, ou simplement Sama-sila.

» De même que Pratxcktana est reconnue pour appartenir à Saiivahana^ de même Ujjayini est à Vicramaditya. Tout roi appelé Vicrama ou Vicramaditya, qui est représenté comme souverain de Pratichtanuy est le même que Saiivahana. Quand nous trouvons un Vicramaditya, dont on dit qu'il a vécu ou régné %k ans, nous en devons conclure encore que c'est Saiivahana: tel est l'avis des savans pandits et des astronomes qui m'ont donné ces renseignemens. ...

» Saiivahana est considéré sous trois points de vue différens, selon les trois différens buts ou objets de sa mission, et en conséquence on le dit une incarnation de Brahma, de Çiva, de Vichnou; il est quelquefois considéré comme possédant conjointement ces trois pouvoirs^ et on rappelle alors Tri^vicrama^ les trois énergies. Quand l'objet de sa mission est déclaré être la destruction de l'empire et de la puissance desDotryo^ ou des démons, on le dit alors incarnation de Çiva. En conséquence de cette destruction, une régénération a lieu comme il est attesté dans la légende du bon Mandavyeh, VipipeléSoulastha, ou celui qui a été crucifié. hXotsSalivahana est dit une incarnation de Brahma, et c'est là, selon Abraham Roger ^ et plusieurs autres^ l'opinion générale des habitansdu Décan.

^L*ouvrage d'Abraham Roger est appelé Porte Ouverte. Quoique ancien déjà, cet ouvrage est excellent.

» Mais lors qu'indépendamment de ces deux énergies ^ il est considéré comme doux et bienveillant ^ faisant du bien à tous les hommes^ il est alors Vxchnou, et telle est Topinion des Salivansas dans les provinces û'Oude et de Bénarès,

» Ainsi, voyons-nous que Saiivahana représente toutes les personnes de la Trimourti, et quand ces trois énergies sont considérées comme unies en lui , il est alors Vi-sama-sila-tri Vicarma , roi de Pratic/Uana^ appelé aussi SaHeya-dhara , on simplement Saleyam, par dérivation. Pratichtana est l'expression usitée en sanscrit pour désigner un lien consacré, et ici il veut dire la Cité Sainte et Consacrée : il est, en ce sens, synonyme de la Beth-al* Kaddes, eiBeth-al^Mokaddes^ laMekque* des Musulmans : Saileya-dhara, est un autre nom de cette même cité. Il en est question au commencement du Jyotirvidabharana, traité d'astronomie Indienne: Tauteur, dans un résumé historique des six Sacas^oxi rots glorieux I dit que SaUvahana paraîtrait à «Sat/^ya-c^fAara mot qui signifle la Cité Sainte, fermement établie sur un roc, et fait allusion à la cité de Sion , dont les foodemeiis étaient assis aussi sur lessaiptes qoUineSj « la cité de notre Dieu est sur la sainte montagne'. » «Satfeyam serait donc aussi un nom très-bien approprié à Sion, car SaiUyam est un dérivé de Saila , et il est réellement le même que Saileya^dhara; et il n'est pas improbable que le tout soit emprunté du mot arabe Dar-al-Salamy ou Dar^es-Salem, la maison de paix et le nom de la céleste Jérusalem,, par allusion au nom hébreu de la Jérusalem terrestre. Les noms sanscrits de cette cité du roi de SaiUyam, ou de Salem, font entendre que c'est un lieu très-saint et particulièrement consacré ; et qu'elle est solidement assise sur un coteau de roc.

» J'ai dit, dans un Essai précédente que Saliva-hana était aussi appelé^Samouc/ra-pa^e c'est-à-dire, élève ou fils de L'océan '. Gela fait entendre que lui, ou ses disciples, vinrent par mer dans les Indes , et cette notion a une forte ressemblance avec le iv* livre

^ On Toît dans les Aaiatie Besearehes^ tome v , une dissertation sur Corigme tU la Mecque^ et plus bas, dans une note de cet essai, quelques considérations sur le même lieu.

s Voir Psaume xlyii, 2 et 9.

> Ou plutôt, je pense, le voyageur maritime ; parce qu'il serait yenu dans l'Inde par la mer.

d'EsdraSy dans lequel leChrist est représenté comme venant de la mer ^, et fermement assis sur un rocher ; cette légende chrétienne est d'une assez grande antiquité , car il en est queslion dans saint Irénée , Clément d'Alexandrie et Tertullien; ils le considéraient comme un livre d'une grande antiquité, et presque comme canonique.

» Toutes ces éplthètes sacrées et très^expresslves que nous re^ nons de lire ^ les Bindous les ont appliquées à une ancienne cité de rinde appelée maintenant Pmcma, sur les rives du Godjavéri. Avec quelle propriété loi ont-ib appliqué ces épiUiètes , c'est ce que l'on verra ci -après. D'ailleurs^ que cette ville soit située dans l'Inde ou au deliors, c'est à Saileyam que Salivahana devait naître d'une Vierge âgée d'un an et demi: son père devait être le grand Tacchaca ou charpentier, et lui-même^ Salivahana, devait vivre dans l'humble cabane d'un potier.

3. Variantes de là fégende de Salivahana» — Autres traditions confuses de la naissance dit Sauyear, ettraites du Scanda-poitrana,-^Vésiff^ de la prophétie de Jacob. -

» Cette légende est quelque peu différemment racontée par d'autres^ comme je l'ai fait voir dans un de mes autres Essais sur Vicramaditya. Sa mère, selon cette dernière version, était une femme mariée, mais son mari était^ùn Brahmane mort tandis qu'elle était très-jeune encore; elle conçut par le grand TaccAaca, ou par le grand charpentier ou artiste, et quand sa grossesse devint visible , ses deux frères, honteux dé sa conduite inexcusable en apparence, quittèrent Pratichtana, et la pauvre jeune femme, ainsi délaissée , trouva un asile dans l'humble cabane d'un potier. Uàns (e Vicrama-charitra elle est dite être sa fille, tandis que, selon une autre légende, Çiva s'était incarné dans te sein de l'épouse dii roi Sura-mahendraditya^Bhothpati, et ^.vM pris naissance sous le nom de Sama-sila-tri-vicrama , ou de triple énergie,

»Il est déclaré aussi:, dans le Vicrama-charitra, que la nais? sancç de cet Enfant divin, du sein d'une Vierge, avait été prédite

* Voir le iv« livre d'Esdras, ch. xii, v. H. On sait que ce livre est mis par TE» glise au rang des apocryphes*

1^000 ans avant qu'elle eût lieu : il en est même qui disent 2^000 ans.

> Qa'nn Sauveur^ avec une régénération de l'univers, fût attendu dans toutes les parties les plus civilisées du monde, en conséquence de certaines prophéties anciennes , c'est donc ce qui ne peut être nié, du moins dans mon humble opinion. On y croyait fermement en occident; il en était de même en orient; et dans les contrées intermédiaires, comme chez les Hébreux, c'était le dogme fondamental de la religion. Que cette notion ait été empruntée des Juifs ou non , c'est ce qui n'importe en rien à notre sujet actuel. Il n'est nullement nécessaire d'avoir recours à cet expédient pour se rendre compte de la généralité ancienne de cette opinion ; je serais plutôt porté à croire que tel n'était point le cas.

» Le tems de cette naissance est ainsi attesté par le Coumaricachanda, section du Scanda-pouràna^ où nous lisons :

« Lorsque 3^100 ans du Kali-youga seront écoulés, alors Saca, 9 ou le roi de gloire, paraîtra et délivrera le monde de toute mi^ »sère et de tout mal ^ »

» Mais il est nécessaire de remarquer Ici que cette année est la première de son règne et qu'elle n'a rien de commun avec son ère. C'est ainsi que l'auteur de cette section dit que la première année du règne de Vicramaditya répondait à Tan 3,021 du Kaliyouga, date qui n'a également aucun rapport avec la première année de son ère. Dans l'appendice de VAgnûpourana, nous trouvons que Salivahana commença son règne 312 ans après la mort de Chanacya et de Chandragupta ce qui le reporte aussi à la première année de notre ère. Il est à remarquer toutefois que dans l'appendice de V Agni-pourana et dans la copie qu'en donne VAyin-AkbeiH, les années sont comptées ou datées de la première du règne de Salivahana, répondant à la première du Christ, mais non de la première de l'ère du premier.

9 Salivahana mourut en l'année 79 de notre ère, et il vécut jusqu'à l'âge de 84 ans, selon le Vicrama-charitra (ou Vhistoire de Vicramaditya). Il était dans la 5* année de son âge lorsqu'il se manifesta au monde , et défit Vicramaditya : ce qui place sa ma-

* Pu9graplie 4St

nifestation à la l'* année de tère chrétienne, lorsque le Christ était aussi dans sa 5* année , et dans la dernière partie de cette année ; car il était réellement né h ans avant le commencement de notre ère.

» Gela place aussi Taccomplissement des anciennes prophéties et les recherches de cet enfant divin par Vicramaditya, exactement à la l'* année de notre ère ; car 1 ,000 années avant cet événement, la déesse Kali avait prédit kVicramaditya, qu'il régnerait , M, ou plutôt sa postérité , selon plusieurs doctes commentateurs du Decan, mentionnés par Mackensie, jusqu'à ce qu'un Enfant divin. Dé d'une Vierge , ne mit fin à sa vie , à son royaume ou à sa dynastie ; et cette prédiction , on le voit , est faite à peu près dans les mêmes termes que celle de Jacob prédisant à Judas , dans le chapitre xLix% verset 10* de la Genèse : t Que le sceptre ne » sortirait point de sa maison ou de sa dynastie que lorsque » Schiloh, c'est-à-dire, le Messie, serait venu, » c'est-à-dire, Saii^ vahanuy ou le roi Sala.

4» Traditions encore plus explicites, extraites de VAgni-pourana^ -^ Le Dieu incamé parmi les nations étrangères. — Propre mention de Rome dans le Bauichya^pourancu — Cause et but de rincarnation, d'après le Vrxhat-catha, — Emprunts faits aux Eyangiles: rannonciation ; Tadoralion des bergers.

«Quant au caractère de cet enfant divin, il est dit, dans le Coumariea-chanda , comme nous l'avons déjà vu, qu'il viendrait dans le but de délivrer le monde de la misère et du mal.

» Dans V appendice de VAgni-pourana * , il est dit que dans la ville sainte et consacrée de Pratichtana fermement assise sur un roc et appelée Saileya-dhara, ou Saileyam, et par la grâce de fiiva, paraîtrait Salivahanay le grand et le puissant, l'esprit de droiture elde justice, dont les paroles seraient la vérité même ; qui, se-

* ii^t-pottranaveut dire Pourona du Feu. Pour Tlndien, le feu est vivant, le feu est un esprit, le feu est un dieu, un dieu qui mange et qui purifie tout. On voit ici une nouvelle preuve du rapport qui existe entre plusieurs mots sanscrits et latins : en effet, A^agni à t^nû, la différence n^est pas grande; ce qu'il y a de plas curieux > c*est que leur mot agnus^ agneau y n'en diffère pas beaucoup non plus. D'où vient cela? Peut-ôlre de ce que Tagneau était pur comme le feu même ; peut-être de Tusage où Ton était d'immoler au feu un agneau et de ce que l'on aura fini par donner le nom du Dieu à la victime*

rait exempt de dépit et d'envie ^ et dont l'empire s'étendrait sur le moode entier ; ou^ en d'autres termes^ que tous les peuples se réuniraient autour de lui et qu'il serait le conducteur des âiaes au lieu du bonheur éternel.

» £n conséquence de ces bienveillantes dispositions^ il est comparé dans le Vansavalif à Dhananjaya, ou Arjouna^ dont le caractère est si bien décrit sur la colonnette ou le pilier de Bouddal: il ne s'élevait point au-dessus de l'ignorant ni de celai que n'a* vait point favorisé la nature ; il n'acceptait point les vaines adulations ; il ne prononçait point des paroles mielleuses , et il était la merveille des hommes de bien. Son étonnante équanimité en toute occasion et à l'égard de chacun , de quelque rai^ qu'il fût 9 quelles que pussent être leurs facultés naturelles, les dispositions de son esprit , sont résumées par l'épithète de Vi^sama" sila y qu'on lui donna.

»Sa conception miraculeuse eut lieu dans le sein de la Vierge^ sa mère. Il était le fils du grand Artiste^ et la vertu de sa mère fut d'abord suspectée : mais les chœurs des anges descendirent pour l'adorer. Sa naissance ne fut pas moins merveilleuse que sa conception : les chœurs des anges en attendaient le moment, et des ondées de fletirs tombèrent d'en haut.

»Le roi de la contrée, en entendant ces prodiges, fut alarmé, et chercha en vain à le faire périr. Il se constitue maître absolu des trois mondes : le ciel , la terre et l'enfer. Les bons et les mauvais génies le reconnaissent pour leur seigneur et maître. Il avait coutume de jouer avec les serpens et de marcher sur la vipère sans en recevoir le moindre mal ;. il surpassa bientôt les maîtres qui l'instruisaient , et quand il eut 5 ans, il parut devant l'assemblée des plus respectables docteurs du pays, et à leur plus grande admiration, à leur plus grand étonnement, il donna l'explication de plusieurs cas difficiles : ses paroles étaient comme de l'ambroisie.

«Dans les copies du Vansavali, qui ont cours dans l'ouest de rinde, cet enfant divin est constamment appelé Samoudra-paéa, parce que quelques-uns de ses disciples, ou lui-même, y vinrent par mer , et il est naturellement le même que le Mlechhavatara, ou V incarnation de la divinité pai*mi les tribus étrangèi^es dont il

est question dans plusieurs traités astronomiques; il est men*

TROUVÉES DANS LES LIVRES INDIEliS. 191

tienne^ en cette qualité , dans la section d^on ouvrage qae Ton a, par erreur, attribué au Bhavichya. Là, on le dit Rouma-desadhipati Sacçsouara , c'est-à-dire, le seigneun maître de l'empire de Rome ; il est dit aussi Tauteur de la période ou de Vère qui a cours dans ce vaste empire, et qui , selon V appendice de YAgni'pouram, commença à prévaloir sur celle de Vicramaditya, en l'année 676 de notre ère.

«Nous avons vu plus haut que ce divin enfant était né dans le but de délivrer le monde de la misère et du mal, et pour dompter la puissance des démons; et que, pressé vivement par les instantes prières des divinités subalternes de la terre et de tous les hommes de bien qui gémissaient sous la tyrannie de ces démons^ Çiva les consola en leur donnant l'assurance qu'au bout d'un certam* tems, il s'incarnerait sous le caractère de Ft* samasila, et SOUS le nom de Tri-vicrama, c'est-à-dire, de triple énergie»

>/La cause de cette incarnation est ainsi rapportée dans le Vrthat'Catha : Içs Dieux, tourmentés par les méchans, vinrent trouver JfaAodei^a, et lui dirent :« Vous et Vichnou vous avez )> détruits les Açouras (les démons), mais ils sont nés de nouveau »sous la forme ûesMlechhasy et nous tourmentent constamment, » les Brahmanes et nous. Ils ne veulent pas souffrir qu'on cé- » lèbre des sacrifices , ils en détruisent les matériaux et les ins- » trumens sacrés , ils enlèvent même les filles des Mounis, >>

»Mahadeva leur promit assistance, et fit incarner une de ses formes appelée Malyavana^ en lui disant : « Va et détruis les mé- » chans , le monde entier se soumettra à ton pouvoir, les mauvais » génies ainsi que les bons. »

» Alors Mahadeva apparut au père de cette divinité future, et l'informa que sa femme concevrait et que le fruit de ses entrailles serait une incarnation de la divinité, et il ajouta que son nom serait Vicrama. Quand sa mère eut conçu, elle devint resplendissante comme le soleil levant , et cette splendeur répond au Nour des Musulmans, d'où sortit Issa (Jésus).

«Aussitôt tous les esprits du ciel descendirent pour la saluer et l'adorer; quand l'enfant vint au monde^ la musique céleste se fit entendre, et une pluie de fleurs la suivit. Le grand prêtre, qui était sans

enfant, en eut nn aussi à cette occasion S aussi bien qae le premier ministre.

» Dans les légendes relatives à Salivahana , il est dit généralement que sa mère, devenue grosse de lui^ souffrit tellement dans sa réputation, que, par honte^ ses deux frères abandonnèrent leur pays natal. Dans la présente légende , au contraire, Salivahana ^ sous le nom de Vi-sama'-silay avec la triple énei^gie, est représenté comme étant le flls d*un roi et comme résidant à Pra^ tichtana'^là ville consacrée ^ ou Saileyam, On nous y apprend que le jeune Vi-sama-sila faisait des progrès surprenans dans la science ,et qu'il surpassa bientôt ses maîtres. Son père« en conséquence, lui abandonna le royaume, et Sama-sila devint roi du ciel , de la terre et de Fenfer ; tous les génies, bons ou mauvais, obéirent à ses ordres ; sa splendeur égalait celle du soleil , et son nom s'étendait jusqu'à Vile-Blanche de la mer Blanche»

»La scène de notre légende est ensuite transportée h Ujjain, et change ; Tenfant divin nous apparaît ici comme étant Vicra^ maditya : alors suit un détail miraculeux de ses paroles; mais il n'est fait nulle mention , pas même en cet endroit, de ses guerres avec Salivahana, que nous avons vu plus haut le combattre et le vaincre.

5. Tradilioos relatives à Tétat glorieux et ù Tétat d'humilité du Sauveur.— Son

crucifiement d'après le Raja-tarangini.

» Considérons maintenant Sama-sila ou Sala^vahana , comme incarnation du grand Tacchaca, dans l'humble cabane du potier, sur les frontières de Saileyam ou de la ville consacrée, comme nous l'avons vu plus haut^ Quoique sans maître, dans cette humble demeure^ l'enfant divin surpassa tous les savans en connaissances et en sagesse. Nous avons déjà parlé du fameux problême qui embarrassait tous les princes et tous les savans du pays, jusqu'à ce qu'une solution du mystère fût donnée par Salivahana, qui était alors dans la cinquième année de son âgc^ H y

* Comment méconnaître ici une copie de la relation de la naissance de saint Jean-Baplistc , fils du grand prêtre Zacharie ? 2 Ci-dessus, p . 480. * Voir Asiat, res, , t. ix , p. 4 28.

a des détails curieux sur Salt-vahana, et sur son crucifiement , dans le Raja-tarangini, ['histoire de Cachmir. Nous y lisons que 1^5 ans après Tavénement de Vicramaditya au trône> apparut le roi Aryya, qui était auparavant le premier ministre du roi Jaya-indra^ et dont le nom signifie le Seigneur de la victoire ou des armées ffiftorieuses. Il était arrêté que toute sa vie il serait mallieureux et persécuté , et qu'en dernier lieu il mourrait sur une croix; qui! ressusciterait ensuite par l'assistance de Phani-canya , ou de la Vierge de la tribu des serpens , et qu'alors il deviendrait un grand et puissant monarque.

njaya-indra, c'est-à-dire, le roi qn'Aryya servait d'abord en qualité de ministre » et sous le nom de Sandhi-mati^ ayant donc été circonvenu par les ennemis de ce ministre, le jeta dans un cachot infect ; mais les ennemis du ministre en disgrâce ne se contentèrent pas de le jeter en prison. Ils informèrent le roi que Saras-vati , la sagesse divine , ou Y ensemble de ceux qui possédaient la science divine , avait déclaré que son ministre prisonnier^ Sandhi^mati serait roi. Jaya-indra, appelé Chandra dans Y Ayin-Akberi , le lit crucifier aussitôt : il demeura en croix jusqu'à ce que les chairs tombassent en lambeaux, ou fussent dévorées par les bétes féroces. Un saint homme vint à passer près de là, et lisant la destinée du crucifié dans le Brahmanda, ou dans son crâne j résolut aussitôt de le rappeler à la vie. A cet effets il célébra le Poudja S et après les cérémonies et les invocations ordinaires, il sonna sa sonnette et fut entouré par un météore de feu, qui annonçait la présence des Yoginis, ou des formes visibles de Devi , la grande déesse \ Alors, s'armant d'un cimeterre^ comme c'est l'habitude en présence de telles apparitions,

^ Le poudja est le petit sacriGce des Hindous, celui où 1*od n'offre que des plantes, du beurre ou desfruiis; c*est le sacriûce non sanglant, le sacrifice primitif, Toffrande, l'oblation, les prémices. Que ne s*est<on tenu à ce dernier sacrifice 1 Le Christ nous y a ramenés, mais par son sang. Le prêtre de Jésus ne sacrifie que le pain consacré; il ne rompt que Thostie blanche, doux emblème de la vie, de la douceur et de la pureté chrétienne 1;

2 Dêvi^ ou Maha-dévif est en effet la grande déesse de Tlnde, comme Isis pour l'Egypte, et Cérés pour l'Occident. Quelquefois c'est la bonne déesse, quelquefois la déesse terrible, la déesse de la destruction, épouse du dieu destructeur Çivct" roudra. Son uom, en celte qualité, est fiali, Kali a un culte horrible et infâme.

il YlDt îi la forêt où le premier ministre était en croix . L'ane des yoginis dont il était entouré:, Phani-canya^ dont j'ai parlé cidessus , replaça et arrangea ses os, et Sandhi-mati se tint sur ses jambes. Apprenant cela^ le roi vint à la forêt, mais toutes les yoginis disparnrent. Cette résurrection de Smdhi-mati ei\t HenkMouni'pùuri, c'est-à-dire, dans la cité (Ms Mounis^ des solitaires et des saints contemplateurs. Il monta donc sur le trône , et pour prix de ses vertus transcendantes , Il fut appelé

Aryya^raja, ou le bon roi.

» L'auteur nous fait ensuite le détail de ses excellentes qualités et de ses mérites ; il nous apprend qu'il éts^t un serviteur et un favori de Mahadeva. c Les voies de l'être suprême, ajoute- t-ll, » sont étonnantes et ^rpassen t tout entendement et toute croyance. I Cependant les tems anciens mus en ont fourni de semblables » exemples comme dans le cas de PariccfUtn , etc ^ •

» La difiTérence entre les deux ères » celles de Yicramaditya et de Saiivahana^ n'esta dans ce récit, que de l/i5 ans, selon la chronologie suivie dans le Decan^ ou dans le midt de l'Inde; car dans le nord cette différence n'est reconnue que de 135 ans.

vLe roi Aryya est le même que le Pra^aryya-sira des sectateurs de Gautama, dans le royaume de Siam et dans les autres contrées situées à l'orient de celui-ci. Ce nom de Pra^aryyasira, signifie puissant et vénérable seigneur, ou chef des Aryyas, ou Chrétiens : Bouddha lui fit la guerre aussi irfen qu'à son disciple, Pra-sauana, ainsi appelé parce qu^il prêchait hautement contre les doctrines de Bouddha.

»Le roi Aryya est aussi le même que Deva^touachta, ou Devatat, qui fut crucifié par l'ordre de Bovtddha. Le roi Aryya eut pour successeur au trône, Gopaditya, petit-fils du roi Youdhichthiray le prédécesseur immédiat de Prétapaditya, qui fit venir Vieramaditya à Cachmir, de pays fort éloignés ^ et le fit roi de celte contrée. Prétapaditya et Yicramaditya sont des épithètes synonymes Tune de l'autre, ou à peu près.

^ Voyez le Îiaja-Taranffini ii\ Vextrait qu'en donne VAyin-Ah'erif dans V histoire des rois de Cachenùr. Cette histoire a été traduite complétcraent en français et publiée avec le texte enregard, par M. Troyer. Paris, 1840. 3 vol. iivS". Aa bureau de la Société asiatique. Prix : 36 îr.

TftOUVÉBS DANS LBS UVEB8 lITDIBIfS. 196

» Pissieurs savaas * hlndoos disent que raDcien Vicramaditya était loia d'être le^contemporafoi de Salivahana; ils concluent en c€6Q$éq<ience qu'il n^est point le fameux Sacadoukhi ou Sacarty c'eat-à-^dir^j l'enuemi de Salivahana. Cette notion est certaiBement contenue dans plusieurs des listes que j'ai produites^ et routeur du Raja-tarangini, ou de Histoire des rois de Caehemir^ reconnaît que c'était Topinion de plosieurs^ et qu(^u'il ne la reproduise pas^ il fait voir clairement que de son tems oe n'était point une Idée neuve.

«Le eomirilatear du Vansavali semble vouloir l'adopter^ tandis que plusieurs sa vans rejettent le tout cofi»me fabuleux et satts garfintie^* Leur raison^ m'a- 1 -on dit, est que Saca est le Mle€hhavai0ra quî n'a point paru, ou plutôt dont la période n'était pasqoBDue dans l'Inde il y a 1^200 ans. C'est conséquemment h cette idée que dans une section du Bavichya-fourana, Saca est surnompié le Seigneur et le maître de Rome, ce qui doit être pris dans u^ sens S{»rituel ; et dans VAgni-'pourama^ on fait correspondre l'introduction de cette période dans l'Inde avec Vm 676 du Christ.

6. Traditions qui relatent rincarnationd^une divinité chex les Bomaiiis, — Preuves de» rapports anciens qui ont existé entre Tlnde, la Grèce et Home.

»Le MUchhajoatara^ 01^ cette descente de. Dieu chez les tribus étrangères, est particulièrement mentionné dans le Romacasiddhanta^ traité astronomique d'après le système des Romacas,

* Plusieurs savans hindous disent, mais tous ne le disent pas. Donc il y avait p9a*tage»

2 Qnel est le fait ou la chose qui n'est pas mêlée de fables dans Tin de ? La fa* ble, c'est le fond ou la forme de son génie. Qu'il f ait des fahtes dan& les légendes de Vicramaditya et de Salivahana^ ce n'est pas une preuve qu'il n'y ait pas aussi des vérités. D'ailleurs^ la manière dont, comme on va le voir, il est parlé dans rinde de rat;a(ar romain dans tous tes traités d'astronomie , est une preuve qu'il prfoooopalt tous les savans de l'Inde, qu'il avait une grande place parmi eux, et Qtt'il était coonu sur te Gange, beaucoup plus loin qu'ils ne le disent. Ces systèmes d'astronomie^ écrits d'après la science romaine, semUeraient prouver aussi, s'il faut les prendre au spirituelt que la religion du Çbrist, malgré les malédictions de Brahma^ s'empara des fortes têtes de l'Inde ; et s'il faut les prendre à Vintellectueli que ce n'est pas de l'Inde que les sciences nous sont venues, mais que c'est de la Grèce et de la Rome cfarélienne qu'elles sont allées dans Ilnde. Ceci est grave et mérite qu'on y pensée

oa Romains, appelés iiomaiA:oi par les Grecs. On dit ce traité fort volumineux, et il est si rare que je n'ai pu me le procurer; je crois mfime qu'il ne se trouve point à Bénarès. Le Sowryarounasamvada, le Sidd* hanta-raja et le Sourya-sicUf hanta m'ont mis à même de suppléer à ce déficit

» Le Soleil ayant été placé par Brahma pour être l'oeil-témoin de ce qui se passe dans ce monde et pour régulariser les heures et le tems » refusa d'obéir et se retira au désert pour faire tapasya (pénitence) > afin d'être réuni h l'être suprême.

£n conséquence de ce refus, il fut maudit par Paurouhouta , ou Indra, et par Viranchi, ou Brahma *.

9» Dans le Surya-siddhanta, il est dit que Maya, le chef et le plus habile des daîtyas ^ et le fils de Touachta, firent tapasya en l'honneur du Soleil afin d'obtenir la science astronomique ; le Soleil lui apparut et lui dit : « Je connais la droiture de ton » cœur, et ta pénitence m'est agréable ; je t'accorderai donc la • connaissance des tems et des révolutions des planètes; mais » comme nul ne peut supporter mon éclat, et comme il n'est pas » en mon pouvoir d'arrêter ma course, retourne chez toi et là je 9 te donnerai la science dans la ville de Romaca, ou, par la malé- » diction de Brahma, je deviendrai le Mlech'havatara. Cette forme » de moi ici présente, t'apprendra toute chose. »

Alors le Soleil ayant envoyé sa nouvelle forme pour l'instruire, disparut, et Maya s'mclina jusqu'à terre devant cette émanation. . . . Au commencement du Siddhanta-raja ^ l'auteur dit : « Je sais» » d'après l'irtAo^a (l'histoire), que Bhascarasourya devint un uRomaca par la malédiction de Pourouhouta et de Viranchi (Indra »et Brahma.) Il devint un Yavana (Grec) dans le Romaca-patana » (l'empire romain), et en cette qualité il composa un traité trèst complet d'astronomie. »

)> Au commencement du Suryarouna-samvada, le Soleil est introduit disant : « J'ai donné le Romaca-siddhanta à un Romaca, » tandis que je vivais chez les Yavanas {Gtbcs) par la malédiction 9 de Brahma, Le Romaca l'enseigna dans la ville de Rome où il » demeurait parmi les Mlecch'has, en conséquence de cette ma<

i Maudire le Soleil et Penvoycr eu exil» c'est bien digne de Brahma. 3 Les daîtyas sont les mauvais génies, d'après les Hindous.

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TROUVÉES DANS LKS LITRES INDIEHS. 497

» lédictiOD. Ramaca-pctiri est la ville de Rome dans Fouest

» Comment donc vîntes-vous, dit Aronna, à prendre la forme d'un hMUch'ha dansTouest, dans une terre d'bétérodoxie? — Brahma 9 me maudit, répondit le Soleil , et me dit : Va naître dans l'ouest^ «dans Ramaca-poura^ parmi les Mléch'has qui ignorent les Vêdas^ »r Yaçna^ ou la manière de sacrifier» le Carma, ou les rites et la 9 discipline religieuse ; qui ont rejeté le Sarvadharma^ ou tous les » deyoirs religieux ; qui sont Douchta, ou enclins au mal, Nasttca, »ou hérétiques; qui sont (les Romains) une tribu Yavana (grec- • que), coupables de toutes sortes d'impuretés. C'est ainsi que, » sous cette forme» je leur ai appris l'astronomie. »

9CeMlech'havatara, ou cette incarnation supérieure * cbezles infidèles, s'appelle Roumadeça-patù le Seigneur de la contrée ou de l'empire de Raum ou Rcme (parce que ses institutions, sa doctrine et ses lois y prévalurent); Romaca-nagaré , c'est-àdire, qui réside à\ Rome, sa métropole (parce qu'il y est révéré et adoré avec une rare magnificence ) ; il est appelé aussi Sacesouara^ \^ Seigneur de la période sacrée (ou, ainsi dénommée d'après lui-même, comme je le pense), et c'est visiblement Jésus- Cbrist ; du moins, me paraît-il en être ainsi.

)>De ce qu'il est un Sacesouara^ les Hindous le supposent aussi un grand astronome. Dans le Sourya-siddhanta^ il est fréquemment appelé Sri'souryansa ou le bienheureux Souryansa, Il est aussi appelé Romaca-avatara {Vavatar Romain), ou simplement Romaca, En conséquence de tout ceci , Salivahana est considéré dans toute l'Inde comme un grand astronome , ou comme un prince remarquablement amateur d'astronomie \

» Les opinions varient sur Salivahana. On croit en général qu'il ne mourut point*; mais que, devenu Saca, on roi glorieux^ il fut

* Avaiara est le nom d^ne incarnation supérieure ; celui d^une incarnation inférieure, c'est Avantara.

2 Voyez aussi le Voyage de Gentil, p. 21& et 238. On conçoit que les Hindous regardent le Christ comme un grand astronome , puisqu'il est descendu du ciel et ffu^il en a montré aux hommes le chemin.

i Les Turcs et autres Musulmans ont la même croyance. Le Koran dit que l€ Messie ne mourut point et qu'une autre victime lui fut substituée. C'é^ tait aussi l'opinion d'anciens hérétiques, les Basilidiens^ qui exislaient vers l'an 98.

m' SÉRIE, TOME XIII.— N° 75 ; 1846. 13

19S origine: des traditions bibliques

transporté au ciel après plusieurs années de retraite au désert pour vaquer à la contemplation céleste.

» J'ai dit plus haut que les Hindous représentaient'iSa/tmAana à 5 ans absolument comme notre Sauveur dans la première année de Vère chrétienne. Ce n'était point par Teffet d'une profonde investigation chronologique qu'ils avaient en apparence essayé de corriger Terreur de Dionysius Exiguus ou Denîs-le-Petit, mais parce que c'était ainsi dans VEvangile apocryphe de l'enfance de Jéstis^ on plutôt parce que c'était l'opinion générale en orient que Jésus s'était manifesté au monde à cet âge.

» Salivahana ne se maria point et ne laissa aucune postérité ; car , dans rinde même» il est regardé comme un être mystérieux, surnaturel, et on lui donne le nom û'Utpata ou de Prodige.

» C'est ainsi que j'ai arrangé et réuni ensemble tous les renseignemens que j'ai pu me procurer sur Salivahana, sous ce nom et sous quelques autres, xomme de roi de Pratichtana; car Salivahana et cette sainte cité , sont intimement liés l'un à l'autre et ne peuvent être séparés. Cependant, nous trouvons quelquefois Salivahana quittant Pratichtana et allant résider à Ujjainy ou Ujjayini, comme après la défaite de Vicramaditya, et dans les légendes qui le concernent sous les noms de Vi-sama-sila et de Dhananjaya. C'est presque le même que Vicramaditya dont l'histoire se lie également avec Ujjihan ou Ujjayni; je veux dire le le vrai Vicramaditya, car il y en eut plusieurs autres.

»I1 est bien d'autres légendes relatives à un saint homme qui semble pouvoir être pris pour Salivahana; mais comme l'application n'en est pas claire , elles seront insérées ailleurs et à part.

7. Comment les Bouddhistes cherchent à s^approprîer la personne et les actions de Salivahana f ou du crucifié.. — Comment ils l'identifient à Bouddha, — Les Chrétiens nommés dans Plnde Bouddhistes,

» Les sectateurs ûe Bouddha et de Jaîna, aussi bien que les partisans de Brahmâ, réclament Salivahana comme étant des leurs, et dans le Calpa-soutra-calicay il est dit être une forme de Jaîna, avec le titre de Sabaca-pati, ou Srabaca-pati, Les partisans de Gautamay les Boddhi-souatas , à Siam et dansl'empire des Birmans, l'appelaient Deva-tat, ce qui est une corruption de Deva-

tachta, ou Deva-touachta y Vartiste divin, \e charpentier ou tac chaca,

» Qu'il en soit ainsi ^ c'est ce qui est attesté par le Bouddha-chantra, ou Vhistoire de Bouddha^ dans laquelle il est appelé Visvacarma. Ils disent qu'il était une forme collatérale ou le frère de Bouddha , et ils sont pleinement persuadés qu'il est le même^ que le Christ. Cette contemporanéité que l'on prête au Christ et à Bouddha * , prouve qu'à travers toutes ces Actions il y a des allusions claires à la guerre et aux alliances qui ont eu lieu entre leurs sectateurs dans les âges subséquens.

«Cette singulière manière de traiter les événemens historiques, n'est point particulière aux Hindous; car les Grecs distinguaient rarement entre les divinités tutélaires, et leurs disciples^ associés ou fidèles, qui étaient appelés par leurs noms. Ils supposaient que les divinités tutélaires conduisaient leurs armées d'une manière invisible, bien qu'elles se montrassent quelquefois ^ et la victoire leur était toujours attribuée. Ainsi, les guerres des Musulmans et des Espagnols, peuvent être attribuées à Mahomet et à saint Jac* ques, le champion de l'Espagne, qui conduisit constamment ses armées et extermina un grand nombre de Maures , d'où il est appelé saint Jacques le Mata-Maure ou le tueur de Maures.

i>Diodore dit la même chose d'Alexandre, fils de Jupiter^ : quoi-

< Pourquoi cette contemporanéité ne prouverait-elle même pas que Bouddha (on le Savant, de Boudli, savoir) , n'est qu'un nom donné au Christ ? Il est vrai qu'il a pu être question d*ua Bouddlia dans Tlnde avant le Christ, comme il a été question du Christ lui-même avant sa venue ; mais le vrai Bouddha , et le Bouddhisme tel qu'il existe aujourd'hui dans l'Inde, ne datent que de l'ère chrétienne. S'il existait auparavant, ce ne fut qu'alors du moins qu'il commença h se développer et à s'étendre ; ce ne fut même que long-tems après qu'il devint si puissant dans i'Inde que les Brahmane s'en allarmèrent et crièrent de toutes parlA aux armes contre lui. tQue depuis le Pont de Rama (le sud de l'Inde), » disait l'un d'eux, le féroce Koumari-batta, jusqu'à l'Himala blanchi de neige, » aucun Bouddha ne soit épargné 1 » Jamais cri pins sauvage ne fut prononcé dans les affaires du ciel; jamais, non plus, guerre civile ne fut plus sanglante que les guerres de religion qui ensanglantèrent la péninsule jusqu'au 8* siècle. Pendant ce tems-là^ le Bouddhisme , pour ne pas dire le Christianisme indianiséf se répandit dans toute l'Asie, dans la Haute surtout; mais il fut exterminé dans son berceau, et de toutes les régions de la Haute- Asie, c'est dans rinde aujourd'hui qu'on trouve le moins de Bouddhistes.

3 Diod. Sic. p. 660 et 678.

200 OBIGIHE DES TRADITIONS BIUilQOES

nue mort, il était sensé à la tête de ses armées, et diriger la conduite de leurs chefs; aussi, chaque vlcloirelui était-elle attribuée. ,DaDS plusieurs parties de la péninsule indienne, les Chrétiens sont désignés et considérés comme sectateurs de Bouddha. Et le divin législateur de ces mêmes Chrétiens, que les Hindous confondent avec saint Tkcmas, l'apôtre des Indes, est déclaré une forme de Bouddha, par les partisans de Brahma et par ceux de Jaîna. Les informaUons que l'on m'a fournies sur ce sujet, sont confirmées par le P. Paulin dans son Système des Brahmanes .

8. Tradidons relalives à la mort du Christ sons le nom de Pf^'^'^^^'^;' ^ l'Ouvrier. -Nom empninlé aux évangiles apocryphes. - Le bon larron. - Variantes de cette tradition. -I-es ténèbres du cruci6ement. - La descente

aux enfer».

.Quelques légendes visiblement relatives à la mort de notre Sauveur, ont aussi pénétré dans la péninsule Indienne.

»I1 y avait un certain Peiché-cara, Brahmane, ou Brahmane-ouvrier, car c'était ainsi qu'étalent appelés les Chrétiens, et dans les évangUes apocryphes, le Christ était considéré, par les Manichéens, comme un Peiché-cara Brahmane, comme un artiste, un ouvrier, un charpentier; il y avait donc, dlsais-je, un certain Peiehé-cara Brahmane qui vint en un certain lieu , y cria d'une voix haute que tout ceux qui étalent dans la peine vinssent à lui , qu'il les prendrait sous sa protection, qu'il donnerait même sa vie

pour eux. , , ,

» Il était assis à la manière d'un Momi, ou contemplateur ; et plusieurs personnes vinrent à lui; parmi elles était un voleur qui avait volé, dans le palais du roi , une somme considérable. Les ofBciers de la justice, qui le poursuivaient, arrivèrent bientôt; mais le saint homme ne voulut point le leur Uvrer, disant qu'il étott prêt à mourir à sa place et à celle de tous ceux qui réclamaient sa protection. Le roi ordonna que le saint homme subit immédiatement la mort sur un Soula ou Souli, qui vent dire un potean , un pieu pour empaler , un gibet , ou la Croix.

» La crucifixion étant inconnue dans l'Inde, ils n'ont point, par conséquent, ce mot pour la désigner, et Soula ou Souli, originairement un pieu, signlOe aussi un gibet , ou la croix, exactenaent

' Systema Brahmanicum, p. 161.

comme stauros en grec; il en était ainsi dans la langue persane et même dans la langue romaine , selon Senèqoe *; par crucifixion y on entendait l'empalement et l'extension sur la croix , car ces deux modes de punition étaient également en usage parmi eux^ circonstance qui est très-peu connue.

» Le saint homme fut donc étendu sur le Sonia , au milieu des lamentations de la foule qui l'entourait, à laquelle il faisait observer que c'était pour cela qu'il était venu ; c'est-à-dire, pour expier par sa mort les péchés d'autrui ; et le SouUx fat tout-à-coup changé en Sala ^ ou en un arbre chargé de fleurs.

» Un Pouchpa-varcha eut lieu ensuite^ comme c^est l'usage en de telles occasions ; c'est-à-dire , qu'il plut des fleurs d'en haut Un char céleste, avec des chœurs dlvins> descendit pour élever aux cieux le saint homme ; celui-ci prenant le voleur par la main, lui dit : « Tu viendras aussi avec moi dans le Kailasa, ou paradis. > Ils montèrent ainsi au Kailasa en présence d'une foule imolehse qui témoignait sa joie de ce changement soudain , par ses mains jointes qu'elle élevait aux eieux, par l'éclat de ses applaudissemens et par ses larmes de joie«>

»Les Musulmans, les Manichéens, ainsi que plusieurs autres sectes, ne veulent point avouer que Jésus-Christ ait été réellement crucifié ; quelques-uns disent que c'était une pure illusion, d'autres prétendent qu'il disparut et qu'il monta au ciel.

»Les Manichéens, qui, dès une époque très-ancienne, répandirent leurs erreurs non -seulement dans les parties septentrionales de l'Inde, mais même dans la péninsule, représentaient toujours le Christ crucifié sur un arbre, parmi son feuillage et ses fleurs.

» Quoique cette légende nesoit point Appliquée k Sali-vakan ou Sala-vahan, conuue on prononce dans le Décan, cependant, lorsque le bon Peiché-cara, brahmane, était étendu sll^le Soula^ ou le Souiiy il était réellement Souli-vahana^ c'est-à-dire, porteur de croix , ou porté sur la croix; et lorsque le poteau, Soula, fut changé en arbre {Sala), il était assurément Sala-vahan, ou Sali* vahan, vu qu'il était élevé, exalté, ou porté sur V arbre,

9 Quoique le supplice de la croix fut inconnu aux Hindous, les sectateurs de Bouddha prouvent qu'ils en ont eu quelque connais-

^ Seneca» De contolationc ad Marciam, c 20, .

sance quand ils représentent Deva-tat^ crucifié par Tordre de Bouddha^ sur un instrument quia quelque ressemblance avec une croix, selon ce que nous en disent les voyageurs qui sont allés à Siam et dans d'autres contrées bouddhiques.

»Nous lisons dans les lexiques sanscrits que 5a/tt;aAan était aussi appelé Hala^ charrue; alors il sera Hala-vahana , ou , en composition 5 Hali-vahana, celui qui était porté ou crucifié sur une charrue. L'ancienne charrue indienne avait originaire ment la forme de la lettre Y, comme Tancienne furca ou fourche des Latins. Â Tune des deux brancbes était fixé le soc de la cbarrue» et l'autre servait de manche. '

» La charrue qui est dans les mains des statues de Bala^-rama et de Vichnou, est représentée de la même manière à peu près, et c'est de là que Bala-rama est appelé aussi Hala ou Hali, celui qui a la charrue.

»La légende du bon brahmane Peiché-cara se trouve dans les Esquisses historiques des anciens rois de Warangola, par le major Mackensie^ autrement je n'aurais pas osé l'insérer ici. Elle est enchevêtrée dans l'histoire des premiers rois de cette contrée ^ et par conséquent les compilateurs n'ont eu nullement l'idée qu'elle fût antérieure à l'ère chrétienne.

«Comme je faisais mention de cette légende traditionnelle devant quelques pandits , ils m'apprirent qu'on en trouvait une pa-* reille, ou du moins très-semblable, dans le Maha-bharata, le Sahyadri-chanda , l'une des sections du Scanda-pourana , et même encore dans le Bhagavata-pourana ' . Je leur apportai ces livres, et ils m'en montrèrent la page immédiatement. J'y lus et j'y trouvai cette légende, éclairée par des circonstances d'une nature tout-à-fait extraordinaire. Dans lejBAa^avaraet ses commentaires, il est fait allusion à cette légende. Dans le Maha-bharata se trouve un court

* Bhagavata-Pouranat c'esl-à-dire, le Pourana du Vénérable^ de Vichooa. Nous en avions depuis long-tems une traduction trop abrégée , sous le titre de Bagavadanu M. fiumouf nous en donne en ce moment une plus non relie, plos littérale et plus complète. Elle fait partie de la Collection orientale qui sMmprime h rimprimerie royale, aux frais de Tétat. Ici le luxe de la typographie française est aux prises avec le luxe de la littérature orientale. On prétend que c'est un spécimen de ce que cette typographie peut faire de plus beau à Pépoque où nous sommes. Le passage du Uhagavata^ auquel Wilford fait ici allusion, est, d'après sa propre citation, section i, p. 53t

narré de ce qu'elle contient ; mais dans le Sahyadri'chanda^ la légende est racontée très-au long, et les principaux traits « les principales circonstances de celte légende , qui^ ne fait qu'une avec celle que nous venons de rapporter, sont ceux-ci:

ff II parut dans le Oécan un très-saint Brahmane de ceux qu'on » appelle Peiché-caras y TacchacaSy Sabacas, ou hommes de métier, »Le nom de celui-ci était Mandavyak; il disait partout qu'il •n'était venu que pour secourir les affligés, et que quiconque ré- » clamait sa protection l'obtiendrait sur-le-champ» et qu'il donvnerait même sa vie pour lui. Des gens de toute espèce et en » grand nombre vinrent donc le trouver. Parmi eux était un voleur » qui, poursuivi par les officiers de la justice, réclamait sa protec- » tion , qui lui fut aussitôt accordée, et le Brahmane fut réelle - » ment crucifié à sa place. Ensuite il monta au ciel et entraîna le «voleur avec lui *. »

• Cette circonstance esl autrement racontée dans les Pouranas , dont je viens de parler.

t Un grand nombre de bandits s'étaient fait un asile auprès de • lui et s'y croyaient eu sûreté; mais les officiers de la justice ari> rivant, ils furent saisis et immédiatement crucifiés. Pris pour un > voleur et rangé parmi eux, le saint homme fut aussi crucifié. »Loin d'ouvrir la bouche pour se défendre, il resta absorbé dans »i]ne sainte contemplation, répétant en lui-même des noms sa- >crés, et tenant les mains élevées et étendues.

«Tandis qu'il était sur la croix, tous les Richis ou saints pa- »triarches (tous les Mounis ou saints solitaires), se réunirent au- » tour de lui de toutes les parties du monde, sous forme d'oiseaux, » pour le voir et le soulager.

tUn autre voleur, qui était en outre couvert de lèpre, et par Inconséquent privé de l'usage de ses membres, tomba aux pieds n de la croix du saint homme , impotent et enveloppé comme » l'est un enfant au maillot. Après être resté quelque tems en cet »état, le lépreux se trouva entièrement guéri, et se sentant illu- »mlné tout-à-coup, il se repentit, vécut jusqu'à une belle vieil^ slesse, et obtint le bonheur éternel. D'épaissies ténèbres se répan- »y dirent sur la face du monde. Toule la création animée se trouva

^ Mahabharaia, iSectioD i.

S04 OftiGlIfE DBS TRADITIONS BIBLIQUES

» dans la plus grande détresse et dans la phis grande consternation.

»Le saint bomme ayant ensuite été détaché de sacroix^ descen- 9 dit aux enfers, où il rencontra et vainquit la mort^ ou Yama, » Alors^ un renouveUement générai du monde eut lieu, sous Tinsvpection de Brahma. Depuis sa crucifixion ^ le saint homme fut «toujours appelé Soulastha, c'est-à-dire, porté sur la croix, » mot qui est synonyme de Salivahana. »

* Si nous ajoutons à ces extraits les légendes qui concerneift l'enfance de Salivahana et l'ère de sa manifestation, nous saurons les circonstances principales de la vie de notre Sauveur, soit d'après les vrais évangiles^ soit d'après les évangiles apocryphes»

«Il y a dans ces légendes deux circonstances sii^ulières :

»La premi^e, c'est qu'il fut arrêté qu'un fer percerait le corps de Mandavyahy aussi bien que celui de Crichna, parce que tous deux il furent maudits , quoique innocens. — La seconde , c'est <|ue ni Crichna ni Mandavyah ne moururent ^ le premier de sa blessure , et le second de son crucifiement, et que tous deux ils sont représentés comme contemporains.

»Les sectes chrétiennes, dans les premiers âges du Christianisme, Mohammed et les Musulmans de nos jours, l'ont hautement réprouvé l'idée du Christ mourant sur la croix ; ils ont mêmeconsMéré cette assertion comme un blasphème.

n Crichna, quoique innocent, fut enveloppé dans la malédictton générale lancée contre toute sa tribu, malédiction par laquelle tous les Yadous étaient condamnés à être percés par un fer et à mourir. Ni Crichna ni Mandavyah ne purent mourir, mais ils devaient être mis le plus près possible du point de la mort, afin que les paroles du Mouni ou du prophète ne fussent point vaines. ]^n outre, Yama^ comme roi de la mort, a un droit sur chaque individu ; et même, pour ce qui concerne quelques hauts personnages, il doit être satisfait, et un accord doit avoir lieu ; mais une autre difficulté s'élève : Yatna ne peut condamner un homme à mourir sans quelque raison ; autrement, il serait injuste envers celui qui est le Roi de Justice.

» Toutes les incarnations de la divinité, quoique honorées et exaltées comme celle de Crichna , qui est considérée comme la première en rang et la plus parfaite de toutes; toutes les manifestations de la divinité, dis-je, en devenant chair, sont plus ou moins su-

jettes aux iofirmités et même aux faiblesses de la natare humaine, élaDt assurément enveloppées 5 dans une certaine mesure , dans les ombres de Maya,on de Villusion terrestre *. Dans ce cas, Yama est toujours sûr de trouver quelque taciie, quelque faute négative^ en conséquence desquelles il peut les mettre aux portes du tombeau ; et Ton trouva que Mandavyahy dans son enfance^ avait détruit un faible et innocent insecte en le perçant avec une aiguille ou avec une pointe de gazon. Cette fatale aiguille fut la seule chose que le Christ posséda jamais en ce monde. Quelque in^gnifiante qu'elle fût en elle-même, elle était cependant un objet mondain, et selon les Musulmans de Tlnde, elle empêcha son admission au ciel ; il n'y sera même jamais reçu qu'après la seconde manifestation , à la fin du monde. D'autres disent cependant que pour cela il fut admis dans le quatrième ciel seulement, au lieu d'être admis dans le plus haut ^

» Nous lisons aussi dans leMaha*bharataqn'ïl y avait untrès-saint et pieux Brahmane , nommé Mandavyah, qui faisait Tapasya les bras levés au ciel et absorbé dans une sainte contemplation. Quelques Loptrasy ou voleurs, se placèrent près de lui avec les biens qu'ils avaient volés, croyant se mettre en sûreté. Mais le roi du pays, qui était à leur poursuite , ordonna de les crucifier, et comme le saint homme ne répondit rien , il fut compris dans le nombre et crucifié avec le reste.

» Dans la nuit, apprenant son malheur, tous les Richùy pour le consoler , s'envolèrent vers lui de toutes les ccMitrées sous la forme d'oiseaux.

» Cependant les voleurs mouraient sur la croix ; mais le saint homme, les bras levés sur la tête, demeurait méditant et muet.

»Le roi l'apprenant, vit aussitôt que Mandavyah était un Richiy et se hâta de le faire descendre de la croix, puis , tombant à ses pieds , il le pria humblement de lui pardonner. Le Bichi descendit aussitôt aux enfers et demanda au roi de la mort et de la justice, comment il avait pu être crucifié, vu qu'il était inno-

^ Maya ( ou illusion ) , daus Tliide, est le nom de la matière qui n^est qu'une apparence, qa*une illusion trompeuse , et qui n'a poiut d'existence réelle. Maya est la séductrice de Thomue.

3 Selon les divers systèmes hindous, il y n , ou trois, ou sept, ou neuf cicux et autant d'enfers éi»g(is, les uns en umout, les autres en aval du mont MéroUf

206 ORIGINE DES TRADITIONS BlfiLIQUES

cent ? Yama lui répondit que dans son enfance il avait percé un insecte innocent avec un brin d'herbe. Le Riclii dit, qu'à cet âge, il ne pouvait être coupabie de rien. £n conséquence^ il chassa Tama du royaume infernal et ordonna qu'il renaquit du sein d'une femme de l'ordre des Coudras. Cette renaissance eut lieu dans la maison de Vichitravirya^ qui venait de mourir; mais Dotmipayana^ ou Vyasuy lui rendit la virilité à Tégard de sa femme et d'une servante. Yaina naquit de cette dernière, sous le nom de Vidura, et demeura sur la terre 100 ans , durant lesquels, selon le Bkagavata, le gouvernement des régions infernales fut confié à Aryama.

» Nous trouvons, dans le Sahyadri-chanda^ un récit plus détaillé de cet important événement que je donnerai en abr^é.

a Quiconque , y est-il dit , prête à cette légende une attention » suffisante, ses péchés lui seront remis. Dans la forêt de Dan^ ndaca, dans les monts Sahyadri du Decan^ sur les bords de la » rivière PoMraniïfl , était l'ermitage de Mandavyah^ Richi très- » saint, très-bienveillant et ne faisant pas acception de per- » sonnes. Il y vivait, entre les cinq feux *, entièrement absorbé »dans la sainte contemplation, et répétant en lui-même les noms «sacrés.

« De nombreux bandits, chargés de biens qu'ils avaient volés, )>se voyant poursuivis par le roi et ses troupes, cherchèrent un » refuge auprès du saint homme. Le roi ne les eut pas plutôt at- » teints, qu'il ordonna qu'ils fussent tous immédiatement crucifiés. » Parmi eux fut compris le saint homme , et de ce crucifiement , }>)1 prit dans la suite le nom de Soulastha, et de porté sur la croix, » de crucifié.

»Dans le village voisin vivait une très-fidèle et vertueuse » femme, mariée à un voleur et à un débauché dont tout le corps

^ Outre Tardeurdu soleil indien, auquel ils s'exposaient, les solitaires allumaient encore autour d'eux plusieurs feux pour augmenter et leur pénitence et leur mérite. Le feu est le grand puriûcateur ; c'est l'image , c'est l'essence de la divinité , c'est la divinité même, d'après les Hindous , et celui qui se brûle s'unit à Dieu. Cette funeste croyance a causé bien des morts. Dans l'antiquité on voyait souvent des exaltés, terminer par la flamme une carrière de pénitence. II en est même encore aujourd'hui qui le font, et surtout des veuves. Il n'est personne qui n'ait entendu parler de leurs Suties et qui n'ait frémit au récit de ces affreuses inunolalions.

» était couvert de lèpres : quelques-uns de ses membres étaient > tombés 9 d'autres restaient privés de mouvement. Il aimait le » jeu^ et sa fidèle épouse avait coutume de le porter, enveloppé » comme un enfant dans des langes, dans une maison de jeu où il 9 passait une grande partie de la nuit; puis elle le rapportait chez »lui de la même manière.

» Il était minuit, et la nuit était fort noire : en passant près d'une 9 croix, elle heurta contre elle, Tébranla violemment et laissa » tomber h ses pieds son mari. Le saint homme, qui était sur cette «croix, mis à une trop grande peine^ lui dit : au lever du soleil, »ton mari mourra. Mais telle est la puissance d'une vertueuse et » fidèle épouse, qu'elle empêcha le soleil de se lever ^ ly épaisses Tt ténèbres couvrirent la face du mone/^ et durèrent 10,000 ans, » pendant lesquels les dieux et les êtres créés furent dans la 'détresse et la consternation la plus profonde. Tous les dieux « » avec Çiva et Brahma, vinrent à Vichnou, le conservateur, qui ré- »side sur les bords septentrionaux de la mer Blanche, c'est-à-dire »dans les Iles sacrées de l'Ouest. Vichnou fut très-embarrassé, »vu qu'il ne désirait point révoquer les arrêts de deux person- » nages si élevés. Après quelques réflexions, il dit aux dieux: nAnasuya, l'épouse d'Arri, est très- fidèle et très -vertueuse , «allez à elle et persuadez-lui d'aller parler à la femme du voleur, «peut-être en viendront-elles à quelque arrangement.

BÂnasuya consentit, et ayant discuté la question avec l'autre^ «tout fut arrangé. Dans son caractère de fidèle et vertueuse «femme, elle ordonna que le mari vivrait; et à son tour, Gounasvati, la femme du voleur, ordonna au soleil de se lever. Mais il «restait à satisfaire le saint Mandavyak dont les paroles ne pou- « vaient être méprisées. Elles convinrent donc qu'à l'avenir, toutes

^ Cesl encore une croyance de Tlnde qu'une vie sainte rend en quelque sjrle tout-puissant dans ce monde > et c^est pour devenir tels que beaucoup de solitaires hindous ont fait des pénitences prodigieuses. Ces pénitences plaisent au Dieu suprême auquel elles conduisent ; mais elles alarment IndrcL, le Dieu de Tatmosphère et de ses phénomènes . Car un grand pénitent qui persévère jusqu'à la 6n^ peut devenir si puissant^ qu'il peut arriver aussi à le détrôner et à le remplacer ; c'est pour cela qu'il leur envoie souvent, au milieu de leurs pénitences des nymphes célestes qui les séduisent et leur font perdre « par un seul péché , le mérite de longues années des plus grandes mortifications.

»les femmes mariées se tiendraient, lorsqu'il ferait noir on »nult^ dans un état de veuvage^ et déposeraient leurs vêtemens »et ornemens de noce.

»Le bienveillant Mandavyah fut facilement appaisé; te soleil »se leva comme à Fordinalre et les ténèbres fureât dissipées.

• Le saint homme qui ^ pendant tout ce tems^ était resté » absorbé dans la contemplation^ les bras au-dessus de la tête, •descendit de la croix; le lépreux^ qui était à ses pieds^ fut » guérie vécut jusqu'à une bonne vieillesse et obtint le bonheur •éternel.

» Quand aux deux femmes fidèles, elles furent couronnées i d'honneur et de gloire. L'air était rempli des innombrables > chœurs de musiciens célestes chantant de célestes refrains. Le •tout se termina par une ondée de ûeurs tombant d'en haut.

» Pendant ce tems-là tous les êtres animés périrent ^ et Brakr^riui eut mission de procéder immédiatement à une création •nouvelle, et un renouvellement général du monde eut lieu ^ •

Le capitaine WILFORD.

Traduit et annoté par M. Dariélo,

A Ne croirait on pas lire un récit de la passion écrit à la manière de rOrient? N'y retrou ve-t-on pas les saintes femmes qui assistèrent te Christ et pleurèrent sur lui? Enfin ne reconnatt-on pas, dans ces derniers mots, ie emittg spiriium tuum et creabuntur, et renouabU fadem terrœ. Impossible d^expliquer tous ces passages dans les livres hindous saus admettre la connaissance antérieure du Christianisme dans ces contrées. Or ces liirres sont fort anciens. Donc la vérité fut connue anciennement dans Tlnde. Le teite de V\niford va nous en offrir des preuves nouvelles.

VRtnU DE M. SÉGUIER. 209

IJolémique (!ratl)oUque.

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