‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 4)Chapitre 27 sur 108 · AVEC LA RÉPONSE DU DIRECTEUR · texte numérisé non relu

AVEC LA RÉPONSE DU DIRECTEUR

des nations célèbres n'a été qu'une copie de celle des Jalfs. Pourquoi nous attaquer aussi gratuitement ? Quant aux primitifs commencemens des peuples, il est impossible qu'ils n'aient pas été identiques sous les fils de Noé et ayant la dispersion de la tour de Babel. Nous sommes assurés que Al. Séguier est ici de notre opinion , et tout homme qui croit à la Bible croira comme lui. A partir de la dispersion, chaque peuple a eu son histoire propre ; mais que quelque historien, tard venu, ait attribué à un peuple des faits pris à un autre peuple , cela peut se soutenir. Tous ces commencemens sont très-obscurs; c'est à la critique historique à les débrouiller, ce qu'elle tente plus ou moins heureusement. Il ne faut pas outrer les assertions pour les faire trouver ridicules.

» M. Brunati cite un passage de Tabie ^ qui recommande aux Hébreux alors en Médie de « louer le Seigneur devant les nations qui ne le cou- » naissent pas. » Mais il avance lui-même que cela ne leur fit pas embrasser leur loi. ( Puisque M. Brunati avoue cela, vous voyez que nous ne soutenons pas l'opinion contraire.)

> L'histoire ne démontre nullement que la foi des Juifs ait fait de réelles conquêtes parmi les nations qui les environnaient (nous avons soutenu aussi que les Gentils ont connu ou pu connaître^ et non qu'ils aient cuscepté et pratiqué cette loi). La Providence n'avait pas réglé les choses pour quMi en fût ainsi, « puisque Dieu a tellement aimé le monde, qu^l » lui a donné son fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse » pas^. «Laloi qui a précédé sa venue, n'était que l'ombre des biens à venir •» et non pas leur véritable image *. »

» Jésus-Christ est le médiateur unique entre Dieu et les hommes, la lumière du monde, la victime de propitiation. C'est en lui seulement que nous devons chercher l'afFranchissement du genre humain assis jusqu'alors dans les ombres de la mort.

£n vérité, nous ne comprenons rien à cette dernière phrase ; saint Paul parle ici de la loi des Juifs, est-ce que M. Séguier voudrait dire qu'on ne la pratiquait pas avant la venue du Sauveur, et qu'on n'a pas pu faire son salut en la pratiquant? Jésus-Christ est le aiédiateur unique, mais les anciens étaient sauvés en croyant

^ C. XIII, V. s et 4*

2 Evang, de saint Jean, m, i 6.

' Épit, aux Hébreux f x, 1.

218 EÊTTRE CKITIQUE DE M. SÊGUIER,

^ sa venu^ f attire, comme nous en croyant à sa venue passée.

» Dans le dernier article publié par vous, Monsieur, d'après M. Tabbé Brunati, vous disputez aux Gfecs l'honneur de Vinvention delà phitosophie proprement dite, en Fattribuânt aux peuples de l'Orient.

» Ce transport a été entrepris sur une grande échelle par Clément d'Alexandrie, dans ses Stromates, et par Eusèbe, dans sa Préparation évangélique, suivis en cela chez les Latins par Arnobe et Lactance. Mais quel profit ce déplacement apporte-t-il à la cause religieuse y si Terreur polythéiste régnait également chez ces peuples, erreur que les Grecs leur doivent en grande partie? Cela en ferait-il remonter la gloire aux Hébreux? Ce serait un thème à discuter et qui est loin d'être prouvé. Comment, devant ce bienfait aux Hébreux, ces peuples ont-ils dédaigné le plus grand de tons les bieufais qu'ils auraient puleu^ devoir : la connaissance et le culte du vrai Dieu ?

M. Ségttîer n'a pas bien compris notre but dans cette question. D'abord nous ne disputons pas aux Grecs l'honneur de Vinvention de la philosophie^ pour l'attribuer eux Orientaux. Il nous importe peu de savoir qui a inventé cette science, et nous croyons même avoir dit que les Grecs peuvent s'en attribuer une grande part. Mais nous disputons aux Grecs d'avoir inventé les grandes vérités sur lesquelles s'exerce la philosophie; nous leur refusons d'avoir inventé Dieu, l'âme, la vie future, etc. Nous disons comme M. Cousin, qu'ils ont reçu ces notions des traditions paternelles et orientales , et nous l'avons prouvé par leurs auteurs même, et en faisant cela nous ne faisons que reprendre la cause de Clément d'Alexandrie, d'Eusèbe, d' Arnobe, de Lactance, et même de M. Cousin ^

Quant au profit que peut en tirer la cause religieuse, il est facile de l'apercevoii*. Les Panthéistes humanitaires et naturalistes actuels, nous disent : Les Grecs tt les Orientaux ont inventé Dieu^ Tâme, la vie future, la Trinité, etc., etc.; c'est d'eux que le Christ les a pris; d'ailleurs, le Christ n'eût-il pas emprunté cela à la philosophie, comme les philosophas avaient inventé ces notions , il a bien pu naturellement les inventer lui-même ; d'autres Christs peuvent encore en inventer ^ et voilà la religion du progrès. Nous leur répondons donc : non , les hommes n'ont pas inventé ces dogmes ; ils les ont reçus de la tradition : c'est Dieu qui les

^ Voir toute notre discussion avec M. Saisset et ud particulier, t. xi, p. 240.

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