III* SÉRIE. TOME XIIL — M
3'46 LE DOCTEliR STUÂUSS
L'auteur pense comme nous qu'il serait très-utite d'examiner successivemeiit tes principales diffiottltés renouvelées parle professeur de Tubingue. Pour lui , tout en reeennaissant l'utilité d'une pareille méthode de disoussimi , il déclare q^% veut surtout s'attacher à combattre le point de départ de son adversaire , et il déclare qa*U n'est ni philosophique^ ni théologique^ ni historique.
Pour demeurer ûdèles à la promesse que nous avons faite de rester autant que possible sur le terrain des faits, nous allons nous attacher principalement il ce e4té de sa démonstration. Or le Christianisme est loin d'être un fait isolé dans Thistoire. Il est la conséquence natu- Telle et rigoureuse de toutes les espérances d'Israël et de ses luttes étemelles contre l'ancien paganisme. Pour renverser par la base tons les antécédens historiques du Chrlstlanisi^e , afin de le réduire à n'être qu'un fait purement accidentel , Strauss devait donc considérer l'Ancien Testament comme une (simplo collection de légendes judaïques. Pour atteindre un pareil résultat, il suppose peipétuelle* ment l'autorité incontestable des travaux de Pe fVette et de f^ateri Le docteur Saek fait remarquer qu'après des travaux comme ceux de Ranke sur le Pentateuque^ de Keil sur les Paralipomènes, enfin d'après la marche des autres recherches sur les tems antiques , l'Ancien Testament reprendra certainement dans la science l'importance et l'autorité que des préventions enracinées, ou biea la légèreté la plus déplorable, pouvaient seules lui ravir.
Les rationalistes français, serviles imitateurs de i'exégès^ allemande, ont déjà tenté de populariser chez nous les attaques protestantes contre l'Ancien Testament. Ils espéraient par là pouyoir s'avancer SOUJTdément jusqu'au cœur même du Ghristianisçae.
Nous ne pouvons jamais nous lasser de signaler au^ défenseurs de r£glise les procédés perfides de la tactique de nos adversaires contre les monumens sacrés de la révélation Chrétienne. Pendant que nous nous endormons au milieu de ces attaques habilement renouvelées, le poison de l'exégèse allemande sinsinue perpétuellepient dans les esprit^ Françaiis. Mais pour qu'on ne nous accuse pas d'exagérer Timportance du péril, laissons parler un des chefs les plus décidés du l'JitiPAalj^giQ contemporain.
« Depuis cinquante anS; dit M. sdgar Quinety voilà l'Allemagne
ET S£S ÀDVJiRSA.ll£S EN ALLEMAGNE. S47
n toute m^ière ' oompét à na sérieux examen de raiubiiatipit4 des » livret saints du Cbristianisoia Ëtt--iNrai.qae Iq Penti^eufiê^eat » rœuvre, non de Mohe, maïs de la tradition des Lé?ite8?cpfi le » livré de /oft, la ûnd'IêâXe^ on, pour tont résumer, la pliM graode Il partie de TÀucien et do îtouYean Testament, sDatapoorypènsl Oelt » estril vrai ? Voilà la question qui est asjbofd'bm flagrante » et dont » vou» ne parlez pas.. . Les défenseurs de h Foi, Abandonnant le lie^ » du péril, imi^inent^ triompher subitement de quelques fantômes » sans TÎe, en m^me tems qu'ils désertent le sanctuaire où Teonemi » fait irruption ; mai» nous ne cesserons pasdeks ramener an cereie « brûlant que la science e- tracé autour d'eux. C'est là qu'est le péril, » non pas dans les doutes timides que se permet parfoisi'Uniferrité » de France \ 9
Développant ce reprochq avec une complalsanee haineuse, M. Qoî^ net demande où est la réfutation des recherches et des ccmclnsions d'iw GésémiiÀ» sur I$aU, d'un Ewald'SurleB Psaumes, d'un BoklenBus la Genèse, d'un De fVetie sur le corps eniier desËeritures. Ce sont là, d'une part» des œuvres véritablement Jbostiles, puisqu'elles ne laissent rien subsister de l'autorité catholique, et de l'autre de savans auteurs, qui- semblent parler sans nnUe autre préoccupation que le désir de la vérité. Il ne suffit pas de les maudire, il âiat les contre** dire avec une patience égale à celle dont ils ne se sont pas départis. « L'ennemi ne se déguise pas, il ne recule pas ; au contraire, il vous n provoque ^epm loQgtems ; il est debout , il parle ofiBmllement » dans les chaires et les universités du Nord ; et pour nous, simples )» laïcs , que ponvons-^nous faire^ sinon de vous pressa* de répliquer n enfin à tous ces savans hommes, qui ne vous attaquent pas sous un » masque/ qui vous harcèlent^ ne vous provoquent pas en fkvant; » mais qui^ publiquement, prétendent vous ruiner à visage décou- » vert... Entre t^s adversaires, qui tranquillement chaque Jour vous » arrâ(chent des mains une page des Ecritures, et vous, qui gardez >» le silence ou parlez d'autre chose, que pouvez- vous demander de
' * Au Ueu <le toul^ entière, Wmt raUonaliite ; c'eft une illusioa perpéiuelld de i'ioorédulité de se voir qtt^dle»méinedaosruDirers« * €vue d€s deux m<mdfê^ p. ^^; 1842.
248 tË DOCXËUa STRAUSS
» Doas* 8iium qae nous coosentions k suspendre notre jugement » aussi loDgtems que tous suspendrez votre réponse ? Avant de son- » ger à. attaquer» songez donc à vous défendre ' ! »
IL Quinet vent nous fake peur. Il nous croit probablement la simplicité naive des théologiens universitaires de la Retue des deux mondêê. Il semblerait qu'en évoquant ainsi devant nous avec em* phase tout ce qu'il est convenu dans un certain monde d'appeler Vj4Uema§ne Bavante, on nous fera descendre de nos chaires vaincus et la tête inclinée. On nous permettra de ne pas mettre bas les armes dès avant la bataille. Quand même nos adversaires seraient aussi nombreux, aussi intelligeus» aussi forts qu'on aime à nous les peindre , nous nous appuyerions au mur d'airain de cette Église que le Christ a bâtie sur le roc , et nous tiendrions tête jusqu'au dernier soupir. Les géans de i'Arianisme étaient plus fiers que les doctem^ de l'exégèse Allemande , et pourtant I'Arianisme a été vaincu. Luther avait plus de génie que ses successeurs dans les chaires protestantes» et Luther n'a pas brisé l'Eglise. La Convention nationale avait un bras plus fort que celui de la Jeune Allemagne, et elle n'a pas pu étouffer dans ses étreintes sanglantes l'épouse immaculée du Christ. Supposons que, par nue découverte inouïe, vous puissiez déchirer, comme un livre usé par la science , toutes les pages merveilleuses de notre Bible, vous n'auriez pas pourtant terminé là votre oeuvre. Il n'y a pas de ressoorcesd'exégèse qui puissent escamoter l'histoire du monde ancien et moderne, et toute entière, à chaque ligne, elle porte en traits inefiaçables le doigt de Dieu qui s'y est imprimé * I
Cependant est-il vrai, comme M. Ëdgard Quinet l'insinue partout \ que l'exégèse Allemande aurait découvert dans les trésors de la science moderne quelques faits invincibles et incontestables devant lesquels
• I6id. p. 336.
*Nous nous proposons plus tard de démontrer, par la conservation des miracles dans FEglise, Tintervention perpétuelle de la Providence dans Thistoire de rhumanité. Ce sujet demande trop de développemens pour être traité comme un épisode.
* Dans la Âevue des deux mondes, dans le Génie des religions^ 358-360, et méiiie dans Vl'Uramonianisme, Dans ce dernier pamphlet, l'auteur fait à la jeunesse du collège de France un magnifique éloge du docteur de Wetie.
ET SES ADVEnSAIRES EN AUEMACNEi 2/|9
nous aalres chrétiens nous serions forcés d'abaisser enfin Tétendard bumilié de la croix do Sauteur ? Un homme dont la science est cer* Uinement aussi élevée que celle d*aucttn autre professeur des écoles germaniques, s*est moqué arec une amère ironie d'une pareille prétention*. Est-ce que nous sommes d'hier ? Est-ce que nous sommes nés dans les ténèbres et dans la barbarie? A peine sortis do cénacle, nous nous sommes montrés h Alexandrie , à Antioche , à Gorintbe , à Athènes, Il Rome enfin, dans tous les centres intellectuels da monde païen. JN'avons-nous pas dès notre origine étalé tous nos livres sacrés sous les regards sceptiques des philosophes du paganisme 7 Nous avons grandi pourtant dans la persécution , dans Texamen , dans la contradiction \ Vous ignorez donc que les Celse, les Julien^ les Porphyre , les Hièroclèi^ ont secoué de leurs mains de sophistes toutes les pages de nos deux testamens ? Est-ce que vous ne savez pas encore que les Origèney les Cyrille d'Alexandrie, les Eu$êhe^ les jéuguslin , ont bien su les défendre devant les savantes écoles d'Athènes et d'Alexandrie ? Pourtant alors , si près des événanens, au milieu d'ennemis ardens autant qu'intéressés, la tâche eût été périlleuse^ si nos livres saints étaient aussi vulnérables que vous osez le dire !
Je veux même, pour un moment , en oubliant tous les faits de l'histoire, supposer avec vous que les adversaires païens du Christianisme n'ont pas soupçonné les points attaquables de la Bible. J'accorde que les bases profondes de l'exégèse moderne aient été jetées par le juif iSj^inosa '. Le patriarche du panthéisme allemand n'a*-t41
' Le docteur Tholuck, Voyez Thistoire qu*i] fait des antécédens du système mythique, chap. 1" de sa réfutation de Strauss.
* Le docteur Kuhn dans son Introduction d la vie de Jésus examinée aa point de vue de la science, fait remarquer avec un grand bon sens que les premiers ennemis du christianisme étaient tout aussi subtils et tout aussi mal« veillans que ses adversaires contemporains.
^ M. Quinet, Jllemagne et Italie, it, 337, et M. Saisset, Introduction au» œuvres de Spinosa , élève jusqu'aux nues la science eiégétique de Tanteur du Tractatus theologico^politicus. Il serait facile de démontrer pourtant que Spinosa n'a guère inventé, sinon peut-être la cauteleuse hypocrisie des pasteurs rationalistes protestans qui voudraient poignarder le christianisme par derrière.
250 lE DOCTEUR STRAUSS
pas m ses principes vigoureusement routés par les pins savans eségètes dtil7''etda 18* siècle? Huet >, Jacqoeiot % AbbacBe% Lardner ^, Talsecchi % Guénée ', Léland 7^ paley *, Sherlock », Baltus •^ Bergîer •', Pompigoan "% Davoisin •», G» Westl **, La Luzerne '», Bullet ■•, Veith •% Pezroii ••, Statder •«, Arnauld ••, Coionia »', Wâtson •», Wateriand •*, Fabriey **.
* Démonstration évangéliqne dans les Z>m. éoang, dèMIgne, t. V, p. t.
* Prophéties dé t Ancien Testament, dans f5ie/. t. tu, p. 1 • ' J^iié dé la reiigêon ekrétiettne,
4 CtédiàiUiéf dé f histoire de févailgité{tiiï anglais ).
• * La religion vengée dans ses livres fondamegUaa» ( en latin et en italien }< ^Lettres de quelques juifs à M, dç Foliaire, 7 Autorité des deux testaments (en anglais).
* Évidence du christianisme, trad. Levade, dans les Dém» évang. de Migne^ t. xiY, p. 676,. et Horœ Pautinœ,
5 De Vusa^e de la prophétie, trad. Le Mpine, dans idem, t. vxi, p. 440. »• Défense des prophéties,
« Traité de ta vraie religion et eertitudè des preuves du christianisme; dans Migne, t. xi, p. t.
<* L^ incrédulité convaincue parles proph éUes*
'3 Autorité des livrés de Moïse et du Nouveau Testament^ dans le? Carsus corn. Scriptwrœ sacrœ de Migne, t. iv, p. 1.
'4 Observations sur la résurrection^ dans les Dém, évang, de Migne , t. X page 1018
'* Dissertations sur la religion et sur les prophéties; voir idem., t. xin,
^^ Réponses critiques aux dtfjficaltes ^ro'poiéei par les incrédules sur divers endroits des livres saints^ S*-' édit. in-12, 1773.
"'' Scriptara sacra contra incredulos propugnata, dans ta Scrip, sacra de {digne, t. IV,- p. 10.
«* Histoire évangéliqae confirmée, etc., dans iSid, t. xxtii, p. 923.
'^ Démonstration évangéliqae, dans lesZ>m. évang. de Migne, t. tl, p. 430.
^« Historia et concordia evangelica^ dans Scrip, Sacra de Migne, t. xxr, p. 11.
*» Témoignage des juifs et des païens en faveur de l évangile,^ vol. in-12t Lyon 1718; in-8% Paris 1826.
»* Apologie de la Bible,
»' Déferle de l'Ecriture,
«4 Titres primitifs de la révélation dans la Sçrip* Sapr. de MignCf t. XXVII} p. 399.
dépendant je prirm une objection de Mi Qninet , (fOOiqûMl lui 8ùil difficile de conteeter ia pn^bndeur et ta edenoe dee écrivains qtte je nent de citer en si grand nombre « 11 ne manquera pas de me répoadre toujours qu^ii n'a confiance qu'en Texégôse Altetnande. Il est clair pour moi que si Ton coiinaissait plus eérieusement les travaux d'herméneutique sacrée qu'ont proikiit dans les dent der<^ niers siècles la France, T Angleterre et ritalie» on parlerait avec nokoiBS de chaleur et d'enthousiasme de i'etégèse des écoles germaniques. Je n'ai pas voulu pourtant laisser échapper une^ccAsion de montrer à nos adversaires q|^ nous sommes sur ces questions là beaucoup moins ignerans ei beaucoup moins embarrassés qu'ils n'aiment à le faire croire^ Mais puisque M. Quinet abuse , à notre égard, de son érudition Allemande, avec on dédain trop visible pour la science nationale , tout en restant plus patriote que lui , nous voulons bien le suivre pour un moment dans la terre classique desfûMômes % afin de juger par nous-mêmes et par nos propres yettt, si nous n'y trouvons pas encore des défenseurs dont on craindrait peut-être avec prudence de nous /aire soupçonner Texistence et Us travaux.
Les points les plus importants de l'histoire de la révélation sont ton-* traus principalement dans le Fnntateuque , dans les Frophéieê, et dans le Nouveau Tesiamenté
J'avouerais volontiers que le protestantisme rationaliste a depuis cinquaute ans épuisé toute sa vie et toute son activité à saper, avec un incompréhensible aveuglement, ces trois bases de la révélation ebrétienoe. Mais la question capitale , ia question sérieuse^ la question véritablement scientifique , c'est de savoir quel a été le résultat positif de cette haine effrénée qui pousse fatalement le protestantisme dans l'abîme de l'incrédulité. Il ne suffit pas d'attaquer avec plus ou moins d'audace et d'effronterie la grande histoire de la révélation , pour la renverser d'un seul souffle* Jusqu^à nos jours les livres saints ont subi des attaques plus sérieuses que nos adversaires né l'imaginent. Les libres penseurs de l'Angleterre, si profondément oubliés , étaient aussi subtils et aussi savans que les docteurs de la nouvelle exégèse *• Et pourtant qu'est-il arrivé? Qui donc a fait taire leur pa«
» Edgar Quteét, Altm. et Italie, t. u.
f Lélandy Revue des Déistes. ^ Tabarand, Niitoire eritiqne duphiioso*
252 LE nOCTElIR STRAUSS
rolc? Est-ce le despotisme Dltranioiitaiii qui lenr fenna la booehe et leur arracha Tépée des mains? Eh ! ûe savcz^Toos pas qu'ils oat été vaincus par la science dans la libre Angleterre 7iie sarez-vous pas qu'ils ii*out pas laissé même qoelques successeurs obscurs de leur doctrine, qu'il n'est pas resté sur le sable la trace de leurs pas ? N'essayez donc pas de nous faire peur de la science ni de la liberté. Vous ne yous rappelez pas que plus d'une fois déjà l'on s'est promis de nous vaincre par de pareils moyens. Pourtant vous devriez savoir que nos plus sérieux advé)*saires nous ont déclarés immortels '.
Nous n'avons donc pas à nous effrayer de ces têtes de Méduse avec lesquelles on veut nous fasciner. Nous devons nous attacher aux ré« sultats positifs^ et dédaigner le vain bruit des paroles menaçantes. Si nous venons donc à nous poser sur ce terrain , nous pouvons certainement continuer de défendre avec assurance l'autorité divine des livres Siaints.
Parlons d'abord du Penfa^eujrutf. Il est vrai que ce monument sacré a toute l'importance que M. Quinet veut bien lui attribuer , et il en a bien plus qu'il ne suppose encore. Il contient, en effet, l'histoire des premiers jours du mynde , la chute primitive^ l'éducation providentielle du genre humain, l'origine des nations et de leurs cultes divers , la mission de Moïse, la promesse d'un Sauveur, en un mot les révélations de l'Ëden et du Sinaî, qui viennent aboutir au Calvaire. C'est précisément l'importance extraordinaire de ce livre qui a fait désirer si vivement à la cabale rationaliste de pouvoir déchirer du livre de l'histoire ces titres primitifs de la révélation. En France, en Angleterre et en Italie, tontes les vaines tentatives qu'on a faites pour contester sa haute antiquité ont été brutalement renversées par la science. Mais Gésénius et Bohlen sont bien loin d'être aussi favorables ! Que dira donc M. Edgard Quinet , lui l'adulateur de la science Allemande » lui le contempteur dédaigneux de Texégése Française dont il ne soupçonne même pas les chefs-d'œuvre, si nous
phisme anglais, —V'itoX, Mémoires pour servir à Vhistoire ecclésiastique du xviiie siècle.
^ Voyez, sur les destinées de TéglUe catholique, un très-remarquable article de M. Macauley dans la Revue d'Edimbourg, traduit dans les Annales de philosophie chrétienne^ t. V, p. 405 (3« série).
ET SES ADVI«;RSAlREft EN ALLEMAGNE. 251
osions avancer qae les hislorieni les plus renomués de TÂHeoiagne contemporaine pensant» aveo.Bossuet, avec Faaeal, avec Féneloo,^ avec Fienry, avec Sourdakme, avec Bergier, avec Davoisinv que les cinq livres de Moiise n'ont pas perdu leur valeur historique, même après les attaques d'une certaine ex^èse. Stolberg S Heeren % Jean de Mûller % Luden S Wachler S Sctdosser ^, Léo % Ideler % Molitor.^y Joseph Gcerres "*, Frédéric de Scblégel '\ ne pensent pas tout à fait comme Gésénius et Bohlen , ces deux maîtres aaxqueb s'attache obstinément le professeur du Collège de France. M. Edgar Quinet, qui inoccupé d'exégèse , ne doit pas, ignorer que dans cette science il n'y a pas beaucoup de noms plus connus que ceux de Hœvernick *% Ilazeberg *\ F. Ranke 'S Sack *'. Rosenmuller 'S lahn '?, Kueper 'S Geliérier '»• £h bien ! tous ces savans disciples de Tetégèse
* Histoire de la religion de Jésus» Manuel de l'Histoire ancienne^ etc.^ in.8», 1827. '
^ Histoire du commerce et de la poUtique des peuples de tantiqiùte\ 1S30 et soîY.
^ Histoire universelle, 4 vol. in-S", 1826.
* Histoire de t antiquité,
* Histoire de la littérature,
s Histoire universelle de Vantîquite\ 3 vol. în-8», 1828. ' Instruction sur thistohe uninerselle,
* Manuel de chronologie,
9 Philosophie de la tradition, trad. par Qurii, in-8°, 1834.
'" Sur la Jondation , la formation et le déveU^pemenl de i^ histoire uni" verselle et la dissertation sur la dispersion des peuples,
" Philosophie dethhloire, trad. par Tabbé Lechat , 2 vol. in-8*, 1836.
** Introduction à V Ancien-Testament,
«* Introduction à V Ane, "Test,
*4 Du Pentateuque au point de vue de la haute critique,
« ' Apologétique chrétienne,
'^ Scholia in pentateuchum ,
'7 Introductio in libros veteris fœderis,
'S Jeremias sacrorum librorum vindex. Cet ouvrage renverse particulièrement rhypo thèse de Bohlen.
'3 Introduction à la lecture de F Ancien- Testament et Esprit de la législatêon mosaïque.
iSk LE DOGTBUft STRAUSS
iMéenie » démo&craraie&t à AI. Quinet , 8*U avait le tans et le désir de faive de si profondes études , que les dnq livres do Pentttteuqiie ne soni aullemeftt une épopée mythique et sacerdotale , mais rceuvre persoBoelie du législateur dlsraéi.
Biais avant tous les autres j'aurais dû nommer ffengÈfenberg, dont M. Edgar Quinet a vanté la science profonde avec une bonne foi qui lui dit honneur *. Ce célèbre exégète» après avoir étudié avec une attention sérieuse toutes les objections cent fois répétées contre la livres de Moïse, les a toutes victorieusement renversées dans son grand ouvrage sur VauthentieUé du PtnMeuqîie. Depuis il a coin-* piété cet immense travail par un nouveau livre dans lequel il adiève de confirmer l'autorité historique de Moïse *. L'infatigable adversaire du rationalisme travaille maintenant à un commentaire sur les psaumes qui enlèvera probablement à M. Quinet la ressource consolante de pouvoir nous opposer sans cesise le livre.d'^toaM <
Si nous attachons une grande importance à la défense du Pentu** teuque , nous avouerons volontiers encore à JVl. Quinet que si l'on parvenait à renverser l'autorité des Prophéties, on enlèverait au Christianisme une de ses plus magnifiques démonstrations. Tout esprit sérieux et réfléchi ne s'étonnera donc pas de voir les écrits des prophètes combattus avec tant de constance et d'obstination. Porphyre^ dès les premiers tems du Christianisme , avait attaqué Daniel avec cette animosité qu'il avait contre toutes les idées chrétiennes; mais les objections du philosophe d'Alexandrie disparurent bientôt, renversées par les réponses approfondies du savant solitaire de Bethléem \ Après la naissance du Protestantisme, la lutte contre les prophètes^ ainsi qu'il fallait s'y attendre, recommença bientôt. Il serait difficile d'avancer que le résultat de cette guerre fut glorieux pour l'exégèse
1 Parmi les savans anglais , on pourrait consulter encore Touvrage de Faber qui a pour titre : fforœ Mosaïcce,
» Allemagne et Italie^ t. ii.
^ Les ouvrages d'Hengstenberg ont pour titre : AathenticiU du Penta" ieaqae, — Leà (ivres de AfoTse et de C Egypte,
^ C*est ce qu'il fait dans le Génie dès religions,
^ HIeronymi in Danitlem pra/atio. Dans la Biàliothccapalmm d^ Migue t. Jixy, et dans le t. v de S. Jérôme, p. 491.
ratioiiftHste. Quelques hommes d'un savoir profond emobattirent toutes tes mterprâUtioQs socimennes qu\>n prétendait déjà donner des (htom* (diéties. Nous nous contenterons de citdr le célèbre évêque 4'Âvniiicbes « Haetet les jésuites Baltuset Berthier '. L^éxégèsè ratîonâK!^ ÂlleniàiideR recommencé^ de notre term, le T9în travail des corn* meatateors soclnîeDS. M. Quinet triomphe de ses efforts, et nous^ comprenons bien sajoie. L*espérance flatteuse d*enleverl la rêv^tion une de ses plus magnifiques démonstrations est véritablement flat-' teuse pour les fondateurs de la nouvelle cité d* alliance. Mais ses espé* ruiees sont ioin d'être aussi positives que nos adversiâires le répètent tous les jours avec une assurance qui n'est peut*être pas complètement sincère. On feint d'Ignorer, en effet, que les' objections prétendues nolivdies qu'on soulève liiaintenant contre les plx)phétîes ont été complètement réfutées par des savans dont il est difficile de contester la compétence. On a, dites-tous, attaqué l'authenticité d'Ezéehiel*. Mais ne savez-vous pas que les écrits de ce prophète ont été chaudement défendus par Ëichhorn ^ Rosenmftller, Bertholdt , Gésénius, de Wette etl¥iner, qui ne sont certainement pas crédules; Jérémie a été aussi l'objet de quelques attaques. Son authenticité a été aussi contestée par Spinosa et par Thomas Payne ^ Mais qui ne sait que Bertholdt, Ëichhorn, Winer, Oésénius, de Wette, Rosenmiiller ont fait justicedes sophîsmes de ces deux écrivains 7 Les vingt" sept derniers chapitres d'Isaïe ont été attaqués, comme vous le dites, par plusieurs disciples de l'exégèse nouvelle. Mous le savons aussi bien que vous et peut-être mieux que vous ^. Ce que vous ne devriez pas ignorer, c'est que Tintégrité de ce prophète a été démontrée par Richard Simon, que vous admires tant S Bochart, Dathe,
« Huet, Démons tralion évangelique, — BallUA, Dffnue des prophèiies,'^ Berthier, Commentaires sur Us psaumes. Dans la Script, suera de Migne, t. xiT, XV et XVI.
» Vogelj — CEder; — Corrodi.
* Spinosa; Traclatas Tfiéologico-poUtieas* — Thomas Payne; Age de raison,
^ Ces écrivains sont Kopp, Dœderlin, Paulus , Ëichhorn , Baaer, Roseninaller, Bertholdt^ de Wette, Gésénius, et Hitzig. < Lia France^ dit M. Quinet, qui a produit Richard Simon !
J.-D* Hkhaëlis» Lowib, Piper, Hender» lahn , Kkineit, Hengsten* beni(, Mceller» Hcevernick etBekha»'. Ponr passer eo revue tans les grands prophètes de TAncieii Testament , il noos reste à parier de Daniel. Plnsieors Allemands ont conlinaé contre Faothenticité de son Urre la polémique païenne de Porphyre*; maïs Daniel a été défendu par J.-D. MichaêUs* , Iahn« , Lfiderwald* , Steudlm, Deres» S Honrernik?, et surtout par Heogstenberg dans son sa?ant traité sur ranthenticitéde ce prophète*.
Mous ne noos croyons donc pas obligés de déchirer les pages de nos livres saints pour les jeter aux vents de l'incrédulité» rapidis ludUnria ventig. Mais si TADcien Testament conserve toute son importance historique en face des attaques d'un scepticisme extravagant, il est encore plus impossible peut-être de contester l'anthenticité et la véracité des livres du Nouveau Testament Gomme TEvangile est, pour ainsi dire, le centre de l'histoire de la révélation , la Providence a permis qu'il fût invulnérable aux attaques de la sdencela plus malveillante et la plus téméraire.
L'abbé F. Edouard.
■ On peut consulter surtout Piper : Inte^Uas Isaiœ d reeentiorum ama» tibus vindicala, -* M. J. H. Beckhaui : InlégfiW prophétique des écrits de V Jncien'Testament, — G. J. Grève a feit paraître à Amsterdam, eu 1810, on excellent livre en latin sur les derniers chapitres d'Isaïe. — Joh. Mœller : De ÀalhentiA oractUoram Esaiœ, — Hengstenberg : Chrislologie de ['ancien» Testament, — A. F. Kleinert : Essai critique.
* Bertholdt, Gésénius, Bleck, de Wette, Kirms, RosenmttUer, Lengerke.
* IfUroduction d Cuincien- Testament.
* Iniroduptio in libris veteris/œderis, ^ Commentaires sur Daniel.
^ Commentaires sur Daniel.
1 Commentaires sur Daniel»
* Hengstenberg, ^authenticité de Daniel,
£XAM£?î GftiriQUË DE L^HlSIOiftË DE L'ÉCOLE O' ALEXANDRIE. 257
DE L'HISTOIRE DE L*ÈCOLE D'ALEXANDRIE
PAR M. JULES SmOM, PROFESSEUR AGRtGÉ DE LA FACOLTÊ DES LBinUIB DE PARIS^ HAITRE DES COHFÉRENCSS DE PUILOSOPRIE
A l'école noeralk, etc.
Opinion de M. Saisset rar Torigine du dogme de la Trinité. » Elle est contraire à renseignement de TEvângile et de la Tradition. — La Trinité clairement enaeignée par saint Clément; — par Tertultien. — Eiamen d'une otijeetion tirée des progrès de Tarianisme. — De la bonne foi d*Arias et de ses sectateurs. — La foi eatkolique admirablement exprimée par saint Alexandre de Jérusalem.— Explication de plusieurs passages de saint Hilaire de Poitiers. — Conclusion.
RappeloDs en quelques mots le système de M. E. Saisset: le dogme chrétien , et notunment le dogme de la Trinité, a été pendant quatre siècles soumis à un vaste travail d'élaboration , on ne le trouve pas arrêté et fixé avant le concile de Nicée, l'école d'Alexandrie peut revendiquer une large part dans sa formation. Et la conséquence, quelle est-elle? Donc il est ai: tant Tœnvre de Thomme que Tœuvre de Dieu ; il n'était nullement nécessaire qae Dieu le révélât au monde. Invoquez-vous, pour réfuter celte opinion , le témoignage de la tradition? Les ouvrages des premiers Pères de l'Eglise, vous répondra-t-on, ne démontrent pas que Tégalité et la consubstanlialité des trois personnes divines fussent alors explicitement reconnues. On les repousse donc. Devons-nous admettre cette proscription et
' Voir le 4* art. au n** précédent, p. 165. .
' Nous ne prétendons pas que cette conséquence se trouve dans Touvrage
de M. £. Saisset, nous voulons montrer seulement où conduisentses principes*
358 fiXÂIlCM GRlTlQUfi
souscrire à ce jugement > ? Non vraiment. Nous dirons pourquoi.
Et d'abord, faisons wie remarque : Qb» se proposent les Pères de l'Eglise dans les écrits dont parle U- £« Saisset? d'expliquer et de commenter l'enseignement de Jésus-Gbrist IVIais cet enseignement, où le trouTaient-ils ! danarBwngilei Eh bien I y voyaient-ils l'éga* lité et la coosubstaatiaUté des trois personnes divines 9 du Père, du- Fils et du Saint-Esprit , clairement exprimés ? c'est ce qu'il s'agît d'esaminer. —J'ouvre donc l'Evangile, et f entends Jésus-Christ nous dire : « Mon père et mol , nous sommes une même chose \ » Dans ces paroles, il nous apparaît se distinguant du Père , en tant que personne , mais aussi il s'attribue avec lui une identiré parfaite de substance et de nature. £t voilà d^àrproclamée la consubstantialité que demande M. £. Saisset» Mais ce père dont parle Jésus-Christ est Dieu ; il l'est donc aussi. « D'ailleurs, continue^-t-U, ^ VQU3 u'a^ » joutez pas foi à mes paroles, croyez à mes (ouvres \ n £t ç^ OMiivf es qu'il opère en témoignant de S2i divimté , ce sont des nûraeles. Cet argument est-i) «saez fort ! — Voulei-voQs maintenant l'exacte définition des rapports qui enchaînent l'une à l'autre ees deux personnes? « Je 6uls sorti du Père, et je suis venu dans le mofide^. » Le concile de Nicée ne parlera pas autrement, il dira aussi que Jésus-Christ est sorti du Père par voie de génération.
Yoiçi maintenant pour le Saint-Esprit Les tadies qui éubHssent sa divinité abondent : le choix seul nous embarraflie. Arrèions-noos ^ celui-ci: « Comment, dit saint Pierre à Ananie , Satan i-t-il tenté » votre cœur, jusqu'à vous faire xnentir au Saint-Esprit 1... Cea'est
' Qe jugement n'^tpag tçulement o^lni 4«i M. $fiMiet,maUfeqfovede tonte cette écolç qui croit au dévelappement «t a^ p^feçtlonnefn^ot oonsMuui 4« dogme divin : c'est sous son ipfluenpe qu*a été écrit, il y a dç^x ti^«, l'ouvragd en 4 volumes intitulé : Essai sur la formation du dogm^ catholique^ NottS avions eu d'abord Tintention de nous en occuper, nous en avons iété détourné quand nous avons su que le profond théologien qui a écrit ce livre était... nudame lappinee^se Meljoioso Ht Au reste, nous pourrons revenir un jour sur ce singulier caprice d'une femme à la mode.
• Ego et Pater unum sumus. Jean, x, 30.
* Et si mihi non vultis credere, operibus crédite. Jeap, x. 36, ' ♦ Ego à Paire exivl et vcni in mundum. Ibid.^ xvi, 28.
D£ L'HISTOIM de t'ÉOOLE D*ÀL£&ANORI£. 259
» pas aax hommes cpie tous am menti , mais à Dten '. v» Et de plus, cet £sprit^$aint «piiest Dieu, procèâ^ âa père et reçoit Axx Fib \ T^l «va reoseifpiieoiSDl du concile de Nicée.
Remarqnona laeonBéqoeBee qoi dédouto de ces textes ; n^est-lt pas évident que l'égldiié absolne, que la oonsubstantiaiité des trois personnes dWines sont tiqpliciitement affirmées dans VEvangik^ dans les ^c/esetdans les EpttreB de$ jépdit49? Feur se convaincre de cette vérilé » ii aùffindt à M. £. Saisseid^onvrir nos livres saints , on de prendre quelques m» des gvands traités sur la ïrinité, que rjÈgliae Itù présent»} il pouf ait chosir entre saint Augustin et saint Hiiaire^ entre Pètau et le P. Ferrone : il aurait trouvé dans ce dernier la réfutation de toutes ses dljections.
Etpnis, ii aurait alors eompri» la valeur des textes que Ton tire des écrits des Pères^ et M se serait épargné les réflexions qu'ils loi animèrent. Donnons ofi exempts de son argumentation. Il cite d'abord ce passage de VEpUre de saint Gléitaent aux Corinthiens^' « N*avmis*4ion9 pas nn mteie Dieu , un même Christ, un même » Esprit de grâce répandu sur nous ^ » Et il ajoute : « Je demande n ce qa'ime critique exacte peut conclure d'un tel passage , alors n même qn*on le rapprocherait, avec tout l'an du monde^ d'un cer-' » tain nombre de passages analogues. Je vois là trois noms encore » assea peu précis : Dieu^ le Christ, l'Esprit de grâce. Où est la dé-
• Aoi. apost.^ ▼, 3, 4,
• Jean. XT, 26. Le Saint-Esprit, comme le remarque S. Augtistiq, ne peut proeédev du Père sans procéder en même tems da Fils. « Oum de illo (Spiritu) » FUiui loqusMtarait id4 Pmt¥e p^^ecdié^qxk^xMaiVBivi proeessiODis ejusest » auetor, tait^mFiUiimgeMiii itgi#a«ido aidedit, ut Mlin^âe Ipsoproce* » deretSpiritos sanctus. Nam nisi procederet et de ipso, non diceret disoipufiss M açeipile Spinivm Sanctum, ( Contres Maximiimvi ^tiénif l ii, e. 14, n. 1, » t. yin, p. 770, édit, ^e Mign^). S- Cyrille d'.\|ciiandrie fait observer que «J^- » si|s-Christ^ en disant que le Saint-Esprit procède du Père, enseigne l'identité » de substance du Fils et du Père : et cette doctrine, ajoute-t-il , est celle des • Pères qui l'ont précédé : sancUrum Palrwnfidei vestigiis insistentes*, Lib. X, in Joan,, in v. 26, 27, cap. xv.
ç ^ rïpnn^ aQum Paiim habemui et unum Chrislum P Atque nnas est Spiriitis gratis qui effosus est super nos? Saint Clément, t Ep. éuta Cçr, 46,
S50 EXAItUM CRITIQUE
» terminatioa de h nature de ces trois twmes? Où est la di?iiiité du » Christ 7 Où est celle de l'Esprit? Où sont l!égâlilé» la consobsun- » tialité du Père et du Fils ? Qui m'assure même qu'il faut s'arrêter • à trois personnes et que rénumération est terminée '?•
Sans doute , si vous laites commencer ^ saint Clément l'enseignement de l'Ëglise sur la Trinité , vous ne pourrez rien conclure de ce passage; mais, afin de rendre plus facile le soutien de TOtre thèse 9 ne brisez pas cet enseignement. Remontez de saint Clément aux apôtres et à Jésus-Christ ; rapprochez ce passage de l'Évangile 9 et alors vous ne demanderez plus ce qu'une critique exacte^ laissant de côté tout Vart du mpnde^ peut en conclurei et alors vous ne verrez plus là seulement trois noms assez peu précis, Dieu , le Christ, r Esprit de grâce ; — vous serez certain quHl faut s*ar^ rêter à trois personnes et que Vénumération est terminée. Vous vous étonnez que l'Ëvéque de Rome ne détermine pas dans son épîlre la nature de ces trois termes , ne proclame pas la divinité du Christ et celle du Saint-Esprit^ Inégalité et la consubstantia^ lité du Père et du Fils ! Et qu'avait *il besoin de le faire? Vous oubliez donc qu'il s'adressait aux premiers chrétiens , c'est-à-dire à des hommes encore vivement impressionnés de l'enseignement du Sauveur , et se nourrissant nuit et jour de la lecture des saints Évangiles? Ne lui suffisait-il pas de prononcer devant eux ces noms augustes ? Et aussitôt la nature et les rapports de Dieu , du Christ et de V Esprit de grâce se présentaient à leur esprit. Laissez agir les Pères de l'Eglise : quand les circonstances le demanderont, quand des hérétiques s'élèveront pour corrompre la foi qu'ils ont mission de répandre » ils ouvriront devant eux l'EvangUe, et sans ajouter ou retrancher un iota à l'enseignement du Sauveur, ib sauront bien le défendre.
Apres le passage de saint Clément, M. E. Saisset discute successivement les textes que l'on tire des ouvrages de saint Hermas, de saint Ignace, de saint Justin, etc. ; et comme il oublie de tenir compte des livres du Nouveau-Testament, il s* applaudit du facile triomphe qu'il
* M. E Basset. Etsaii sur la plùios, et la rcL au. 19« sièclei de V Ecole (VJlcianilrie, p, 154-55.
DE L*tllST01RE DE L'ÉCOLE D'ALEXA.NDUŒ. 261
remporte.^-* Voici encore un exemple de son procédé : « Saint Justin dit, )» ile^yrsl: Le Fils est Dieu, Mais, demande M. E. Saisset, comment M l'est- il ? Yoilè la question'. » Vous avez la réponse dé l'Ëvangiie, et TOUS nous en donnez un autre Tous-mêmè dans un texte de saint Ignace f que vous mettez sous nos yeux : « Accourez tous ensemble. . . » ^ un seul Jésus-Christ qui est engendré i' un seul père». »
Youlez-vous voir la distinction des trois personnes divines dans runilé^ de substance ? [prenez et lisez attentivement le traité d^ Tertullien contre Praxéas, Vous savez quelle était la doctrine de ce dernier : il accusait les Cbréiiens de prêcher deux et même trois Dieux; et pourquoi ? Parce qu'ils ne confondaient pas dans une seule et même personne le Père, le Fils et le Saiut-ËspHt. Quant à lui, il s'imaginait que celte confosicm était la seule manière légitime de professer Tunité de Dieu; « comme si, disait ïertullien, l'Unité, » réduite à elle-même hors de toute raison, ne constituait pas l'héré- »sie, de même que la Trinité, raisonnablement comprise, constitue » la vérité'. « Ainsi, vous le voyez, au tems de Tertullien, nier la. Trinité c'était tomber dans l'hérésie.
Mais cette Trinité dont Praxéas ne t;ouZ(2ttpas différait-elle beaucoup de celle du concile de Nicée ? Ecoutons l'apologiste des Chrétiens : « A quoi bon l'Evangile, lui dit-il, si depuis il n'a pas fallu » croire que Dieu est un en trois personnes, le Père, le Fils et le n Saint-Esprit*. » Et ces personnes, il ne faut pas les confondre; « car » je soutiens qu'autre est le Père, autre le Fils, autre l'Esprit- » Saint'. Mais dans quel sens sont- ils autres? En personnes, et non
» C6ijup,jp. 157.
» S. Ignace, Ep. aux Magn.,y. 5, 6, 7. Cf. Ep, aux Ephes,, vers. 7.
3 Quasi non et Unitas irrationaliter collecta, bseresim faciat; et Trinitas, ratîonaliter eipensa, veritatem constituât. Adver. Praxeam, ch. m; dans fédition de Migne, t. ni, p. 158.
' ^Quod opus Evangelii..., sinonexindc Pater etFllius et Spîritus, trescreditî, unum Deumsistunt. Ihid.» c. xxxt,p. 196. Le symbole catholique ne dit pas autre chose : iFides autem Catholic;i est hsc ut unum Deumin trinitate, ■ et triniialedi in unifate veneremur. • Symbole de saint Athanase récité dans Tofflce de TEglise le dimanche à prime.
^ Ecce enim dico alium esse Patrem, etalium Filiuni ) et alium SpiriCum.
m** SÉRIE, ÏOME XIII. — IN'* 76; 1846. 17
» en substance ; ils sont distincts, mais non séparés*, o Youlezvoas maintenant la définition exacte des rapports qui les unissent ? Toici d'abord pour le Fils : « Il est égal au Père, Fils premier-né, parce >' qn^ii est engendré avant tontes choses ; unique, parce que seul il est » engendré de Dien, et, à proprement parler, conçu et engendré » dans son cœur» ainsi que l'atteste le Père lui-même : Mon cœur a » laissé échapper le Ferhe excellent*. » — « Le Saint-Esprit, lui, » ne procède pas d'ailleurs que du Père par le Fils'; » Laissons Ter tullien résumer lui-même , en quelques mots, la doctrine qu'il Tient de développer. « Ils sont trois, non pas en essence, mais en degré^; non
16, f c. IX» p. 164 ; c'est encore ce que dit noire Symkoh 1 1 Alia est eaimper* sona Patrîs, alla Filii» fila Spiritùs saneli. Symbok^
' Non divisione alius, sed distinclione. laid., ch* u. ^ N(tqu6 subitantiain séparantes. Symè, — TertuIIien dit encore : « Ne perds jamais de vtie le prio* » cipe établi par moi, que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont ioséparables... » Le Père est autre que le Fils, en ce sens que celui qui engendre est autre > que celui qui est engendré} en ce sens que celui qui ënyoie est autre que » celui qui est envoyé; en ce sens que celui qui produit est autre que celui » qui est produit. Heureusement pour notre cause, le Seigneur hii-méme a em- » ployé ce mot k rocçasionduParaclei, pour marquer non pas la division, » mais Tordre et U distribution ; Je prierai num Pare* et il vous donnera un » autre consolateur^ qui est iBtpril de vérilp (Jean* siv, 16). Que fait-il par » là P 11 prouve que le Paraciet est 4utre qu^ lui , de même cjpie nom unaXt'' y nons que le Fils est autre que le Père... D'ailleurs^ le nom de Père donné à r> Tun, le nom de Fils donné à TautrCj ne prouvent*il$ pas qu*ils sont distincts? » Tout ce que représente leur nom ^ ils le seront; tout ce qu'ils seront, leur » nom le représentera. • Ibid,^ c. ix. — Dans la traduct. des Pères de M. it Genoude, t. vu, p. 477.
> Eiinde eum parem sibi faciens, de quo procedendo Filins factus est , prî* mogenitus {Col, i, 15.), ut antè omnia genitus; et unigenitus (i Jean^ iT,9),ut sofus eiDeo genitus; propriè de vulvâ cordis ipsius, secundumquod et Pa* ter ipse testatur : eructavit cor meum sermonum optimum {Ps.iux. 1). làid,, c. VII, p. 161.— Filius à Pâtre solo est, non factus, non creatusj, nedgenitiu. Dans le Symbole,
^ Spiritum non aliundè puto quàm à Pâtre per Filium» Ibid, c. iv, p. ]|^9«— Spiritus sanctus à Pâtre et Filio , non factiis, nec crealus« nec genitus, sed procedens. Dans le Symbole*
^ A Toccasion de ce mot degré, M. £. Saisset £ût une remarque que nous
DE L*HISTOIRE DE l'ÉCOLE D*ALEXÀNDUIE. 565
» pa» en sobstance» mais en forme; non pas en puissance, maïs en es« }> pèee ; tous trois ayant une seule et même substaiice, une seule et » mémenature, une seule et même puissanee; parce qu'il n'y a qu'un 9 seul Dieu, sous le nom de Père, de Fils et de Saint-Esprit', a
£t 9«Yez-TOU8 où Tertidiien puise les preuvesswr fesquelleisil appuie cette doctrine ? « Dans lés Ecritures et dans lem* légitime interprétatt Uon%.. Le symbole, dit-^ii encore, nous a été transmis dès le com- » m^icement de l'Evangile, même avant les premiers hérétiques, à « plus forte raison avant Praxéas, qui est d'hier'. »
ne devons pas passer sous silence : > De quel droit un philoBopbe, i^terprélanl > un telle deTertullien où il est dit expressc'menl que les trois personnes soni » des degre'sjlt la substance divine et qu'elles différent entre elles parle degré^ •-affinnera-t'il que ce Père n'a pas entendu introduire dans la Trinité desdif- » férences de degré ?» P. 159.— Et d'abord, Tertullien ne dit pas expressément que les trois personnes de la Trinilé sont des degrés de la substance divine, mais il dit que ces personnes sont trois en degré ( très gradu). Le sens de ces deux expressions n'est pas, ce nous semble, le même, et la seconde seule pré* sente la traduction fidèle du texte. — En second lieu , si M. Ë. Saisaet avait Ju le traité de Tertullien contre Praxcas, il aurait conipr|s que CÇ Père, ea disant que ces personnes sont trois en degré, n'a pas Qnt.eDdu inirodu^re'd^nf.Ja Trinité des différences de de^ré, c'est-à-dire les faire inégales. Voici comment il explique hit-même ce mot. Après avoir dit que le Fils est engendre àw. Père, et que le Saint-Esprit procède du Père et du Fiîs, il ajoute : « Toute » chose qui sort d'une autre est nécessairement la seconde par rapport à celle » dont elle sort^mais sans en fttre nécessairement séparée. Or, il y a un se- » cond là où il y a deux; il y a un troisième là où il y a trois. Car le troisième • est l'Esprit qui procède du Père et du Fils.» léid^, c viii* — N*est-il pas certain, d'après ce passage, que Tertullien empb)ie le jnot degr^ pour nMrquer tordre de distribution des trois personnes de la Trinité ? An premier rang, au premier degré se place le Père, au second le Fils» au troisième le Saint-Esprit'; mais le Père, le Fils et le Saint-Esprit ont la même nature^ la même substance ; ils sont égaux.
§ Très autem non statu sed gradu ; nec substantiâ , sed forma ; nec potestatesed specie; unius autem substamias et uniu» status, et unnus potestatis; quia unus Deus, ex quo et gradus isti et forime et lysecie», m nemine Patris et Filii et Spiritûs sancti deputantur. Ibid. c. ii, p. 157.
' Ita res ipsa formam suum Scripturis et if^terpretationibus earum patroci^ nantibus vindicabit. Il>id, c. v^ p. 159.
^ Hanc regulam ab initio Evangelii decucurrisse, etiam antè priores
26(l EXAMEN CiUriQUE
£h bien ! qae pense-t-on de ces textes ? Sont-ils réellement, comme le prétend M. £. Saiâset , vagues et indécis^ d'une authen-ficî/e încerlaîn^ ' 7 On dematide des. preuves qui établissent que «« Tégalilé absolue, que la cossubstantialité des Crois personnes de » la Sainte-Trinité , étaient explicitement afiirmées et consenties • dans les premiers siècles de l'ère Chrétienne, et Ton proclame w hautement que les apologistes de la religion ne le démontrent pas » le moins du monde '•«> Mais de bonne foi , cette thèse est*elle soutenable ? N'est-il pas évident, au contraire» pour quiconque ne se laisse pas aveugler par un système préconçu,' que ces passages le prouvent invinciblement, — qu'ils présentent Cégaliiéei la consubstantialité des trois personnes de la Sainte- Trinité ? On vient d'entendre TertuUien; nous pourrions interroger aussi saint /ui/tn, jithénagore^ Origène^ Clément d'Alexandrie^ et nous trouverions dans leurs ouvrages la même doctrine nettement exposée.
Quand on prétend que le dogme de la Trinité et la doctrine [chrétienne en général n'étaient pas constitués avant la naissance de fécole d'Alexandrie, tous ces argumens , il faut en convenir, peuvent être fort embarrassans. On trouvera donc moyen de déprçcier leur valeur, ou même de les rejeter : m\û, voici venir M. E. Saisset, qui nous demande d'abord quels sont ces Pères que l'on cite de préférence? Des hommes, répond-ii, justement suspects d'hérésie. Il nous dit alors comme quoi la forte imagination de Teriuliien s'accordait peu avec la sévérité , la précision, la mesure qu'exige une exacte théologie; -— co.mme quoi encore le matérialisme peut se placer sous son patronage; -r comme quoi enfin il a donné tête baissée dans les erreurs de Montan \ — Et qu'importent tous ces reproches relativement à la question qui nous occupe? Ne la déplacez pas ainsi. Il s'agit de savoir si le dogme de la Trinité se trouve nettement formulé dans les ouvrages de Tertullieu. Si vous êtes forcé de l'y reconnaître^
qaosque hiereticos^ nedùm antè Praieam hesternum. îbld, c. ii, p. 157.
< M. E-Saisset, tt£<' /«!/'.;p. 159.
» Ibid.
. * M. E. Saisset, Essais sar la pfUlosophie et la religion au xix« siècle : de C école d'Alexandrie» p. IGO.
concluez donc cfue ce Fère devait être forleiiieul pénétre de l'enseignement de r£glise , puisqu'il ne Taltère pas , malgré sa fougueuse imagination qui s* accordait peu avec la sévérité , la précision et la mesure d'une exacte théologie. -— Et d'aiileursi quand il aurait erré sur ce point, « Ce n*cst pas tant , comme remarque très-bien » M. J. Simon, du sentiment d'un père qu'il s'agit, que de la'doc* « trine même du Christianisme dont l'Eglise universelle est assuré- » ment, même au point de Tue de la fidélité purement historique, le » juge le plus compétent et le plus sûr. Si haut que l'on remonte dans » l'histoire de l'Eglis'e, l'égalité des personnes divines, c'est-à-dire la » perfection de la nature divine sous les trois hypostases, est évidem- » ment la doctrine orthodoxe ; et les hérésies mêmes, qui ont en pour » objet de subordonner une personne à une autre, et qui toutes ont » été condamnées dès leur naissance, en sont une preuve de plus*.»
Notons un autre procédé de M. £. Saisset. S'agit-il des Pères platoniciens d'Alexandrie? Il repousse les passages (|ue l'on pourrait extraire de leurs ouvrages, et voici pourquoi. « Il serait piquant , dit* » il, de se servir de leurs paroles pour fortifier une thèse qui tend, au » moins indirectement, h nier toute influence de Platon et d'Alexan- » drie ^r la formation du Christianisme^ » Tout le piquant ne se trouve-t-il pas, au contraire, dans la thèse que soutient M. E. Saisset? A moins de se condamner à nier l'évidence, ou à Rejeter le Nouveau- Testament, il est forcé d'admettre qu'on trouve dans V Evangile, dans les j^ctes et dans les Epîtres des Apôtres , l'égalité et la consabstaatialité des trois personnes divines; et cependant il prétend que le diurne de la Trinité n'étajt pas fixé avant la naissance de Técoie d'Alexandrie ! Il reconnaît les différences profondes, essentielles que M. J. Simon signale entre la Trinité de Plolin et celle du Christianisme , et il veut que celle-ci soit sortie de celle-là ! Non , Platon et les Alexandrins n'ont pas exercé sur la formation du dogme chrétien l'influence dont parle M. £. Saisset. Ce qu'il faut leur attribuer, ce que leurs conceptions ont produit, ce sont les hérésies anti-irinitaires qui ont agité l'Eglise. Petau l'a prouvé 8urabondammeBt^
' M. J. Simon, ffist. de V Ecole d'Alex,, t. i, p. 334.
* Ub. sup.,1^, 259.
3 Cf. Petav. De Trinît., l..i, c. 12.— Perrone, Insfit, theot.Vâ Trinit,
Eofiii» voici le grand argument que AL £. Saisset fait valoir en faveur de sa thèse. Il le lire de Texisience et des progrès^ extraordinaires derArianisme au 4* siècle de Tère chrétienne. « Supposez, dit-il, » qu'alors la doctrine fût arrêtée, organisée sur tous les points ; sup'- 9 posez surtout que depuis trois siècles elle n'eût pas un instant va- » rié : je vous demande de m'expliquer comment une hérésie qui la » renversait de fond en comble a pu faire une si prodigieuse fortune ; » comment un pîmple prêtre d'Alexandrie a pu tenir en échec l'Eglise >• tout entière. Ce prêtre obscur' se lève un jour, et propose sa doc- » trine sur Jésus-Christ. Son évêque veut étouffer sa voix ; il persiste, » et» quelques années après, sa querelle est celle du mondes»
Ces phrases, nous le reconnaissons volontiers, sont fort bien tournées ; elles peuvent faire illusion, mais l'argument de M. Saisset estil absolument décisif? C'est une autre question. Avant de la résoudre directement, nous demanderons à M. Ei Saisset si, en prenant ses propres expressions, il ne serait pas possible de montrer, au même, titre, que la doctrine de l'Eglise n'était pas fixée à l'époque où le protestantisme parut? Essayons : « Supposez , dirons-nous donc, qu'au » 16® siècle elle fût arrêtée , organisée sur tous les points; supposez » surtout que depuis quinze siècles^ elle n'eût pas un instant va-
c. Il, édit. de Migne, t. i, p. 517. — « La combinaison des doctrines orientales et helléniques qu'on invoque a eu véritablement lieu, dit M. Tabbé Maret. QuVt-elle produit? le dogme catholique^ Non : c'est son contraire, le dogme hiêrétitnife; ^tti estsorli de cet alliage. 7%eôd, ehr., p. 564.
' Cette épithète e«t*éllf ]etée là (roiïtr produire dé Teffet P Notii ne iavoiis ; toQjottîs est-il qu*Ariiifi , loi»|a*ii attaqua la dimité ée Jéstis-Ghrist , vrut déjà fait du bruit dans AJbeKapdrie. On âait qu'M avait embrassé les erreurs de Méléce. Reçu de nouveau à la communion , élevé même au diaconat par S. Pierre d'Alexandrie, on fut obligé de Fexcommunier bientôt après, à cause de ses liaisons avec les schismatiques. Et puis, S. Achillas, successeur de saint Pierre, lui pardonne, l'ordonne prêtre, et lui confie, avec Tune dès principales églises d'Alexandrie, l'enseignement des saintes lettres. Alors sa vanité ne conDattplus de borttest il s'appelle r///ew/re;àreiitetîdre, Dieulm a communi* que, dans une mêsofè extraordinaire, la Science et la sagesse... Tels forent les antécédens d'Arius. Il n'était donc pas aussi oàscur que M. £. Saisiet vou? drait le faire croire.
DE L'iIISTOIRE DE L'ÊCOLE D*AL£XANDBIë. 267
i> rié < expliquez-moi comment une hérésie qui la renversait de fond 9 en comble a pu faire une si prodigieuse fortune; comment un aim- » pie moine d'MUmagne a pu tenir en échec l'Eglise toute entière ? » Ce moine se lève un jour et propose sa doctrine sur les Sqcrtmenti » et sur les Indulgences. Le pape veut étouffer sa voix; il persiste, » et, quelques années après, sa querelle est celle du monde entier, 9 Donc conclurons-nous, k propos des succès du protestantisme comme M. £. Saisset le fait à propos des progrès de l'arianisme, donc la doctrine de l'Eglise n'était pas, au lô** siècle, arrêtée, organisée sur tous les points. Cet argument est-il invincible ?
Si quelqu'un s'avisait de le présenter comme tel, on lui oppo* serait aussitôt l'enseignement et la pratique de l'Eglise pendant les quinze siècles qui précédèrent l'apparition de Luther. Ainsi fit-on avec Arius. Quand ce prêtre se leva dans Alexandrie pour dogmati-» sert comment pmcéda-t-ilT II nia que le Fils tùt égal et coéternel au Père. Mats ce dogme qu'il repoussait ainsi^ était-il nouveau ? Ou bien avait-il des racines dans le passé? Nous pourrions nous contenter de cette réponse de AL £. Saisset : « Il s'agissait d'un dogme essentiel» » lié à la Trinité, à riqcaruation, à la Rédemption^ qui touchait h » toutes les croyances, à tous les principes, à toutes les cérémonies du » culte*. » Oui , ce dogme est vraiment rântê du Christianisme ; et , eomme le Christianisme comptait déjà plu^ de trois siècles d'exis^ tencer lorsque Arius se présenta pour le renverser, nous en concluons que l'Eglise devait alors avoir, depuis longtems , une doctrine arrô* fée aur ce point. Cette conséquence ktous paraît rigoureuse.
Signalons maintenant quelques faits Itlsi^s dans l'ombre par M. K Saisset; elle ressortira mieux encore. Arius commence à peine à répandre ses erreurs, et aussitôt saint Alexandre, son évéque, essaie de le ramener à la foi catholique par ses ménagemens et par ses lettres. Ses effortsrestent inutiles. Il rassemble alors un concile, et lOOévêques d'Egypte et dn Libye , témoins et défenseurs de la croyance de TEgUse^ le oonéamnent avec une douzaine de ses pruicipaux adhérens, prêtres et diacres. Arius excommunié se retire dans la Palestine; il ne tarde pas i sa faire un grand nombre de partisans^ A cette ooii-
26B EXAMEN GRITIQI'E
telfe saint Alexandre, malgré son grand âge, rctronve tonte la r^ear de la jeunesse, et il s*empresse d'écrire anx érêgnesdecettc contrée, à ceux de la Pkénicie et de la Celesyrie, pour se plaindre qn*on ait admis Fiiéréttque à la communion de l'Eglise. Aussitôt ces éréqnes lui répondent pomr se justifier et s'excuser, les uns avec sincérité , les autres avec déguisement et hypocrisie. «Il y en eut. dit Tiliemont, qui » déclarèrent n'avoir nullement reçu Arius; ceux-ci avouèrent qu'ils » l'avaient reçu par ignorance, et ceux-là ponrie gagner et le ramener » à son devoir». « Quant à l'impression produite par les lettresde saint Alexandre, elle dut être très-grande : nous savons, en effet, que l'hérésiarque ne trouva de refuge que chez Eusôbe de Nicomédie '.
Cette victoire éclatante ne contenta pas saint Alexandre; il voulut dresser un monument qui attestât la croyance universelle de l'Eglise. Il envoya donc dans les provinces un mémoire ou tome^ que les évoques catholiques souscrivirent , afin d étouffer l'hérésie par leur accord. Lorsqu'il parvint à saint Alexandre, évéquedeConstantinople, il était déjà signé par toute V Egypte et la Thébaïde, par la Lybie et la Pentapole, par la Syrie, la Zt/cte, la Pamphylie, l'esté propreprement dite, la Cappc^oce et par les autres provinces voisines. Et les évoques de toutes ces contrées lui avaient envoyé, outre leur signature, des lettres pleines d'indignation contre les nouveaux ennemis de la vérité \ Que dira-t-on de cet accord? N'y a-til pas là one preuve évidente que la doctrine qu'il constate était arrêtée et universellement reconnue ?
Et cette doctrine, quelle était-elle ? Nous la trouvons nettement exprimée dans deux lettres de saint Alexandre qui sont parvenues jusqu'à nous. La première est adressée à l'évêque de Byxance. Saint Alexandre y fait d'abord ressortir la tactique et les procédés corrupteurs des Ariens. « Arius et les siens ont depuis peu formé une » conspiration. Ils tiennent continuellement des assemblées, et ils » s'exercent à inventer des calomnies contre Jésus^Christ et contre » nous, Ils censurent la saine doctrine de$ Ap6tre$^ et, imitant les
' Mémoires pàur servir d thistoire ecciés., t. vi, p. 333.
> Tillemont, i6id,y p. 323.
' Voir rhistorien Socrate, 1. 1, c. 6, p. 15. — Dans Tilkmont, tàid,]p. 394.
DE L'ttlSTOIRE DE L'ÉCOLE D*ALEXANDRlE. 269
>» Jmh ^ iis nient la divinité de notre Sauveur et le déclarent pareil u aux autre» hommes. Dans ce but impie^ ils recueillent avec soin » tous les textes qui parlent de son incarnation et de son abaissementi » et repouissent ceux qui parlent de son éternelle divinité et de sa 1» gloire... Ils excitent tous les jours contre nous des séditions et des » persécutions, soit en nous traduisant devant les tribunaux par le w crédit de quelques femmes indociles qu'ils ont séduites , soit en » déshonorant le Christianisme par Tinsolence des jeunes filles de leur » parti que l'on voit courir dans les rues. Ayant donc considéré leur » conduite et leur entreprise impies, nous les avons chassés de l'Eglise » qui adore le Christ. Eux, courant de côté et d'autre, cherchent à » surprendre nos collègues, sous prétexte de leijr demander la paix et A l'union, mais, dans la réalité, pour en entraîner quelques-uns dans 1» -leur pestilence par de belles paroles, en tirer de grandes lettres » qu'ils puissent lire à leurs dupes, afin de les retenir dans l'impiété » comme ayant avec eux des évêques. Mais ce qu'ils ont enseigné et » fait de mal chez nous, ils le passent sous silence ou le couvrent de » paroles trompeuses. »
Saint Alexandre relève ensuite le mépris des Ariens pour la tradi* tion. « ]Ni la clarté divine des Ecritures, ni l'accord de nos collègues M n'arrêtent leur fureur. » Et il oppose à leurs erreurs la croyance catholique.
«JNous croyons, avec l'Eglise apostolique, en un seul Père non- » engendré, qui n'a aucun principe de son être; immuable et inalté- B rable, toujours le même; incapable de progrès on de diminution^; » qui a donné la loi, les prophètes et les évangiles, qui est le Seigneur » des patriarches, des apôtres et de tous les saints. — Et en un seul » Jésus- Christ, le fils unique de Dieu, engendré, non du néant, mais » du Père, qui est, non à la manière des corps^ par retranchement ou
' Ainsi, le Dieu que TÉglise adorait au tems de S. Alexandre et qu'elle adore maintenant encore, n'était pas le Dieu-perfection que M. Du Valconseil appelle la plus admirable caricature de t éclectisme de 1838. Revue analy^ lique et critique des romans contemporains, p. 178. Nous recommandons cet ouvrage à ceux qui désirent connaître combien sont dangereux les romans modernes. '
270 EXAM£I«i GBITIQUE
« écoulement, cooamo veulent Sabellius et Valentin» maisd'onenia- » nière ineffable et inénarrable, comme il est dit : Qui racotUera sa » génération'! ei comme il a dit lui-même : Personne ne connaÂi qui » est le Père y si ce n*est le Fils; et personne ne connaît qui est 1$ » FilSj si cen'est le Père. Nousavonsapprisqu'ilestimmoableetinaln térable comme le Père, qu'il n'abesoinderien.qu'ilestparfaitetsem- » blable au Père, et qu'il n'a de moin^que de n'être pas non-en^n- » dré. C'est en ce sens qu'il a dit de lui-même : le Père est plus grand n que moi\ JNous croyons aussi que le Fils procède toujours du Père; » car il est la splendeur de la gloire et le caractère de Vkypostase » paternelle K Mais qu'on ne nous soupçonne pas pour cela de nier » qu'il soit engendré \ car ces mots, il était^ et toujours, et avant les » siècles^ ne signifieht pas la même chose que non-engendré. Ils M semblent signiûer comme une extension du tems ; mais ils ne peu- • vent exprimer digucment la Divinité, et, pour ainsi dire, l'antiquité A du Fils unique ; les saints les emploient pour expliquer ce mystère >» autant que possible , en réclamant l'indulgence de leurs auditeurs. » Il faut donc conserver au Père cette dignité propre de n'être point » engendré, en disant qu'il n'a aucun principe de son être ; mais il » faut aussi rendre au Fils l'honneur qui lui appartient : lui attribuant » d'être engendré du Père sans commencement , et reconnaissant 9 comme la seule propriété du Père de n'être point engendré.
» Nous confessons encore un Saint-Esprit^ qui a également sancn tifié les saints de l'Ancien Testament et les divins docteurs du non* » veau ; une seule Eglise catholique et apostolique , toujours invio- » cible, quoique le monde entier conspire à lui faire' la guerre, et »> victorieuse de toutes les révoltes impies des hétérodoxes^ le Père de » famille nous en ayant donné l'assurance, lorsqu'il s'écrie : Jgez » confiance, j'ai vaincu le monde\ Après cela nou3 reconnaissons
* Genertlionem cjus quis enârrabit. AtUs,rtiif 33.
* Nemo novit patrem nisi filius; et nemo Dovitfillura nisi pater. Mat* Ibieu* XI, 27.
3 Pater m^or me hL Jean, siv> $8.
* Qui eum ait iiHeiidor gloriai et figura anbitantiv ejui, gfax ifebren^^X- 3« ' Confidete ego vlci mundum. Jean, xvii 33.
DE L*HISTOmE DE L'ÉCOLE D'ALEXANDRIE. 271
» la résurrection des morts , dont notre Seigneur Jésus-Christ a été » les prémices, ayant pris de Marie , mère de Dieu ( théotoco$ ), un » corps véritable, non en apparence. Sur la fin des siècles, il a habité » avec le genre humain pour détruire le péché; U a été crucifié» il » est mort, sans aucun préjudice de sa divinité ; it est resauscité, il est » monté au Ciel, et il est assis à la droite de la Majesté. Voilà ce que » nous enseignons, ce que nous prêchons; voilà les dogmes apostoli- »> ques de TEglise, pour lesquels nous sommes prêts à souffrir la mort » et les tourmens\ »
La seconde lettre de S* Alexandre nous montre combien son ar« gumentatioQ était vive et pressante ; nous voyons aussi que ^ potlr établir la croyance qu'il constate, il s'appuie toujours sur les divines écritures. « Qui peut entendre diie à saint Jean : Ju commence^ » ment était le J^erbe^, sans condamner ceux qui diseot : Il a été un » tems qu'il n'était point? Qui peut ouïr dans TEvangiie : le » Fils unique* 9 et : Tout a été fait par lui^, sans détester ceux qui » disent que le Fils est une des créatures? Coomient peut-il être l'une » des choses qui ont été faites par lui; ou comment est-il Fik unique^ » s'il est mis au nombre de tous les autres? Comment est-il sorti du >» néant, puisque le Père dit i Je (ai engendré de mon sein avant » V aurore^. Comment peut-il être dissemblable au Père en ^tibslancef » lui qui est l'image parfaite et la splendeur du Père^s et qui dit : » celui qui me voit voit owssi mon PéreT, S'il est le ^oyoi;, c*eàt-à- » dire la raison et la sagesse du Père, comment a'a-t-ilpas toujours M été ? Ils doivent donc dire que Dieu a été sans raison et sans Sagesse? » Comment peut-il être sujet au changement, lui qui dit : Je suis » dans le Père , et le Père est en moi^ ; et encore : Moi et le Père
« Voir celle lettre dans l'historien ThtÈôdortt, ffist, f celés,, 1, i, c. 3.
* In principio erâl verbum. Jean, i, 1.
3 Quasi unigeniti à pâtre. Jean> 1. 14, et ailleurs.
* Omnia per ipsum facta sunt. Jean, i, 3. ^ ^ Ex utero ante luciferum genui te. Psaume c\%, 3.
' ^ Ci-dessus aajp Helreusny i, 3.
7 Qui videt me, viàet et patrem meum. Jean, xtv, 9.
* Pater in me est et ego in pâtre. Jean, x, 38.
272 EXAMl.N CniTIQUE
» nous sommei une même chose'; et par le propiiète : Voyez moU » parce que je tuii et né change pas\ Car quoique ces paroles puis- » sent se rapporter au Père, on ks entend toutefois mieux du Verbe, j» parce que, devenuhomme, il n*a pas changé; mais, comme dit Ta- » pôtre : Jésus -Chrxti est le même aujourd'hui qu'hier y et dans • tous les siècles^. Quelle raison ont-ils de dire qu'il a été fait pour » nous, quand saint Paul écrit : Que tout est pour lui et par lui^. » Quant à ce blasphème, que le Fils ne connaît pas parfaitement le » Père, il renverse cette parole du Sauveur : comme le Père me con- » naît, ainsi moi je connais le Père^. Si donc le Père ne connaît le N Fils qu'imparfaitement, le fils connaît le Père de même. Ques*il » n'est pas permis de le dire, et que le Père connaisse parfaitement » le Fils, il est évident que le Fils connaît de même son Père.
» C'est ainsi que nous avons souvent réfuté les Ariens par les di- » vines Ecritures ; mais ils changent comme le caméléon'^. •
Ce langage est-il assez clair, assez précis? Ces dogmes sont-ils timidement formulés? La doctrine catholique , au contraire, n'apparaîtelle pas là entièrement organisée? Et qu'on ne l'oublie pas : ces lettres ont été écrites avant l'ouverture du Concile de Nicée ; ne détruisentelles pas le système que nous combattons ?
Nous trouvons encore une preuve que la croyance de l'Eglise était depuis longtems arrêtée, dans l'accord unanime des 300 évêques réunis à Nicée pour condamner Arius;— dans le cri d'indignation qui s'éleva parmi eux, lorsque cet hérétique proposa sa doctrine;— dans la rapidité avec laquelle ils formulèrent la foi de l'Eglise. Cette dernière considération surtout nous paraît importante. « Jusque là , dit » M. l'abbé Rolirbacher, l'élite de l'humanité païenne , les philoso- » phes avaient beaucoup disserté sur Dieu , sur sa nature , sa provi- » dence, l'ensemble de ses œuvres; et, après des siècles de disserta- » tiens, de raisonnemens et de subtilités , pas une vérité n'avait été
' Ego et pater u'num sumus. Uid, x, 30.
*^go enim Dominas et non mutor. Malachie^ m, 6.
» Jesu» Chrislus heri, et hodiè, ipse et in secula. Aux Hébreux, xiii, 8.
* Propter quem omnia et per quem omnia. Ibîd, ir, 10.
* Sicat Dovit me pater, et ego agnosco patrem. Jear^ x, 15. < Dans Théodoret, 1. i, c. 4.
DE L'msTOiRi: D£ l'ecolë d*alëxândbie. 273
1» définie d'aa commun accord, ni mise à la portée da commun des y» hommes. Or, ce que n'avaient pu les philosophes grecs après dix ^ » siècles, ce que ne pourront les philosophes de Flnde après trente et » qaàriante, les pasteurs chrétiens Ton fait en peu de jours à Nicée; » ils l'ontfait malgré toutes les ruses, toutes les arguties du philoso* » phisme arien 'r ils Tout fait en consignant dans leur Credo la doc- » trioe qu'ils venaient de confesser dans les prisons, au fond des mines, » devant les tyrans et les bourreaux qui leur avaient crevé les yeux, » brûlé les mains, coupé le jarret; doctrine hérédiiaire qu'ils avaient » reçue des martyrs, les martyrs des apôtres, les apôtres du Christ, le » Christ de Dieu ; et ce Credo^ qui définit avec une si merveilleuse » précision les vérités les plus sublimes, deviendra jusqu'à la fin du » monde, et pour tout l'univers chrétien, un chant populaire de foi| » d'espérance et d'amour*.»
Déjà Tillemont avait fait une remarque semblable : « Le Concile (de Nicée) voyant quelle était l'hypocrisie des Ariens, » ramassa toutes les expressions dé TËcriture à l'égard du Fils, et les » renferma toutes sous le mot de consubstantiel ^ c'est-à-dire «quia la même substance, et tous les évéques, après en avoir » longlems délibéré, s'arrêtèrent à ce terme. C'est ainsi qu'a- » près avoir bien examiné toute la doctrine de TÉvangiie et des » Apôtres, les prélats^ fondés sur les diyines Écritures, établirent avec » beaucoup de circonspection la règle parfaite de la foi cdiholique' ? » Ainsi donc , quand Arius se présente avec une doctrine qui renverse le dogme de la Trinité, TEglise lui oppose rens«*igûement constant de Jésus-Christ, des Apôtres et de la tradition ; il n'y .a de nouveau que le mot qui l'exprime et le résume ^ Cet enseignenient de. Jésus-Christ, des Apôtre$ et de la tradition, tous lès évéques pré-
* llisL univers, deTEgl, cath, , t vi, p. 203.
* Mémoires pour servir à Chistoire ecclésiastique des six premiers siècles y t. vr, p. 656.
' On peut même dire avec M. Rohrbacher : « Le mol consubslanliel n'était pas nouveau, et d'illustres évéques de Rome et d'Alexandrie (c'étaient les deux saints Denys), s'en étaient servis pour condamner ceni qui disaient que le Fils était un ouvrage, et non pas consubstantiel au père. ËUsèbe de Césaréc fut obligé de le reconnaître lui-même. » Ibid^ t. vi, p. 209.
274 tXAMEN CRIXIQUÇ
$tn% ^a concile de Sicé^, tes ariew çw-môwe», le recooBawttat et proclament. Théonas et SfiCQOd demeurent seubopîniatrémeftt Hta^cbés à Ariiis ; aussi tes condamnetro» avee ce novateur. Voilà dcifaite qu'il e«t iniposwble de nier; — des faite qui laroui^t qn'«ntérieorement au concile de Nicée, U y avait dans rfiglise une dodriae iMrgani^ée, précise, explicite sur U Trinité»
Est-ce pour diminuer la lof pe des argumens que l'on po^rraût en tirer , que M, E. Saiss^t fait ç^m remarque î « U est curiwii ^ de voir Constantin , trois ans à peiue après ce concile» rappeler K Ëusèbe de Nicqmédie et Àrius loirmême ' t » Mais, pourquoi ne pas ajouter que cet empereur fut ja-ompé d'abord par Consiancie , sa sœur , puis par un prêtre arien , qui loi persuadèrent qn* Arius ne pensait pas différemment des Pères de Nicée, et qu'il souscrirait à leurs décrets , s'il daignait Tadmetire en sa présence '1 Riais pourquoi ne pas avouer que cet hérétique» Eusèbode Nicomédie et Théognis, présentèrent à Constantin une profession de foi qu'ils dirent çt qu'il crut être conforme au symbole de Nicée ^?
M. £. Sais^el demande encore : « Sait-on bien que le concile de Il Milan, qui a condamné et déposé saint Athanase, en qui s'était per- » sonni{Iée la foi de Nicée , était composé de 300 évêques ^7 »x— $ans doute , on le sait ; mais ignore-t-il^ lui, que parmi eux beaucoup étaient ariens, ennemis acharnés de saint Athanase? Ne connaît-il pas les efforts, les menaces , les mauvais traltemens employés par Constance, pour arracher aux évêques orthodoxes la condamnation de ce saint prélat? N'a-t-il pas lu dans Thistoire la résistance opiniâtre que Tempereur rencontra ? A-t-il oublié que plusieurs aimèrent mieux auivre Athanase dans Texil que d'obéir à Constance ^ - Quant à saint Eustathe d'Antioche , faut-il rappeler à M. £. Saisset les machinations honteuses auxquelles les ariens eurent recours pour le perdre? Ne sait-il pas, comme nousji ce qu'il faut penser de cette prostituée qui se porta son accasatrice , montrant i}0 enfant i
*M, $. Saisset, iiid.^ p. 103*
» Sûcr. 1. 1, c. 26.
» Voir Sçcr. 1. 1, c. 14,— Soi. I. ii, c. 16.
* M. E. Saisset, iéid,, p. t€3. * ..
DE l'histoire dê L'école d*alexandrie. 275
la mamette , et criant avec impudence qu'elle l'avait eu de l'évêque Eastathe"? On le déposa , il est vrai, d'après cette accusation. Mais Socrate et Sozoniènen(^nous apprennent-ils pas que cette maltieureyse femme , sur le point de mourir , déclara qu'elle avait été engagée à cette calomnie pour de l'argent^. « Telle était la conscience des deux » Eusèbe et de leur phalange ^ »
Et cependant s'il faut en croire M. £. Saisset, Eusèbe de Nicomé« die , « sans avoir le grand caractère eft le génie de saint Âthanase, » n'était pas moins sincère que lui, et moins attaché ^ la tradition des » Apôtres*. » Mais où donctrouve-t-on la preuve de celte sincérité et dfj cette loyauté! Dans l'infâme procédé auquel il eut recours pour faire condamner et déposer saint Eustathe d'Antioche? Dans sa souscription frauduleuse aut actes du concile de Nicée ^7 Dans la profession de foi trompeuse qu^ll adressa à Constantin pour obtenir son rappel de Fexii? Laissons cet empereur lui-même nous démasquer ses fourberies. « Pendant le concile de Nicée, avec quel empressement et » quelle impudence Eusèbe a-t-il soutenu, contre le témoign^ige do » sa conscience, l'erreur convaincue de tous côté^? Tantôt en m'en* » voyant diverses personnes pour me parler en sa faveur ; tantôt en » implorant ma protection, de peur qu'étant convaincu d'un si grand I» crime, il ne fût privé de sa dignité. Il m'a circonvenu et surpris tf honteusement , et a fait passer toutes choses comme il a voulu. » Encore depuis peu, voyez cp qu'il a fait avec Théognis, J'avais » commandé qu*on amenât d'Alexandrie quelques déserteurs de notre; » foi , qui allumaient la discorde. Ces bons évêques^ que {e concile » avait réservés pour faire pénitence, non-seulement les ont reçus et V protégés, mais encore ont communiqué avec eux. C'est pourquoi » j'ai fait preadre ces iograts e^ j0 i^ ai envoyés au loia^ u^ ^ Et
* Voir Theodorel ffûl. ecl, L i, c. 2 1 et 22. ' M. Kohrbacber, ièid, t. 'vi, p. 263, où ilcite par arr^iur SocratQ at Sozomenftt
3 M. E. Saisset, ibid.y p. 165.
4 Philoslorge (1. ii, e. 9), auteur arien» w^m #ppr^d qu'Ëuièbe de Ni<XH médie, en souscrlrant au poncUe, inséra^ dans le mot homoousios, un iola, ce qui faisait homoiousiofs €*est-à-dire s^m&i^U en subUanoe , as lieu que le premier signifie de métrte substance,
' Cette lettre de Constantin est adressée à l'église de Nlcomédie. Voir
2^6 EJ^ÂIIEH CBITIQUE
ion aliaehemenl à la tradition des Apôtres, le moDlra-t-ii eo soaienant« contre le témoignage de sa conscience, une doctrine qoi reoversait cette tradition elle-même?
La prétendue bonne foi d* Arias ne nous fait pas pins illasion ; il nous paraît très -difficile de la concilier avec tons les moyens qn*il employa ponr propager son erreur.
Terminons cette discussion par quelques remarques. M.E. Saisset, afin d'établir son système sur la formation successive du dogme chrétien, cite un passage de saini Hilaire : c*est un tableau de U triste situation dans laquelle TArianisme jeta TEglise au k^ siècle. Cet illustre prélat rappelle en gémissant les nombreuses professions de foi qui se succédèrent alors, et M. £. Saisset en infère toujours que la doctrine de TEglise n'était pas arrêtée. !Nous sommes vraiment surpris de la conséquence qu'il tire. Pourquoi n*a-t-il pas lu tout entier le 2* livre de saint Hilaire à V empereur Constance ? Il aurait, à la suite du passage qu'il cite i trouvé Texplication de ces nombreuses professions de foi. « La cause principale de nos erremens, dit Til- » lustre évêque de Poitiers, la voici: nous nous prétendons attachés » à la doctrine des Apôtres^ et nous ne voulons pas embrasser Ten- • seignement de l'Évangile ; — Jésus-Cbrist nous a appris lui-même » ce que nous devons croire dé lui , et nous.nele croyons pas; nous » changeons ce qui est immuable, nous al^andonnons la tradition et » nous lui substituons nos conceptions irréligieuses... Youlons-nous » éviter l'erreur 7 Attachons-nous à la seule foi évangélique, à cette N foi que nous avons confessée sur les fonds de baptême ; là seule- » ment se trouve le salut Quant à moi^ je tiens fortement i la
Labbe, t. ii, p. 277 ; et dans les OEuvres grecqaes'latines de Ck)n8tantiD , recueillies dam la précieuse Patrologie de M. Tabbé Migne, t. tut, 5'M.
' « Croit- on, demande encore M. £. SatsSet, qu*Ariu8 ne fût pas d'aussi bonne fol que Tévèque d'Alexandrie? » P. 165. Non : jamais nous ne croirons à la bonne foi de l'auteur de Thalie. Quand , pour propager une doctrine , OR compose des ouvrages semblables à celui dont nous parlons ; quand, pour populariser ses blasphèmes contre le Christ, on ne rougit pas d'avoir recours à des chansons bouifoniies et licencieuses, alors on se* condamne soi-même, on s'imprime une flétrissure ineffaçable.
DE l'histoire de l'école d'alexandrie. 277
<c croyance que j'ai reçue, et je ne change pas ce qui vient de Dieu >. » Est-ce là, demanderons-nous à notre tour, le langage d*un homme dont les croyances ne sont pas fixées et arrêtées?... Et puis, quelle est cette doctrine qu'il dit immuable ^ déposée par Jésus-Christ dans rÉyangile , enseignée par les Apôtres et transmise par la tradition ? Quelle est cette doctrine que l'on ne peut abandonner, sans sè.précipiter dans l'erreur? la doctrine Chrétienne elle-même, dans tout son ensenible , et notamment le dogme de la Trinité * ? N'est-ce pas elle qu'il défend ? n'est-ce pas pour la faire triompher des aHkques de l'arianisme, qu'il consume ses forces et son génie! Il nous apprend, il est vrai^ que dans les dix provinces de TAsie où il est exilé , il n'a trouvé qu'un petit nombre de prélats qui la connussent; mais pourquoi ? Parce qu'on a chassé de leurs sièges presque tous les évéques catholiques , et qu'on les a remplacés par des Ariens qui , eux, travaillent sans cesse à propager Terreur. Comment cette remarque a-telle pu échapper à M. E. Saisset ? •
Nous l'avons suivi sur le terrain où il a placé la discussion ; nous croyons avoir répondu à toutes ses objections ; nous croyons aussi avoir montré de quel côté se trouve la vérité. M. £. Saisset la reconnaîtra, nous n'en doutons pas , il a une intelligence trop élevée et trop droite pour la repousser. Nous nous bâtons d'ajouter que si quelques paroles amères ou blessantes nous sont échappées^ nous les désavouons. Et maintenant nous dirons, en faisant une légère modification aux propres expressions de M. Saisset : « Plus nous relisons
' Sed impietatis ipsius hinc vel prœcipuè causa perpétua est quod fidem apostolicam septuplo proferentes, ipsi tamen fidem evangelicam nolumus confiteri... Evitamus de Domino Ghristo ea credere, qus de se docuit credenda ;.., manentia deuiutamus, et accepta perdimus, et irreligiosa praesumimus... Tutissimum nobis est, primam et solam evangelicam fidem confessam in baptismo, iotenectamque relinere... Quod accepi, teneo, nec demuto quod Dei est. » S. Hilarii, ad ConsiatUîum,U ii, n. 6, 7 et 8, dans la Patrolosie de M. Migne, t. \, 3* de saint Hilaire, p. 568, 569.
A S. Uilaire s'attache surtout à prouver que le Fils n'est pas seulement sem-> blable à Dieu lePère^ mais qu'il lui est égal, qu'il a la même substance et la même nature ; il dit que le mot consubstantiel est le plus grand et même fanique moyen d*assurer Tintégrité de la foi... Ibid» Conlra Conslantium^ n** 14. Ibid. dans Migne, p. 592.
ai' SÉRIE. TOME XUI. — N'' 76j 1846. IH
278 EXAM£I< DE l'histoire D£ h'hCOLï, D' ALEXANDRIE.
» ces témoignages , plus nous sommes persuadé que de toutes les B entreprises la plus difficile serait d'établir que la doctrine chré- » tienne n'était pas fixéQ aa 2« siècle , ayant la formaUon de » l'école d'Alexandrie *.»
Mais voici un autre problême qui représente: le Christianisme a-t* il exercé quelque infloence sur la philosophie de Plotin et de ses saccesseurs T Avant de répondre à cette question , nous devons, ce nous semble, achever d'exposer leur doctrine ; quand nous la connaîtrons dans toutfon ensemble, nous aurons plus de chance pour arriver sur ce point k b vérité.
L'abbé V. D. Cauvigny.
' La Revue de CinHruetion puhliqae (15 mars 1846, p. 884) dit : « A con^' suller les textef et Tordre des tems , il pm-ail peu prûbable que le dogme chrétien de la Trinité soit un empruat fait aux disciples d*AmmoDins par les premiers Pères de l'Eglise. » On Yoit que nous allons plus loin> on sait aussi pourquoi.
CO.NFÉRENGES DE JSOTRE-DAME 0£ PARIS. 21^