PAR LE K. P. DE RAVIGIVAN
cultes bornées de notre esprit ; mais c'est un article de foi défini par TEglise, J'y crois. D'ailleurs, en y réfléchissant^ car on peut bien réfléchir sur les articles de foi, on trouve que Téternité de la peine correspond après tout à rétemitédu péché. Le péché est immortel : la bonté essentielle de Dieu exclut et renie à jamais le péché; il faut donc un enfer pour le châtier. Le tems du remords et deTexpiation est passé. La mort a constitué Tâme dans un état permanent, irréTocable : la voilà pour jamais dans Tétat fixe du terme arrivé et de Timmuable éternité. Je me résume : le péché dure , Tenfer dure ; impossible de les séparer avec justice. Car ce n*est pas tant la gravité du péché que son caractère irrémissible qui mérite la peine éternelle; c'est la raison que donne saint Thomas. Voilà pourquoi aussi Leibnitz observa^ de toute la profondeur de son génie et de sa foi, que l'âme réprouvée porte et garde en elle-même son enfer; qu'elle le veut comme une nécessité pour elle , qu'elle s'y enferme et s'y en* fonce tout en l'abhorrant , mais avec l'impérieuse exigence du péché qui la transforme et l'absorbe tout entière ; c'est qu'elle est confirmée et fixée dans le mal même pour jamais. Alors quel rapprochement possible entre Dieu qui est tout amour, toute pureté, et cette âme qui est toute haine et toute souillure? Gomment se rencontreront jamais ces deux natures qui se r^oussent et se repousseront éternellement?
Puis, dans un dernier coup d'œil, Torateur résuoie tontes ces raisons et semble vouloir jeter je ne sais quel adoucissement au terrible dogme de réternité des peines.
Triste^ mais juste punition des désordres d'ici-bas! il faut bien enfin la réparation et la justice.
La justice ! Car Dieu, en punissant , ne peut , Messieurs , y manquer jamais. Au contraire, s'il récompense bien au delà du mérite, il punit dans des proportions fort inférieures. Le pécheur souffre en enfer, sans donle ; il y souffre la privation cruelle du bien parfait et divin qu'il n'a pas su, qu'il n*a pas voulu aimer; il y souffre le ver rongeur de la conscience ; il endure l'action des flammes ardentes. Le pécheur souffre en enfer ; mais il y souffre bien endeçà des justes mérites de son crime, bien moins qu'il ne devait souffrir. La théologie catholique Tcnseigoa toujours unanimement ainsi.
N'ôtons rien. Messieurs, n'ajoutons rien au dogme. Il y a un enfer et des feux éternels : le pécheur en est digne. Mais Dieu infiniment juste et miséricordieux est éternellement l'un et l'autre , même en enfer. Jamais l'éternité malheureuse n'aura de fin, il est vrai ; jamais ses supplices n'auront un terme ; leUe est ma foi; je la professe et la révère de toute l'énergie de mon dévouement et de mes convictions. Mais Dieu est juste , Dieu est bon ; sa mesure est la mienne; je suis sûr qu'il ne faillira pas à ma confiante espérance. Je pleure
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sur ceux qui Toutrageuti mais je sais qu'ils ne recerront jamais que ce qpiils out voulu I el^que jamais ii^ ne soufTiiront tout ce qu'ils ont mérité. »
Dans cette &« conférence , Toratçur se. propose de parler d'an sujet bien doax pour tous les cœurs sensibles , d'une nécessité naturelle et générale , et pontant bien peu connue , bien oubliée, bien négligée» ce siijet c'est la prière, «Baume amsolatoar daos les • maux, refuge dans la douleur, soutien dans la faiblesse, la prière est 9 aussi Tatiment et la vie de l'intelligence, replacée dans sa dignité la V plus haute. Je tous étonne, messieurs, en tous parlant ainsi ; mais il h n'importe. Un esprit réfléchi le reconnaîtra aisément, et un courage » véritablement chrétien proclamera ces principes, professés il y a n longtems par le génie catholique de saint Thomas, et par la pliiloso- » phie la plus élevée, à savoir que la prière est pour l'homme l'acte sou- » verain de la raison ; que seule la prière donne à l'âme le complément » divin de sa vie, et les conditions d'ordre, de beauté, de grandeur et » de gloire, qui constituent sa fin même et sa destinée inunortelle. >
Dans la 1''' partie l'orateur montre ce que c'est que la prière:
La raison^ si elle mérite ce nom i doit conséquemment présider k rétablissement de ces rapports giorieux autant que nécessaires entre Tame et sa fin divine. Elle est préposée par sa nature même à cet ordre éminent et singn** lier qui unit le rayon d son foyer, la pensée humaine à la pensée de Dieu , notre amour à sa bonté , en un mot, la créature a son auteur. Sans quoi i nous n'aurons plus devant nos yeux , comme au-dedans de nous-mêmes , que ce monde orphelin dont la seule hypothèse attristait le génie de Leibnitz , et déshéritait dans son estime cette philosophie qui ne cherche pas, avant tout, le règne de Dieu, sa justice et son intime alliance avec Tame*
Elle est , suivant la notion élémentaire , cette ascension mystérieuse de Tame vers Dieu ; elle est l'offrande et Thommage d'une iotelligence et d un cœur indigens, mais qui s'approchent de Tocéan immense de lumière et de bonheur pour s'y plonger et s'y nourrir. La prière est le langage qu'on parle à Dieu; la réponse divine est ce qui éclaire, instruit , console, soutient et fortifie. Dans cet élan et cet effort de Tame pour aller à Dieu, nous reconnaissons un premier besoin rempli, une première faculté satisfaite, la grande et souveraine loi de la création exécutée : le besoin, la faculté de tendre à Dieu> de le chercher, de former à l'avance une intime et bienheureuse alliance avec ses perfections infinies de sagesse et de bonté.
Alors notre pauvre ame se relève ; elle sent en elle-même que le compié*
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ment de bien-èire et de Yie qui lui manqfuait, lui éPrîTe par le^^Dtà de M prière- Mais quand celle-ci oA eûlée de nos cœura, quand il B^ai. pftua i» H^ vin échange des gràcea et d»$ déaira» des aupplieaUoiia de la ttrie et désn* chesaes du ciel. Tordre a péri, il s'est retiré de la création > du monde intelligent, Famé est aana deslinée ; elle demeure incomplète et inacbef ée , mal immense , lamentable désordre qu'une saine raison ne peliti souffrir ir puisqu'elle a surtout pour mission de .rétablir ou de fionsenrer la dignité humaine! i ■ - «. . :
Maïs a iic suffit pas de prier , îl faut encore adorer, parce que, en s*approchant de Dieu,rhomme doit tout d'abord le reconnaître pour maître :
L'adoration est donc aussi la loi suprême, la suprême jnstUe, qui consiste assurément et avant tout à reconnaître la souveraine puissance de Dien^ et son droit absolu sur tout ce qui respire. L'adoration est ce devoir senti de la raison et du cœur,, assez semblable à Tadmiration , et qui ne peut non plus qu'elle périr parmi les enfans des hommes, tant que la conscience de ce qui est grand, vrai, beau et divin, demeurera dans le monde des intelligences; Grâces immortelles en soient rendues au Seigneur ! L*homm9 sait bien encore qu*il s'honore lui-môme, et qu'il grandii quand il adore et quand il admire en Dieu même le type auguste de toute puissance et de toute gloire. La prière» et la prière seule, accomplit ce devoir et cet honneur; car l'adoration prie et la prière adore.
Puis, 8*adressant à ses auditeurs, rorateur s'écrie dans un admirable élan:
Vous craignez de vous abaisser jusqu'à la prière, vous la dédaignez l Hélasl TOUS ne savez donc pas recouvrer la dignité de votre ame, son bien-être, sa lumière, sa gloire et sa vie véritable! Et où donc est la science, la vérité ,' rillnminatioB du génie et l'inspiration d'une grande gloire» sinon en Dieu même, intelligence» beauté, science et grandeur infinie? Où réside dans son type et dans sa source la vertu, la sainteté, le bien moral àisa dernière et plus haute puissance , si ce n'est en Dieu saint , bouj juste et tout puissant ? L*homme se débat en vain dans sa laborieuse faiblesse; il cherche et recherche péniblement dans son esprit et dans son coeur. 11 croit tout posséder dans Torgueil confiant de sa raison et dans le travail d'une philosophie stérile qui n'enfante jamais la vertu. Et il demeure pauvre, nu» aveugle, inutile» inutile du moins dans l'ordre de ces bienfaits régénérateurs qui seuls éclairent^ vi- Tirent et sauvent l'humanité. Mais qu'une courageuse effusion de l'ame aille Jusqu'à retrouver les éternelles émanaticns des richesses et des perfections diyines; que la prière s'en saisissej qu'elle s'unisse confondue avec elles.