‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 4)Chapitre 49 sur 108 · CRITIQUE DE QUELQUES EXPBESSIONS DE M. MARET · texte numérisé non relu

CRITIQUE DE QUELQUES EXPBESSIONS DE M. MARET

ni concevons, il est vrai^ Vunité en ellemên^fi ; mais nons la connaissons en partie, nous la connaissons comme dans un miroir^ comme dans une énigme , selon saint Paul*. Yoiià la seule chose vraie et raisonnable dans tous ces mots de conception^ de i élever à Vidée de rinfini, etc. Ce sont là des rêves, des abstractions métaphysiques qui ne produisent que des dieux dialectiqtêes » comme ceux de Plotin, vrais amusemens (dangereux amusemens ) philosophiques.

En second lieu remarquons ici, exprimée en termes très>ciairs, cette grande erreur qui constitue en ce moment V hérésie lammenaisienne , celle de Vunité de substance qui est, malgré les dénégations de son auteur, purement et simplement le panthéisme. Or, si nous y fesons bien attention , on verra que ces conclusions : « L'être absolu ren* » ferme touA Us êtres non seulement en j!)umance,mais en réalité; » tout être particulier existe primitivement dans Vunité de VEtre » universel ; rien ne peut èir& qui ne soit lui ; » toutes ces propositions purement panthéistes sont fondées sur quoi 7 Hélas! sur un fondement bien chanceux, bien peu solide , sur Vidée que M. Vabbé de La Mennais, comme M. Leroux, comme Spinosa, comme les Allemands, comme les Hindous, ^*£ST FAITE de VEtre, Il en est exactement ainsi. On se fait une idée, on circonscrit Dieu et le monde dans cette conception humaine , et puis tant pis pour les conséquences ; si elles choquent le bon sens, on dit, comme le fait ici jM. de La Mennais, que c'est là un mode d^existence au-dessus de notre compréhension , et l'on élève contre la Révélation » contre le Ciel toute une Babel assise sur ce frêle édiQce ! t

Et pourtant nous ne pouvons ici nous empêcher de faire remarquer que cette grave erreur repose, comme la précédente, sur des mots mal définis, mal compris. M. de La Mennais suppose, à tort, qu'il n'existe qu'UNE idée de VEtre, dont toutes les autres ne sont qu'une modification ; que cette unique idée doit s* appliquer exactement à tous les êtres , parce qu'elle les renferme tous. Or c'est là précisément ce qu'il faudrait prouver. Nous assurons, nous, qu'il existe plusieurs idées, de même que plusieurs espèces d'êtres ; Tun néces-

' Videmuf nunc per specaium in «nigmate... nunc cognosco ex parte. 1 Cor. XIII, 12.

SUft DIEU ET SA TMISITÊ. 301

saire, les autres contingents; l'un éternel, les autres créés, etc. Or chacun de ces êtres donne une idée différente. Gomment M. de La Mennàis , qui n'admet que Vidée piour preuve de la réalité de son être absolu , pourrait-il prouver que Vidée de Têtre contingent ne prouve pas aussi son existence ? Son raisonnement est celui-ci : « Je » conçois ridée de l'absolu; quidit absolu, dit tout, donc rien n'existe » que lui: » Nous lui répondons : « Je conçois Fidée de l'Etre pure- » ment contingent; or qui dit contingent, dit non absolu; donc le con- » tingent existe aussi. » Que s'il persiste et qu'il veuille nous susciter des diflBcttltés, nous en serons quitte pour lui faire sa propre réponse : « L'existence du contingent est un mode d'existence au- » dessus de notre compréhension. » Qu^aura-t-il à nous dire T.. •

Voilà pourtant où arrive l'esprit humain quand, sur Dieu et le monde, il s'écarte de la révélation qui nous en a été faite par Celui qui connaît Dieu et le monde, pour suivre les inventions de l'esprit humain, qui ne connaît d'une manière absolue ni l'un ni l'autre !

Et maintenant que nous avons exposé les erreurs professées en particulier par M. l'abbé de La Mennais, nous adressant à M. l'abbé Maret, nousle prierons d'abord de nous dire pourquoi il se sert, lui aussi, du moiconception pour signifier la connaissance imparfaite qu'il a de Dieu ; pourquoi dire qu'il s'élève à cette conception ; pourquoi se placer sans façon en présence de l'Unité divine , comme si une semblable vision, ou intuition , était dans les /brces na^ure//e5 de Vhomme isolé? N'est-ce pas là l'erreur de tous les rationalistes? si vous leur accordez le droit de s^élever jusqu'à Vintuition de Dieu» jusqu'à la conception de l'unité^ de l'infinité divine, comment leur refuser de croire pour eux, et puis de prêcher aux autres ce qu'ils auront t?u, ce qu'ils auront conçu? Franchement, sauf le respect que nous devons à M. Maret concevant Vunité divine^ nous avouons que nous lui serions bien reconnaissant s'il voulait nous permettre de jouir de ce grand tableau; d'un côté Funité^ la simplicité, V infinité di-^ vines, et de l'autre M. Maret se constituant, s'établissant commodement en sa présence j et l'examinant comme un voyageur instruit et curieux examine un paysage obscur et lointain.

Mais si nous n'avons pas le privil^e de jouir de ce tableau, écoutons au moins ce que M. Maret nous assure qu'il a t?u, qu'il a ^roui'e.

Page 1