‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 4)Chapitre 55 sur 108 · CRITIQUE DE QUELQUES EXPRESSIONS DE M. MARET · texte numérisé non relu

CRITIQUE DE QUELQUES EXPRESSIONS DE M. MARET

• Lei trois principes de la Trinité o'éUîent pis pour Pégliie catholique de simplet modalités, des noms, des aspects divers de la Divinité; c'étaient bien des principes subsistants, des personnes réelles et distinctes. » (p.l37 1 ).

«La doctrine des symboles de Nicéeet deConstantinoplese résume ainsi: 11 n*y a quune nature, une su)|stance divine, qui> sans aucune division, se eom" munii^ae à trois principes coéternels. Ces trois principes sont trois personnes subsistantes et distinctes, mais égales en toutes choses ( p. ?83). >

«D'après l'Ecriture, rien n'est plus certain que Vanité At Dieu, rien n'est plus certain que l'existence de trois principes dans cette unité divine. Mais cette doctrine ne peut f e maintenir qu'autant que ces trois principes sont identifiés par la substance et distingués par la personnalité '.> {ibid).

Il ne sera pas bien difficile de prouver combien ce langage est inexact et dangereux, dans un moment où Terreur s'attache principalement à V Essence et à la Trinité divines. G*est pour cela que nous allons exposer ici quelques-uns des euseignemens des Pères et quelques-unes des décisions des Conciles.

« Ne voyez*vous pas, disait saint Epiphane, que par ces paroles, » un Dieu de qui viennent toutes choses et nous par lui *, TApô- V tre indique un seul principe^ afin que l'esprit ne soit pas induit à » penser plusieurs principes ' ? »

« Il n'y a pas deux dieux , dit saint Basile , ca^ il n'y a pas deux n pères ; or, qui établit deux principes énonce deux dieux ^ •

« Il n'y a, dit le même Père, qu'un seul principe de toutes les » choses qui existent, lequel Principe a agi par le FilS; et a perfec- » tionné dans le saint Esprit '• »

■ M. de La Mennais professe aussi trois Principes : « Trois personnes ont • dû concourir à la création , puisque trois principes actifs et infinis y ont » concouru nécessairement •{Esquis.^ 1. 1, p. 101 ). La même erreur avait déjà étç professée par Plotio, et sans doute par les néoplatoniciens : « Il y a ■ en nous, comme en Dieu, trois principes dans une même Nature*. •- Ainsi >» nécessaires l'un h Tautre, ces trois piineipes se suivent sans intermédiaire; » ils ne diffèrent qu'autant qu'il le faut pour qu'ils ne puissent se confondre. • ( Hist. de l'École é^Alexand.» par M. J. Simon, t. i, p. 305 et 306 }.

« 1 Cor, vi|i, 6.

^ Epipb. Contra Nœlianos^ H»res. 57, n. 5.

*. Non duo sunt dii; non enim patres duo; porrè qui duoprincipia constituit, duospriedicat Deos. Basil, contra SabelUanos Orat, 27.

' Nam unum est eorum qussunt^ principium, quod/y«rFiliumeffici(« et m Spiritu perfecit. S. Basile, Lia. dacripl, sancl,, c. xvi.

SUR DIEU ET SA TRINITÉ. Siî^

« Le Père, dit saint AugusUo, est principe $ans principe, le Fils » principe d^ principe ; mais Tun et l'autre ne sont pas deux^ mais » un ieul principe. Je ne nierai pas non pins que TEsprit-Saint soit » principe^ mais ces trois ensemble, ainsi qu'ils ne sont qu'on seul N Dieu, de même je dis qu'ils ne sont qu'un principe ■. »

« Selon saint Thomas encore, il y a dans la Trinité on principe » sans principe^ qui est le Père, et un principe de principal qui est » le Fils \.. Le Père et le Fils ne sont qu'un principe à l'égard du >» Saint Esprit, à cause de l'unt^^ de propriété, signifiée par le mot » principe \ »

Mais personne n'a parlé avec plus de clarté et de précision que saint Anselme. Nous engageons M. l'abbé Maret à bien méditer ces paroles :

« Quand nous disons que Dieu est le principe de la créature, nous » comprenons que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont un prin-^ » cipe^ non trois principes; de même que nous disons un Créateur, » et non trois Créateurs, quoique le Père, le Fils et le Saint-Esprit » soient trois, parce que le Père, ou le Fils, ou le Saint-Esprit, est » principe ou Créateur par cela en quoi ils sont UN, et non par » cela en quoi ils sont TROIS. Ainsi, de même que, quoique le Père » soit principe, le Fils soit principe, le St-Esprit soit principe, ils ne » font par trois principes^ mais un principe; ainsi, lorsque Ton dit » du St- Esprit qu'il procède, qu'il est du Père et du Fils, on ne veut » pas dire qu'il soit de deux principes^ mais d'un principe, qui est » le Père et le Fils*. »>

I Pater principium non de principio, FHiasprincîpiam de principio; led utrumque simul, non duo sed unum principium... Nec Spiritum Mnctum... negabo esse principium; sed hec tria simul sicut unum Deum^ ita unum dico esse principium. Contra Maximinum , elc.« 1. ii, c. 17, dans Tédit. de Migne> t. yiii> p. 784.

* In personnis divinis, in quibus non est prius et posterius invenitur principium non de principio, quod est Pater, et principium à principio « quod est Filius. Ibid, q. xxxiii, art. 4, p. 752.

' Sunt unum principium Spiritûs sancti propter unitalem proprietaUf signtficatœ in hoc nomine, principium, Ibid, q. xxxvi, art. 4, p. 773.

* Quippe cum dicimus Deum principium creaturs, intelligimus Patrem, et Filium,et Spiritum Sanctum unum principium, non tria prineipia, sicut unum

su CRITIQUE DE QUELQUES EXPRESSIONS DE M. MARET

Tomes ces paroles des Pères sont d'acaH*d avec les décisions suivantes' des difcrs condles généranx. Et d'abord Toici un décret du 6* eaneile général, 3* de Constantinople (en 680), qui défend de se servir du nombre pluriel en parlant de principe :

u Tel est l'état de la Foi évangéiique et apostoliqne, et la tradi- » tion régulière, que, confessant que la sainte et inséparable Trinité, M c'est-à-dire le Père, le fUs et le St-£sprit, ont une seule déité , une » seule nature et une seule substance ou essence, nous la disions aussi > d'une setde et naturelle volonté, vertu, opération, domination, ma- 1» jesté, puissance et gloire ; et tout ce qui est dit essentiellement de la » même sainte Trinité doit être dit au nombre singulier comme » d'une seuie nature des trois personnes consubstantielles*. »

Le 12* concile général, k" de Latran (en 1215), est encore plus exprès en déclarant : o Que les trois personnes sont co-snbstantielles » et co-égales, co-tout-puîssantes et co-étemelles , un-^principe de >» toutes choses, etc.* » Et plus loin : « Chacune des trois personnes est » cette ehose, c'est-à-dire substance, essence ou nature divine, qui

creatorem, non très ereatores, quamvis tressint Pater, et Filius, etSpIritus Sanctus *, quoniam per hoc, In quo unum sunt, non per hoc, in qno très sunt, est Pater, attt Filius, aut Spiritus Sanctus principium, sive creator. Sicut igitur quamvis Pater sit principium, et Filius sit principium, et SçiritUs Sanctus sit principium, non tamen sunt tria principia, sed unum ; ita cum Spiritus Sanctus dicitur esse de Pâtre et de Filio, non est de duobus principiis, sed de uno, quod est Pater et Filius, S. Anselmus in opusc. De processione Spiritus sancli^ c. ix dans \t%Dog. theolog, de Petau, t. ii, 2« part., p. 76.

■ Hic igitur status est Evangelicae atque Àpostolicœ fîdei, regularisque traditio ut confîtentes sanctam et inseparabilem trinitatem, id est, Patrem et Filium et SpiritumSanctum , unius esse deitatis, unius naturas et substantiœ, sive essentis, unius eam prsdicemus et naturalis voluntatis^ virtutis, opérationis, dominationis et majestatis, potestatis et gloriœ; et quidquid de eâdem sanctà Trinitate essëntialiter dicitur, singulari namero tanquam de unâ natur trium consubstantialium personarum compreheodamus regulari ratioçe hoc inslitui. {Lettrâ da pape Agathon, Insérée dans la iv« session du Concile. Dans Bail , t. x, p. 17*2.

' Consubslanliales et coœqualesj coomnipotentes et costerni, mam univer* SOTum principium f etc. Décréta, etc. Ibid,^ p. 295.

ÂUR DiËC Et SA mmtt. 315

V sétde est le principe de toutes thosed , hors de laquelle on ne » saurait trouver un autre principes »

C'est à caose de cela que saint Thomas établit lâ r^Ie suivante : « Les noms substantifs, qui expriment Tessence divine^ senml » prédicats des trois pérsonneà divines, mais an êingulier et non » pas au pluriel.. Les noms àdjeûtifé ôu^eqoMîfication qui quali^ » fient l'essence, peuvent servir de prédicats aux personnes, mais seq- » lementau pluriel ^tnm au singulier. Nous dirons : LelPëre, le Fils » et le St-Esprit sont incrééSy immenseSy éternels. Insistons ià-* >» dessus ; il faut que ees trois knots soient pris adjectivement. Car sub* i> stantivement» il faudrait dire un incréé, un immense^ un étemel^ » comme le dit saint Athanase, dans son Symbole''. »

5. Notions précises sur TesseDce et les relations divines d'après saint thômas.

Dans une matière si délicate, et dont pourtant non-seulement tous le$ philosophes , mais encore tpus les écrivains dans les livres et les journaux , sont forcés de parler tous les jours, nous croyons utile d'offrir ici k nos lecteurs quelques notions précises et sûres qui pourront les guider djins ce qu'ils doivent penser ou dire. Ecoutons donc l'Ange deTécole :

« £t d'a^bord on doit observer que notre intelligence nomme les » choses divines, non comme elles sont en elles-mêmes ; car elle ne » Ua cannait pas à ce degré, mais comme la création la lui transmet » en nau^ les manifestante »

' Quia quœlibet trium personàrum est ilia res, videlicét substahtia , essen- Ua, flive natura divina, qu(e sola est universorum principium , prœterqaam a^W inyeniri non potest. Ibid,, p. 396.

* D^tils XtkSionme traduite t. r^p* l40.^q. xxxix,' trt^ d du texte» ti i,,p. 785. La ibèiiie. régit ftt établie par toqs les tbéologidps; Toir entre. autres Yitasse» ^«ns le Cursus ^leologia de Migne, t. vni, p. 61 S; et 659. , ^ L'on pourrait induire de ces dernières paroles que la création nouç ma' nifesle les choses divines^ même la Trinité; ce qui est nié par saint Thomas : aussi ferons-nous remarquer que la traduction de M. Sales-Girons est ici ineiacte. Saint Thomas dit : « L*intélligence nomme les choses divines, non *» selon leur mode (d* existence), parce qu*elle ne peut pas les connaître ainsi, >» mais selon un mode tfôuvé (emprunté) dans les cbosetf txtéesisecundàM mo- M dam in rébus erealis invenfam. » Ce qui est bien différent. Quest. xtxtty art. 2, dans la trad. p. 138> dans le teite d^ Mign«^p. 783.

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