‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 4)Chapitre 70 sur 108 · LETTBE DE MGR L'EVÊQUE OE MARSEILLE. ZU · texte numérisé non relu

LETTBE DE MGR L'EVÊQUE OE MARSEILLE. ZU

en soit de ce rouleau, l'inscription principale, en établissant Tauthen* licite des reliques de sainte Marie-Magdeleine, qui étaient dans le même tooibeau, prouve aussi les faits contestés; car, si en 716, on croyait posséder en Provence le corps et le tombeau de sainte Marie- Hagdeleine, il est évident qu'alors existait aussi la tradition qu'elle y était morte, et cette tradition était d'autant plus ancienne qu'elle était appuyée sur un monument frappant pour tous les yeux et environné de la vénération des siècles.

On ne nie pas la découverte de cette inscription, que les Evéques de la Pi^vence crurent devoir admettre comme cligne de ton te créance. Le savant père Pagi démontre qu'elle est inattaquable *. Dom Bouquet, bénédictin, dont la science est si profonde dans Thistoire de France, la présente comme un titre certain ; il la cite toute entière dans sonRecueil de$ historien» des Gaules et de la France f comme un monument dont Tauthenticité ne saurait être révoquée en doute et qui prouve la souveraineté d'Eudes d'Aquitaine, en Provence \ Les fioUandistes y attachent unt de foi qu'ils la donnent comme une preuve irrécusable de la vérité de la tradition provençale \ Gatel, dans ses Mémoires de V Histoire du Languedoc^ établit sur ce témoignage l'usage de donner quelquefois à Eudes le titre de roi K Dom Yic et dom Yaissette, dans leur savante Histoire du Languedoc^ l'adoptent entièrement, puisqu'elle est pour eux la preuve que les Provençaux dataient leurs chartes du règne de ce prince ^ L'Académie des Inscriptions, en 1709, l'invoque pareillement en preuve de la royauté d'Eudes \ L'historien Papou qui, tout oratorien qu'il était, paraît avoir

iempore infestalionis ienlis perfidœ Sarraeenorum^ translatum fuit corpus hoc carissimœ et venerandas Marias^Magdalena de sepulero suo alobtutri in hoc marmoreum, ex metu dictœ genlis perfidœ Sarracenorum, quid securiàs est hic, amoto corpore Sidonii, »

« Pagi. Critic. in Annal. Baronii, tom. m, pag. 186 et scq.

» Dom Bouquet, Reeaeil des Histoires des Gaules et de la France, t. m, pag. 640.

' Acla Sanctormn Julii^ tom. v.

Gatel,j)ag. 524.

' Histoire du Languedoc, tom. i, Hv. yiii, pag. 387.

^ Histoire de C Académie des Inscriptions» tom. i, in-lî, p. 208 et^213.

ÎÛ6 Mî&SIW D* SAINT LA2AM.

subi riiifloéRce dn 1 S' sièole (et dd&t an reste la médiocrité est proverbiale èhez nous), après s*ètré fdt contre' notre traditk» l'écho trop fidèle de Lannoy, en Tient à reconnaître comme nn kit constant la domination d'Eudéâ^ d*Aqniiaine en Provence ; ce qni pourtant n'a, de ravis de tons les historiens, d'autre garantie que l'inscription trouvée dans le tombeau de sainte Marie-Mâgdeleine.

Je dohneraii^ à cette lettre th)p d'étendue, si je voûtais citer en détail les monumens qui existent en notre faveur depuis la renaissance de nos archives qui, néanmoins, ont éprouvé encore bien des malheurs par l'incendie et le pillage^ sans parler desdérastations d'un récent vandalisme.

J'indiquerai cependant plusieurs titres en notre faveur : un acte de donation de la vallée de saint Maximin aux €assianites porte la date de Tan 1000 • ; une autre pièce atteste qt^^en 10S8 la principale église d'Aix était sous le vocable de saint Maximin *; en 1060, cette même église est encore désignée sous ce nom dans un acte dressé à l'occasion de la cérémonie de sa réconciliation • . Un procès-verbal signé en 1103 par l'archevêque d'Aix, celui d'Arles et les évêqnes de Cavaillon, de Fréjas et de Riez, dit qu'ils ont consacré le mattre-autel de la cathédi^le d'Aix en l'honneur de saint Maximin et de sainte Marie-Magdeleine, parce que ces Saints ont été les premiers fondateurs des Eglises d'Aix, quoniam earumdem Eûclesiarum Beatus Maximinus et Beata Maria-Màgdalanaprimifundatores extiterunt KVn ancien bréviaire d'Arles, qui est du 13« siècle, et que Ton trouve parmi îes manuscrits de la bibliothèque du Roi à Paris, renferme l'office de nos saints tutélaires et spécialement celui de saint Lazare deBéthanie, qui est qualifié évéque de Marseille et martyr *; on en voit autant dans un autre bréviaire particulier de l'église de Marseille en usage avant le concile de Trente *.

Il est impossible d'assigner l'époque où l'on a commencé à rendre

» Piiton. Dissertaliùns pour ta sainte Eglise fTAix, p. 22.

• Gallia Christiana^ 1. 1, col. 306.

3 Ihid. col. 307.

4 Gallia Christiana^ lom. i,

* Bibliothèque du roi, à Paris, fond de Colbert, 3623.

^ Ce bréviaire, en anciens caractères, est entre mes mains.

LETTRE Dfi MGR L*ETÊQtîE DE MARSEILLE. ihl

un eulte à saint Lazare, premier évêque de Marseille. Le pape Benoît IX, dans une bulle de lO&O, énumère ses reliques parmi celles que possède l'abbaye de Saint-Victor li Marseille '. EnlllT, Raimond, évêque de Marseille, ordonne la translation solennelle du chef et de quelques ossemens de saint Lazare, et fait placer dans une châsse ces reliques qui étaient depuis longtems dans son Ëglise *. L'archevêque d'Aix et lés évêquesde Marseille, de Digne étde Rié2, dans un acte de 1252, attestent avoir consacré l'autel du monastère de Montrieu, en Fhonneur de Dieu tout-puksant et du bieûheureuùi saintLazareyqueJ!V.''S.J.-C. ressuscita quatre jours après sd rnort et qui fut premier évique de Marseille K

La Cathédrale d'Autun fut consacrée sous le titre de saint Lazare en 1130, par le pape Innocent IL Ce titre lui fut donné parce qu^elIe se glorifie de posséder leÈ reliques de ce Saint apportées de Marseille en 957, selon les historiens de Téglise d'Autun, et selon d'autres, dont Topinion semble plus probable, en 859 ; on croit qu'on Voulut les soustraure aux barbares qui infestaient la Provence; l'église d'Avalon produit un document de 1077, qui montre qu*à cette époque elle croyait posséder une partie du chef de saint Lazare et la tenir aussi de Marseille^ La tradition d*Autun et d'Avalon s'accorde parfaitement quant au fond avec là nôtre, et la confirme. Un Office du monastère de Vézelai en Bourgogne renferme une semblable confirmation en attestant formellanent l'universalité et Tancienneté de notre croyance dans le 11° siècle. On disait dans la 2* leçott : Compertum verô jam à multis OLIM LONGÉ LATÈQUE habehatur, quod B. Maria-Magdalene in territorio civitatis jéquensis à sancto Maxifnino pon^ tifice sépulture tradita fuerat , ibidemque sanctissimâ ossa servarentur \ L* Angleterre nous fournit aussi des témoignages : Gislebert, abbé de Westminster, qui vivait dans le 11*" siècle, voulant prouver l'identité de la pécheresse de l'Evangile et de Marie de Bé-

< PiUon. Amaleidc iÉgliie tCMx^ pag* 149.

' Gallia Christiana, tom. i, col. 646.

^ ÀttUiq»ité4kr£giiie de Marseille^ tom. i, p. 42. 4 Mcrtwre de FrwMC, 1741» {Mg. GàU^Fus dès Sainte d'Autan, H^ Fo« rettier, pag« 300.

^ Bibliothèque du roi, à Paris, Mani d4 Saint^MarUat de Limoges^ 6347»

ZhS M4SSI0N DE SAINT LAZABE.

thanie, tire une preuve d'une sculpture; qui se voyait, comme elle se voit encore, sur le tombeau de cette Sainte en Provence^ où il dit qu'elle vint avec saint Maximin'.

Tous les écrits qui nous restent du 11^ siècle sur sainte Magdeleîne (et il y a surtout plusieurs sermons qui en parlent) attestent la croyance universelle à notre tradition dans cette époque. Il paraît que dès>lors les pèlerinages au tombeau et au lieu de la retraite de la sœur de Lazare étaient nombreux. Déjà d'après l'histoire du royaume d'Arles» Guillaume Geraud^ fils d'Othon, se rendit, en 9S5, d'Arles à Marseille et de là à la Sainte-Baume, pour visiter le lieu que sainte Magdeleiae avait sanctifié par sa pénitence et rendre grâces à Dieu du succès de ses armes% Plus tard saint Louis s'y rendit également^ ainsi qu*à Saint'Ma;dmin, au retour de sa première Croisade : ^près ces chouses, dit Joinville^ le Boi se partit d'Yères, et t'en vint en la cité d*Aix en Prouvence, pour Vanneur de la benoiste Magdaleine, qui gi$oit à une petite journée prèi,,. etfusmes au Iku de la Basme en une roche moult haut, là où Von disait que la sainte Magdaleine avait vesqu en hermitage longue espace de temps^. Or. le pieux empressement du saint Roi qui est tout spontané, indique assez combien la pratique de ce pèlerinage était répandue. Il est à remarquer cependant que celui de saint Louis à la Sainte-Baume et à Saint-Maximin, est antérieur de 25 ans à l'invention des reliques de sainte Magdeleine, aussi bien que tous les titres que j'ai produits. Mais que penser de Launoy qui n'a pas craint de hasarder la conjecture que de cette invention en 1279 dataient notre tradition et la dévotion à nos saints Patrons ?

Je ne saurais discuter ici les argumens employés contre nous par le docteur Launoy, auteur condamné, dont tout le monde connaît

* ^cla Sanctorum, tom. ii, aprilis, pag. 942.

*■ Ddlbène» de regno Burgundiœ eijrelaliss lib. iii> pag. 151.

' On sait qu*il a été fait plusieurs éditions et remaniemens du récit de Joinville. Voici la rédaction prenâière d'après Tédition de MM. Mlchaut €t Pou. joulat, faite sur les manuscrits : « Le Roy s'en vint par la contée de Provence,, jusques à une cité que en appelé Âys en Provence, là où Ten disoit que le cors à Magdeleinne gisoit ; et fumes en une voûte de roche moult haut, là où Ten disoit que la Magdeleinne avoit esté en hermitage dix-sept ans. Y. Mémoires deJotnviUe, n"* 358, 1. 1, p. 310 de la collection.

LETTBE PS MGR f/^YÊQCJR DE MARSEILLE. 349

l'esprit frondesr, et qai^ d'ailleurs, était mûà ce sujet parun sentiment d'hostilité contre l'ordre de saint Dominique, dépositaire des reliques de sainte Marie-Magdeleine; mais j'affirme sans crainte que les ar* gumens de Launoy ne résistent pas à un examen impartial et éclairé. Il n'y en a pas un seul qui conserve sa force, bien qu'ils aient été souvent répétés. Les autres systèmes, inventés; depuis comme objections, croulent pareillement sous les coups d'une saine critique. Nos preuves négatives sont péremptoires et les preuves positives assez fortes, pour établir la vérité de notre tradition sincèrement soutenue par des hommes dignes de confiance pour leur savoir et leurs lumières ; parmi ses défenseurs, aux noms des pères Pagi et Noël-Alexandre, deux hommes de si vaste science et de si judicieuse critique, je joindrai celui de l'un des continuateurs de Bollandus, du savant père Sollier, étranger à la Provence et qui a fait, avec autant de sagacité que de justesse, la réfutation de Launoy.

Mon illustre et saint prédécesseur^ M. de Belzunce, a repris avec succès l'argumentation de ceux qui avaient écrit avant lui pour défendre la cause de notre province, et aujourd'hui un prêtre distingué, M. l'abbé Faillon, de la congrégation de St-Sulpice, après avoir publié en 1835 un essai ' remarquable à l'appui de la même cause, prépare sur ce sujet un grand et bel ouvrage, pour lequel il a réuni les matériaux les plus importans et qui, d'après ce que j'en connais, ne laissera^ j'espère, plus rien à désirer ; peu d'Eglises particulières pourront mieux que nous prouver leur antique origine.

J'ose, Monseigneur, recommander à votre attention cet ouvrage bientôt prêt à paraître^ et j'ai la confiance qu'ayant, après l'avoir lu, reconnunostitres, vous nous donnerez dans une seconde édition de votre examen une place plus honorable que dans la première. C'est là une sorte de réparation qui ne peut coûter, j'en suis certain, à votre justice. Mais en attendant, il ne faut pas que l'immense succès de votre livre nous soit contraire et que des préventions trop répandues s'accréditent encore de la juste réputation acquise à votre admirable défense de l'Eglise de France. Vous ne trouverez donc pas mau-

« Essai sur V Apostolat de saint Lazare et des antres samts tntelaires de Provence,

s 50 MISSION t)B SAXm LA2ARB.

vais que je donne à ma rédamation tiM pt]Alicité qni, en faisant smpendre, jasqa'à plus ample informé, le jugement défavorable que provoque une insinuation de votre'part, empêché l'erreur de'prescrire sous le puissant patronnage de votre talent.

Veuillez agréer Tassuranc^du sincère et respectueux attachement avec lequel je suis«

Monseigneur,

Votre très-humble et trèsobéissant serviteur.

f C.-J.-EUGÉNE (de Mazenod), Evéquede Marseille. Marseille, le 28 février 1 846 .

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