CONFÉRENCES DE NOTRE-DAME J)Ë PARIS
Par le R. P. de Rayignan'.
(Suite et fin.)
Dans sa 5^ conférence^ le R. P. de Ravignan se propose d'examn ner devant ses auditeurs la grande institutioQ da sacrement derécon' liation et de pénitence^ c'est-à-dire la confession. Il n'y en a pas de plus importante parmi les hommes ; aussi a-t-elle été en butte à bien des attaques. Le protestantisme entier n'a pu en porter le joug, ou plutôt a repoussé ce divin et salutaire remède; un grand nombre de catholiques le négligent Quoi de plus urgent que d'en monuer la divine origine, et par conséquent la légitimité et la nécessité. C*es( ce que l'orateur va faire, en prouvant que ce sacrement a été établi par V autorité la plus haute ^ et qu'il est, dans la pratique, de Vefficacité la plus bienfaisante.
i** partie. L'orateur convient que pour se pliera une telle înstitution, qui humilie l'orgueil humain et contrarie les penchants du cœur, il faut la reconnaître comme appuyée sur les plus imposantes autorités. Pour les catholiques, ils y reconnaissent la plus grande de toutes^ celles de Dieu même. « Mais eu ce moment^ dit-*iU je ne veux » point parler la langue de la foi; je n'invoque pas le souvenir chré- » tien d'une infaillibilité surnaturelle et divine. J'en appelle à votre » rawon des répugnances et de l'indocilité de votre cœur; que la » réflexion soit juge. » Mais laissons exposer à l'orateur lui-même toute la grandeur de ses considérations.
Or, pour tout homme qui sait peser les motifs et les mérites des choses, PEglise est une immense «ntorité, humaine au moins qaand on a le malheur de ne pas la croire diyine; car elle se présente avec tout le poids de ses traditions, avec toutes les sanctions de son origine, avec ta série de ses grands hommes et de ses innombrables bienftits.
' Voir au précédent numéro ci^dessus, p. 379.
352 CONFÉRENCES DE NOTRE-OAllE DE PABIS
L*Eglise affirme; elle pratique et garde arec respect Tinstitation sacrée de la confession et de la pénitence. A cette vue, tout esprit aérienx doit dire: Aies pensées, mes passions peuTent bien murmurer et se révolter; un jour ne serai-je pas heureux de rencontrer le sacrement de la réconciliation? L^'Eglise n'est-elie donc pas une recommandation puissante, une sage et grave autorité? Quelle raison lui est supérieure !
L*£glise affirme, c'est quelque chose: mais ce n'est pas tout.
La confession s*établit dans le monde ; elle s'y enracine comme une institution indestructible et chérie ; elle s^lmpose aux passions frémissantes, et aux répugnances de Torgaeil. Qui eut Jamais un pareil empire parmi les hommes, au sein des civilisations, mémales plus avancées? Considéré en lui-même, le phénomène est grand» immense, inexplicable, et nous devons le dire« impossible. C'est un fait cependant.
Qui donc a dicté un jour cette loi au monde? Son nom, je vous prie, si c'est un homme? le connoissez-vous? Qui même eût Jamais osé en avoir la pensée, en concevoir la réalisation comme possible? Si aujourd'hui, du haut de cette chaire, je venais pour la première fois, malgré la conOance dont vous m'honorez et dont je m'honore, vous proposer d'accepter la confession comme une institution sacrée et de vous y souçiettre, qu'en penseriez-vous? Ce qu'en durent penser et exprimer, sans aucun doute, les répulsions tontes naturelles et énergiques des premiers auditeurs de l'Evangile. Néanmoins la confession fut établie , la confession est crue, acceptée, aimée, bénie sur la terre. Voilà le fait; il est incontestable. Expliquez-le ; vous ne le pouvez pas. Convenez au moins qu'il esta lui seul une immense autorité et une invincible démonstration.
L'étonnement , messieurs , doit redoubler avec le respect, quand on veut pénétrer plus avant dans l'élude de cet étrange phénomène. Des hommes, dépositaires par état de tous les secrets les plus graves des consciences et des familles ; des hommes revêtus seuls du privilège et de la mission sacrée de lire au fond des cœurs, d'en sonder les replis les pins intimes, les affections les plus mystérieuses, les ignominies et les douleurs les plus cachées, sous le sceau d'une inviolable iidélité et d'un silence invincible: voilà le phénomène. Dieu, le prêtre^ l'âme, quels rapports redoutables entre eux! Et le genre humain les accepta, les accepte encore ; le phénomène se réalise chaque jour, à chaque heure. A chaque heure , des flots d'iniquité et de tristesse sont versés dans le sein du prêtre» et puis vont se perdre dans un océan d'étemel oubli. Mais cela est incompréhensible , impossible, absurde , si cela n*est divin. Et cela est.
Des hommes préposés à la direction, au gouvernement des âmes et des consciences, à la réforme intérieure des moeurs, au soulagement des plus cruelles souffrances; des hommes chargés de veiller à la garde de tous les devoirs , de tous les biens dans le sanctuaire même le plus intime, le cœur de l'homme, étrangers qu'ils sont du reste à tous les intérêts d'ici-bas !