‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 4)Chapitre 73 sur 108 · CONFÉRENCES D£ MOTB£-DAM£ DE PARIS · texte numérisé non relu

CONFÉRENCES D£ MOTB£-DAM£ DE PARIS

de cette faveur, il a vonla que cette, incarnation correspondit à tous les téms et à tous les lieux.

Entendez Jénis-Christ vous rannoncer de sa propre bouche par ces mys> térieusei, mais touchantes paroles : « Je suis le pain de vie. — Vos pères ont

V mangé la manne dans le désert , et ils sout^orls; voici le pain descendant

• du ciel même , et celui qui en aura mangé ne mourra pas. Car ma chair » est vraiment nourriture , et mon sang vraiment breuvage. — Celui qui \> mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en » lui. * »

Telle était la promesse. £n voici la réalisation dans les termes aussi de TËTangile : « La veille de sa mort, Jésus prit du pain, et après avoir renda » grâces y il le bénit , le rompit , et le donna à t^% disciples, disant : Prenez » et mangez; ced est mon corps qui:est livré pour voitf. Faites ceci en mé- » moire de moi. 11 priit.de mèmis le jeatice, rfiodit grèeesv et le leur donna eh » disant : Buvez-en tous ; car ceci est mon sang , le sang de ia nouvelle ai- » liance qui sera répandu, pour vous, et pour plusieurs» pour la rémission des » péchés.. ' • - '

Ce fut ainsi que le Verbe fait homme insHtua , pour toute la durée des àgea, le sacrement de son corps et de son sang; en même tems que le lacrilice divin de nos autels. Ce fut ainsi que TaduiirabLe extension de rincama' lion fut à jamçiis assurée à la terre*, et que Jésus-Cbrist demeura réellement et substantiellement vivant paf mi les hommes, sous les voiles eucharistiques, dans tous les temples de Tunivers; eatholique à la fois, jusqu^à la consommation de^^ièel^s^

C*est ce qui se réalise. Nous possédons Jésu^-jGhrlst aus^i réellement •que si nous Teussions vu en Judée; c'est scm existence etsa présence continuées; Faat4l s'éton&ersirdaos le Clvristiani^me tout existe pour rEucharislie et par elle? C'est encore la réalité et la présence da sacrifice du calvaire renouvelé hoii par lés bourreaux, mais par le prêtre sacrificateur. Aussi, partout où n'est pas reucharistie, où n'est pas

le sacrifice de la messe, on peut dire qu'ij n'y a plus de christianisme.

. Ot<|z cependant le sacriQce.de nos autels^ Jésus^Clurist n'est plus pré- «ent et Immolé : le. temple est vide, sa grandeur inutile. est déshonorée; Taui* tel n'est plus qu*uii monceau de pierres froides et stériles. Olez le sacrifice,

• « Jean,'!, 48-57. ' ^

• » Mdttb. Mvi, 26. *-Milrc, xiv,i 22, i-L*c,ixii, 19.

PAR LE tt. P. DE UAVIG.NAX. 357

le prêtre n'est plus qu^an homme inutile aussi , un être parasite, sans fonction, sans dignité, sans caractère sacré ! Je ne vois plus qu^une tribune aux harangues, dressée dans le lieu de rassemblée publique , et un homme parlant à d'autres hommes. Cela se voit ailleurs, et quelquefois avec plus d^éclat et de talent. Le Verbe divin et sa vie, et la voii de son sang, et ses clameurs puissantes, et son action réparatrice, se sont retirés du sein même de Thumanité : la réalité du rachat et de rincarnalion n*est plus présente; le cuite , la foi chrétienne n'ont plus leur expression, leur force , leur dignité, leur permanence divine; mais non, Jésus*Christ est présent, sa vie comme sa mort persévèrent, le prix de son sang, le mérite de sa parole et de sa grâce , la réalité du sacrifice et du sacrement divin subsistent toujours ; la terre est bénie , rhomme sauvé» TÉvangile vivant et réalisé , 1 incarnation continuée et agissante.»

Et c'est ainsi, qu'à proprement parler, Vincarnation continue.

2^ partie. Mais rEncharistie n'est pas seulement destinée à continuer f Incarnation, mais encore à commencer et à consommer Vunilé entre Thomme et Dieu. L'homme avait été créé dans cette unité et cette ressemblance divines. Le péché vint les briser. Or, Jésus- Christ, qui vint sauver le monde, vint rétablir aussi sur la terre cette unité intime, permanente, active entre DieuetThomme, qui constitue Tordre delà grâce. Tordre surnaturel.

Mais la parole humaine est impuissante à exprimer tant de grandeurs ; II nous faut , pour les énoncer, la langue évangélique. L*horome-Dieu , après avoir institué pour jamais TEucbaristie , et l'avoir donnée une première fois CD communion à ses apôtres , même au traître , épanche son cœur pour nous révéler tous les trésors renfermés dans le sacrement divin.

U nous le présente d'abord comme le gage d'une puissante efficacité dans

la prière. « Tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom> je le fe-

« rai*. —Non ^ je ne vous laisse point orphelins ; je viendrai à vous. —En co

* jour, vous connaîtrez que je suis en mon Père, et vous en moi, et moi en

» vous a. »

Puis il elprime ainsi cette union même, ou plutôt cette unité: « Je suis la » vigne, vous les branches. — Si quelqu'un demeure ainsi en moi, si je de- » meure en lui, il portera beaucoup de fruits, parce que, sans moi-même , » vous ne pouvez rien faire. Mais, si quelqu'un ne demeure pas en moi, il

' Math. XXI. 22.

« Jeanxfv, 18 et 20.

Itr SÉRIE. TOME xm.— N' 77 ; 1846. 23

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» sera jeté dehors comme le sarment inutile ; il séchera » et on le ramassera » poar le fça. Demeurez donc dans mon amour. Ma loi est aussi que voua » vous aimiez les uns les autres, comme je tous ai aimés*. »

Et enfin» quand Le Sauveur va terminer tous ces divins discours, prononcés après la Cène, il adresse à ^on Père cette sublime prière : « Père« Theure est » venue , je vous prie pour eux. — Père saint, conservez-les en votre nom , > afin qu'ils soient UN comme nous, ul sinl UNUM, sicul et nos, b Et il le répète encore , et il insiste : a Que tous soient Un , ul omnes unum sinl» M comme vous, mon Père, vous Têtes en moi, et moi en vous; qu'ils soient n UN eux-mêmes en nous, ul et ipsi in nohis unum sinl. Qu'ils soient donc » consommés dans l'unité ^.»

» Mais c'est assez. Messieurs; nous ne soutiendrions pas loog-tems un tel langage : il est trop fort pour nous. Au moins , vous y pouvez bien reconnaître la pensée de Jésus-Christ dans la divine Eucharistie, la consommttion înefTable de nos âmes dans la vie même divine.

Id, rorateur» s*adressaat à ces chrétiens qui» de nouveau, ont brisé celte unité surnaturelle, leur montre de quel iouaense secours, boaneur et bonheur ils se priyeut*

c Mais malheur â celui qui s'éloigna un jour de ces communications sacrées pour ne plus s'en rapprocher et s'en nourrir ! Il brisa les liens de Tunion divine qui le tenaient attaché, à Jésus-Chilst même , et se retrancha de Péternelle et indivisible société de ses membres. Alors la vie s'est retirée de son cœur conune le sang glacé du mourant se retire de ses veines; il ne porte |ilus et n'alimente plus en lui-même le foyer delà divine charité; et la terre est désolée, divisée, parce que Thomme ne vit pas de Dieu par une participation assidue des mystères eucharistiques.

» Toutefois, Messieurs, votre présence me rassure, et je n'ai plus que des vœux ardens à former pour que vous soient données et fructifient en vous au centuple, les grâces que ces jours sacrés réservent à vos âmes.

» Puisse celte divipe et réelle présence ne point passer inaperçue au milieu de vos Journées et de vos heures! Et puissiez-vous n'en point laisser toutes les douceurs^ toutes les éternelles e4 bienbe.ttreuses influences à ces âmes caclwes qui vivent inconnues au monde et dédaigneusement séparées de son action et de ses laveurs, parce qu'elles vivent unies à Jésus-Chrisi 1 Le monde cepeadant, Mesaieursi <appar tieiit à oes waes i et sjBs des^isiiéos ivnt atu«héas à leurs

* Jean xv, i, î Jean XVII, 31.

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