‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 4)Chapitre 76 sur 108 · AUX OBSERVATIONS DU DIRECTEUR DES ANNALES · texte numérisé non relu

AUX OBSERVATIONS DU DIRECTEUR DES ANNALES

CONCUJSIOlf DE LA DISGOSSION.

Paris, le 16 mai 184C.

Monsieur,

J'ai l'honneur de vous faire hommage d^un exemplaire de ma traduction en français de la Préparation êvangélique d'Eusèbe qui vient enfin de paraître. C'est un retour ( âvriScopov ) qui tous est bien dû pour tout ce que vous mettez de bonne grâce à m'adresser vos Jnnales et à y insérer la polémique qui existe entre nons. Je regrette seulement que , puisque vous aviez cette bienveillance, vous n'ayez pas donné place au travail plus complet et plas étudié que je vous avais envoyé huit mois auparavant, plutôt qu'à ce qui n'en était que Vappeniice^ et en quelque sorte une invitation à tirer de l'oubli mon précédent envoi, qui paraît avoir assez captivé votre attention pour que vous ayez souhaité l'accompagner de notes ponr lesquelles le tems vous a manqué. Quoi qu'il ne soit, j'avoue, que le dernier morceau que vous avez fait imprimer, représente sommairement le système qui a présidé à mon dernier écrit ; je dois donc me contenter de cette dernière faveur.

RÉPONSE

Nous l'avons dit nous-même , le précédent travail de M, Séguier

360 BtPONftE Ot H. SEGGISB DE SAI1IT*BBIS803I.

neeoeteiaitqiicipdipMitextegdeitoqalIfittlb

était assez kmg. Mais le travail qae nous aTons cité renfermait tout

le système. G*est ee qui nous Ta fait insérer.

PPSEUTAT^Oa».

Les nota entremêlées l mon texte, sont de denx espèces i dans les unes vous déclarez que vous partagez mon avis snr le seâs des pasfa^es que j'ai cités; rien ne pouvait ^us me flatter que cette onanimitié entre nous. Je retire donc de la discussion tous les points oà j'ai pu ne pas bien saisir votre pensée. Mais il en est où nous sommes entièrement opposés; d'autres où je crois n'avoir pas été bien compris par vous , monsieur ; ce sont' ceux-là que je me permettrai d'aborder de nouveau, puisque , ainsi que vous le dites à la fin de votre article , vous êtes disposé à recevoir avec plaisir mes observa* lions.

J'ai dit qu'excepté dans V espace étroit de ta Judée j il n'y avait sur la terre aueun adorateur du vrai Dieu,

Vous opposez à cette assertion la dispersion dol juifssur presqae toute la terre, le dénombrement des prosélytes do liems de Salomoa (153,60&), rinvasioB des jniis en Chine» leur service militaire daoLi l'armée de Xerxès et d'Alexandre^ les centaines de milliers de joUs que Ptolemée Soter transporta en ËgQ^pte, et le quartier qu'ils occo*paleot dans Alexandrie» etc.

J'admets tout œla, sauf les autels publies a Romt dmit je ne vols pas de trace dans l'histoire» e| que la loi de Moise d'aiUeurs interdis sait formellement hors de Tenceinte de la Judée* Mais |e ne vois rien dans tout cela qui constitue un culte religieux. Il y a peut-être aa« jourd'hui plus de juifs répandus 4di^"lô monde, qu'à Tépoqué de ta naissance de Jésus^Christ ou dans les tems antérieurs ; cependant ta foi des juifs n'est pas la foi du monde entier..

Remarquez de plus, monsieur, que je n*ai pas parié de /b» seule-* ment, mais d'a(2or(Z(ion ; que les juifs aient gardé leur foi dans tous les pays où ils se sont transportés de gré ou de force, c'est incontestable, Mais (|u*ils raient communiquée à ce qui les entourait, à la

àVX OBftBBVAZIÛ»« ÙV DUICTSUB DSS ANBi^tfiS. Ht

manière dont te ^trasde J^vt^au^ist. ont prtehé et rémpdtl l*ÉvangiIe ; Toilà ce que je nie.

R^porcss.

Nous pensons qu'il nous sera facile de nous entendre avec H. Sé^ gnier, sur tous ces points ;

loQuantàlVrec^tonde» autels publics kRome^ nous lui avions indiqué notre autorité historique. C'est celle de deux auteurs latins nouvellement découverts, et expliquant un passage obscur de Valère Maxime. Celui-ci disait en effet : « Que Tan de Rome 614 » (avant Jésus-Christ, 139), le préteur Cornélius Hispalus chassa » de Rome les Chaldéens, et ceux qui voulaient faire entrer dans » les mœurs romaines le culte de Jupiter Sabasius \ » Or, Juliuê Paris et Januarius ffepotianuSf découverte par le cardinal M^, nous ont appris que ceux désigna; par Yalère Maiume « étaient le^ Juifs. Voici la phrase de Nepotianus : « Le même Hippalus chassa »» de la ville les Juifc qui s'efforçaient de faire adopter Iqur religion, » leurs cérémonies (sua sacra) aux Romains; et il fit abattre les at*- » tek privés élevés dans les lieux publics •. »

Ce texte est clair et précis ; d'autant plus que nous avons des inscriptions qui prouvent que malgré ee bannissement, les juifa étaient revenus à Rome, et y avaient de nouveau établi leur culte. Voici d'abord trois inscriptions qui existent, encore et qui prouvent que le culte dé Jupiter Sabasiu^ ^ fut dans la suite toléré à Rome, et même dans

' Idam qui SibatH Jovif coUu ûnnlatomoifi ronafiof infioere eenatj iiiBt.Val.Msi.). Kc. 3.B.d.

• JadaNw quoqae qui Romanu tradere lacra ma eonali araut idem Hippalus urbe exteroiinavit arasque privataa è pubiicis loeU alijaf it. Voir cet deux textes completg dans dos Annales^ t. y. p. 139 ( 3" série ), et dans les scrifH tores veUres de Mai , t. m, 3e partie, p. 7 et 88.

* Voir dans les instripUwu de Gruttar, p. xxh, n. 4, 5, 6. Les abrériationi des têttes eiiés iei signieent: D.L. D, dédit libéris; L. D. D. D. Loeut datas éeeuto deeuriomm ; V. S. L. M. voium tùtvit Mens merito. Il faut note» entore l'autorité de Valorius Probur, qui d'après Gyraldus, aurait donné dans

'se« iyolff.antiqaûrant^m lettres I. S. la yhX^x^xét Joints Stihaxins,

368 ItKPONSE DE M. SEfiCIER DE SAIHT-BRISSON

d'autre parties de l'ItaBe. La prem^e a -été trouvée à /LurfiMS, et est conçue en ces termes:

SP. METTIVS.

ZETVS.

lOYI. SABAZIO.

. Deux autres ont été trouvées à Rome dans le jardin des Mattei {MaUheorumJ^ au-delà du Tibre : elles sont conçues en ces termes :

Q. NVNNIVS. lOVI. SABAZ.

ALEXANDER. Q. NVNNIVS.

DONVM. DEDIT. ALEXANDER.

lOVI. SABAZIO. V. S. L M.

Ces faits sont incontestables. Ce n'est pas tout, il paraîtrait que dans un moment où la religion ancienne s*en allait , et où le paganisme luttant contre le cjiristianisme, recevait tous les dieux qui n'étaient pas le Christ , honora d'un culte public et solennel > ce même JOVE SABAZIE '• Puisque du tems de Domitien, on fit à Rome en son honneur, une de ces solemnités publiques que 1 on

' Mous savons qu'il y aurait beaucoup à dire sur ce SalMsius^ que lés Grecs connaissaient et dont Us avaient repoussé le culte. Mousrappellerons sommairement que tous le disent étranger de naissance, thrae, phrygien, ou asiatique ; ib le disaient lovis lui-même, ou fils de Jupiter , tel que Baccfaus ; que Tadoration principale dans ses fêtes consistait dans le cri EUOE SABAl» qu'Aristophane avait dirigé une comédie entière contre ce dieu, dont ii fit interdire le culte à Athènes; qu'on lui attribuait «l'invention d'avoir attelé les boeufs à une charrue, et qu'à cause de cela on le représentait coauue Moïse avec deux cornes sur le front]; enfin que Plutarque dit que son culte avait une grande conformité avec le saèat des juifs. Cicéron, s'il faut se fier aux anciennes éditions, aurait parW des lois Saâazeennes d*im roi d'Asie^ « Eumque regem Asi» prsfuisse dieunt , cugus Sahazia sunt instituta. • Mais dans les nouvelles éditions, sans dire pourquoi on a changé Cujas, en Cui, à qui on a consacré les fêtes Sahaze'eimes, etc., etc. Voir Orpliée hymne à Sabasius.—kmUipXi,^ Oiseaux 402, et son schoUas. 403.~Diod« it. n. 4.— -Strabon p. 721.— Cicéron de nal. Deor. m. 23. de L^i6. ii.— Gyraldus. Yiii. p. 276. — Meursius vi. c. i. — Boddinus ad vénal, Opp, i. 25.

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apelait puîvinaria , et qni consistaient en processions, descente des dieux de leur base , pour être couchés sur des lits préparés exprès '.

En outre il faut observer que déjà sous Tibère les juifs avaient donné assez d'ombrage aux empereurs par leur prosélytisme pour qu*un décret du sénat les chassât de Rome et en relégua /!i,OQO dans Tlle de Sardaigne. Voici les paroles de Tacite : <« On s'occupa dans le se- » nat , de chasser de Rome lés religions égyptienne et Juive ; un » sénatus-consulte, relégua 4,000 affrancbis, qui étaient imbus de » cette superstition dans Tile de Sardaigne, pour y réprimer les bri« » gandages, et vile perle, s'il y périssaient par la rigueur du climat. » Les autres devaient sortir de l'Italie, à moins qu'à un jour marqué « ils n'eussent renoncé à leurs rites profanes ^ »

Au reste , nous convenons que ce culte , quel qu'il fût , n'était pas comme celui qui se pratiquait à Jérusalem , et de plus que les juifs ne l'avaient pas communiqué aux diflerens peuples à la manière dont les apôtres conununiquèrent l'JÈvangile. j\lais il faut nécessairement ajouter que Moïse n'avait pas défendu d* adorer Dieu partout où les juifs se trouveraient; ce précepte, compris dans ce sens, serait absurde et impie ; car en quelque endroit que l'homme se trouve , \\ doit adoration privée et publique à Dieu. Mais Moïse avait défendu d'élever un autre temple ayant les privilèges et les solemnités de celui de Jérusalem ; un temple ayant un sacerdoce, une hiérarchie, un Dieu rival ; il avait défendu d'offrir à Dieu des victimes ailleurs qu'à Jérusalem ; que s'il avait absolument défendu d'élever nn autel quelconque, même avec la seule inscription loue Sabaoth^ qui ressemble si fort à celle de louei Sabasie^ alors il faudra dire que les juifs de Rome étaient des ces Samaritains qui avaient déjà fait schîsme avec Jérusalem; ce serait ici un point à éclaircir. Dans tous les cas^ il ne peut être douteux que les juifs hors de leurs pays ne dussent

' Voir le~ Falere Maxime de Picbias» lequel s'exprime ainsi dans ses notes ^ p. 458. « Atqui apud Romanos sacra Jovis Sabazii\ licet priore seculo dam- » Data ac prohibita, à posteris tamen recepta fuisse docent ejus Del put» ■ vinaria^ DoiQÎtiani lempore façla. » — Nous avouerons n'avoir pu trouver sur quel passage des historiens latins il s'est fondé.

i Tacilc.//wi. 1. Il, c. 85.— Suétone dit la même chose. Voir aurai Joséphe Jnt.j'ad. !. xviii, c.5.

d70 BÉPONS£ M M. S£GtJlÈR 0£ SAINT-BRISSOX

prier et adorer Diea. Il ne peut être doutent non plus que les peuples, et surtout les philosophes étrangers, aient pu facilement atxnr connaissance du Dieu des juifs; or, c'est tout ce que nous atons voulu établir dans nos Annales.

Ceci servira d'explication aux assertions et aux textes suivans de M. Séguier.

Tout y portait obstacle. Moise n'avait admis qu'un seul temple dans Vmnivers où le culte et les sacrifices dussent être pratiqués. Ils ont en effet cessé depuis la prise de Jérusalem par Titus.

«( Considérez, dit Eusèbe, au commencement de sa Démonstra-' » tion évangélique,àQ quelle manière la loi de Moïse prescrit la cé- » lébration des fêtes; ce n'est pas en tout lieu; mais ddns le seul lieu » qu'il montrera *• Voyez, Continue le même père , toutes les impos- » sibilités qu'accumule la loi de Moïse, pour devenir la règle de » conduite en matière religieuse du genre humain tout entier* ?i>

Il fait suivre une suite de preuves que je ne répéterai pas ; car h Démonstration évangèlique n'a pas d'autre but que celui de montrer que depuis la venue de Jésus-Christ sur la terre^ la religion jui?e B0 suffisait plus aux besoins de l'humanité tout entière.

RtPONSE.

En effet, on peut bien dire que Moïse n'avait pas publié sa toi pour Yunivers entier, pour Vhumanité entière; elle avait été faite pour le peuple juif seulement; les autres peuples avaient la loi patriarchale et adamique, également divine, mais que malhçureusement ils avaientobscurcie en y mêlant leurs propres inventions comme cela était awîvé aux juifs, auxquels Jésus le reproche expressément: « Pourquoi trans- » gressez-vousie dépôt de Dieu pour votre tradition? Vous avez rendu » inutile, le dépôt de Dieu pour votre tradition \ — Ilsm'honorentd'ane » manière vaine, enseignant tes doctrines et les préceptes den hommes;

« Bé% TÎva Tfo'îT&v ït«i Tot irepl T«v loprwv ^laffTeXXei, eux àX>.oôi «yy^, a>J^' i ■y p.ov« Tw ^yiXoUjtevû) mnif, P. 2j ©dit. d« 1628.

3 Mith, XY. 3. 6. 9.

AUX OBSERVATIONS DU DIRECTEUR DÈS ANNALES. 3 il

M car délaissant le dépôt de Dieu, vous gardez les traditions des hom- >» mes, les baptêmes des cruches et des coupes , et vous faites beau- » coîip d'autres choses semblables. — Et il leur disait: vous avez » rendu tout à fait nul le précepte dé Diçu afin de conserver vqtre » propre tradition ; vous avez aboli le commandement de Dieu, par n Totre tradition que vous avez établie *. »

OBSERVATIONS

Deux excep^ioQs à la concentration d^ coite JudaïqiKi i9(#t Rapportées dans rhistoire ; ce sont les deux teoipl^ nnm 4^.celyi d^ J4^ rusalem, élevés Tua sur le mont' Garizim dans le p^ys.deâamam, par Sanabaleih le chutéen '; Vautre à>HéUQpQlis<Ji*£gypi«» p^r OnMlIt sous Ptolémée Philométor ^ Mais dans Topinioa des grands prêtre de Jérusalem et des juifs iidélest c'ét^cAt jutant de Hbistmt^h^ samaritains surtout étaient repoussés de la communioa des juifs K D'ailleurs V adoration en esprit et en v4r%té que Jésus^Christ était venu enseigner au nninde^ ne devait plus être ni au moni^ Garisim, ni à Jérusalem, a Lç tems vient, dit notre Seigneur à la Samaritaine, » où vQus n*adcNrerez plus le Père, ni sur ce mont, ni^ à Jénisalem ^,»

Je maintiens doi^c qu'il i^*y avait sur la terre, aucun a^rateor du vrai Dieu , que dans respac^ étf oit i^ 1^ Jadéei» %V9^t 1% pr4dic4iioa de la foi chrétienne.

RÉPONSE

^^m répétOQdce que nousavom déjk éitj H n^y a icifdésaccord entre Ai. Séguin el mo$f que dans ks termes; ii^f avait des adorateurs du vrai Dieut par^ut oît un juif ou toiit nutré personne qui connaisaauit le vrai Dieu, élevait ion cœur ou sd -voix ft Dieu, pour le remercier ou loi dema&âer qiud^ie ekoie^ mais il est vrai que Dienïi*étàit %^é Hhmk rît-moM^e qu'à JérsMilèm ; cftr c%t pdtir' Jérusah^ mim^i qao ce rit âvail Uè éUMu

OBSERVATIONS

«M. Sèguier semble insinuer, dites^VQus» mousieuru qu^ le Gbriit » s*est incarné pour venir répandre la nation du vrai Dieu. Sans

' Marc. Yiî. 6. 9. 13.

* Vmt les Antiquités de Josèphe» liv. z^^ c. 8*

? Voir idem^ 1. xni, c, 3; Guerre des Ju{fsy I. vu, c. 30.

* Jean IV. 9.

^Ihid.^l,

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