MORT DE SA SAINTETÉ GRÉGOIRE XVI
Nous avons à annoncer à la fois à nos lecteurs une nouvelle bien triste et une autre bien agréable ; c'est la raort de Sa Sainteté GllÉ- GOIRE XVI et l'exaltaiion sur le trône de saint Pierre, après 16 jours d'interrègne et deux jours de scrutin, du cardinal Jean-Marie des comtes Mastai-Ferretti, qui a pris le nom de PIE IX.
Rendons d'abord un juste hommage à la mémoire de ce pontife si sage que Dieu a appelé dans son éternité, après un règne de 15 ans, 2 mois et 20 jours.
Four louer Grégoire XVI d'une manière juste en même tems et impartiale, nous allons passer rapidement en revue les diverses pièces officielles insérées dans nos annales et dans lesquelles Tauguste pontife s'est adressé au monde catholique ; de ces pièces nous extrairons les principes religieux, philosophiques et politiques qui en forment la base, et dont le chef et le guide des Chrétiens conseille ou prescrit l'enseignement et la croyance. Nous ne craignons pas de le dire, pour tout esprit réfléchi, non aveuglé par ce philosophisme qui gagne et fait chanceler le monde, il n'en est pas de pins sages, même au point de vue humain et rationel. C'est ce qu'il sera facile de vérifier par Ténumération que nous allons en faire. Nous avons pensé que c'était là le plus bel éloge, et Toraison funèbre la plus convenable que nous puissions faire du saint pontife.
Le 5 août 1831. — Constitution pour future mémoire de la chose
m* SÉRIE. TOME XIU. — W 78 ; 1846. 26
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dans laquelle le ponlife, suivant en cela les constitutions de ses prédécesseurs qu'il cite déclare : « que si pour les tems à venir, dans le » but de régler les affaires de l'administration spirituelle des églises 9 et des fidèles quelqu'un a été qualifié et honoré par lui ou ses » successeurs du titre d'une dignité quelconque , même royale, de » quelque manière que ce soit, par cela même, il ne lui est attribué, » acquis ou confirmé aucun droit, et qu'on ne peut ni ne doit tirer de » cette désignation aucun argument en faveur des droits de la personne » à laquelle ils s'adressent.»
Le pontife déclare en outi'e, qu'au milieu du bouleversement actuel , ic il ne cherche que les choses du Christ , et qu'il se pro{»osc » uniquement comme la fin de toutes ses entreprises ce qui peut » contribuer le plus efficacement à ia félicité spirituelle et éternelle » des peuples ' . »
15 août 1832. —le^^rc encyclique à tout ^univers Catholique. Le ponlife gémit de voir « là divine autorité de l'Église attaquée de >» toutes parts, et ses droits soumis à des considérations terrestres et n elle-même réduite à Une honteuse servitude... »> Il déplore la ligue formée en Allemagne contre le célibat ecclésiastique; enfin il condamne rindifférenlisme, et les trois principes suivans qui en découlent : la Uberté de conscience, la liberté de la presse et la liberté politique. — On s'est beaucoup récrié contre ces maximes, on les a reprochéesau pontife, et on les a jetées à la face des catholiques, comme s'ils ne pouvaient les admettre ou les justifier. Quelques catholiques même ont fait cause commune avec les protestans contre le chef de l'Église. Mais il est facile de le justifier, même par de simples raisons humaines et philosophiques. £n effet , à moins qu'on ne déclare que l'erreur et la vérité, que la vertu et le vice, le bien et le mal sont une seule et même chose , il faut reconnaître que Terreur , le vice , le mal, n'ont point de droit, ne sont point permis» Quand ^ donc « le pontife catholique parle au nom de TÉghse, au nom de Dieu» quand il ne fait qu'exposer la révélation de Dieu , dont il n'est que le gardien^ il doit dire que la vérité ^ h vertu, le bien seuls sont p$rmis ,
Voir toute celte coniftittttion dani ÏAwcUiairc catholique, t. h p. 171.
NOMINATION DE SA SAliNTETÉ PlE IX. 407
ont des droits; il ne peut parler autrement ; les vrais philosophes, les législateurs ne disent pas autre chose ; c'est Texpression si souvent admirée de Bossuet : Il n'est pas de droit contre le droit.
Cette question est bien différente de celle de savoir, si dans telles circonstances données, on peut ou on doit tolérer Terreur, le mal, etc. Ainsi ^ dans notre société civile, telle qu'elle est constituée en-dehors de toute révélation et de toute tradition divin 3, le pouvoir, parlant en son propre nom, n*a le droit d'imposer aucune croyance, de prescrire aucun dogme ; et de là, à Tégard de ce pouvoir et pour celte société, nécessité de la liberté de conscience, delà Uberté de la presse, de la liberté politique. Le Saint^Père a bien distingué ces deux ordres, quand il a si souvent averti les gouvernemens, qu'en renversant les lois de Dieu, ils renversaient par là même les lois humaines. Quant à la question pratique , le pontife a répondu par la tolérance qui règne dans ses états pour chaque individu, par ses transactions avec tous les gouvernemens sortis d'une révolution. Mais ces dernières questions sont bien différentes de celles qu'il a tranchées sur les droits prétendus de Terreur. Tout philosophe conviendra avec lui que Terreur Je vice, le mal, n'ont point, ne peuvent avoir de droits/ On sait, au reste, que cette encyclique fut principalement dirigée contre les principes politiques et philosophiques de V école Lamen* naisienne. Le Saint-Père, s'adressant aux évêques, leur dit , en qualifiant plus particulièrement cette école :
« Embrassant dans votre affection paternelle ceux qui s'appliquent » aux sciences ecclésiastiques et aux questions de philosophie; exhor- » tez-les fortement à ne pas se fier imprudemment sur leur esprit 9 seul , qui les éloignerait de la voie de la vérité et les entraînerait » dans les routes des impies. Qu'ils se souviennent que Dieu est le » guide de la sagesse et le réformateur des sages\ et qu'il ne peut » se faire que nous connaissions Dieu sans Dieu, qui apprend » par la parole (ou par le Verbe) aux hommes à connaître Diew^ » Il est d'un orgueilleux, ou plutôt d'un insensé, de peser dans une » balance humaine les mystères de la Foi^ qui surpassent tout senti**
* La Sagesse, vu, 15. î
• S. Irénée, liv. !▼, ch. 9. ; r
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menfy et de se ûar sor notre raison, qoi est faible et débile , par la » condition de la nature humaine'. »
Le 13 décembre 1833. — Lettre à Mgr Engelberi^ archevêque de Malincs, et à ses suffragans, portant approbation des statuts de Vuniversité catholique belge. Le pontife y rappelle « que c*estauSiégeaposr n tolique qu'il appartient essentieUement de diriger les études des » sciences sacrées qui s'enseignent publiquement dans les universités'. »
Le 28 décembre 1833. — Lettre adressée, à M. l'abbé deLaMennaii , qui venait de se soumettre complètement à la doctrine de V Encyclique. Le pontife le félicite a de ce qu'il a acquis une paix » pleine et sincère, par la générosité de Celui qui sauve les humbles n d'esprit et repousse ceux qui puisent leur sagesse dans les principes r» du monde, et non dans la science qui vient de lui \
Ces deux paroles démontrent mieux à nos yeux la fausseté des principes Lamennaisiens que toutes les réfutations philosophiques que Ton en a données. Le consentement commun de M. l'abbé de La Mennais reposait en dernier lieu surles/7rmctpesdu monde toujours sujets à Terreur, et non sur la science qui vient de Dieu. C'était , comme nous Tavons déjà fait remarquer, un rationalisme, non individuel, mais général.
Le 25 juin 183^. — Lettre portant condamnation des Paroles d'un croyant de 3L l'abbé de La Menaais. Le pontife déplore dans quel abyme va se précipiter la science qui n'est pas selon Dieu , mais selon les principes du monde..,; il reproche à Fauteur de forger un nouvel Évangile et de poser un fondement autre que celui qui a été posé... Puis il ajoute, en ce qui regarde les principes philosophiques : » Au reste, nous devons surtout gémir en voyant où préci- »» pilent les écarts de la raison humaine^ dès qu'on se livre à l'esprit « de nouveauté, et que, contre le précepte de TApôtre, on cherche à » être plus sage qu'il ne faut être sage, et que, se confiant trop en )» soi-même, on se persuade devoir chercher la vérité hors de P Église » catholique, dans laquelle elle se trouve exempte de la plus légère
« JnnaUs, l. v, p. 231 (l" série).
• Annales , t. viii, p. 397.
^ Annales, t. tiii, p. 75.
)> souillare ; de là vient qu^elle est appelée, comme elle est en réalité, » la colonne et le fondement de la vérité. Vous comprenez sans » donte, VV. FF., que nous parlons aussi de ce dangereux système de >» philosophie nouvellement introduit^ et que Ton doit réprouver, > par l'effet duquel, entraîné par un désir immodéré et sans frein de » nouvautés, on ne cherche pas la vérité où elle se trouve réelle- -» ment y et négligeant les traditions saintes et apostoliques, on » admet d'autres doctrines vaines, futiles, incertaines et non approu- D vées par TÉglise, et sur lesquelles des hommes frivoles croient faus- » sèment que la vérité elle-même s'appuie et se soutient '. »
Le saint père a^bien raison de le dire, M. de LaMennais forgeait un nouvel Évangile^ dont il vient de donner V édition dans les commen^ taires qu'il a ajoutés à la traduction récente qu'il a faite des Évan* giles.
Le 26 septembre 1835. — Bref portant condamnation des doctrines d* Hermès que le pontife qualifie ainsi : c' Entre les maîtres de l'er- » reur, on compte généralement et constamment en Allemagne » Georges Hermès , qui s'écartant témérairement de la voie royale, » que la tradition universelle et les saints pères ont tracée en ex- » posant et en défendant les vérités de la foi, ouvre un chemin téné- >» breux vers toutes sortes d'erreurs, en établissant le doute positif » comme la base de toute recherche théologique, et en posant comme » principe que la raison est la règle principale et l'unique moyen » que l'homme possède de parvenir à la connaissance des vérités sur- » naturelles \ »
Le 10 décembre 1837. — Allocution aux cardinaux sur Venléve^ ment de V archevêque de Cologne par le roi de Prusse. Le saint père s'y plaint de cet acte de violence commis contre un prélat « qui, tout » en rendant à César ce qui appartient à César, n'avait pas cependant » oublié qu'il était de son devoir de conserver religieusement la » doctrine et la discipline de V Église. » -— II y dénonce publiquement ce manque de bonne foi , par lequel l'ambassadeur de Prusse
• Annales y t. ix, p. 89.
» Annfilesy t. xvii> p. 97.