Himyarite, 18. Zend
> Nous nous servirons des lectures de M. de Bunsen,\es bornes de cetarticle ne nous permettant pas de les discuter.
SUR l'état actuel des études égyptiennes. h^\
qui ne paraît pa$ rappelée dans Manéikon. On reconnaît k la ligne
suivante (n"" 10) le roi Papî ou plutôt /f/>e/>| 1 , comme récrit un
papyrus de Londres; on ne peut guère méconnaître dans ce nom le roi centenaire, nommé Phiop$ par Manétbon , et Jpappus^x Eratosthène» le chef de b 6« dynastie.
Après une suite de princes qui n*ont point le titre de roi, la 3* ligne, quoique en partie mutilée, permet de lire cinq noms de la ii<^ dynatiie. Ce côté gauche quel qn*en soit Tordre exact, présente donc des rois depuis là plus hante époque jusqu'à la i7* dynastie.
Quant à la partie droite, aucune conjecture n'avait été hasardée lorsque le papyrus royal, dont nous parlerons tout è l'heure, parut fournir la preuve que les rois de la première ligne de ce côté du mo« Hument devaient suivre immédiatement la 12* dynastie, et appartenir ainsi à ces rois obscurs et longtems tributaires des pasteurs dont Manétbon n'a pas rapporté les noms. Le sens général du monument étant ainsi rétabli, la critique de chaque partie en sera plus aisée à corn* prendre lorsqu'il faudra étudier la suite des dynasties.
Il existe un troisième document d'une haute importance et dont jusqu'ici l'histoire n'avait point profité. Je veux parler du Papyrui royal de Turin*. Ce précieux débris fut apprécié à sa juste valeur par ChampoUion^ aussitôt qu'il le découvrit au milieu d'un monceau de papyrus réduit presque en poussière par les ans. Il en réunit les fragmens épars avec une patience merveilleuse. La fibre du papyrus, qui conserve dans chaque fragment une physionomie toute particu* Hère , fournit pour ce travail un moyen de contrôle bien précieux. Champollion put se convaincre qu'il avait devant les yeux les débris d'une liste de dynasties qui avait embrassé même les tems mythologiques, ou le règne des dieux et des héros. Ce travail, amélioré encore par Seyffarth, fut enfin publié par M. Zepstus après une minutieuse révision. Quelque défiance que l'on doive conserver sur l'ordre où se présentent des fragmens ainsi rassemblés , des faiis précieux n'en sont pas moins acquis à la science, unt par certains morceaux plus entiers que par l'ensemble du travail.
^ PaMié par M. Lepsiui dam son Choix de monument historiques.
443 TBAVAUX DE tf. DC BU^ÏSEN
L6 comaietteemeDi da papyrus notu proQ?e qtt« left tradiliollt my^ tiques et héroïques étitenl bien dès Tépoque des Ramsèi^ ce que Manéthon nous a traORâis» Nous voyons figurer dans le 2e fragment,
comme rois d*Egypte, les dieux ^g^^ ! Seb^ J 1 Osiris, J Set ,
^|l Horus , j^ Thot'ffermès, et la déesse > 1 ^ Mai
Une idigûe période de rîèdes est déjà attribuée im règae de cbt<> cua* D'autres dieux attifaient ceux-ci, et uU mot écrit à l'encre rouge marque lé commenoemekit de chaque dynastie, après laquelle viennent des calculs ; 34 noms de rois paraissent à M. Lepsius devoir se rapporter aux dynasties antérieures à la 6®; Menés y figure avec ^^oiis I son successeur. D'autres noms de rois humains sont rapportés avant lut ; ce sont probablement les dynasties partielles dont parle Mméthon^ avant la réunion de TEgypte sous un même pouvoir( 30 autres noiAs en6 fragntens appartiendraient à l'espace com* pris entre la 6* et la 12« dynastie ; la fin de la 6« dynAstie est bien
déterminée par le nom du roi Ounas ^a^ljl Ld tête de la
7o colonne» qui paraît un peu mieux conservéei contient un fragment bien précieux. £n effet on y lit distinctement les noms de deux rois qui r^)ondent aux N"** 31 et 30 dans la tahU de KamaJ^ et qui terminent ici une dynastie. La famille qui suit, où l'on voit dominer le nom du dieu Sév^k^ est celle d*où sont tirés les premierB poms du cdté droit de la toble de Karnak, ce qui nous montre très* probaUement dans quel ordre se suivent les deux côiiés du monu« meut Dans les derniers morceaux, beaucoup mieux conservés» on peut enoore lire 65 noms de rois qu'il faut bien placer «vaut la 18e dynastie. Un manuscrit de cette époque, contenant encore 115 n<Nasde rois^ et eu ayant contenu un bien plus grand nombre^ rend him impossible de nier les données de Manéthon pour les tems reculés, mais il y introduit en même tems quelques reosetgnemens critiques. On peut reconnaître en effet les traces d'un plus grand nombre de rois que Manéthon n*en a donné pour certaines dynasties ; de plus le papyrus semble compter bout à bout toutes les années de certains princes que des stèles encore existantes nous montrent conune
SUR L'ETAT ACTUEL DÉS ÉTUDES ÉGYPTIENNES. UiZ
ayant régné conjointement; M. de Bunsen en conclat naturellement qtt*0tt s'exposerait à de grandes errem*s si l*on comptait comme un nombre chronolc^nqo^ is somme des règnes d'une dynastie au moins dans la première époque du royaume égyptien. Ces élémens tout nouveaux et introduits par le papyrus de Turin, font désirer vivement la publication du travail où M. Lepsius doit compléter son étude ; â*autant plus que le travail de Champollion étant resté inédit » nous ne savons pas si son génie y a laissé quelqu'une de ces traces iBBiinaises qui édairaient tout un horizon.
Après ces grandes suites de noms royaux, viennent se placer des monumens où firent certaines séries plus restreintes. Les tùmheaux de Gournah, par exemple, ofiraient une suite de princes et de prin«cesses de différent&s époques. Une procession funèbre au monument appelé Ramesséum mérite d*étre citée pour sa curieuse ordonnance; les ancêtres de Ramsès y figurent en bon ordre jusqu'à Jhmès. Deux cartouches seulement précèdent celui-ci : Menés le premier et
lè prénom
d'un roi dont le nom se lit ailleurs Mantou-^ip^
o^VappnmvééiXkï>\evi Mantou. Il parait maintenant probable, d*après Tensembiedès monumens « que ce roi est la souche des con«quérans delà 12^ dynastie, ce qui explique le rang extraordinaire qu'on lui a donné dans cet endroit Si Ton ajoute à ces grandes page^ les inscriptions souvent datées qui couvrent les monumens, on aura une idée d^ matériaux avec lesquels il faut reconstruire Tédilice de l'histoire égyptienne
L'auteur arrive ensuite aux travaux que les Egyptiens nous ont laissés sur leur propre histoire. Désirant surtout faire connaître ce que le livredeM. de Bunsen contient de docomens nouveaux ou d opinions particulières, nous passerons rapidement sur l'étude des précieux fragmens de Maméthon. Sa position de prêtre égyptien garantit à ses assertions uae autorité que les faits accroissent chaque jour» Les ex^ traits de Josèphe nous prouvent que son livre était une véritable
hkU TRAVAUX l>E M. DE BUNSEN
histoire; les listes <iue nous possédons n'en sont que des extraits, et Tesprit particulier de celui qui les a faits n*a pu manquer d'y laisser quelques traces. Indépendamment de ces listes, le Syncelle nous a conservé un calcul déjà bien remarqué, mais dont M. de Bunsen fait .un usage tout particulier. uManéthon, dit ce cbronologue» comptait, » depuis Alexandre jusqu'à iKfén^s, 113 générations comprenant un » espace de 3,555 ans. » Cecalcuî n'a pas été inventé par le Jynce//^; car il ne peut aucunement quadrer avec sa manière de compter; aussi n'en fait-il point usage. On s'était souvent servi de ce passage pour attaquer l'authenticité des premières dynasties de Manéthon ; pour M. de Bunsen il devient la règle dont il ne faut plus s'écarter pour comprendre cet auteur. Les listes sont pour lui des tables de &• milles royales ; les rois et même les dynasties, dans la plus ancienne partie, y sont simultanés, et pour avoir une idée delà succession des tems, il fallait avoir un guide au milieu de ce labyrinthe. Ce passage porterait à croire que Manéthon avait pu formuler un jugement sur la durée totale de l'empire, soit qu'il y eût dans les archives un véritable canon chronologique, soit que cela résultât de'son travail particulier. Ce dernier point paraîtra plus probable si l'on songe aux mytiades d'années qu*aimaient à se donner les prêti*es Egyptiens.
Manéthon, quoique écrivant en grec, doit être rangé parmi les sources nationales et étudié avec confiance ; mais il en est tout autrement des écrivains grecs d'origine. La plus grande réserve est commandée par leur génie national, parleur manie d'euphoniser etdegréciser les noms propres, et d'identifier les dieux et même les personnages historiques des différentes nations. Hérodote mérite d'être distingué pour la bonne foi avec laquelle il rapporte les traditions qu'on loi confie; lorsque ses garans sont des gens instruits, ses récits se trouvent vrais dans tous leurs détails, et lorsqu'il rapporte des traditions populaires, il y a toujours quelque chose d'utile à l'histoire dans le cachet qu'il leur conserve. Ce n'est donc point l'ordre des dates qu'il faut chercher dans Hérodote, mais bien les précieux lambeaux des traditions qu'il enregistre si fidèlement.
Le génie grec, devenu plus sévère à l'école à'uéristote, commence à nous donner quelques appréciations (dus exactes des époques primi-
SUR L'ÉTAT ACTLEL DtS ÉTUDES ÉGYPTIENjNJîS. 6^5
tives, et ce grand philosophe fait remarquer que SésoslriSt le légis-* ' lateor, est bien antérieur à Minos.
Mais nous donnerons une attention toute particulière au précieux fragment d'Eralosihène qui devient, à vrai dire, toute la base des calculs de M. de Bunsen, Le texte par lequel le Syncelle introduit cette liste de rois, mérite d*étre rapporté : «Âpoilodore le chroniqueur a (y.povix9$) a donné l'ensemble du règne des 38 rois ég^'ptiens dits Thé- >» bains, comprenant 1,076 ans... Eratosthêne, en ayant priscon* » naissance dans les archives ^ptiénnes et recueilli leurs noms, n d'après l'ordre du Souverain, il les exposa ^ en grec de la manière » suivante. » Ce passage fait naitre tout d'abord la question de savoir s'il est bien ici question à^Eratosthène, le célèbre président de la bibliothèque d'Alexandrie, le père de la géographie astronomique, le premier savant de cette école si savante. Il est diflBciie d'en douter lorsqu'on voit dans les passages rassemblés par M. de Bunsenk quel point Eratoêthène s'était occupé de l'histoire d'Egypte. Ensuite ce fragment est tiré à'jépollodoref le célèbre disciple A^ Aristarquej et regardé par les Grecs comme le premier et le plus sévère chronographe. Il fallait que cette liste, revêtue de ces deux imposantes signatures, eût blende l'autorité, pourquclei^j/nce/Zese soit cru obligé de l'employer. Ne sachant quel usage en faire, il suppose un royaume thébain courant pendant tout cet espace de tems à côté du royaume égyptien ; tellement qu'il débute par un Ménè9 et un Athotis^ thébains, contemporains du Menés et de VAthotis, égyptiens. Beaucoup de bons esprits sentirent l'importance de ce travail et cherchèrent à y asseoir leurs calculs. Marsham, il y a près de deux siècles, essaya de l'employer conjointement avec Manéthon^ et pour ne pas parler d'autres essais plus ou moins malheureux, le docteur Prt7chard^ en 1819, prit pour base de son calcul que la liste êHEratos^ thene répondait aux 12 premières dynasties, ce qui est à . peu près le résultat auquel M. de Bunsen est arrivé \ Mais ses comparaisons
' naps<|ppa9ev. Voirie Syncelie, p. 91, c. — M. de B. pense que cette expression se rapporte à la traduction en grec qui accompagnait chaque nom égyptien.
' En 1834^ M. de Paravey disait : « La seule chronologie égyptienne réelle » est celle que nous a conservée Ératosthène. » Voir Jnnales de PMI, , 1834, t. vuf, p. 1?6.
kkô TUM'AUX »E M. DE ÎJUNSEN
mal éubiie^ ne purent ea riep jusiifler ion îAfe* M« Xenormoul, dans ses éclatrcissemens sur le cereueil di Mfiférimu^mtMn qae la tiêU i^Eraiwp^ne conUeiit plomors dœ rote rappdéi par MaoétboQ s mais il ne chorcba pas qqd principe avait pu présider a ce choii^ et u'accorda m&ne qa'ane fiiUe confiance à raatbeaiicité da pawge extrait d'^j9oUo(2or^ ; l'idée de M. de Bunsen loi appartient donc U)ut entière/
La seconde question qui se présente à Tesprit est celie^ci : Poarquei Eratoêthén^ ya-t-il ft ThèbH^ par Tordre du Souverain, fouiller les archives pour dresser on canon dei rois, alors que l'Egypte devait être abondanimepit pourvue de listes royales, ainsi que nous le pneuvent les lisUs de Maniêhon et le papyrus de Turin ? Il y avait donc un choix k fairei un travail k entreprendre sur ces dynasties. Si ce travail a été un choix cbronolc^iqne, nous devons retrouver ces monarques dans Manétkon^ k des intervalles plus ou moins rapprochés , mais toujours dans Tordre des tems. Le premier résultat de la comparaison des deux listes amène M. de Bunsen à poser en principe qu'i?' ratosthéne a écarté de son canon, comme dynasties collatérales, toutes celles qui n*ont pas régné dans Tune dea deux capitales, Thi^ bes ou Memphis.
Ce précieux fragment nous est arrivé bien mutilé par les copistes ; il contient cependant encore des uobm bien recoaniiissables et que nous retrouvons sur les monumens. La traduction grecque qui les accompagne est précieuse^ tous égards; elle confirme souvent les interprétations de Champollion ;oa peut même, avec son secours, redresser quelques fautes des copistes dans Tortbographe des noms égyp« tiens. Nous indiquerons les pointe sur lesquels les deux listes sont identifiées avec succès, en passant d'autres ripprochemens qui ne noua ont pas paru concliians.
Le poi(it de départ est nettement tranché. Les cinq premiers rois à! Eralosthène sont bien Mènes et ses successeurs de la l^*" dynastie de Manéthon. Les noms sont identiques et les années même des règues ne différent presque pas, Seulement EratosMne «e compte que 5 rois successifs, là où la dynastie complète donne 8 princes à Manéthon.
La a« dynastie {lliynite) est écartée du Canon.
SUR L*£TAT ACTUEL DÊ6 ÉIUOE& ÈGYPtlËNNES 4à7
Uniift la y dynastie (àfemphiie) nons troavoasun nom fort altéré. ûnA que sa iradoetion grecque ; mais la qualification de Gigantesque (m^\9a^ùiç) ne laisse pas de donte qu'il ne s'agisse de Seiorêhos i le géant de la 3® dynastie de Manéthon.
NonsarriTOtts ensuite k la &* dynastie, celle qui constniisit tes py* ramiékê ^e Mtmfh%$ ; ici l'identité est frappantei seulement Em^ toslhène est plus complet. Manéthon a réuni et en une seule somme d'années , les règnes des deux rois Suphis et Chou- fou , linsi que ceux des deu^: Menchérès, £ratosthène donne ce» |uatre rois séparément en dédoublant les nombres d'années. Les (iiambres supérieures de la grande pyramide en nous montrant les ^rtouches de Chou^ fouet de Cnoum Choihfou réunis sur les mêmes ûerres, feraient croire que les deux frères ont régné ensemble et que es deux manières de compter sont également exactes.
La 5* dynastie qui régna à EUphantine est exclue du canon chro« aologique ; on y lit aussitôt après la U^ dynastie le nom iCApapug qui régna 100 ans. On ne peut méconnaître ici le roi Phiops le centenairei
chef de la 6° dynastie I |des monumens; la reine Nitocris qui
elot la dynastie viept ensuite dans les deux listes.
Les moyens de comparaison nous manquent pour la 7* et la 8« dy^ pasiie MemphiteSf parce que Manéthon n'a pas conservé les noms de ces rois, et nous devons dire que les efforts de M. de Munsen pour retrouver sur les monumens les 9 rois à!Eratosthène qui, suivent Nitocris^ ne nous ont pas paru bien dirigés ni couronnés de succès*
Les 9* et 10* AyndiSi\es{Etéphantines) sont naturellement écartéesj et la 11" n'a eu qu'une courte existence.
Eratosthène et Manéthon se retrouvent face à face à la 12« dynastie et le rapport est encore évident. Le canon chronologique passe le 1*' Sésortosis ; mais les monumens prouvent qu'il a régné conjointement avec Amenemhés^. Les deux listes présentent ensuite également 2 Amenemhés, SésostriS'Sistoiis et puis Lamares-Mares, l'auteur du labyrinthe. Les trois derniers rois ne peuvent être com-
I Nous discuterons plus loin tt)utes ees assertions, ici nous nous eonte^tdni d'exposer ce nouveau système.
AÙ8
TRAVAUX OK M. DE hlS&m
paréSf puisque U 13<dyButie u'a conservé qu'un toia). NeuHavottous que U marcbe du caooa i' Eratoslkine nous parait ainsi jalennée d'uae maaiëre certaine, et c'est beaucoup dans l'état oâ ce fr^neni nous est parfeou.
Le ubieao suivant rendra sensible le choix des dynasties iucces< sives et les corrections présumées du canon cbronologîqne pour cbacuœ d'elles.
ERATOSTHENE.
MAnETKUH
BroiB.
Ecatléc.
Ecartée.
EcaTt«ei
Fïut-il conclure de là avec M. de Sunsen que Manélhon a compté pour cette période, environ 3 siècles de plus qa' EratoêthèneT Geh nous paraîtrait hasardé. Si Hfanélhon a. réellement fait un travail sur la durée de l'empire, on ne peut admettre qu'il ait séparé seulement les dynasties parallèles, et compté l'un après l'autre les règnes coUatéraui, lorsque encore aujourd'hui les monumens nous permettent
■ itenii était ThyniU de niiiMDce, miU il Util Mempkii, et en 6( a capiulc.
SUR L'ÉTAT ACTU£L DKS ÉTUDES ÊGYPTŒMSES. élb9
de foire cette distinction ponr certains règnes. Noos ne savons pas du tout quelle portion de ses 3,555 ans, Man^tiufn avait attribuée aux 12 premières dynasties. La liste d'Ëratosthène se termine 87 ans après la 12' dynastie, etM. deBuosen vent que ce soit à l'invasion des Pasteurs. Quelque correction qu*on puisse faire subir au nom du roi jémytantaios^ le dernier de la liste à'Eratosthêne, il ne ressemble guère an Timœus Concharis, le célèbre vaincu dont parle Josèphe d'après Manéthon, Ensuite comme tous les textes ne placent les facteurs qu'à la 15* dynastie, et que la 13® dynastie eut 60 rois comprenant dans Manéthim k^i ans, on ne voit pas trop comment les Pasteurs seraient arrivés 80 ans après la 12® dynastie. Manéthon, qui divise, comme M. de Bunsen^ l'histoire Egyptienne en trois parties, est loin de donner toute la période moyenne à l'invasion des Pasteurs. Son premier livre se terminait à Tavènemcnt d^^meneiTiA^s, le premier roi delà 12e dynastie. Le second livre s'ouvrait par le récit de l'époque glorieuse d'un des Sésostris et de tonte sa descendance ; il faut bien ensuite que le royaume ait eu le tems de perdre de sa force, pour qu'un successeur de ces grands rois soit chassé par des hordes de peuples pasteurs. La seconde partie de Manéthon contenait, outre ce tems d'abaissement, tout le règne des Thoutmès^ des Aménophis et des premiers Rhamsès. M. de Bunsen, ^u contraire, remplit tout son moyen-âge égyptien avec le seul tems des Pasteurs ; cela vient de ce qu'il considère comme l'indication et ia mesure de ce tems, une note que le Syncelle ajoute au travail à'Eratosthêne. Il en résulte qu'^ipollodore avait encore donné 53 autres rois thébains, successeurs des premiers, et dont le Syncelle ne rapporte pas les noms parce qu'il ne voit pas ce qu'il en pourrait faire. Certes, la légèreté de cet auteur nous prive là d'un document inestimable; d'autant que les listes de Manéthon ne nous fixent point sur l'époque de l'invasion, et que les différences des textes nous rendent fort difficile d'en déterminer la durée. Quant au travail d'Apollodore, nous ne savons ni le moment où il s'arrêtait, ni la somme des années qu'il embrassait. Cette partie nous paraît âonc restée dans l'incertitude, malgré l'habileté avec laquelle M. de Bunsen en a groupé les élémens.
Maintenant résulte*t-il de cet examen que nous possédions une chronologie jusqu'à Menés ? il serait bien hardi de le prétendre, et
II1« SÉRIE. TOME Xin. «— NMS ; I8/16. 29
dbO TRAVAUX DÉ M. 0£ BUNSEN
nou&nous bornerons à constater que «uivantropinion de M. de BiHiseii nous possédons le travail du plus savant des Grecs sur les premiers tiges de riîgypte; et que ce travail, loin de nuire à l'autorité de Ma^ nitkanf peut servir à expliquer comment son chiSro total donné par le Syncelk, est si différent de la sommede ues dynasties, données par le même auteur. Nous avons insisté plus longuement sur cette confrontation des listes» parce qu'elle est toute nouvelle et parce qu'elle ne vise à rien moins qu'à faire biffer 15 siècles des registres du monde historique; nous verrons plus tard comment elle s'accorde avec les monumens.
Une étude rapide et pleine de justesse» met eusuite en éYidence les passages dont on doit tirer parti chez les autres écrivains grecs* Dùh dore surtout, qui avec sa légèreté habituelle, a mêlé ensemble des élémens disparates, a dû subir un examen sévère ; ses traditions précieuses sur les législateurs de r£gypte, ont été distinguées parmi les légendes de toutes les époques qu'il a confondues ensemble.
MnéviSfiol des tems héroïques, serait, d'après cet auteur, le premier législateur des bords du Nil. SasychiSf à qui Ton attribue une pyramide, aurait réglé le service divin et inventé l'astronomie. Les lois miliuires seraient l'ouvrage du grand Sésoslris. La législation aurait subi un remaniement général sous Bokoris, et Dariu$ serait le dernier prince qui se serait occupé des lois Egyptiennes.
Les Romains n'ont point fait de recherches spéciales sur l'fgypte, et cela est d'autant plus regrettable qu'ils paraissent bien moins disposés à altérer les noms. Nous devons à TacUe celui du grand Bhawh ses.
Si les Grecs, dont les chroniques ne remontaien^pas à l'origine des âges, n'avaient que rarement discuté les assertions égyptiennes» il en fut tout autrement lorsque V école juît?e d'Alexandrie, et plus tard le chrisiianisme, apparurent avec un livre qui commençait son récit à la création du monde. Les nations ont les petitesses de l'homme ; chaque vieux peuple veut avoir été le fils aîné du monde, et met de la coquetterie à se vieillir encore. Aussi le désir d'accorder les traditions de la vallée du Nil avec le récit biblique, a-t-il été depuis ce temsl'objctde travaux savans et assidus. M. de ^unsen ne donne pas encore dans ces volumes la série des époques correspondantes dan$ les deux
SUR L*ÉTAT ACTUfiJE, DES ÉTUDES ÉGYPTIENNES. &5)
histoires i mais comme il nous laisse apercevoir ua système nouveau qui reudrait jébraham contemporain de Minçs^ ou même plus an** Gien » it faut dè$ à présent examiner la solidité des points de repère sur lesquels il base son travail.
La cbronok)|ie biblique se partage raisonuablement en quatre épo< ques. La plus récente^ malgré de nombreuses difficultés et une ibul^ de dates contradictoires dans le$ livres de9 RoiSf se construit avec une certitude suffisante jusqu'à Salom(m; et la captivité de Aoboam est venueattester Texactitudedes calculs hébreux et égyptiens pris septrément jusqu'à cette époque'. L'histoire sainte et les monumeiKégyi^ tiens se prétentmutuellement de nombreux seoourspour eettepériod^» Quant aux tems antérieurs à Jbraham,i\^ faut se rappeler que b Mr ble ne calcule nulle part uçe époque à partir de son déluge i si l'on veut suppléer à ce silence^on est tout d'abord arrêté par les différen? cesénot*me0 que [n^ntent les trois textes également difnes de foi» hébreu, samaritain et grec. En outrej,siron tient comptedeU nature des récits dans les premiers chapitres de la Gen^$0 et des généalogies qui rappèlent plutôt des peuples que des personnages , on peut se convaincre aisément qu'il ne faut pas chercher ce que la science tp* pelle une chronologie, et Uen moins encore une chronologie sacrée, dans ce sens qu'il ne fut pas permis à la science d'en examiner lesdif* férentes dates*, Le tems écoulé depuis Abraham jusqu'à la fondation du temfdet est divisé en deux périodes parla sortie d'£gypte. Laques* tion de la plus moderne, parait au premier abmrd tranchée par un texte du Upr^ de$ RqU^^ où il est dit formellementque la k^ année du roi Salomon^ époque de la fondation du temple, était l'an &80 depuis la sortie d*£gypte. Mais voici que saint PauU si versé dans les traditions hébraïques, compte &50 ans depuis Jomé jusqu'à Samuel seulement^ /osé;)Aedeson côté^ qui a écrit son histoire en consultant
' Les annales ont publié le portrait de ce roi, retrouvé surle» murs dup&« lais de Karnac. Voir le t. vu, p. UfO, et viii, p. 113 (!'• série.) s
' VoycT, à ce sujet, les solides réflexions de M. A. Goquerel : Stfai fur iei dates de la Bible^ dans sa Bibliographie saeree, p. 649.
' III Rois^ VI, I,
* Acles^ Vin, 13. .
' Ce qui donne au moins 60 ans de plui.