TRAVAUX D£ II. D£ &UNS£N
les exemplaires authentiques du temple comme il nous l'attesta expressément; Josêphe compte pour^cette époque 501 ans^» et dans un autre ouvrage 692 aiç\ Gela vient sans doute de ce que le chiffre de &S0 ans ne peut satisfaire à l'addition des époques rapportées au livre des Jugée, sans compter quelques intervalles dont la durée n*est pas déterminée. Il est donc à craindre que la date de la fondation du temple n*ait pas été conservée plus exactement qu*ime foule d'autres dates des livres des Rois, qui se contre* disent à chaque règne*. Dans cette incertitude, dont la limite est au in<Hns d'un siècle e^dlemî; on voit combien il serait utile pour l'histoire biblique de trouver en Egypte un renseignement qui fixât exactement l'année de V Exode. M. de Bunsen choisit l'espace le plus long, et ce n'est que par la lecture de ses derniers volumes que nous pourrons apprécier ses raisons.
' U reste donc à examiner le tems qui s'est écoulé depuis Abraham jusqu'à la sortie d*Egypte, tems où la plus grande partie de l'histoire juive n'est réellement qu'un fragment de f histoire égyptienne, et qu'il est si essentiel dé bien adapter à sa place. La plupart des savans qui ont étudié les dates de la Bible pensent que &30 ans se sont écoulés depuis la promesse faite à Abraham *, ce qui donne environ 220 ans pour le séjour en Egypte. M. de Bunsen^ au contraire, donne toutecetteduréeà la seule captivité d'Egypte, et prétend ainsi fiiire remonter l'administration de Joseph jusqu'à la 12* dynastie. Les principaux élémens de la question sont d'abord la prophétie que nous venons de rappeler ^ Nous Técarterons de la discussion , à son titre de prophétie, obscure comme toutes les autres, et qui ne peut être expliquée et précisée que par les données historiques. Le verset de V Exode (xii, AO) contient véritaUement toute la
■ ÂniiquiLjud*, viii, 3.
• Contre Appion^ «, 2.
' Voir quinze de ces contradictions les plus manifestes dans Archinard, Chronologie sacrée^ p. 73.
♦ Genèse^ xf^ 13, 16.
^ Scito prcnoscens quod peregrinum futurum sit semen tuum in terra non «uà, et suhjicient eos scrviluti, et afiligeot quadrin^cnlis annU,,; genert- Uonc autem quarlàrevcrtenlur hùc. Gcn. xv, 13^ 16. "
SUR L'ÉTAT ACTrEL DES ÉTUDES Ê<4YPTIi:NSES. 45S
question. Il est ainsi conça dans le texte hébraïque qu'a snivi la Ynlgate : « La demetire des enfam d'Israël en Egypte fut dé 4M ans, » Mais l'édition des «$'ep/an/^/ en ajoutant on mot, changé entièrement le sens : « L'habitation des enfans d'Israël dans VEgyptey et le pays de Canaan^ fut de &30 ans. « Cette leçon est confirmée par an texte d'une source bien différente. Le Penta« teoque samaritain dit plus explicitement : « Le séjour des enfana « dlsraêl et de leurs pires dans la terre de Canaan et dans » l'Egypte fut de &30 ans » ; et l'accord de ces deux textes commande déjà une grande confiance. Aussi saint Paul ' et après lui tous les Pères de l'Eglise , n'ont pas hésité à adopter cette lecture» comme on peut s'en convaincre surtout, par un beau passage de saint Augustin \ Des orimitatistes distingués * ont même pensé que la leçon du texte Samaritain représentait ici le véritable texte originaire. Mais ce qu'il y a de plus remarquable , c'est que le texte héln-eu , qui paraît si clairement favoriser Topinion de M. de Bunsen , n'a cependant point été entendu ainsi par Técole judaïque qui s'attachait à sa lettre avec une fidélité devenue proverbiale. Josêphe^ qui 9 pour les premières époques, a suivi les nombres dn texte hébreu , en contradiction avec ceux des Septante ,* Josèphe compte ici comme le Grec et le Samaritain : « Les Israélites » sortirent d^Egypte , dit-il , &30 ans après que notre père Abra- » ham fut venu en Canaan, et 215 ans après que Jacob fut venu » en Egypte^ » Il faut bien en conclure, ou que le texte qu'il avait sous les yeux était semblable au Pantateuque samaritain » on qu'une tradition bien constante le forçait à s'expliquer ainsi. -
Le Paraphraste chaldaïque^ Jonathan ben Huziel^ présente une donnée fort claire : suivant lui, la demeure en Egypte fut de trente semaines d'années pi)l!/n ^'^tûDt!/ pri^rif ou 210 ans,etle chiffre
• GaL, m, § 7.
• Qaeslioneâ inBxodam. I. it, n. 47. Dans réditlOD de MIgne* t. m, p. 610.
* Voir MoriD, Exercitaliones biblie, — L. Cappel} Criiiea sacra. -^Rtn" nikott, Disj. I tupra nttionem texl. ^^ror/ .•— Houbigant et Geddeiîns, Not€$ sur la BibU,
* Ânt.f \. II, ch. 15.
hbk TRAVAUX DE M. DE BUNSEN
de ftSO ans doit être compté depuis ralliance entre les quartiers de la victime'.
L'aatenr du traitét MighiMh^ dans le Tûlmud*, fidt nne remarque importante : on se rappelle qne» d'après lesystème de ce traité, les dit ftrencesda texte grec proviendraient de corrections raisonnées liiites par les 72 anciens, traductenrsde la BiUe ; parmi ces corrections B cite à cet endroit : ni!tnî« IK^DI U^li'^TindaniV Egypte tî éans U$ auireê contrées ; la raison de cette correction, « c*est, dit- » il, que sans cela Ton aurait pu croire que la loi contenait une er« * renr ; » ce qu'il prouve en supputant lesépoques. La même doctrine estexposéedansleilftfifatfcA-rabba (section 18)etdansle^Mrascft« ^alkut (sections S8, 210). Les plus anciens docteurs connus, Rabbir Eliexer et Ahm-Exra^ font les mêmes calculs. La grande ehronique des Juifs ii21 D'?^)lf 110 s'attache k la même tradition. Lorsqu'on sait la vénération avec laquelle cette éCole conservait la lettre du tette hébreu, on vient k penser que les motiOs qui ont déterminé cette unanimité ont dû être bien ptiissans. On en peut jugerdans jRascM*, qui résume ainsi leurs raisbnnemens ; t H est im<* » possible d'entendre (ces &30ans) du séjour dans la terre d'Egypte ; » car Kéhath * est compté au nombre de ceux qui sont entr^ en » Egypte avec Vocob. Additionnez toutes les années de sa vie et toutes » celles de son fils Hamram^ et vous serez encore loin de compte. é Or vous êtes forcés de compter quelques années à Kéhath » avant son entrée en Egypte; de plus beaucoup d'années de la vie » A*Hamram se omfondent avec celles de Kéhath^ et beaucoup des » 80 années de Moyse se confondent avec celles à'Bamram. Vous » voyei donc que vous ne pouvez trouver &00 ans depuis rentrée en » Egypte..... et vous Mes forcés de dire que le pèlerinage de la semence
■ D^^^PSn pa. G'eit ainsi que Técole rabbinique désigne toujours la promesse faite à Âbrabam (Genês., xy, 13.)
« Talmad (Traité nb^:iD» folio 9, recto). Noos deyons la connaissance do ce passage et des deux suivans à la bienfeillanle communication da savant M. Draeh.
' Raschi est le plus ancien commentateur de la Bible.
4 Gr8nd*père de Moïse,
SUR l'état ACtUEL DfiS ÉTUDES ÉGYPTIENNES. &55
t d'Àbrabam a commencé aussitôt que cette semence a exlité \ » Cette doctrine était tellement reçue qa*on i*a constatée par un de ces artifices mnémoniques où la superstition voulut ensuite voir des prq)héties cachées. Lorsque Jacob* envoie ses fils en Egypte, il se Isert du mot Xl'^i descendez, dont les trois lettres prises numériquement valent 210. Il leur prédit, par l'emploi de ce mot, dit un docteurs qu'ils resteront dans ce pays 210 ans. Quelque antiquité qu'on veuille reconnaitre à ces remarques, celle-ci n'en prouve pas moins la constance de la tradition de la synagogue. Nous nous trouvons donc en in^sence de trois leçons dont deux sont parfaitement explicites , et dont la 3<»aété entendue, malgré sa lettre actuelle, parles partisans les idus scrupuleux du texte qui la porte dans le sens des deux premières. C'est que pour se tirer du calcul des années de Kéhath et à'ffam* ram, il faut faire bien autre chose que d'expliquer un chiffre, il faut [Hrétendre qu'il y a des générations omises entre Abraham et Moyse; c'est ce qu'avait fait Périzonius et ce qu'a dit après lui M. de Bunsen. L'omissionde personnages secondaires dans les généalogies de la Bi ble peutcertainement être admise dans bien des cas ; il est, par exemple» bien plus naturel de penser que Cainan a été omis dans un passage^ que de supposer qu'il a été inventé dans un autres Mais ici où pour* rait donc être la lacune? Ce n*est point une généalogie que nous avons sous les yeux, c'est une suite de documens historiques qui se coordonnent entre eux. £t d'abord il faudrait supprimer le récit tout entier pour trouver une lacune entre Abraham et Léi)ù Kéhatht fils de ce patriarche, descend en £gypte avec lui^; qu'//am-
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* Genèse, xûi, 2.
^ Rabi aba bar Gahana, Bcrcêchii Rahba,
* Genèse^ x, 24.
* Luc> m, 36.
* (r^n., XLVI, U.