‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 5)Chapitre 100 sur 135 · SUB LA BABYLONIE ANCIENNE ET MODEBNE · texte numérisé non relu

SUB LA BABYLONIE ANCIENNE ET MODEBNE

J*eiitrQprends de donner ici quelques détails nouveaux sur la géographie de la contrée célèbre qui eut jadis Babylone pour capitale. Ce nom retrace à l'esprit des souvenirs à la fois imposans et pénibles. On se représente la puissance des Chaldéens, les règnes glorieux de Sémiramisj de Nabuchodonosor ; la fertilité prodigieuse d*un pays arrosé par deux beaux fleuves, le Tigre et TEuphrate ; les richesses que l'agriculture et le commerce apportaient dans cette contrée ; le nombre de villes florissantes qui s'élevaient de toutes parts ; la population considérable qu'elle nourrissait : on se rappelle que même dans le moyen-âge, sous la domination des Arabes, la Babylonie renfermait des villes importantes, Koujah, Hirah, Wdsit et une foule d'autres ; que ces belles plaines étaient couvertes de plantations de tout genre, et habitées par une foule de cultivateurs industrieux et actifs : on se demande avec douleur qu'est devenu un état si prospère ? Comment tant de grandeur et d'opulence ont-elles fait place à la misère et à la désolation ?

Ces champs si fertiles sont voués à la stérilité la plus af&euse. Des marais infects, des bruyères épaisses ont succédé à de magnifiques cultures. Tout le pays présente l'image d'un vaste désert, où l'on voit à peine errer quelques tribus arabes, qui dominent sans opposition sur ces tristes soUtudes et y exercent en liberté leurs brigandages. Du reste, partout règne le silence de la mort ; et les lions qui peuplent les marécages de cette contrée, et partagent avec les Arabes l'empire de ces plaines, troublent seuls par leurs rugissemens le calme lugubre des nuits» et portent la terreur dans l'âme du voyageur, que fatigue

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durant le jour la continuité d'un spectacle aussi aflUgeant que monotone. Et ici, comme dans une foule de circonstances, l'homme n'a pas même la triste consolation de pouToir avec la moindre apparence de jusuce accuser la Providence : elle a tout fait pour lui ; lui seul a tout fait pour neutraliser les dons qu'une main bienfaisante avait répandus àutoyr de lui avec une libéralité qui allait pour ainsi dire jusqu'à la profusion. Aucune catastrophe de la nature n'est venue bouleverser ces heureuses contrées, couvrir de sable ou de lave des plaines ferlUes et présenter aux efforts du laboureur des ol&tacles insurmontables. Les choses sont encore dans Tétat où elles étaient il y a vingt-cinq siècles; le Tigre et l'Euphrate roulent majestueusement leurs eaux dans les mêmes lits qui les recevaient autrefois ; on voit encore aujourd'hui les larges canaux, qui établissaient entre ces deux fleuves de nombreuses communications, et, en prévenant le danger des inondations, portaient dans les parties les plus éloignées le bienfait d'une irrigation abondante ; les terres ont conservé leur ancienne fécondité. C'est l'homme seul qui a su paralyser tout ce que la nature avait fait pour lui ; c'est lui dont la main dévastatrice a fait fuir ou a détruit la population nombreuse qui couvrait ces rivages, a semé de ruines le sol où s'élevaient Babylone^ Séleucie ^ Clésiphon^ etc.; c'est lui dont la paresse et l'incurie ont condamné à la stérilité des terres admirables, et transformé en déseris arides ces belles campagnes qui seraient encore prêtes à récompenser par de riches moissons les efforts d'un laboureur actif et intelligent,

La Babylonie, dans son état actuel, présentant pour le voyageur peu d'attrait, et même peu de sécurité, il n'est pas surprenant que les Ewopéens aient mis fort peu d'intérêt à parcourir cette contrée déserte et marécageuse; aussi, la géographie de ce pays est-elle encore fort peu connue, et si Ton excepte les ruines de Babylone, qui ont excité au plus haut point la curiosité des voyageurs instruits , les nombreux débris qui couvrent le pays des Chaldéens ont échappé aux regards, ou n'ont été observés qu'à la hâte ; et ces explorations rapides, exécutées sans plan, sans critique, ont jeté peu de lumière sur rétat actuel des lieux et n'ont produit, en général, que des renseîgnemens incomplets ou contradictoires.

Coite circonstance, comme on peut facilement le croire, présente

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un obstacle bien réd et à peo près insurmontaMe, à cenx qui veulent s'engager dans des recherches tant soit peu approfondies sur la géo<grapbie de l'ancienne Babylonie. Comment reconnaître et fixer la position des villes antiques, la direction des canaux, lorsque l'on Ignore presque complètement la situaticm actuelle du pays, lest lieux couverts de mines antiques et enfin tout ce qui peut mettre sur la voie pour comparer la tq)ographie ancienne avec celle que le pays offre de nos jours ; aussi, bien des points qui concernent cette branche de la géographie sont encore, malgré les travaux de savans célèbres, enveloppés d'une obscurité profonde, et présenteront longtems encore des problèmes insolubles. Gomme toutes les recherches qui ont pour objet une contrée fameuse dans l'histoire ne peuvent manquer d'intéresser vivement les lecteurs instruits, j'ai pensé que je pouvais offrir, sur cette matière, quelques observations nouvelles qui, si elles ne paraissent pas entièrement satisfaisantes, auront au moins l'avantage de donner quelques détails inconnus, et présenteront peut-être à un homme plus savant un fil qui le guidera dans ce labyrinthe de manière à le conduire à la découverte de la vérité.

Lorsque l'on examine avec quelque soin la géographie de l'ancienne Chaldée, on se trouve d'abord arrêté par une question intéressante, et dont la solution réclame une discussion approfondie.

r Etendue delà Babylonie.

La Babylonie, dans son état primitif, sous les règnes de Bélus, de Ninus, de Sémiramis et de leurs successeurs, était un pays d'une vaste étendue qui se prolongeait depuis le golfe Persique jusqu'aux frontières septentrionales de la Mésopotamie ; dans sa largeur, elle comprenait de grandes provinces, situées, tant à l'occident de TEuphrate qu'à l'orient du Tigre ; les choses changèrent ensuite de face, lorsque, dans le moment où s'écroula le puissant empire des Assyriens, la Babylonie forma une monarchie distincte, et que l'Assyrie proprement dite fut soumise à la domination des Mèdes. Mais on. n'en continua pas moins à admettre, pour la Babylonie» des limites que le tems et les révolutions avaient déplacées; aussi l'auteur de V agriculture Nabatéenne atteste expressément que la Babylonie comprenait, dans ses frontières septentrionales, les villes de Nîmye, Tekrit^

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liarma, Eadjerma, et dans une autre direction celle de Holwan \ Il paraît toutefois que la Babylonie ne s'étendait pas à toute la partie désignée sous le nom de Mésopotamie^ car l'auteur du même onfràge *; parlant de la ville qu*il nomme Dzat^àloïoun, ^yuJt c:>t5, la même qui fut depuis] appelée Rds^alain, (jyJt ^jJj » dit qu'elle était située dans le Djézirah , c'est-à-dire dans la Mésopotamie. Strabon ^ atteste que l'Assyrie , qui comprenait la Babylonie et quantité de provinces, tant en deçà qu'au-ddà du Tigre, confinait à la Susiane et à la Perside ; il assure * que la ville à!j4rbèle dépendait de la Babylonie. Les géographes orientaux, qui ont substitué à ce dernier nom celui de Irak ou Irak-alarab, ^1^1 ou cJ^I ^l^^t ont conservé à cette province l'étendue qu'elle avait primitivement. Au rapport d'£bn-Haukal % VTrak s'étend, en longueur, depuis jébadan, ville située sur le bord du golfe Persique jusqu'à Tekrit, et en largeur, depuis Kddesiah jusqu'il Holwan; sa frontière orientale décrit une courbe, qui, partant de Tekrit, longe le territoire de Scheh' rizour, Holwan^ Sous, et va aboutir au golfe Persique ; tandis que la limite occidentale contournant Basrah, Koufah et bordant le désert de l'Arabie, se termine sur la rive de l'Euphrate près à!Anhar, Masoudi ^ donne à peu près les mêmes détails sur la géographie de VIrak. Le géographe persan ? transcrit, relativement à la longueur et à la largeur de celte province, les assertions d'Ebn-Haukal, qui sont également reproduites, à peu de chose près, par Abou'lféda '.

Ces limites, dont le souvenir se conserva ainsi au travers des âges, ne paraissent pas avoir, depuis un grand nombre de siècles, éprouvé un changement et une réduction notables. La monarchie des Assyriens avait croulé sous les armes réunies des Mèdes et desBaby-

« Man. am3.913, fol.57, r« 122, v* 123, n 167, v 129, f 170, V* 171,241 v.

• Fol. 107 V.

» Geographia, lib. xvi, p. 736.^

• Ibid., p. 737,

' Manuscrit de Ltyde, page SO.

^ Kitah. attenUh, man. de S. Germ., 337, fol. 28, 29.

** Nozhat-alkoloub, inan. pars. 139, p. 549.

• Grographiat p. 250, 251 .

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