‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 5)Chapitre 101 sur 135 · SUR LA BABYLONIE ANCIENNE ET MODERNE · texte numérisé non relu

SUR LA BABYLONIE ANCIENNE ET MODERNE

Ioniens : ces derniers profitant de leur victoire, avaient fondé un nouvel empire, que les victoires de Nabopolassar, de Nabuchodonosor, élevèrent à un haut point de gloire et de puissance. Plusieurs contrées de TAsie occidentale avaient été envahies par ces conquérans, et forcées desubir leur joug; mais vers le nord, la puissante monarchie des Mèdes opposait à Tanibition des princes chaldéens une barrière qu'ils n'auraient osé essayer de franchir ; de ce côté, de nouvelles limites avaient été tracées , et une crainte mutuelle retenait forcément les deux peuples en deçà de ces frontières, que leur ambition aurait si volontiers franchies. C'est la Babylonie, circonscrite dans des limites moins vastes, et telle enfin qu'elle existait sous h règne de Nabuchodonosor et des autres monarques chaldéens, qui va être le sujet de4nes observations. Je vais donc, en commençant par la frontière du nord, parcourir la Babylonie, dans son entier, fixer autant qu'il me sera possible, la position de chaque ville, le cours de chaque canal; avancer progressivement vers le midi jusqu'à ce que mes recherches me conduisent aux rives du golfe Persique, qui formait, vers le sud, les limites de l'empire des Babyloniens.

Nous avons vu que, suivant le témoignage des géographes orientaux , c'était près à'Anhar qu'il fallait placer la limite nord-ouest de la Babylonie. Mais cette assertion ne doit pas être prise à la rigueur; car nous savons , d'une manière certaine, que la ville de Hit^ située un peu plus au nord , était comprise dans les frontières de la Babylonie. C'est donc un peu au-delà de cette place qu'il faut fixer la ligne qui séparait l'empire des Babyloniens du royaume des Mèdes. Et l'on peut admettre, sans di£Bculté, que cette ligne, en se prolongeant dans une direction courbe jusqu'au bord du Tigre, atteignait réellement la ville de Tekrit , désignée par les écrivains orientaux comme étant, de ce côté , la borne septentrionale de Vlrak,

Nous verrons plus bas qu'il faut distinguer la frontière réelle de la Babylonie d'avec cette ligne de canaux , de retranchemens , de forts, qui avait été établie en deçà de ce point, et qui avait moins pour objet de défendre l'entrée du pays que d'interdire à une armée ennemie les approches de la capitale.

La Babylonie est désignée dans les livres de TÂncien-Testament par le nom de Terre de Sennaar "):^3tf VJN et cette dénomination

n'a pu même été inoonnue aux écrivaiii» grecs , car , au rapport de Jcaèpbe, l'bistorlen Hesthiée faii^ait mestioa de Senna^r de la Baby-*

Nous Usons dans la Genèse; en pH'lant de Nemrod^^ que k royaume primitif de ce prince se composait des Tilles de Babel (Babyfeae) « Erek , Àkkad et Kalnek Di^Vs, situées dans la terre de Senmtan

Pour ce qui concerne la ville de Kalneh, les deux Thargums chaldaïques, celui de Jérusalem et celui du Pseudo-Jonathan , Easèbe, saint Jérôme, saint Ephrem, Abou'lfaradj , ont pensé qu'elle répondait à celle de Ctésiphon, qni fut, comme on sait, la capitale de l'empire des Arsacides. Ce sentiment a été adopté par Bochart, Micbaêlîs, Rosenmiiller, G^scnius et autres savans modernes. Pour appuyer cette opinion, on cite un passage de Pline , qui atteste que la ville de Ctésipkon était située dans la province de Chalonite, Mais si je ne me trompe, le témoignage du naturaliste romain n'est rien moins que décisif. En effet, on conçoit très-bien qu'un lieu peut être situé dans une province sans en avoir adopté le nom. Je crois pouvoir reconnaître la ville de Kalneh dans celle de HoUvan^ nommée Mhania sur la caHe de Peutîrtger, et dont la citadelle porte encore aujourd'hui le. nom de Banzardah \ La rivière qui coule dans le voisinage a conservé la dénomination de Holwan *. La ville elle-même est celle que Ton désigne de nos jours par le nom de Sar-Piili'Zohab\ M. Rawlinson , auquel nous devons de curieux détails sur ce qui concerne cette ville, nous a fait connaître les bas-reliefs extrêmement anciens, qui se trouvent gravés sur un rocher du voisinage^, et les monumensquî existent dans les environs. Suivant cet estimable voyageur, le lieu où subsistent les ruines , et qui , comme je l'ai dit , est représenté par le nom moderne de Sar-PuU-Zohah, est désigné chez les Curdes par

* AntiqvLitaUs jwiaieœx lib. i, c. 4, t« i, p. 19. » Ch^p. X, V. 10.

* Journal of Ihe geographical Society, t. «> p. 32.

* Ib., p. 26, 29, 33.

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la déûmninatioB de Schehri'Holwan (la ville de HoIi^b)'« âmyant* le rédt de Moïse, la ViUe de Kédrtêh était située dans la tenre de Sen^ naoTy c*est«4^re dans la Babylonie. Or, no«s avons tu plus haut que Holwan formait la frontière de la province de Vlmk^Ârah , qui, comme mi sait » représente Tancienne Babylonie* £t ce fait nous ap^ prend que dès les tems les plus reculés , cette contrée avait déjà lea mêmes Iknites qu'elle a conservées à des époques bien postérieures. Il est facile de vdr que la ville de Holwan avait donné son nom à la province que les Grecs et les Latins ont appelée CkaioniUs^XfxkmiTK;*^ et dont elle formait la capitale. Polybe écrit ce nom Ka^Xddvtrtç. Il raconte ' que Molon ayant été vaincu et s'étant donné la mort, Antiochus ordonna de mettre en croix son corps, qui fut ensuite exposé dans le Callonîtis, à l'endroit où l'on franchit le mont Zagros, Nous lisons dans le texte de Strabon S que le Tigre , après s*être perdu dans un gouffre, ou [dutôt dans des marais, reparaît ensuite dans la province de Chalonitis, puis coule devant Opis et le mur de Sémiramis. Je ferai observer, à cette occasion, que le gouffre indiqué par Strabon est probablement le même qui se trouve désigné par Fauteur du KaboKsnâmek^ ^ lorsqu'il parle d'un passage dangereux « d'un gouffre eilrayant, qui se trouve dans le fleuve du Tigre, avant d'arriver à Jkbaruh. C'est égdement le même endroit qu'avait en vue Tempereur Néron , dans les vers que cite le SchoUaste de Lucain ^ :

QuiqHèper erratam subducUis Persida Tigrte Deserit^ et longo terrarum tractus hiatu, Keddit qussilas jam non quaerentibus undas.

M. le baron de Samte-Croix? a blâmé sévèrement Pline pour avoir placé

la ville de Ctésiphon dans la province de Chalonitîs^ tandis que cette

• capitale faisait réellement partie de la province ieS uacène ou Jpol^

" Plinii Hlsloria naturalis, lib. vi, c. 26. — Isidori Gharaceni, Slalhmî

Parlhicl^ p. 5.

* Historia, lib. v, cap. 54.

* Geographia, îlb. xi, p. 529.

5 Man. pers, 138, fol. 86 V.

6 Lib. III, v.261.

7 Mé^, de racad. des inscript. elbellcs-leUres, t. l, p. W.

doniaiis ; mais il est probaUe» et on le Voit par le passage de Strabon rapporté plus haut, que dans l'origine on désignait par le nom de Ckalonitis toute cette partie de la Babylonie qui s'étendait depuis la rive orientale du Tigre jusqu'aux frontières de la Médie ; que, plus tard, on jugea à propos de partager en deux cette vaste contrée, et qu'une de ces divisions, la plus voisine du Tigre, fut désignée par la dénomination de Sittacène bu' Jpollordaiis. Pline et Strabon prenant pour guides des écrivains plus anciens, auront ignoré ou méconnu cette subdivision, d'une date peut-être assez récente.

Nous lisons dans le Livre des Rois\ et dans celui des Paralipomè^ nés* , que Salman^isar, roi d'Assyrie , ayant emmené en captivité les Juifs qui composaient le royaume d'Israël, les plaça dans la contrée de Halah nbn. Les écrivains syriaques ont rendu ce nom par celui de

ffolwan ^\y)is^. Celte opinion, repoussée par M. Gesenius, a été dédéfendue avec beaucoup d'érudition et de sagacité par M. Rawlinson. Je crois pouvoir Tàdopter pleinement, et un fait, si je ne me trompe, en démontre la vérité.

On lit dans l'ouvrage d'Isidore de Charax que la province de Chalcnit/5 renferme une ville grecque appelée Chala^ XaX«. Or, cette dénomination, qui s'applique évidemment à la ville de Holwan , nous représente très-bien le nom syriaque Khlakh. Seulement Isidore s'est trompé lorsqu'il attribue à cette ville une origine grecque. Dans

le prophète Isaïe S il est fait mention d'une ville appelée Kalno uSp;

Amos ^ écrit c^ nom n:b3 Kalné. Enfin on lit Kanneh, n33, dans

la prophétie d'Ézéchiel'. Il est probable que ces diverses dénominations s'appliquent à une même ville, que les prophètes ont indiquée comme formant la limite orientale de l'empire des Assyriens. Si je ne me trompe, cette ville est la mêmeiqui , dans l'histoire de Diodore de Sicile^, est désignée par le nom de K^Xcovat, Celonœ,

» yb. II, c. 17,v.6; J8, v. 11.

' Lib. I, c. 5> V. 26.

> Cap. X, Y. •

* Cap. VI, V. 2.

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