‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 5)Chapitre 106 sur 135 · PANS SON HISTOIRE J>B DIEU · texte numérisé non relu

PANS SON HISTOIRE J>B DIEU

à Mbhsletur âoiinett^i Érecteui' dès Annales de philosopkû chrétienne, S Pàrîâ.

Rome» BTril 1844.

it praids II IQimé de ws» signaler tin tl^re que xon^ rm l&isiïié paisser, et dont le dtne, au moiâs i^nguller, semblait pourtant detoir fixer tout d'abord Tàtlentiob de votre critique. Ce livre , gros in-ft"*, publié 90US les aust»ceB de M. Yîllemaiu » et sorti Taii dernier des iwresses de âotre imprimerie royale » est intitulé : Histoire de Dieu, »at M, Didron^ de la Btbùùtkèque^Royale , secrétaire du Comité' historiée des Arts et lUonàmènîs. Il ouvre la série des inslructiôni de ce comité.

Ce livre donc , comme devant servir de modèle et de guide aux travaux que la nouvelle école archéologique exécute ëU France , exige un examen sérieux et impartial. Il le mérite d^aûtant plus que ' M. Didron ^ non seulement le présente cbmmè le livre o^c/el du l^vemenient, mais encore comtnë le livre canonique du clergé. « Lès épreuves, dit^il, en effets ont été lues avec le plus grand

• soin par M. l'abbé Gauiilie. Plusieurs questions indécises ont été

• débattues et approfondies } mais toujours je me suts retiré ^ deyani

' Pr^fàee,^.Ta.

* Voir ci-aprésy p« 386« un poînl eslentidlj prelque d«f matiqui» eA M. Didron déclare ne l'élre pu retiré devant Tavii de M. Tabbé Gaome.

38/i QUELQUES ABERRATIONS

» i*autonté et la ferme raison du savant théologie». Je devais à mes » lecteurs, et pour les rassurer, tontes ces explications. »

Telles sont les promesses de M. Didron. Quel n*a donc pas dû être mon étonnement quand j*ai trouvé dans son livre, je ne sais quel mélange de symbolisme bouddique et payen, je ne sais quelle s^ntlièse philosophique ayant pour résultat , si ce n'est pour but , de deshériter rÉglise des plus beaux monumens des premiers siècles, ceux des catacombes, et de paganiser, ou avilir, les plus beaux symboles des premiers chrétiens. Lisez seulement et dites-moi si un archéologue instruit, si un théologien, éclairé ont pu approuver les incroyables assertions que je vais vous signaler.

Le symbolisme artistique chrétien est appuyé essentiellement sur le dogme, sur les traditions , sur certaines pratiques et certains usages , dont quelques-uns empruntés aux âges payens ont été adoptés et purifiés par le Christianisme. Les artistes chrétiens sa sont astreints en général à ces lois ; mais quelques-uns aussi, ignorants , isolés, les ont négligées ou y ont contrevenu. Recueillir tous ces documens était une œuvre utile ; mais M. Didron a fait autre chose ; il a voulu créer une théologie artistique, et pour cette théologie il a pris pour guide tous lés vieux sculpteurs , maçons, architectes , peintres , miniaturistes , enlumineurs, catholiques, hérétiques, schismatiques, païens, bouddistes , Latins , Grecs, Indiens, Égyptiens, etc. ; puis il a prétendu ériger cette théologie à peu près l'égale de la théologie dogmatique. Cela est incroyable, mais écoutez :

a La théologie n'est pas toujours adéquate à l'histoire (p. 50/i). » L'archéologie chrétienne est appelée peut-être à rendre de grands » services à la théologie et à la philosophie. L'archéologie n'est pas » une simple science de nomenclature ni une science purement des-* » criptive ; c'est de l'histoire surtout, et de l'histoire qui doit donner » l'interprétation des faits (p. 511).» Un exemple est donné par M. Didron à l'appui de celte théorie , et avec cet exemple il réfute une théologie enseignée dans les séminaires et un dogme à peu pi-ès reçu par tous les théologiens. Écoutons : « Une théologie qu'on enseigne » dans les séminaires de France prétend que Dieu ne pouvait pas » s'adresser aux anges lorsqu'il disait : faisons Vhomme à notre

DE M. OIDROIS. 385

» image; mais le 13*" siècle a\ait répondu d'avance à la théologie » moderne , car il représenta un ange aidant le créateur à pétrir » l'argile dont le premier homme fut fait (p. 513).» Et en effet il donne une figure où Ton voit le Créateur accompagné d'un Ange et formant l'homme. Ainsi c'est un ouvrier miniaturiste, un peintre qui est offert comme égal en autorité à presque tous les commentateurs. Car M. Didron pose cette conclusion dogmatique : « Ainsi ^donc* le » faisons de la Genèse implique la pluralité des êtres qui participent » à la création d'Adam , mais non la pluralité et encore moins la tri- » plicité des personnes divines. » Je voudrais bien savoir si M. l'abbé Gaume a approuvé cette décision , et cette participation du pouvoir créatem-, étendu à une simple créature , à un ange ' ?

Ce n'est pas tout , M. Didron vous dira encore que « la gloire » éternelle du 13* siècle, c'est non seulement d'avoir trouvé, inventé » des élémens nouveaux qu'il a jetés dans le creuset où la cinlisa* ») iion chrélianne et catholique se cristallisait en, quelque sorte , » après s'être élaborée dans les siècles antérieurs ; mais c'est encore » et surtout d'avoir développé ce qui n'était qu'en germe aux é|3oque8 » précédentes (p. 541).

Voulez-vous encore d'autres excentricités? M. Didron vous dira » que « l'âme de l'homme participe du feu et de la flamme (p. 122) » et que quand le Christ a dit : je .suis la lumière du monde, cela » peut s'entendre au réel comme au figuré (p. 122). » Voilà quelques-unes de ses assenions théologiques. Que les savans en jugent

Le livre de M. Didron est divisé en k parties, qui comprennent ca qu'il appelle Y histoire de Dieu le Père, de Dieu le Fils, de Dieu le Saint-Esprit et de la Trinité. Je laisse aux théologiens de décider si Torlhodoxie y est toujours pure et exacte, s'il est permis de dire que Vamour doit être attribué au Fils et Vintelligence au Saint-Esprit (p. iUS), s'il est pennis de blâmer ceux qui appellent le Fils la 5<igesse du Pète (p. 160) ; si une théorie qui veut établir que dans l'Église et dans la suite des âges chrétiens, on a rendu des honneurs très inégaux au Père, au Fils, au Saifit-Esprit, est orthodoxe ; je me

• Notez encore que M* Didron se permet de décider que cet ange n'est pas le Fils de Dieu, appelé souvent r^n^^ de la bonne volonté.

3g6 QUELQOBS i^BSIIBAlIONS

kuruet aî k faire remarquer seolenenft que M. tAké Gâufiie fmrak avoir fonement blâmé toute cette partie an Itvre de M. Didroa , et que cekn-ci, contre l'assertion qu41 a émide dans ê&ù introduction, B'apasvonlu déparer à ses conseil», e« s'est borné à- eette déelaratten : « Je déf^ respectnensement à eet avis et j'awaiB esn^ sans peaie » sur le maanscrit ee que j'ai dit et ce ^jué je Yaîs dSre d'opposé I » cetl)e conviction ; mais il: faudrait remanier cMiéreHient plusîettrs > feojiivs d'impressiim. Ce n'est pas une ou plusieurs pbrases que je » devrais modifier, maisl^^sj^rî/de tout ce chapitre (ilauridt pu dire » de tons les chapitres) que j'aurais à Mre «Ësparaltre % je consente » donc ee qui est imprimé, après les exi^ations que je doitne et les » réserves que je vi«is de faire (p. 218)'. » — Quoi il: s'agir du dogme, d'une accusation 'portée contre l'Église F vous avouez que e'est Yesprk de votre Kvre, et vous croyez satisfaire à votre devoir en avertissant dans une note que M. l'abbé Gaume le blâme? Est-ce là le respect que comme chrétien vous devez à rÉglise ? an moins n'auriez-vous pas dû dire dans votre introduction (p. xxr) que toujours vous vous étiez retiré devant la science du théologien ?

Je le répète, je laisse la question d'orthodoxie aux théologiens; mais il m'est permis sans doute de m'élever contre je ne sais quelle tendance de confondre sous le couvert de Vart, le Christianisme à tes autres religions dans un monstrueux syncrétisme. C'est (p. 8) la figure de saint Jean évangéliste, dont le nimbe surmonté de deux tiges d'héliotrope, fournit à l'auteur l'occasion de la rapprocher « de ces » Jfgures égyptiennes de la télé desquelles partent ainsi deux ti^es n qui se dressent et qui se terminent par une fleur de lotus. » C'est une fresque du 11* siècle (voyez-en le dessin p. 23) « qui ror » mène directement à V iconographie égyptienne, » ÂiBenrs (p. 21), fe Férouer des Perses, qui sûrement n'a jamais en rien de symbolique, est présenté analogue de tout point à V agneau accompagnant Jésisehrist ; sur un antique sarcophage (p. 16) la langue de fén qui se posa sur la tête des apôtres, « et quà la translation des restes de Napo- » /««n, le 15 décembre 1840, nous avons vu éclairer le front des » Génies placés sur le pont du Carrousel et sur l^esplaiiade des In-

* i^Mdes , ceHe langue lumineuse^ éest ^êùoUt Skistm^ au

)» front de la sttttue de Jutes César !!! v

£t TauteuF ne perd pas un iostant son but de \ue: s'il éGrk Pkistoire du Nimbe, il ^e s'arriéra point à discuter l'opinion de ceux qai eu font remonter Tor^ine jusqu'à un usage mentionné par Aristexane {les Oiseaux^ 11^17), ni à rediercber quand et cooiment cedevi^ un attribut caractéristique de quelques divinités, de quelques personnages fabuleux, et enfin de k pwssance ii2^>^lale; — ees pcônts d'archéologie Talaient cependant bien la peine dl^re en ce lioH approfondis; — * il ne songera même pas à se demander à quelle époque et par qneUes nécQsâtés matériellies, le nimbe, é'bopiaontal qu'il était primâtiirement, fut placé perpendiculairement ; à quel moment Te» commença de détoumeF l'acception généralement reçue du mot nimbus, pour Tamener h désigner un cercle ,qui enyiromiait le front; tout cela que lui importe? M. Didron préfère s*é\'ertuer à démontrer, parce que c'est [dus à sa portée et sert mieux ses intentions, k que le nimbe n^esi autre chose que la représentation du » rayonnement de la Tête, » et que « la nature essentiellement ht* V mineuse du sol de l'Orient explique pourquoi h nimbe, fluide >• litmineiis , est apparu d'' abord en ce pays (p. 132-33). » Les cornes éblouissantes de Moïse descendant du Sinaï, les aigrettes de feu de la iia/A indienne, la flamme qui fut aperçue se jouant autour dt» jeune Jule, yoih qui se prête à merveille à de perfides rapprochemens, et lui viendra tout de suite en mémoire.

Maintenant pourquoi cette prééminence, cette préférence accordée à la tête sur les autres parties du corps ? à cette question qu'il se pose, l'auteur répond par de transcendantes raisons de physiologie, dans une divagation prolixe qu'il termine par cette réflexion que je tous abandonne : « Il faut dire que chez nous V honneur est descendu de » la télé aux épaules avec les épaulttteSy et des épaules à la poi-n^trine avec une croix» i>

Que si vous alliez objecter à ce système tout physiologique, que Içs. artistes du moy^ âge n'ont pas laissé de décorer du cercle glorieux des cervelles évidemment dérangées, écoutez (p. 136): il s'agit des viergis^ folies représentées sur la cathédr^ile de Reims : -— « Ce X» uJest pas la loUe assurément qui est nimbée, canonisée; cor ces % inalheuv^ises fenmies, quelque folles qu'elles soient, n'en soni pas » moins vierges, et la virginité, pour V Orient où tout bouillonne, est

38S ^>UëLQI)£S âberratioks

I» une sublime gualitéjchréùcnne. » Cet Orient où tout bouillonne n'est-ce pas du Barraut et du père Enfantin tout pur * ?

Revenons, monsieur : je tous dénonçais tout à Theure les tendances syncrétîques du livre, prenez-y garde ; c*est à l'essence même des religions, plutôt qu'à leur forme, à leur écorce, que ces pernicieuses tendances s'attaquent. Certes, ce que notre divin culte dwt au paganisme, nul ne le sait mieux que nous, et nous convenons de ces emprunts sans aucune peine, car nous pouvons montrer aussi l'esprit nouveau consacrant ces dépouilles et les purifiant, ainsi qu'autrefois le feu de la fournaise transforma l'or de l'égyptien pour en revêtir l'Arche sainte. Non, nous ne craignons pas de passer pour des plagiaires. Bon à M. Didi'on de s'ébahir (p. 126) si « sur les peintures » d'Hercuianura , Circé se montra à Ulysse entourée d'un nimbe , » comme se représentent ordinairement la vierge Marie et les saints » du Christianisme. » — Il ignore, par parenthèse, que cette prétendue gloire de la magicienne n'est pas autre chose que la lune^ attribut caractéristique du personnage, en tant qu'elle préside aux enchantemens. — ^ Non, je le répète, nous ne craignons pas de passer pour des plagiaires, et une semblable imputation ne nous toucherait guère ; la seule chose qui nous afflige et qui nous révolte, c'est qu'à l'occasion des plus contestables analogies, des plus extravagantes expli* cations, à propos de tout, et à l'aide de cet outil appelé la symbolique^ on travaille sans relâche à la confusion de toutes les idées, de tous les dogmes. Un exemple encore pour en finir : Les nimbes d'une miniature sont-ils de couleurs variées? après nous avoir dévoilé plaisamment (p. l/i5) comment l'or, l'argent, le rouge,

« attribut de ceux qui luttent contre la passion , le vert qui

» symbolise l'espérance et qui çeut convenir aux personnes ma-

M riées, enfin le jaunâtre, couleur équivoque et qui se

» donne à des saints, pécheurs autrefois, mais qui ont pu se réhabi- » liter eta^éclairer ( sic) un peu aux yeux de Dieu par la pénitence »,

' M. Didron dit encore ailleurs (p. 123) que si les rois chez les nations occidentales n*ODt pas été regardés comme les fils de Dieu, c*est que ces nations sont y\us/toi(/es» ^*es(-ce pas là la doctrine des climaU de Montesquieu et autres?

DE M. DlDttOiN. 389

on ajoutera : « C'est de la hiérarchie et du symbolisme ; c'est en » quelque sorte le sjstèuie rendu visible de V émanation hindoue. n

Ah ! M. Didron , s'il y a en effet là dedans tout ce que vous y découvrez S nous concevons le naïf enthousiasme avec lequel vous vous écriez quelque part (p. 3) : « Le nimbe est donc en iconographie, ce » que les doigts ou les mamelles sont en zoologie : un caractère assez » petit pour Tœil, mais très-important pour l'idée. » Seulement vous ue deviez pas , ce nous semble, vous étonner après cela des subtilités italiennes, dans l'interprétation de quelques mon umcns d'antiquité romaine.

Mais avant d'examiner ce que dit M. Didron contre les antiquiiés chrétiennes des catacombes , écoulons attentivement comment il définit le symbole.

« Le Sj-mbole est h formule extérieure ou la représentation d'un » dogme , c'est, comme le dogme lui-même , un article de foi. » L'Agneau est le symbole de Jésus-Christ ; car les textes sacrés » relatifs à l'Agneau divin obligent à croire que l'Agneau est la rc- » présentation nécessa'ire et dogmatique du Christ. L'Agneau est le » Christ lui-même, le Christ en personne et sous des traits visibles. » La Figure^ au contraire, est la représentation arbitiaire d'une idée » quelconque. La figure n'est pas imposée par le dogme , par un » texte révélé ; mais elle résulte d'une pure opération de l'esprit

» humain La foi est commandée par le symbole, J'esprit est

» séduit par la figure Enfin le Symbole développé devient uu

» Mythe ; mais la Figure déroulée dans ses détails ne donne jamais » qu'une Allégorie, Un Mythe est une croyance, un ensemble de » dogmes; une Allégorie n'est qu'une réunion de métaphores : y croit » qui veut. Un Mythe est de foi {sic) , une allégorie n'est que d'opinion. »* C'est Dieu qui crée le symbole (ou le mythe) et qui le révèle, c'est • l'homme qui invente et qui manifeste la figure \ »

Telle est la théorie arbitraire et fausse posée par M. Didron. Et c'est

* .Vai passé de prodigieuses choses au sujet des nimbes triangulaires, des DÎmlies carrés, des nimbes à croisillons et croisés » indiquant l'énergie d1- » vine à la quatrième puissance (p. "22). etc.

=* p. 325 et ^26. L'auteur renvoie ici en note à la Symbolique ou relii^ions Iir SÉRIE. TOMK IX. — N° 53. 18/l^. 25

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