SUITE
2^ Mémoire sor la yiUe de Babylone.
Le nom de Bahylone commande encore aujourd'hui l'admiration et le respect. Il rappelle à l'imagination étonnée, et l'immensité de cette ville superbe, la plus vaste, peut-être après iVtwtW, de toutes celles dont les Annales d'aucun peuple ont jamais fait mention, et sa prodigieuse antiquité, et la puissance de ses rois, et la magnificence de seij monumens placés au nombre des merveiUes du monde, et les malheurs d'Israël, opprimé et arraché de sa patrie par les souverains de Babylone, et les oracles des prophètes, qui annonçaient avec tant d'énergie et des couleui*s si brillantes, la ruine future de cette orgueilleuse cité. Les débris gigantesques, qui ont bravé depuis tant de siècles les efforts du tems et la main destructive des hommes, sont encore là pour attester l'emplacement où fut Babylone et pour certifier l'accomplissement des prophéties. Le silence et la désolation régnent dans ces lieux qui retentissaient autrefois des acclamations et
' Voir le dernier article au n» précédent €i-de88U8> p. 361.
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40# MÉMOIRES GÊOGRAPHIQUSS
des chants d*ane immense population. Le lion et le chacal ont établi leur retraite solitaire dans les souterrains de ces mêmes palais qui furent témoins des fêtes brillantes et des pompeuses oi^es de Nabuchodonosor et de Balthàsar .
Il n*est donc point étonnant que depuis deux siècles, des voyageurs éclairés se soient plu à fotiiUer le sol qui fut le théâtre de la puissance de Sémiramis et de Nabuchodonosor, à interroger d'un œil curieux ces ruines majestueuses ; et que des savans géographes aient consacré leurs veilles à éclaircir les difficultés que présentent les récits des écrivains de l'antiquité sur la topographie de la ville de Babylone. Citer les noms de Pietrb délia Yalle, de Bochart, de Beauchamp, de Danville, de HasitiSi de Niebuhr , du m^or Rennel , du baron de Sainte-Croix, de MM. Rich, Ouseley, Heeren, Lockett, Kinneir, Raymond» Kerr*^Porter, SUgnan, Bttckingham, etc. , c'est annoncer suffisamment que ce sujet a été envisagé sous plus d'une face, et disenté avec autant d'érudition que de sagacité et de critique.
Mais, comme il est quelques points sur lesquels ces savans ne sont pas entièrement d*accord, j'ai cru que je pouvais aussi émettre sur ce sujet mon opinion particulière, non pas dans l'espoir de faire mieux que mes devanciers, mais seulement pour prouver que la question est loin d*éire complètement résolue, et pour appeler de nouvelles recherches de la part des hommes instruils qui auront un jour l'occasion de parcourir les bords de TEuphrate.
Lorsque Ton s^occupe des détails relatifs à la topographie de Babylone, la première question qui se présente est celle-ci : La viUe était-elle située sur les deux rives de l'Ëuphrate, ou s'étendait-elle seulement sur le bord oriental ? Si l'on consulte Hérodote, Ctésias, et d'autres écrivains de Tantiquité, il semble que cet objet soit décidé, de manière à n'admettre aucune espèce de doute, puisque les historiens attestent unanimement que TEuphrate traversait par le milieu celte tille célèbre: D'un autre côté, des voyageurs judicieux, ayant observé avec soin le terrain, ont décidé que la rive orientale seule présentait des débris propres à retracer la grandeur antique de Babylone, etic[ûé lé bord opposé n'offrait aucun vestige remarquable, si ce n'est le monument célèbre, connu sous le nom de Birs ou Bours Nemrod. Au contraire, d'àtttfes Voyageurs non moins Judicieux âsstimit avoir
SUR LA BâBTUmtfi ATOIKSRB «t MODERNE. Ml
reiBan{«é sur ta rive ofccîdmittte de riEuphnite ûtè traced tibniibfêtt- * 8^8 d'anciehôeé eoûwmctiohs, qai* Wétt (jufe ifiôlhs apparelitcs qiife celles du bord opposé, suflbetit ponr prdttver d'une tiianière mtin^ tefttàUe la Téritèdtt récit dcè lifetofieos gm».
Si on ne coiftidtait que l'état actuel des lié»*, btt serait, fett effet, tenté de tsroite que les historiens grecd* èu décrivant Babyloné; avtt^t cdimnis «ne erreur assiez gravé ; [qu'ils avaient pris pottr le principal bras de TËuphrate, un des eahaut dérivés de fce fleuve. Dahs cette supposition^ on pourrait, sans trop de peine, retotinaître au milieu de ces i,débris gigantesque^, qui couvrent le terrain, les traces de deux palais qui formaient romemeut et la défense de cette eUpitale. Mm le texte d'Hérodote; de Ciésias, etc. > s'expHme d'une manière trop formelle pour qu'il Soit permis d'émettre une pareille conjecturé, et Si Ton ne veut pas se livrer à un scepticisme historique iiiipardonna* ble, il faut admettre que Babyloné s'étendait effectivement lu l'est et à l'ouest du bras principal de l'Ëuphrate,
Il est facile, si je ne me trompe, de résoudre la question. Il s'agit seulement de distinguer les époques. Safis doute il est impossible de révoquer en doute l'assertion d'Hérodote et de Ctésias ', qui avaient visité Babybne h une époque où cette ville, bien qu'elle ne hit pHis comme autrefoss la capitale d'un puissant empire, était encore une des principales cités de la domination des Perses. Aitièi donc, oh peut regarder œmme certain que, pendant un laps de tems plus on moins long, Babyibne s'éCendit à lafoisstir les deux rives de l'Edpfarste. Mais avéit-eHe eu dès son origine des dimensions aussi gigantesques? C'est ce dont on peut douter sans encourir le reproche de scepticisme. 3é ctms donc être en droit de supposer que eette ville fut d'abord fondée Imiquement sur la rive gauche de l'Ëuphrate, que les consti-uctteiïs dé la rive droite furent l'ouvrage des derniers rois de BabylcWè, qui voulaient ctonner à la capitale de leur emfHre une étendue cddé^àlfe ; et qu'après la décadence de cette ville, tous ces édifices nouvellement
^ Il est plus que prc/bable que Ctésias avait vu Babyloné. En effet» nous ap* prenons de Diodore, qu'Artaxerce, après la bataille de Cunaxa, retourna à Babyloné. Or, Ctésias était alors atUché à ce prince en qualité de médecin Diodor. Sicul., lib. ziv, cap. 26.
a08 MÉMOIRES GÉOGRAPmQUES
élevés furent abandonnés de leurs habitans, tombèrent en raines; et que Babylone se trouva réduite à ses dimensions primitives qui en faisaient encore la plus vaste cité du monde.
D'abord, il faut observer que toutes les villes dont l'antiquité fait mention, comme ayant été situées le long du Tigre et de l'Ëupbrate, n'occupaient qu'une rive de ces fleuves. Le cours rapide de ces vastes rivières, les débordemens périodiques auxquels l'une et l'autre sont annuellement sujettes, rendaient extrêmement difficiles les travaux nécessaires pour la construction des ponts, et auraient souvent empêché par des obstacles insurmontables, les babitans répartis dans les différens quartiers d'une même ville de communiquer les uns avec les autres. Aussi, voyons-nous que pendant l'espace d'un grand nombre de siècles, deux ponts seulement existèrent sur l'Euphrate, celui de Zeiigma et celui de Thapsaque. Et, toutefois, ces deux localités où se trouvaient les passages les plus fréquentés par tous ceux qui voolaieot traverser l'Euphrate, n'offraient pas de ponts construits en pierres, mais de simples ponts de bateaux. Au rapport de Xénophon ■, Cyrus le jeune, marchant contre s^n frère, toute son armée traversa l'Eapbrate ^ gué, près de Thapsaque^ et aucun soldat n'avait de l'^u audessus des mamelles. Les babitane de la ville assuraient que jamais ce fleuve n'avait été aussi ^uéable , et qu'ordinairement on ne pouvait le passer qu'en bateaux. Darius, après la bataille d'Issus, s'enfuit précipitamment vers la ville de Thapsaque^ désirant le plus tôt possible, mettre l'Euphrate entre lui et Alexandre ^ Ce dernier prince étant arrivé près de cette ville, trouva que l'on avait jeté sur le fleuve deux ponts de bateaux ^ Au rapport de Plutarque S Grassus, dans son expédition contre lesParthes, traversa l'Euphrate à Zeugma; un orage violent rompit le pont temporaire qu'il avait fait jeter sur le fleuve ; le même général annonça qu'il détruirait ce pont afin de ne laisser à son armée aucune chance de retraite ^ Sui\ant le récit d'Ammien Marcellin <» on fit
• De Cyri cxpeditione, lib. i, cap. 4, p. 38, éd. Schneider.
• Arrianus, de expedilione Alexandrie lib. 11, cap. 13, p. 1 12, éd. Schneider. ' Lib. iif, cap. 7 p. 162.
* Vita Ctassi, p. 554, éd. Rualdo.
* Ibid., p. 555.
^ ffishria, lib. xyiii, p. 203, éd. Valesio.
SUR tk BABYLONIE ANCIENNE ET MODERNE. l\%9
couper les attaches qui formaient les ponts de bateaux jetés sur l'Euphrate, près de Zéugma et de Capersana. Enfin, nous lisons ' que Julien traversa le fleuve sur un pont de bateaux.
Les dix mille avaient traversé le Tigre sur un pont formé de 37 bateaux*.
Quant aux différens ponts que l'on a cru reconnaître et que Ton observe encore dans les lits du Tigre et de l'Euphrate, je dirai, plus bas, quelle idée on doit ce former de ces constructions niassives, et à quel usage elles ont dû servir.
Les plus grandes villes de ces contrées, Ninive, Sélèueie, Ctésiphon^ etc., étaient situées exclusivement sur une des rives du Tigre« Il en fut de même primitivement de la ville de Bagdad, capitale dé l'empire des Khalifes Abbassides. On peut donc croire que Bahylone ne dér(^ea point à la règle commune, et que cette vaste cité, sous le règne de Sémiramis et de ses successeurs, s'étendait seulement sur la rive orientale de l'Euphrate.
Mais, dira-t-on, Hérodote atteste expressément que Babylone présentait la forme d'un carré parfait que l'Euphrate coupait par le milieu ; je répondrai, qu'en prenant même à la lettre les paroles de l'historien grec, on n'est pas obligé de croire que la partie de Babylone située sur la rive droite du fleuve était absolument égale à celle qui s'étendait sur le bord opposé. Cette expression : Le fleuve coulait au milieu de Babylone, désigne seulement que le.s divers quartiers dépendans de cette ville étaient placés à droite et à gauche de l'Euphrate, sans qu'il soit nécessaire d'admettre que ces différentes parties se correspondaient parfaitement sous le rapport des dimensions. On pourrait dire à coup sûr que la Tamise traverse Londres, quoique la partie située à la gauche de cette rivière se compose seulement de deux faubourgs, qui ne sont nullement en proportion avec le vaste emplacement qu'occupent les constructions de la rive opposée.
Si l'on prenait à la lettre les assertions de Gtésias , il faudrait^rapporter à Sémiramis seule la fondation de Babylone, et de tous les monumens qui décorent cette ville. Mais le fait n'est ni vrai ni vraisem-
^ib. XX, p. 353.
*/><? expedilione Cyri^ lib. ii, cap. 50.
&M MÉMOIRES GiO&RAI»SiQtFEft
b^Ue. Hérodote B'exprime avec plat d'eiMtitiidt leifpiHI atlaite q«e les diSér^as roit qui gouvernèrent Babyk»e, iraTdlèrvst mtcufà^ vement à fortifier et embetlip lepr eapiule « ; et, ett effet, mm ap« pr^aoQS de Moue, que, dans des tems antérieurt an règne de Steiiramis, Babylone existait déjà , comme siège de Tempire de Némrad. 'Abydène, cité par Ensèbe \ assure que ce fut Behis qui it élever h praiBfère enceinte de murs autour de Babybne. Il est praiMiMe ^mi Sémir^sHs, qui se faisait un peint d'honneur d*atuchw sor nem 9| dsa entreprises gigantesques, fit exécuter de vastes travaux «lat dans FIbt térieur qu*au dehors de sa capitale ; mais, sous les succeneqr» df oetle princesse, et pendant toute la durée de la domination des KssfrimB, Babylone seyant perdu beaucoup de son importance politique, B^étant plus quç le lieu de la résidence d'un gouverneur, d'un vice roi, fut sans doute négligée des conquérans de l'Asie ; et sei^ remparto et sesmonn-f mena, mal entretenus, éprouvèrent, sinon une ruine totale, du mêlas une dégradation qui allait chaque jour en cra^AUt
Bn|ln, lorsque la destruction de Nàdve et Textinotion de la punsanoe des Assyriens, eurent fait de Babylone la capîule de l'empire des Cbaldéens, les monarques qui se succédèrent sfir le troae s'atla^ chèrent à l'envi à fertUiw et à orner, par des oonstruotio9s prodigieuses, la oité qiû était le lieu de leur résidenoe et le siège de leur domination. Probablement ce fut à cette époque que Bahykme prit une exteqaion gigantesque, s'agrandit de toute la partie située sur la rive droite de TEuphrate; et ceei n'est pas unedmi^ eonje^^ure; en eitet, Bérose, cité par Josèphe * et par Ëusèbe, attesie expresses ment que Nabiushodonosor fit bâtir, hors de Babylone, une aeeoode ville, et qu'il la fortifia, comme l'ancienne, d'une triple eneeinte de murs. Or, si je ne me trompe, on ne saurait admettre qu*il s^agisse ici de constructions élevées autour de Bah^^hne i car, dans ce eaa, on ne conçoit pas pourquoi Nabuchodonosor aurait environné ^ capilalede six enceintes de murs; au lieu qu41 est facile de compreAdr^ que ce
* Lih. 1, eap. 1S4.
^ Chronicon, t. i, p. 57.
3 Aniquitat, Judaic. lib. x> cap. 1 , 1. 1 p; 537.— C<w/r« ^^^wi, li^. i^ t. «, pp. 450, 451.
SUR LA iJJlII/mS AIGI^NS %Tt MODERNE. k\i
piiftc^ en fwifiiktvw la xvie dmita du fleuve m iflMiieiui(& fauhonig qui detait fwe partie de Babylone, ait yquIu h fortifier 4 Tmiaf di^ resift de la YîUe, ^ lui prqcofer pour défense' m mw^ âgal 4*«»*« ceiRteA qui se protoogeakét, corref^MHidiueiil aux premiivei» el "«<» mutent, coQime eeltesrei, couper à a«8l» droH la m^ de VSuflmiifc
M9»g,dira4 (ui, la tradoctiou arsitoi^iiiede la^uniqMe^d*SQikfal« présente une hçm toute diff^euie de «elle que nous oÔreM 1^ fri^mms gjtee» de cet éorîTaia'; ne pouvant paft« fïiMe da curaelifei umih nieas, rej^uire ici le texte, je me oeiiteAiji» d'eu douner h wmm latiue, rédigée par tes père& Aruiéuieue du eouTeBl de immM bMire n
(( ^ique in ips0m qum jam erat urbem #f «<i« forts vaymilfiF lAn » troduxity mumiri^ue quwdmm locéi^ n9 in j»QS$^rHm p^iSmÊi » obsessores^uyium eonirà urkem ean^^r^er^s » Gettet lefM ptrilt préseuter u» sens fort naturel, pourvu, toat«foi», que Ton adopie un léger ebangement, d'^irés lequel il faudrait tradiure i M<t inpimHmm pass^fU obsessores fiu^ium ah m^t^ mvorim'e. Ou ceoçoit trè» hieu qui Nabucbodonoeer, redotitant le» rusée d'un euDemi kabik qui «unit pu. eu détournant totalement l*£ufdirate, prendre ftibykin» par la aoif» 9it songé à prévenir un A i^ave ineoni»énient i» aneMM dan» Ita mursde cette ville une provision d^eau abottdanie ç| «disante pour ta consommation des habitans, Mai» le greo, tel qu'il est sous nos yeiuas» et tel qu'il a été transcrit par Josèphe et par Eqs^ ne fait paa SMH tiun de» eaux amenées k Babylone s je croia dnno qun» dans la ¥<Nrsion annénîenne, il s^est glissé une f^ute; qu'il font suppr^er h «ed qui désigne les ^U3f et traduire « Uwhi pvistiH^y, »ii^^m ^4f«ii#«^s h intrins^Hs odjunmt » et le traducteur, loi-néoie, vient ^ Xw^j^m da cette assertion, lorsqu'il ajoute : T^rms int^wnm nrki mwoSf ç| t^rtM^ e^terftm adjiciehm^ïi» cette[manière la version arménienne naamuvu parfaitement d'accord avec le t»te original
Au reste, je ne prétends pas que l'on doii e prendre entiètement I la lettre c^ que j'avance ici ; il esit pcisibte, e& même fort vrûiMbtiUe qu'avant le r j|^o de Nabucbodonosori il listait» vk I vis de Babyinnt»
sur la rive occidentale de l'Ëuphrate, un ou plusieurs villages, comme il s'en établit toujours à la porte de toQtei^ les grandes villes i m^is je
■ Eusebii, Chranieûn.^ t •, pu 69.
suppose que Nâbnchodonosor ayant eu le premier l'idée d*étendre démesurément sa capitale, y renferma ces bourgades avec les vastes terrains qui les environnaient, et que transformant ainsi ces habitations isolées, en une ville florissante, il comprit dans une enceinte percée de belles rues et ornée de parcs, et de magnifiques édifices, plusieurs villages , qui naguère étaient situés en dehors de ses murs.
Babylone devint dès-lors une ville dont l'étendue immense effraye l'imagination : on se deinande quelle population il fallait pour occupet cette vaste eneeinte. Mais si Ton se rappelle les expéditions guerrières de Nabuchodonosor II, la dévastation de la Palestine, de la Phénicie, de l'Egypte et des contrées voisines, cette nuée de captifs que ce monarque emmena avec lui dans ses états, on se convaincra, je pense, que ces expéditions avaientmoins pour but d'étendre les limites de l'empire que de procurer à la nouvelle ville qui s'élevait sur la rive droite de l'Ëûphrate une population que la Babylonie n'aurait pu fournir. C'est ainsi que, dans des tems bien antérieurs, Sésostrîs avait traîné en Egypte des nations entières, pour renforcer la population trop faible de cette contrée, et avait fait graver sur les monumens élevés par ses ordres, qu'aucun égyptien n'avait travaillé à leur érection*. C'est ainsi que plus tard, Tigrane, roi d'Arménie, emmena les habitans de douze villes de l'Asie-Mineure pour peupler Tigranocerte, la nouvelle capitale de ses états ''.
Une circonstance vient encore, si je ne me trompe, à l'appui de l'opinion que je vien^s d'émettre. Si l'on en croit Hérodote, le pont qui formait la communication entre les deux parties de Babylone était couvert d'un plancher composé de poutres et de madriers, qui n'étaient point assujettis sur les piles, mais que l'on enlevait chaque soir, afin, dit Thistorien, d'empêcher que les habitans des deux quartiers n'allassent se piller les uns les autres. Une pareille prévoyance a, sans doute, quelque chose de bien étrange; mais elle s'explique assez facilement, si l'on admet que la population de la rive droite se composait, en grande partie, de captifs, étrangers^ arrachés par force
» Diodor. Sicul.>lib. i, cap. 56, t. i, p. 169.
* StraboDy lib. xi, p. 533, lib. xii, p. 539.— Plutarchus, Fita Lueulli, p. 165, f.79, éd. Bryan. — Appianus, de belle Milhridalicoj p. 363.