SUR LA BABYLONIE ANCIENNE ET MODERNE. UM
de leur pays, et qui, comme on peut le croire, auraient été plus d'une fois tentés d'exercer quelques représailles contre des voisins qui avaient causé leurs malheurs, et contre lesquels ils ne pouvaient manquer de conserver une haîne envenimée. L'existence de ce pont vient encore confirmer mon opinion; en effet, quoique Ctésias en attribue l'érection à Sémiramis , il paraît certain que son existence se rattache à celle du lac creusé pour recevoir l'excédant des eaux de l'Ëuphrate ; or ce travail ayant été exécuté par ordre de Nitocns^ femme de Nabuchodonosor II. Il est clair que la fondation du pont date de la même époque : or, la nécessité d'un moyen de communication entre les deux rive^ du fleuve dut se faire sentir impérieusement, dès qu'un vaste faubourg s'éleva sur le bord occidental; on peut donc conclure que l'existence de ce, quartier ne remonte pas à un tems plus reculé.
Enfin, nous apprenons de Bérose cité par Josèphe ' et par Eusèbe*, que Lahjrnète ou Nahonède, le dernier roi chaldéen de Babylone, acheva la construction du quai qui bordait l'Eiiphrate. Or, un travail de cette nature étant d'une nécessité indispensable, pour mettre une ville comme Babylone à l'abri des inondations périodiques de FEuphrate , on peut naturellement supposer que le quai de )a rive gauche existait depuis un tems immémorial ; et, que celui dont il est question dans ce passage, était destiné à défendre contre les ravages du fleuve le quartier de la rive droite : cette circonstance confirme donc ce que j'ai dit, savoir que ce vaste faubourg n'avait été ajouté à la ville que depuis le règne de Nabuchodonosor II.
Babylone tomba au pouvoir de Gyrus ; ce prince, maître de cette grande cité, que kii avait livrée un stratagème heureux, et, plus encore, la négligence des habitans, ne put sans doute contempler qu'avec une sorte d'effroi son importante conquête. Que l'on se représente, en effet, cette prodigieuse enceinte, qui ressemblait plus à une province qu'à une ville, et dont une armée entière aurait pu à peine assurer la défense, et contenir la population, ces remparts d'une élévation, d'une largeur démesurées, qui, comme le conquérant l'avait trop éprouvé, présentaient
* Contra Appionem, lib. i> t. ti, p. 459.
' Chronicanf 1. 1, p. 172.
im DiMset ahwhinevt inexpognablM, et aoraîMt pènt-^tot ilé}oiié kft «flbrte 4e là pdiore^lique modenie; ente, eette viOe Bouveile, qoi 8^éieviit «op la rife droite de l'Euphrate, et ^iil, «v eo ses ¥»tei fertifie^tions et ses portée d*alraiB, penviit braver aree meoès un ennemi nattre de b rive qoipQaée. Gyroa eenlit qu'il oe Mak quHin moment, qli^iine mutinerie des Babytoniens peur écraser kt {^raison dea Peraea; et qu^mie popalation immense, h l*abri de ces redootabtos bootevarts eontre lesqneb s*étaient brisées si longtems sano snecès loirtes les ferees des Aehéménides, présentait nn obstaeto pbis Mfieile il vaincre que la conquête du reste de l'Asie. Livré h ces inqui^ tndes, Gyras, an rapport de Bérose, forma le dessein de renverser les remparts de eette cité orgueilleuse. Et si Ton s'en rapporte à h traduction arménienne d^Busèbe, il réalisa ce projet. Quoi qu'il en soit, U paraît certain qu'il chercha à diminuer autant quHl était en lui, Timportapee de Babylone, en lui enlevant une partie de sa popalation s tel fbt sans doute un des motifs de cet édit célèbre qui ae-« corda aux Juife établis dans Bab^one la permission de retourner dans leur patrie. Il est à crobre que les Égyptiens, les Phéniciens et les antres captifs que Nabuehodonesor avait également arrachés de leurs foyers, eurent part an même privilège et purent aussi quitter le Heu de leur esil. S11 est vrai, comme je l'ai insinué plift haut, que ces captife formaient m grande partie la population de la nouvelle Baby« lone , on conçoit que leur départ dut laisser presque déserte cette partie delà ville, qui, peut*être, était encore incomplètement habitée.
C'est ainsi que Lucullus, après la prise de Ttgranocerie, réduisit I^esque à rien la population de cette grande capiule en lui enlevant cette nuée d'habitans que Tigrane avait tirés de douw vffles vaincuesi et qu^l avait contraints de venh- s*^blir dans sa nouvelle cité.
Isale , dans la maniaque prosopopée, où il décrit d'avance , en traite si énergiques, la ruine de Babylone *, s'exprime en ces termes: » Ainsi qu'une gazelle poursuivie par les chasseurs, ainsi, qu'un » troupeau qui n'a personne pour le réunir, chacun se tournera » vers son peuple et s'cnftiira vers son pays. » îHje ne me trompe, l'écrivain sacré, dans son langage éminemment poétique, peint, ici,
' Cap. XIII, V. H.
SUR LA BâSnOHtt Altl9E!IIIB » MODERNE. MU
ces noftibreiix exilés que les mis des Ghaldéens ataient entnitnés hors de leurs pays, pour les contmindre d'habiter Babylone, et qui, siu moment de la catastrophe de cette TfUe superbe, s^empressèrent de regagner précipitamment les lieux qui les avaient vu nattre.
Aussi, depuis cette époque , nous ne trouvons plus dans Iliistolre aucun ^t fiidiquant TexisieiiGe de cette por lion de la cité qui s^était élevée sur la rive droite de l*Eiq)hral«^ et tout nous montre Babylone coniBtt occupant seulement le bord orientai du fleuve de l'finph rate. Sous le r^e de Darius-fils d'Hystaspe, Babylone révoltée soutint un siège long et opiniâtre, et ne céda qn^ la trahison. Tous les détails que novs donne Hérodote ne s*apiJlquent qu'à la rive orientale. Les noms des pwles vers lesquelles se dirigèrent les attaques des Perses, devaittit toutes être situées dans ces parages. Je sais bien cpi^on ne manquera pas de m'objecter qu'une ville aupsi vaste que Babylone ne pouvait êlre investie complètement, et que les assiégeans, quelques forces quVn leur suppose, en avaient h\en assez de bloquer une partie de cette prodigieuse enceinte. Cela peut être vrai, sans doute; n^is, d^un autre côté , les habitans vaincns pouvaient se réfugier dans la partie occidentale, si elle avait encore existé, et y trouver un asyle derrière ces fortifications redoutables qui leur assuraient des moyens de défense égaux À ceux quViffrait la ville située sur le bord opposé.
Il est propaMe que Darius, vainqueur de la rive gauche de l^fiuphrate, et maître des vastes quartiers compris dans eet emplacement, aurait été contraint d'entreprendre un second siège pour soumettre la partie qui s'élevait sur le bord opposé, et qui, comme nous Pavons vu, Isrmail une masse immense déifiées, déibndus par une enceinte d^épaisses murailles, el complètement isolés du reste de la ville. Mais il n'en fut rien. Bt Darius, après avoir franchi les remparts de la nye orientale, se trouve paisible possesseur de toute la vill^ de Babylone.
Babylone, sous les premiers monarques de la Perae , ymt encore d^ l'avantage d'être considérée comme une des capitales de l'empire. Darius le Mède^y faisait sa résidence habituelle. Les monarques se» successeurs haletaient cette place, durant plusieurs mois de l'année. Ao rapport du livre d'Bsdras, elle renffermah un trésor, c'est-à-dire un lieu où étaient dépoj^éçs )çs archives di| roya^pae '.
'^Gap. ▼,v. 17.
Ai 6 MÊMOIBES GAOGRAmQITES
Mais au rapport d'Hérodote, Darias s'étant rendu maître de Babylone, en fit aiNittre les mnrs et enleyer ks pcMtea *.
Babylone épronva bientôt après la foreor insensée de Xerxès, qni fit rainer une partie de ses temples*, et probablement d^;rader ses remparis'.
Alexandre, à son reConr de Tlnde, s'avança vers Babykme dont il Tonlait faire la capitale de son vaste empire K Les Ghaldéens, qui pour pins d'une raison redoutaient l'ceil scrutateur de ce prince , allèrent à sa rencontre, et cherchèrent, par des prédictions sinistres , à ie dissuader de pénétrer dans les murs de cette antique cité , où il devait, suivant eux, trouver une mort inévitable. Alexandre, frappé de ce terrible pronostic, résolut d'abord de renoncer complètement à son projet Cependant les mêmes devins , affectant pour leur nouveau maître un zèle qu'ils étaient bien loin de sentir, loi suggérèrent un moyen d'éluder le sens dé* l'oracle. Il fallait pour cela qu'en entrant dans Babylone avec son armée , Alexandre eût le visage tourné du côté de l'oiient. Il est très-probable que les Ghaldéens ne proposaient cet expédient que parce qu'ils regardaient la chose comme impraticable. Le conquérant macédonien, saisissant avec avidité le moyen qui lui était offert, et qui lui permetuit d'accomplir son dessein sans s'exposer aiix périls annoncés par le prétendu oracle, vint camper sur le bord de l'Euphrate. Le lendemin il continua sa marche, ayant le fleuve à sa droite, et essaya de pénétrer dans Babylone par le côté occidental de manière à avoir, en y entrant, le visage tourné vers le levant Mais les difficultés du terrain , et l'humidité d'un sot marécageux , opposèrent un obstacle invincible à l'idée de réaliser son projet Ainsi , bon gré malgré, il se vit contraint de braver la prédiction, et d'entrer dans la ville par la route ordinaire.
I Lib. III, eap. 159.
*Strabo, lib. xn, p> 738. — Arrianos, de expédition jélexandri^ lib. vn» cap. 17, p. 517.
' Hérodote se coutente d'attribuer à Xerxéa renlévement de la sUtue d'or de Bélua. Suivant Ctésias, ce prince a pillé les richesses immenses déposées dans le temple.
* Arrianus, de espediii<me ^iexandn, p. 518, 519.