‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 5)Chapitre 26 sur 135 · CONSERVÉE A ROME · texte numérisé non relu

CONSERVÉE A ROME

Et preavcs de son identité avec celle dont saint Pierre s'est servi.

M. Tabbé Gerbet va faire paraître incessamment un ouvrage ayant pour titre : Esquisse de Rome chrétienne , dans lequel il cnumérera tour à tour les principaux monumens chrétiens de Rome, et fera voir comment ils servent à prouver la vérité des croyances catholiques. Dans le !•' volume , dont Fimpressioa est terminée ,' il y traite, en 5 chapitres, de l'ensemble des Monumens chrétieris , de Rome considérée comme centre du Christianisme , des Catacombes , des Basiliques constantiniennes, et de divers autres Monumens relatifs à la défense et à la propagation du Christianisme. Chargés de soigner cette impression qui s*est faite à Paris , tandis que l'auteur est à Rome, nous avons lu tout l'ouvrage avec un bien grand intérêt. Nous pouvons dire à l'avance que tous les amis de la littérature et de la science catholique ne pourront que se réjouir d'une œuvre si consciencieuse et si belle ; dans aucun antre ouvrage M. l'abbé Gerbet n'avait mis , nous ne dirons pas tant de poésie et tant d'imagination, mais nous dirons tant d'âme et tant de cœur. On dirait que son esprit niûri et échauffé par le beau soleil de Rome , son

liX' SÉRIE. TOME IX. -- N' 50. 18^t4. 6

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cceur- nourri à la source même de la foi et de Tapostolat , se sont r^^i^M iree mmr et if^c jM*MlM(oii 4$U (M omm^ Ktus devons à Tâmitié de l'auteur la faveur d*en communiquer dès aujourd'hui UB extrait è mm M^mtfé§^ «m» «hoîsiâsons celui où il fait connaître l'un ded plus prédeux monumens du catholicisme , la Chaire de S0iiu Pierre. Nos lecteurs juj^eront i^ Tenaeinble par ce morceau.

LÀ CHAIRE Dfi SAINT PIERRE A ROMS.

Le premier des monumens qui se conservent à Rome dans la basilique vaticane , est la Chaire de saint Pierre. On sait que dès IV rigine les évêques eurent des sièges auxquels on donnait ce nom. C'était une marque d'honneur et un signe d'autorité que de parler assis. A lem* mort on plaçait, au moins de temsen tems, leuii chaires dans leurs tomb^u^ ; les premiers fidèles portaient un grand respect aux sièges dont les apôtres s'étaient servis pour leur enseigner la foi ou pour remplir d'autres fonctions de leur ministère. Ils durent être conservés avec soin : ce qui semble indiqué par quelques mots de Tertullien^ qui représente, à cet égard, les traditions du «ec9i)id sièple, « Parcourez, dit-il « dans son livre des Prescriptions » contre les hérétiques, parcourez les églises apostoliques, dans » le^q^elles les chaires mêmes des apôtres président à leur place, et 9 où leurs épitres authentiques sont lues à haute voix '. » Rigault est d'avis j (dans one des notes de son édition de Tertullien, que ce mot de chaires doit i0tre entendu ici dans un seul sens figuré; mais d'^abord rien n'oblige h répudier le sens littéral , le savant annotateur n'en donne aucune raison. £n second lieu , il n'est pas vraisemblable que Tertullien se soit borné h citer des monumens métaphoriques, tandis qu'il pouvait signaler des chaires réelles , comme le prouve Iç pa^ssage d'Ëusèbe, que nous rapporterons tout à l'heure. Cela est d'autant nioins probable que cet écrivain était porté , par ses habitudes d'esprit et de style , à rattacher autant que possible ses assertions ^ jjuçlques faits, matériels : sies ouvrages en ofir^t une foule

* l^roirre ecdesias apostoUcas apud quas ips» adhue Catlieëne aposlelo- \9f^m sw§ loeis pr»»4eot^ ^yid qu«8 ipw ^uHhmUm yi§r«9 «wnm ffA^Uo^ 'ur. Af prœscripLt c. 36.

DE Là chaire de saint PIERRE. 87

d'exemples. Le sens le plus Datnrel de ce passage est donc celui^^i : da&s le second m^nbre de cette phrase , TertuHien rappelle que les églises , fondées par les apôtres , pouvaient montrer les exemplaires aothentiques des Lettres qu'ils leur avaient adressées ; il dit, dans le premier membre ^ que ces églises conservaient eneore les Chaires sur lesquelles ils s'étaient assis : ces deux faits servent de pendant Tun à l'autre. Eusèbe nous apprend que l'on voyait de son tems, k Jérusalem , la Clhaire de son premier évéque , saint Jacques-le-Mineur, que les chrétiens avaient sauvée à travers tons les désastres qui avaient accablé cette ville '. On sait aussi que l'église d'Alexandrie possédait celle de saint Marc, son fondateur, et qu'un jour un de ses évêques, nommé Pierre, ayant pris place aux pieds de cette même chaire dans une cérémonie publique , et tout le peuple lui ayant crié de s'y asseoir, l'évéque avait répondu qu'il n'en était pas digne '. L'église de Rome dut mettre au moins autant d'empressement et de soin à garder celle du prince des apôtres , d'autant plus qu'outre les motifs de piété 4M)mmuns à tous les chrétiens , le caractère romain était, comme on le sait, éminemment conservateur des monnmens , et que les catacombes fournissaient aux premiers fidèles de Rome une grande facilité pour y cacher, en lieu sûr, un dépôt aussi précieux.

Suivant une tradition d'origine immémoriale , saint Pierre s'est servi de ce^te chaire, qui se trouve maintenant au fond de l'église , et qui a été revêtue d'une enveloppe de bronze. Avant cette époque , elle avait été successivement placée dans d'autres parties de la basilique. Les textes que Phœbeus a recueillis ' , particulièrement dans les manuscrits de la Bibliothèque vaticane , nous font suivre son histoire

• Les iidèles de Jérusalem ont encore parmi eux la chaire de Jacques, surnommé le frère du Seigneur,, qui fut établi par le Sauveur et par les apôtres le premier évêque de leur ville, et ils la gardent avec grande vénération ; ce qui fait voir clairement que les chrétiens, tant des siècles passés que du nôtre, ont toujours rendu de grands honneurs aux saints^à cause de Tamour dont ils brûlaient pour Dieu. Hist, eccL^ 1. vu, c. 19.

• Ant, S, Petr. JUxand. mari. Traduits du grec en latin par Ânastase-le- Bibliothécaire.

3 Dcldentilale Cuth. B, Pétri, Rora«, 1666.

dans ces diverses translations. Le pape Alexandre Yll , qui i*a fixée à l'endroit où nous la vénérons actuellement , l'avait prise près de la chapelle qui sert aujourd'hui de baptistère, où Urbain YIII rarait fait transporter peu de tems auparavant '. Elle avait été précédemment déposée dans la chapelle des Reliques de Taucienne sacristie'. On sait aussi qu'elle était restée , duralit quelque tems, dans un autre oratoire de cette sacristie, celui de Sainte-Anne S ^F^ avoir eu pour résidence la chapelle de Saint- Adrien ^, près de Ytndroit où nous voyons aujourd'hui la chaire du ^raud Pénitencier. Adrien I" l'y avait fixée dans le 8« siècle*. Pendant toute cette période , divers passages des anciens auteurs font mention d'elle. Nous en mentionnerons ici plusieurs, pour marquer la suite de la tradition relative à un monument si vénérable. Il en est question dans une bulle de Nicolas III, en 12 79 ^ Pierre Benoît, chanoine de la basilique vaticane, dans le 12*" siècle, a laissé un manuscrit qui contient des renseignemens sur la liturgie de cette église : voici ce qu'il marque pour la fête de la chaire de saint Pierre : « L'office » est celui de la fête même de l'apôtre; seulement, à vêpres, à » matines et à laudes , on chante l'antienne Ecce sacerdos. Station » dans sa basilique. A la messe , le seigneur pape doit s'asseoir sur » la chaire, in cathedrdT . » Depuis les premiers siècles, les papes

' 'Carol. Fontana, de Basil. Vatic, c. xxix.

> Giimald, manus,. Calai, sac reliqu. Basil. Vatican.

* In boc sacello ubi sedes seu cathedra S. Pétri pulcherrlma, super quam sedebat cùm munia pontificalia exercebat> honorifîcè conservatur, Ttb. Alfai\m', manusc. Vatic.

4 Porrô In ipso S. Adriani factus est nunc egregié ornalus^ ubi collocata est cathedra super quam sedebat B. Pelrus dum solemnia ageret. Maph, AVi.?w> de Rébus antiq. memorab. Basilic. S. Pétri» lib. iy, manusc, ralic,

^ Grimald,, CaiAh S. Reliquiar. asserval. in Arch. Vatic. Il s'appuie sur un passage de Maph. Veggius.

^ Oenarii qui danlur portantibus ad altare et reportanlibus cathedram sancll Pelri.

7 In cathedra S. Pétri legitur sicut in die nalali ejus» tantùm ad Vesperas. ad Matutinum et Laudes canitur t Ecce Sacerdos. Statio ejus in Eaiilicù ; Dominus Papa sedere débet in Cathedra ad Missam.

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