‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 5)Chapitre 27 sur 135 · DE LA CHAIRE DE SAINT PIERRE · texte numérisé non relu

DE LA CHAIRE DE SAINT PIERRE

éfaieiit dans l'usage de prendre place sur un siège éminent , non pas seulement pendant la messe , mais aussi pendant les Têpres , les matines et les laudes, lorsqu'ils assistaient aux offices, ce qui arri* vait plusieurs fois dans Tannée , aux principales fêtes. Il est visible , d'après cela , qu'en notant , comme une rubrique particulière de la fête de la chaire de l'apôtre , que le pape devait être assis sur la chaire à la messe, l'auteur que nous Tenons de citer a désigné la chaire même que la tradition considérait comme celle de saint Pierre. D'ailleurs , dans tout son livre , lorsqu'il parle seulement du siège ordinaire du pontife , il le désigne toujours sous le nom de siège éJei'é, et jamais sous celui de chaire. Pierre Manlîus, qui appartient à la même époque , dit avoir lu dans Jean Gaballinus que , durant le siècle précèdent, sous Alexandre II , la chaire de saint Pierre avait été respectée par un incendie qui avait consumé les objets environnans *. Nous trouvons aussi , dans un écrivain du 11* siècle , Othon de Freissingue, des passages qui font mention d'elle'. On voit, par des récits d'Anastase le Bibliothécaire, relatifs aux 9* et 8* siècles ', que le pape élu était d'abord conduit au patriarcat de Latran , où il s'asseyait sur le trône pontifical; que, le dimanche suivant, il se rendait, revêtu du manteau papal et au milieu des chants sacrés, à la basilique vaticane , et que là il prenait place sur V apostolique et très-sainte chaire de saint Pieire ; ce sont les termes employés par Anastase*. Nous voilà arrivés au 8* siècle, c'est-à-dire à l'époque où le pape Adrien k fit établir , ainsi que nous l'avons déjà dit , dans l'oratoire consacré au saint dont il porte le nom. Les textes d'Anastase nous font remonter encore plus haut, puisqu'en parlant de l'usage dont il vient d'être question , il l'appelle la coutume ancienne, la coutume blanchie par le tems \ Le catalogue des saintes huiles

' Pelras Manlius^ de consuetadin. et reb. Basil. Vatic.

« Oit. Frisigens. in Freder.

3 Anasl.^ in vit. Paul, L Serg. II.

^ Apostolicâ sacratissimà Pétri Cathedra. — Lorsque Félection avait eu lieu dans la Basilique Vaticane, on procédait Immédiatement à rinstallation du pontife sur celte chaire.

"^ Cana consuetudo.

dO DESCRIPTION ET IDENTITÉ

envoyées par Grégoire-le-Grand à Théodolinde, reine des Lombards, fait meotion de l'huile des lampes qui brûlaient devant la chaire sur laquelle saint Pierre s^était assis '. Il paraît qu'à cette époque les fidèles la rencontraient avant d'entrer dans la basilique : elle se trouvait près de la pUce qu'occupe aujourd'hui la Porte-Sainte '. Les néophytes , revêtus de la robe blanche du baptême » étairat conduits aux pieds de cette chaire pour la vénérer. £n rappelant cet usage, dans son apologie pour le pape Symmaque , Ënnodius désigne ce monument d'une manière fort claire. « On les mène, dit-il, près » du siège gestatoire de la confession apostolique % et , pendant qu'ils » versent avec abondance des larmes que la joie leur fait couler , la bonté de Dieu double les ^âces qu'ils ont reçues de lui \ a Cette expression , siège gestatoire , caractérise exactement , comme on le verra bientôt , la forme spéciale et la destination primitive de cette chaire. Ënnodius écrivait au commencement du 6* siècle. Le k* nous fournit un témoignage très-positif d'Optat de IVlilève. S'adressant à des schismatiqucs , qui se vantaient d'avoir des partisans à Rome , il leur fait cette interpellation : « Qu'on demande à votre » Macrobe où il siège dans cette ville; pourra-t il répondre: Je » siège sur la chaire de Pierre ?» Si cet auteur n'avait rien dit de plus , on pourrait douter qu'il ait parlé , dans ce passage , de la chaire matérielle : comme il ne faisait pas de l'histoire , mais de la polémique , il aurait très-bien pu se servir de cette expression pour signifier seulement la chaire moralement prise, ou l'autorité de saint Pierre, survivant dans ses successeurs, et méconnue par les schismatiques, contre lesquels il argumentait. Mais ce qu'il ajoute ne permet pas cette supposition. « Je ne sais pas même , dit-il , si i\lacrobe a » seulement vu cette chaire de ses propres y^eux, * Évidemment, il a voulu désigner la chaire matérielle , ce qui est d'ailleurs confirmé par tout le reste du même passage , dans lequel il continue d'opposer

* De oleo de sede ubi priùs sedit S. Petrus . "* oian , Hist. templ. Yatic, c. xxiii.

^ Kcce nunc ad geslaturiam sellam aposlolics confessionis uda mitiunt 11n;ina candidatos, et ub' ribus' gaudio pxaclore Hetibus, collata Dei beneficio

«loua «'uniu!: nlnr. Eimd, Apolog., p. 5^3. Tor.aei,

DE L4 CHAIRE DE SAIKT PIBBRE. M

aox schismaticpies les momunens de saint Pierre et de samt Paul '<

Il est donc certain que cette chaire a été exposée publiquement à la vénération des chrétiens, dans le siècle même où le christianisme a eu la liberté du culte puUic* Il n*est pas étonnant qu'il n*en soit point fait mention dans les documens de Tépoqne antérieure : il serait, an contraire» étonnant qu'ils en eussent parlé. U ne nous reste qu'un petit nombre d'écrits rédigés à Rome pendant les trois premiers aie* clés : les actes des martyrs ne mêlent guère à leurs récits les particularités monumentales, si ce n'est qu'ils indiquent» et souvent par wê seul mot le lieu du supplice et celui de l'inhuniation. Les ouvrage apologétiques et polémiques avaient à faire quelque chose de plus pressé que le soin de tenir note des meuUea sacrés» ce qui eût été d'ailleurs une indiscrétion dangereuse, qui eût pu provoquer les perquisitions des païens. Quant aux livres composés à cette époque par les écrivains qui résidaient dans d'autres parties du monde romain », les mêmes observations s'y appliquent, et il est, du reste» extrêmement vraisemblable que leurs auteurs, au moins la plupart, ont ignoré l'existence de ce monument, qui devait être renfermé à Rome dans quelque lieu secret, suivant la coutume des tems de persécution Ce n'est qu'au k^ siècle que d'autres chaires, contemporaines delà chaire de saint Pierre, celle de saint Jacques à Jérusalem» ceUe de saint Marc dans l'église d'Alexandrie» reparaissent sous le soleil et dans l'histoire. Les chrétiens s'empressèrent alors de vénérer» dans la lumière de leurs basiliques, les dépôts que leur avaient conseï vé les cryptes souterraines. Tout nous persuade que la chaire de saint Pierre

' Denique' si Macrobio dicatur ubi illic sedeat , numqoid potest dicere in cathedra Pétri? Quam nescio si tel oculis novit^ et ad^cujus memoriam non accedii, quasi schismaticus contra Apostolum faciens, qui ait : memoriis sanctorum communicantes. Ecce pra^sentes sont ibî duorum memoriœ Aposlolorum : di'cite si ad has ingredi potuil^ Rà ut obtulerit iinc ubi sanctorum memorias esse constat. Optatus MîfevU., Contr, Parm., \ft, ii. — Dan»'te siyte' des premiers cMtieBSj le m»t memerfa était employé pou» désfgnêt Ibs monuoieiis funèbres des apàtret ou des nart^ , eomme mm Vtmm éé^ wi dans un passage cité précédemment, relatif à la censtniGtieii du mottiwMSiit de saint Pierre {construait memoriam). Ce terme a pu être ensuite appUqué aux basiliques , érigées sur ces tombeaux.

avait été cachée dans le sanctuaire même de son tombeau. Un manuscrit de la bibliothèque Barberine ', qui l'affirme positivement, a été, on peut le croire, Fécho d'un souvenir traditionnel ou de renseignemens consignés dans quelques feuilles des archives romaines, qui se sont ensuite perdues. C'est donc, suivant toute apparence, à l'époque des constructions faites par saint Sylvestre dans la confession de saint Pierre, que cette chaire a été offerte à la dévotion publique et libre du peuple qui affluait dans le temple que Constantin venait d'ériger. Sortant du tombeau, elle a pris possession de la grande basilique, elle en a visité successivement, dans le cours des âges, le vestibule, les chapelles, le chœur, pour se fixer enfin à la place radieuse qu'elle occupe aujourd'hui, éclairée d'en haut par l'auréole de la colombe qui plane sur elle, couronnée par les anges, légèrement soutenue par quatre grands docteurs du rit latin et du rit grec, saint Ambroise, saint Augustin, saint Athanase, saint Chrysostome, et suspendue au-dessus d'un autel dédié à la sainte Vierge et h tous les saints papes. Sur leurs trônes célestes, ils gardent sans doute un souvenir de cette chaire, au pied de laquelle ils se sont sanctifiés, si quelques images des monumens terrestres vont se réfléchir , comme l'ombre du tems, jusque dans les splendeurs de l'éternité.

Depuis plusieurs siècles, les papes ont cessé de s'en servir aux fêles solennelles. Sa vétusté pouvait faire craindre que cette relique précieuse ne souffrît quelque dommage si l'on eût continué de la déplacer et de l'employer pour des fonctions du culte : le soin de sa conservation l'a rendue désormais immobile. C'est aussi pour cela qu'elle a été revêtue, sous Alexandre. VIF, d'une enveloppe de bronze. Du reste, tout le monde peut en voir une copie dans une des salles de la sacristie vaticane, et l'on en conserve un fac simile dans les combles de l'église, près de l'endroit où sont déposés les plans en relief des divers projets qui ont été proposés dans le tems pour l'architecture de la basilique moderne.

Torrigi, qui a examiné cette chaire eu 1637, et qui en a pris la mesure dans tou^ les sens, nous en a laissé la description suivante {Voir la planche ci^contre ^) \

' Mich. Leonic.^ not. manus

* Nous ajoutons à la description de M. Tabbé Gerbet la figure même de la

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